Viticulture

Publié le 21/06/2018

Plusieurs événements orageux ont sévi dans la région en mai et en juin. L’orage du 12 juin dans le secteur de Vœgtlinshoffen, Hattstatt et Gueberschwihr a été particulièrement violent. Si les vignes ont été relativement peu impactées, les chemins pour y accéder ont subi de gros dégâts.

Mardi 12 juin aux environs de 19 h, dans sa cave à Vœgtlinshoffen, Marc Immelé termine de mettre en bouteille son crémant. Il stoppe cette opération quand il entend un grondement inhabituel. « Je suis alors sorti. Il pleuvait dans un vacarme incroyable. En tournant la tête, j’ai constaté que la rue juste à côté était devenue une rivière. Dans ces moments-là, on se sent tout petit, impuissant. Il n’y a pas grand-chose à faire », explique Marc Immelé. Membre du syndicat viticole de Voegtlinshoffen-Hattstatt que préside son père Marcel, conseiller municipal et sapeur-pompier, son bip sonne alors toutes les 30 secondes. « À ce moment-là, je n’ai pas pensé aux vignes, mais aux habitants. Avec deux autres sapeurs-pompiers, nous avons fait le tour du village et sommes venus en aide aux sinistrés. Ensuite, les renforts sont arrivés. Puis, le temps s’est calmé. C’était incroyable. Une rue avait totalement disparu ; deux autres ont subi des affaissements et le macadam a été soulevé. Je n’avais jamais vu cela à Vœgtlinshoffen. Les anciens parlent d’un tel événement climatique en 1966 ». Jeunes vignes disparues Dans un premier temps, la municipalité et les sapeurs-pompiers s’activent à aider les sinistrés et à dégager les rues remplies de pierres et autres détritus. Puis, vient le temps d’aller dans les vignes. « Au sein même des exploitations, deux vignerons ont été touchés ici à Vœgtlinshoffen avec de 80 cm à 1,50 mètre d’eau dans la cave. Concernant les raisins, il y a relativement peu de dégâts à l’exception des jeunes plantations. Je connais un collègue à Gueberschwihr à qui il manque 200 tonnes de terres et qui a vu disparaître ses jeunes vignes », commente Marc Immelé. Mais, le plus gros problème concerne l’accessibilité aux parcelles. Certains chemins étaient remplis de pierres. « Nous avons reçu l’aide du Conseil départemental du Haut-Rhin qui nous a envoyé une pelle pour combler les trous dans le village, mais aussi dans le vignoble. Des chemins étaient défoncés avec des crevasses de 2 mètres ! Il y avait également des tournières et des parcelles remplies de cailloux. On a tous fait preuve de solidarité et le travail se poursuit toujours. » Des demandes pour classer les communes en catastrophe naturelle ont été réalisées, ainsi qu’une reconnaissance en calamité agricole. « Pour le reste, on va voir maintenant comment la vigne réagit. Visiblement, il y a plus de peur que de mal. Cela nous rajoute du travail alors que nous étions déjà en retard. Mais, si ce n’est que ça, ce n’est pas grave », conclut, un peu soulagé, le viticulteur.

Confrérie Saint-Étienne d’Alsace

Un chapitre pour le riesling

Publié le 15/06/2018

Le premier chapitre de l’année vinique de la confrérie Saint-Étienne d’Alsace, tenu samedi 9 juin au château de Kientzheim, était dédié au riesling par le Grand Maître, Martine Becker. Avec une participation plutôt réduite pour cette soirée d’un niveau exceptionnel.

Dans le grand caveau capitulaire, le Chancelier Receveur Jean-Paul Goulby a ouvert le chapitre avec la rituelle prière du Receveur. Saluant d’abord l’assistance en français, en japonais, en allemand et en anglais le Grand Maître a rappelé sa passion pour le riesling. Plus que les autres cépages, il est très exigeant pour le viticulteur qui a à cœur de souligner toutes ses nuances et toutes ses subtilités : chaque vendange est un défi à relever. On le trouve en beaucoup de vignobles de par le monde, mais indéniablement, c’est en Alsace qu’il s’exprime le mieux. Tradition oblige, chaque paragraphe du chapitre est illustré par un grand vin, jeune ou portant sa maturité de plus de 20 ans, commenté pédagogiquement par un Grand Conseiller. Lors des intronisations, la confrérie s’est agrandie de cinq Confrères et Consœurs Apprentis, d’un seul Confrère Compagnon et un seul Confrère Maître - certes, l’un venant spécialement des Antilles et l’autre, Alsacien du Sundgau, de Shanghai ! Au passage, Martine Becker a salué la mémoire de Fernand Ortlieb, grâce à qui les jeunes viticulteurs alsaciens ont pu accéder à une formation professionnelle après la guerre, quand tout, vignoble, cave et clientèle, était à reconstruire. De plus, il fut Grand Maître en 1954. Des membres de sa famille ont fait un lointain déplacement pour participer à ce chapitre. Dans sa profession, le Grand Maître a beaucoup œuvré pour faire connaître les vins d’Alsace au Japon : elle propose son Excellence Takamasa Sato, consul général du Japon, observateur permanent du Japon auprès du Conseil de l’Europe, et Toru Yoshikawa, consul du Japon à Strasbourg, comme Confrères d’honneur. Tous deux ont juré fidélité au vin d’Alsace, puis se sont soumis avec plaisir et humour à l’épreuve des deux vins et à celle du loyala. À la confrérie, le Héraut a toujours le dernier mot ; Jean-Louis Vézien a lancé sa harangue à la gloire du riesling, bien sûr. Si parfois il a pris un nom fantaisiste (du marketing avant l’heure), le cépage a su rester fidèle à lui-même à travers les siècles, sans mutation. Portant la marque du sol où il est né, le riesling est le vin idéal pour la gastronomie et, venant d’ici, il sait se marier avec toutes les cuisines du monde : le riesling d’Alsace est d’une universalité admirable. Les chefs, Patrick Fulgraff et Gautier Zehrfuss, avec Laurent Kieny pour le dessert (ces deux derniers ont été intronisés Confrère Sénéchal au cours du repas), ont servi un grand dîner du chapitre, à raison d’un plat typique, mais sublimé, par continent, en parfaite harmonie avec les vins.

Publié le 14/06/2018

Le syndicat viticole de Ribeauvillé a revisité la formule de sa foire aux vins il y a dix ans. En l’associant étroitement à la gastronomie, il en recueille aujourd’hui les fruits.

« La fête du vin de Ribeauvillé ». Ce nom a traversé les siècles. La première est mentionnée en 1875. La suivante s’est déroulée en 1921. La Seconde Guerre mondiale a empêché la tenue d’autres éditions. Mais en 2018, la fête qui revendique la place de plus ancienne en son genre en Alsace, célèbre fièrement sa 90e édition. Au fil des ans, cette doyenne a longtemps hésité entre centre-ville et jardin de ville avant de se fixer. « Je me souviens du temps où elle se partageait entre le caveau et la place de la mairie. Les gens s’arrêtaient volontiers. Les vins génériques et la tarte flambée tenaient la corde. On échangeait ses francs contre des jetons. C’était très festif et cela se passait très bien économiquement » raconte Francis Fischer, président du syndicat viticole de Ribeauvillé. Dans les années 2000, les premières interrogations se font jour. Dans une salle soumise aux changements de la météo, les vins sont tantôt servis trop chauds, tantôt trop froids. « Les conditions de dégustation étaient perfectibles, les vins pas suffisamment valorisés » résume sobrement Francis. En 2008, le syndicat change son fusil d’épaule. La fête revient au jardin de ville pour ce qui ressemble à une installation définitive. « Il y a de la place pour se garer. La salle du parc peut accueillir beaucoup de monde à la fois. Elle a l’immense avantage d’être climatisée. Les vins sont dans des conditions optimales. C’est essentiel dans les nouvelles orientations prises » indique Francis. Rebaptisé « la fête du vin et de la gastronomie », l’événement invariablement programmé le week-end suivant le 14 juillet s’est donné une nouvelle priorité : l’accord mets/vins. Le syndicat s’associe pour l’occasion à huit restaurateurs, deux pâtissiers, un fromager et un distillateur du cru. Chaque chef reçoit mission d’inventer un plat en le mariant à deux vins qui peuvent l’accompagner. Chaque duo est servi aux stands alignés dans l’allée de la gastronomie qui relie la salle du parc au chapiteau qui abrite les soirées dansantes. Le syndicat a également voulu rythmer les trois jours. Ils démarrent avec une inauguration le vendredi à 16 h 30 parrainée par une personnalité du monde politique, gastronomique ou économique, en l’occurrence en 2018 Gilles Neusch, directeur du Civa. Le samedi à 15 h, un sommelier aborde un thème. Philippe Nusswitz parlera cette année des vins du XXe siècle. Comme il n’est pas question de mélanger les genres, la dégustation n’est ouverte qu’après coup. Le dimanche, l’apéritif concert est incontournable. Une « bataille » entre deux chefs, mis au défi de réaliser le même plat, anime l’après-midi devant le jury chargé de les départager. Servir un vin, pas un numéro ! Les vins restent bien entendu les rois du week-end car le but est « moins de faire la foire, que de montrer davantage les vins ». Chaque exposant peut en sélectionner quinze au maximum, dont au moins un du dernier millésime. « Aujourd’hui, la tendance est nettement de mettre les grands crus en avant. Le programme les présente en détail. Parmi les cépages, le riesling est le mieux représenté. Les échantillons sont typés. Ils montrent de la minéralité et de la fraîcheur » note Francis. Les verres sont jaugés à 4 cl. La salle du parc ferme à 22 h 30 car l’objectif est clairement de faire la promotion des vins. « Le viticulteur est là pour rencontrer le public. Il veut lui parler de son métier. Lui servir un vin, pas le numéro que porte l’échantillon ! Nous avons adapté la manifestation à l’évolution de la société. La finalité est que les visiteurs se souviennent favorablement de ce qu’ils ont bu et mangé pour qu’ils retournent chez le viticulteur et/ou chez le restaurateur » insiste Francis. Même en l’absence de statistique sur le nombre exact d’entrées, Francis est persuadé que « cette formule draine plus de monde qu’auparavant ». Environ deux tiers des participants habitent le secteur. « Certains habitués viennent chaque soir. Il est vrai que le rapport qualité/prix est imbattable » assure Francis. Depuis cinq ans, le syndicat équilibre son budget. « Hors de question de retourner dans le rouge ! Heureusement que nous pouvons compter sur le concours de plusieurs partenaires et celui en premier lieu de la ville de Ribeauvillé. L’expérience nous permet d’une part d’être de plus en plus rigoureux dans l’organisation et d’autre part de bien gérer les achats ». Le bénéfice qui subsiste est réinvesti dans le matériel. Chaque édition est suivie de deux réunions bilan, l’une avec les viticulteurs et les métiers de la bouche, l’autre avec la commission de préparation qui s’attelle à la tâche dès février/mars.  

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