Les prélèvements pour les prévisions de récolte 2018 ont été réalisés le 21 et 22 juin. Les comptages s’appuient sur un réseau 200 parcelles représentatives de l’encépagement, des spécificités pédoclimatiques alsaciennes et de l’état sanitaire du vignoble. À ce jour, ce travail d’estimation laisse entrevoir une belle vendange, à condition qu’elle ne subisse pas d’aléas climatiques défavorables avant vendange.
Après un millésime 2017 marqué par le gel et une faible récolte, le millésime 2018 s’annonce de belle qualité. La fertilité est au rendez-vous mais avec un nombre de grappes qui cache toutefois une disparité en termes de poids entre les parcelles mais surtout entre sous-régions. Ce qui caractérise ce millésime, c’est la taille des baies plus que la taille des grappes en elles-mêmes, garantissant un volume de développement important pour la suite du millésime. On notera également que le muscat et le gewurztraminer sont en deçà des autres cépages, en raison de la coulure pour les muscats et de grappes de petite taille pour le gewurztraminer. Cette belle fertilité s’explique par les conditions climatiques favorables lors de l’initiation florale en 2017. Pour rappel, l’initiation florale se réalise l’année n-1, au moment de la floraison, et est fortement dépendante de la température et de la luminosité. Ces deux derniers facteurs ont été au rendez-vous lors de la floraison 2017 et ont impacté positivement la fertilité de ce millésime 2018. Après une année 2016 où la vigne a eu tendance à s’épuiser avec une charge en raisins conséquente et un stress hydrique tardif, la faible charge de 2017 permettait d’entrevoir une bonne mise en réserve pour la plante. En conclusion, le millésime 2018 a débuté avec toutes les chances de son côté.
Retour sur le millésime 2018
Avec des températures fraîches en sortie d’hiver, le millésime semblait s’annoncer dans la moyenne au niveau de la phénologie, du moins au moment du débourrement qui a eu lieu le 12 avril 2018 sur le site de Bergheim. Ensuite, le vignoble a bénéficié d’une météo très favorable à la croissance végétative de la vigne avec des températures chaudes, y compris la nuit, accompagnées d’un régime orageux occasionnant des pluies souvent conséquentes. Ce régime orageux a conduit à une croissance extrêmement rapide de la vigne, avec un développement important des entre-cœurs. Le millésime a finalement pris de l’avance avec la mi-fleur enregistrée le 29 avril pour le site de Bergheim, faisant du millésime 2018 le 3e plus précoce à ce stade après 2011 et 2007. La floraison a globalement eu lieu dans de bonnes conditions sur le vignoble, bien qu’isolément la pluie ou le vent aient pu perturber cette dernière et provoquer un peu de coulure. Il convient d’être toutefois vigilant afin de maintenir le potentiel de vendange dans un bon état sanitaire, aussi bien vis-à-vis du mildiou que de la pourriture. Un risque lié au stress hydrique estival est également bien présent au vu de la végétation que la plante doit alimenter.
Situation phytosanitaire 2018
Depuis la fermeture de la grappe, l’anticyclone s’est installé, permettant aux vignerons de finaliser les travaux en vert et l’entretien des sols. Le mois de mai a battu des records de températures et de précipitations orageuses occasionnant localement de forts ravinements. Le mildiou aurait dû apparaître plus abondamment mais il semble que les conditions sèches et venteuses du début du printemps aient calmé ses ardeurs. Mais début juillet, il fait une apparition remarquée, principalement sur feuilles. Les pluies répétées ont ouvert une faille dans la protection phytosanitaire, occasionnant du « rot brun » sur grappes. L’oïdium reste discret à ce jour. Les vers de la grappe, discrets également en première génération, se retrouvent un peu plus sur la seconde génération qui a démarré très lentement mais est restée limitée. Un millésime précoce comme celui-ci occasionnera une maturation principalement sur le mois d’août, ces conditions chaudes d’été sont très souvent favorables à des départs de pourriture occasionnés par des éclatements ou des blessures sur les baies.
2018 a d’ores et déjà battu des records de précocité en termes de développement végétatif, en moyenne la fermeture de la grappe à trois semaines d’avance par rapport à une année normale (moyenne des 30 dernières années). En parallèle, la charge présente laisse augurer d’une belle récolte en quantité et en qualité, sous réserve d’accidents climatiques, de pourriture, ou de blocage en cas de stress hydrique marqué.