À Ottrott, le domaine Fritz-Schmitt mélange finement et astucieusement vins d’Alsace et cuisine espagnole dans une ambiance décontractée. Cette initiative doit participer à sa promotion.
Le fond de l’air est un peu frais, mais la soirée s’annonce douce comme les morceaux de l’orchestre à quatre musiciens originaires du village. Il est vingt heures ce 15 juin et Catherine, Bernard et Antoine Schmitt peuvent être rassurés. La troisième édition de leur soirée tapas a quasiment fait le plein, soit les 150 personnes inscrites. Quand ils ne sont pas dans la file d’attente à la caisse tapas ou à la caisse boissons, devant le poste de distribution des tapas ou celui du vin, les participants à la soirée devisent à table, debout ou assis, à l’abri d’un chapiteau ou en plein air. La formule inspirée à Catherine par des collègues de Rhône-Alpes est rodée. La viticultrice accueille les convives en leur expliquant « comment ça se passe ». Chaque couple ou groupe de convives ayant réservé sa place reçoit un verre et est invité à choisir une bouteille lestée d’eau dans le bouchon de laquelle a été piqué un fanion portant un numéro. Il la dépose à la place qu’il a repérée, par exemple sur un mange-debout ou un madrier improvisé en table posé sur deux bottiches renversées. Il note sur une feuille ce qu’il désire consommer et va passer commande. Il est servi directement en vin. Les tapas lui sont apportés à table. Ce soir-là, il a le choix entre six suggestions à 3, 5, 6 ou 7 €. La plupart est préparée à la minute par un traiteur et son équipe de quatre personnes. Au menu cette année : albondigas (boulettes de viande et sauce tomate), accras de morue, tortillas de pomme de terre, assiette de charcuterie ou de fromage, moules. Des mini-crème brûlée à 2 € et des mini-tartelettes citron à 3 € font office de douceurs.
Le nombre de places est volontairement limité. Il n’est pas question d’accueillir des groupes de plusieurs dizaines de personnes. Depuis l’an passé, les viticulteurs installent des bancs car « l’Alsacien veut s’asseoir au bout de deux heures passées en station debout ». Ce soir douze vins figurent sur la carte. Comptez cinq blancs, deux crémants, deux rouges, un rosé, deux vendanges tardives. Ils sont vendus de 2 à 4 € le verre et de 11 à 17 € la bouteille à l’exception d’un riesling vendanges tardives qui grimpe à 23 €. « Cela correspond peu ou prou au prix caveau. Ce sont les vins qui sont déjà sur notre tarif 2018. Le budget à prévoir par participant est le même que pour une soirée dans un bar à vins » précise Catherine. Exceptionnellement cette année, un treizième vin complète l’offre. Invité par Justine, la reine des vins d’Alsace en titre et fille de Catherine et Bernard, le Comité des reines propose sa cuvée dont le profit de la vente est reversé à deux associations caritatives.
La promotion deux mois avant
Des habitués sont venus « par sympathie », « pour la convivialité » et pour « passer un bon moment entre nous ». Le nombre de nouveaux visages est important. « C’est la première fois que nous étions libres à cette date » confie Sylvie, venue avec cinq amis. Le côté « guinguette » plaît à Mélanie et Morgan. Le cadre champêtre, la vue sur le mont Saint-Odile, « ça change du restaurant » jugent Yves, René, Sylvie et Deborah. La liberté de vadrouiller de table en table, de lier conversation avec les uns et les autres séduit. Sonia relève le « paradoxe » du mariage entre tapas et vins d’Alsace. Elle n’est pas la seule. Marc trouve que « les blancs passent bien avec des mets un peu épicés ! ». Il a déjà apprécié qu’Antoine lui ai fait faire un rapide tour de cave et qu’il ait eu toutes les informations sur le déroulement de la soirée à son arrivée.
Catherine a fait la promotion de l’initiative deux mois en amont de sa date programmée en publiant un encart dans un gratuit local, en l’annonçant sur la page facebook du domaine, sur le dépliant qui contient les tarifs 2018 et par l’inévitable bouche-à-oreille. Le rendez-vous obéit à des horaires bien cadrés. Tout démarre à 19 h. L’orchestre joue à partir de 20 h et donne un concert de 21 h à 22 h 30. La fin est programmée à 23 h 30, pour ne pas jouer les prolongations et pouvoir débuter le rangement dans la foulée. « C’est un bon public. À la différence du pique-nique du vigneron où l’assistance est plus familiale, de l’apéro gourmand où nous voyons davantage de couples de plus de cinquante ans, ici ce sont souvent des connaissances, des collègues de travail, des clients. Ils comprennent qu’un cadre soit fixé » lance Catherine. « Ce genre d’occasion fidélise par les bons moments que les participants ont partagés. Elle enclenche des ventes au caveau dans le mois qui suit. Mais nous l’organisons en premier lieu pour faire parler du domaine et de ses vins ».