Viticulture

90e fête du vin de Ribeauvillé

Honneur au terroir et à la gastronomie locale

Publié le 26/07/2018

Du 20 au 22 juillet, la 90e fête du vin de Ribeauvillé, associée pour la onzième fois à la gastronomie, a permis aux nombreux visiteurs d’avoir la possibilité de goûter plus de 270 crus issus de 24 domaines, dont 40 % en agriculture biologique. 

La plus ancienne fête du vin de la région, organisée par le syndicat viticole de Ribeauvillé, a su s’adapter aux évolutions de la société. Depuis 1895, elle offre la possibilité de mettre en valeur la viticulture locale. Chaque année, elle innove. Depuis 2008, la gastronomie apporte une nouvelle touche de qualité à la manifestation. « Organiser un tel événement exige de la disponibilité et de l’engagement de la part de tous les bénévoles », rappelle le président du syndicat viticole de Ribeauvillé, Francis Fischer. Il a salué les efforts de toutes les personnes qui ont permis de pérenniser cette fête, dont l’objectif est de promouvoir les produits du terroir et le savoir-faire des acteurs viticoles et gastronomiques du territoire. La fête 2018 a rassemblé 24 domaines et, parmi eux, il fallait noter le retour du domaine de Georges Lorentz. Lors de l’inauguration, Francis Fischer a rappelé l’engagement de la profession viticole en faveur de l’environnement. « Nous sommes nombreux à pratiquer la confusion sexuelle. Depuis plus de dix ans, cette activité concerne 80 % du ban communal. Notre objectif est de la pratiquer sur l’ensemble du vignoble. Nous avons installé des haies et 30 nichoirs aux abords de nos parcelles », rappelle Francis Fischer. La fête de Ribeauvillé s’est déroulée à quelques semaines des vendanges. « Pour les zones les plus précoces, nous sommes à un petit mois du début de la récolte. La croissance de la vigne a été rapide. Nous avons douze jours d’avance sur la moyenne de ces trente dernières années. L’état sanitaire est bon. Il faut espérer que la météo reste favorable », ajoute Francis Fischer. Quelques heures après ces déclarations, un épisode orageux a provoqué des dégâts importants dans le secteur de Kaysersberg (lire en page 26). Une belle longévité Francis Fischer n’a pas caché son agacement face à certains sujets. « Est-il nécessaire d’augmenter la taille du cryptogramme de la femme enceinte sur les étiquettes pour savoir qu’il ne faut pas boire d’alcool pendant la grossesse ? D’écrire des listes d’avertissements sur des étiquettes en accordéon que personne ne lira ? Faire du vin un produit délictuel, multiplier les lois plutôt que de faire de la prévention ? » Un débat récurrent dans le vignoble. Le président de l’association des viticulteurs d’Alsace (Ava), Jérôme Bauer, a rappelé que le vignoble alsacien est « le plus vert de France. Celles et ceux qui ne sont pas en bio ont des pratiques qui respectent l’environnement. Nous n’avons pas attendu l’actuelle pression sociétale pour agir ». Des propos complétés par le maire de Ribeauvillé, Jean-Louis Christ. « À Ribeauvillé, nous donnons des exemples, et nous avons des projets. Votre démarche est louable et exemplaire ». Invité d’honneur de la manifestation, le directeur du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), Gilles Neusch, a rappelé les responsabilités et le rôle du Civa. « J’ai accepté de parrainer cette manifestation car vous associez des pépites gastronomiques et viniques. Vous réunissez tous les savoirs pour promouvoir vos produits. C’est, à l’échelle de l’Alsace, l’objectif que nous avons également au Civa. Notre région réunie tous les terroirs du monde. Nous sommes une référence pour les vins blancs. Nous élaborons des vins humains. Il faut en prendre conscience et en être fier. C’est ce qui nous distingue des autres. Travaillons ensemble pour promouvoir ce savoir-faire », poursuit Gilles Neusch. Il ne restait plus qu’à la reine des vins d’Alsace, Justine Schmitt, et à ses deux dauphines, Clémence Bléger et Marie Grund, d’ouvrir officiellement la manifestation. Le succès a été au rendez-vous des trois jours de fête qui ont suivi. Avec notamment une dégustation commentée de Philippe Nusswitz, meilleur sommelier de France et meilleur sommelier international en vins et spiritueux français en 1986, et un « cook show » réunissant des chefs et des vignerons.

Publié le 26/07/2018

En seulement huit minutes, un violent orage de grêle a impacté une grande partie du grand cru Schlossberg sur les coteaux surplombant Kientzheim et Kaysersberg. Un évènement climatique rare dans ce secteur, qui a touché une centaine d’hectares. Les pertes vont de 30 à 40 % dans les parcelles les plus touchées.

Huit petites minutes. C’est le temps qu’il aura fallu à la grêle pour endommager le vignoble de Kientzheim et alentour. Il est 18 h 30, vendredi dernier, quand l’orage frappe le secteur de Kaysersberg. Au milieu de cet évènement climatique, un couloir de grêle s’établit de la Weiss pour s’étendre jusqu’aux vignobles de Mittelwihr et Riquewihr. Au milieu, tout le Schlossberg est touché à différents degrés. Les terroirs Altenbourg et Furstentum enregistrent moins d’impacts, avec des dégâts néanmoins significatifs. Au total, une centaine d’hectares sont touchés avec des pertes allant de 30 à 40 % au cœur de ce couloir dévastateur. Au vu des observations faites dans les parcelles, les rieslings ont un peu mieux résisté aux impacts que les différents pinots. Évidemment, cela « complique un peu les choses » pour la récolte à venir, analyse lucidement le président du syndicat viticole de Kientzheim-Kaysersberg, Patrick Schiffmann. D’autant plus que très peu de vignerons du secteur sont assurés contre ce type de risque. « Il faut dire qu’on a très rarement de la grêle au Schlossberg. Ce qui est arrivé là est un évènement exceptionnel qu’on ne s’explique pas. Bien sûr, il y a eu des épisodes de grêle par le passé, mais on s’en est toujours bien sorti. » Tout n’est cependant pas encore perdu pour les grappes touchées. Les viticulteurs attendent maintenant une période de chaleur (ce qui a été le cas pendant la semaine écoulée) et de sécheresse pour accentuer la cicatrisation stimulée par des traitements. « Et puis le millésime est généreux et précoce. Cela régule un peu les choses. Maintenant, il faut voir comment la maturation va se dérouler. En attendant, on va essayer de se serrer les coudes entre viticulteurs. »

Jeunes vignerons indépendants d’Alsace

« Pour que nos vins fassent rêver, il faut qu’on rêve »

Publié le 21/07/2018

Respect de la personnalité, sensibilité environnementale, vins plutôt décarbonés et exprimant le terroir : ces traits de caractère générationnels sont communs à l’ensemble des vins des jeunes vignerons indépendants d’Alsace.

Ils ont une conscience environnementale plutôt aiguë, ils préfèrent des vins plutôt décarbonés, c’est-à-dire exprimant peu les typicités de cépages et plutôt sans sucrosité résiduelle, et ils misent sur du vin exprimant fortement la personnalité de son auteur : « Le but n’est pas de standardiser et que tout le monde se ressemble, au contraire, nos différences sont des richesses », expliquent les Jeunes vignerons du Synvira. Mais leur propos sur le « respect de la diversité » vise aussi à « éviter les logiques frontales intergénérationnelles », car au final, « le but est que l’Alsace réussisse et que chacun y trouve sa place ». Le groupe présentait ses vins chez Victor Roth, à Soultz, à des journalistes guidés dans le vignoble alsacien par l’interprofession et l’agence de communication Rouge Granit, les 10 et 11 juillet derniers. Des vins de forte personnalité avec si possible l’empreinte géologique du terroir. Au départ, le Civa avait approché trois jeunes vignerons, dont Victor Roth, pour rencontrer ces journalistes. Mais à son initiative, Victor Roth a préféré que cette visite de presse en Alsace profite à l’ensemble du groupe des jeunes. C’est un autre trait de caractère de cette génération. Solidaire quand il s’agit d’argent collectif. Désireuse de « passer à autre chose » Ils se sont donc mobilisés pour présenter un panel de vins représentatifs de cette nouvelle génération de vignerons qui fonctionne différemment, désireuse de « passer à autre chose », souligne Denis Hébinger, tant au plan sociologique qu’environnemental. Extrêmement dynamique, attachée à son indépendance pour mieux exprimer ses personnalités, cette génération de jeunes vignerons revendique l’élaboration de vins éloignés du classicisme alsacien : des vins sans sucrosité apparente, plutôt vineux et minéralisés, plutôt que typés cépage. « Ce qui nous importe c’est de communiquer sur le terroir », explique Denis Hébinger. « On rentre chez un caviste, on y voit une bouteille dans le rayonnage, et on est incapable de dire d’où vient cette bouteille », développe Mathieu Deiss. « Donc on va faire une carte des crus. Peut-être cette carte est-elle un « acte politique » au regard du projet de hiérarchisation en cours, mais elle est surtout « un outil pour le grand public, partant du constat que chez le caviste, globalement, le consommateur est incapable de situer d’où vient une bouteille, alors que pour n’importe quelle bouteille de bourgogne, on sait d’où elle vient », poursuit le jeune vigneron. « Comment donner envie à des producteurs de s’inscrire dans un cadre s’il n’existe pas, s’il n’a pas de réalité ? », interroge-t-il. Et le fondement du cadre, ce sont les 119 communes du vignoble habilitées à élaborer du vin d’Alsace : « Un lieu-dit, s’il n’a pas de commune, c’est compliqué. Nous avons donc nommé un référent par village. Le but est aussi de discuter des terroirs, que nos villages puissent partager ces informations ». Un groupe foisonnant Le groupe se dit « foisonnant, avec plein de projets dans ses cartons ». Mais il fonctionne comme un collectif plutôt qu’en association : « Celui qui a une idée la porte. » Ce fonctionnement a déjà accouché de quelques événements retentissants qui ont apporté un souffle de fraîcheur dans le vignoble. « L’idée du partenariat avec les Étoiles d’Alsace, dans le cadre de la formule jeune, était portée par Arnaud Baur », explique Denis Hébinger. Ce qui a donné lieu à l’événement aux Haras de Strasbourg, et permis de capter un public jeune jamais rencontré jusque-là… Les jeunes vignerons ont d’autres projets : Ils se réunissent régulièrement chez l’un ou l’autre avec un intervenant-formateur. « L’idée est que les jeunes qui s’installent aient des relais, partagent des informations, sur des sujets comme la succession, le droit rural, le packaging, la communication non violente en entreprise familiale… » Attaché à son indépendance, chaque vigneron du groupe a démarché deux entreprises susceptibles de le sponsoriser. Résultat, il disposera d’un budget de fonctionnement et donc d’une autonomie décisionnelle et d’action. On devrait retrouver certains de ces jeunes vignerons et leurs vins, le 28 juillet prochain à la Villa Tschaen, une galerie d’art de Colmar.

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