Technique

Le Gaec et les Délices du Chênesire, à Steige

Des laboratoires et un magasin sur-mesure

Publié le 25/01/2023

Victimes d’un incendie en 2017, les Richard, à Steige, n’ont eu d’autre choix que de partir d'« une page blanche » pour recréer leurs laboratoires de transformation et leur magasin de vente directe, quelques mètres devant le bâtiment d’élevage des vaches laitières, intact. Depuis 2019, ils évoluent dans des locaux sur-mesure et, encore aujourd’hui, comme neufs.

« L’incendie, ici, en 2017, au 71 rue principale, à Steige, a tout endommagé. Il n’y avait plus un seul mur debout. Seuls restaient les soubassements et la cave. Nous avions déjà entamé une réflexion sur l’agrandissement des laboratoires de transformation (la fromagerie et l’atelier des glaces) et du magasin de vente directe, avant les dégâts. L’incendie a précipité la remise en question », constate Sébastien Richard, 39 ans, éleveur, fromager et glacier, même si cette dernière casquette n’est portée qu’en période de rush, à Noël. Le fils de Bertrand Richard, avec qui il est associé à 50/50, sur le Gaec du Chênesire (lire l’encadré), à Steige, est multitâche. En plus de ses activités quotidiennes, il a pensé les nouveaux locaux, avec Mélanie, son épouse. Le couple a dû travailler à la transformation, plus de deux ans, dans une location, sur une autre commune, le temps de la conception et des travaux de leurs nouveaux « outils ». « Nous étions limités, physiquement, car les laboratoires et le magasin se situent sur les fondations d’une habitation de 1820. La question principale était la suivante : comment réaménager l’espace, le redimensionner pour qu’il réponde à nos besoins ? », partage Sébastien Richard. Le permis de construire est déposé, fin 2017. Il est accepté au début de l’année suivante. Les travaux, rue principale, à Steige, débutent en septembre 2018. En juillet 2019, les jeunes Richard ouvrent leur nouveau magasin, en lieu et place de l’ancien. « Puisque c’était un incendie, un architecte nous a accompagnés tout au long du projet. Il a fallu coordonner plusieurs corps de métiers. Moi, j’ai principalement travaillé sur le plan des laboratoires de transformation. Nous avions déjà du matériel, racheté directement après l’incendie, différents meubles, dont certains de 5 m de long, à caser dans les volumes. Nous avons défini les grandes masses et l’architecte a affiné, en prenant en compte les poteaux soutenant le niveau supérieur du bâtiment, par exemple », détaille Sébastien. Au rez-de-chaussée, le magasin peut accueillir une dizaine de clients en même temps, dans un espace de presque 40 m2. Deux vitrines pour les pâtisseries glacées encadrent une vitrine en froid positif pour les fromages, crèmes dessert et charcuteries, et deux congélateurs pour les bacs de glaces. En largeur, un mur est consacré à une étagère de produits du terroir : de l’achat-revente. Trois mange-debouts invitent à la dégustation. À l’arrière du magasin qui a pignon sur rue, se déploient les laboratoires, traversés de part en part, par un long couloir. La première pièce (de 15 m2) est totalement dédiée à la fabrication des glaces artisanales car elles sont pasteurisées. La machine à glace produit entre 35 et 40 l de glace par heure. Le surgélateur les conserve à - 35 °C.     Des laboratoires de 15 m2 Une petite laverie jouxte le labo des glaces. La pièce est linéaire pour assurer la marche en avant, du sale au propre. En face, le vestiaire et les sanitaires permettent aux trois personnes, travaillant aux glaces et à la vente, à temps complet (dont Mélanie), de se changer. Une chambre froide à - 20 °C (de 12 m2) suit la laverie. Puis une chambre en froid positif (de 4 m2). En miroir, une pâtisserie (de 13 m2) pour les montages et finitions des glaces, esquimaux et entremets, et une pièce servant à stocker les emballages, etc. Une porte à côté donne sur la cave d’affinage. Tout au bout du couloir, une petite plonge et une pièce pour l’emballage des fromages côtoient la fromagerie (de 15 m2), où arrive directement le lait de la ferme (lire l’encadré). La fromagerie est la seule pièce chauffée, à 22, voire 23 °C. Ailleurs, une VMC recycle entièrement l’air, pour consommer le moins possible d’énergie. Les Richard et leurs employés œuvrent à 18 ou 19 °C. S’il fait moins de 34 °C dehors, ils n’ont pas besoin d’allumer la climatisation. « Tout a été construit aux normes BBC, basse consommation. Dans la cave, la température pour l’affinage des fromages fluctue entre 11 et 15 °C, selon le mois de l’année », précise Sébastien Richard. Au total, pour les nouveaux laboratoires et le magasin, l’investissement s’élève à 280 000 euros, en comptant la prime de l’assurance, qui a indemnisé des espaces bien plus petits, puisqu’avant le magasin et les labos mesuraient, additionnés, à peine 40 m2. Pour alimenter en eau chaude, notamment, les laboratoires et la salle de traite, mais aussi la maison d’habitation attenante, une chaufferie à plaquettes de bois a été installée, concomitamment. « Nous avons très bien passé la période d’augmentation des prix de l’énergie, pointe Mélanie Richard. Le bois est le nôtre. Il vient de nos forêts. Nous payons uniquement le déchiquetage : 1 000 euros pour deux ans, en prestation de service (lire l’encadré). Pour stocker les plaquettes, un silo de 12 m sur 6 a été construit, près du bâtiment d’élevage, dans lequel les animaux rentrent de fin novembre à mi-avril, uniquement. « Nous avons bénéficié du soutien financier de la Région pour les ateliers de transformations de glaces et de fromages, grâce à une subvention de 40 000 euros, versée à chaque structure, ainsi que d’une aide, dans le cadre du programme Climaxion, pour le projet de chaufferie (avec silo de stockage), de 35 000 euros », conclut Sébastien Richard, reconnaissant.

Publié le 24/11/2022

Situé en plein cœur du parc d’innovation d’Illkirch-Graffenstaden, le laboratoire d’analyses Twistaroma décortique depuis 2011 la composition aromatique de différents produits, notamment du houblon. D’abord pur, et désormais après brassage et fermentation dans des minibières. Une technologie porteuse de nombreuses autres applications et d’alléchantes découvertes sur ce que les arômes disent des produits qui les renferment.

Telle une alvéole au sein d’une ruche, le laboratoire Twistaroma a ses locaux au sein de l’École supérieure de biotechnologie de Strasbourg (ESBS), elle-même située au cœur du parc d’innovation d’Illkirch-Graffenstaden. Sur quelques mètres carrés, l’équipe de huit personnes est un concentré de matière grise, de savoir-faire et de technologies. Leur spécialité : décortiquer les composés volatils, responsables des arômes, de tous types de matières premières, avec des applications en agroalimentaire, cosmétique ou encore pharmacie et médecine. Solène Dubs, ingénieure en phytochimie analytique, membre de l’équipe de Twistaroma depuis 2021, procède au tour du propriétaire. « Ici, vous avez un GC-ToF-MS ». Comprendre un chromatographe en phase gazeuse (GC), couplé à un spectromètre de masse (MS). Le premier permet de séparer les molécules en les faisant passer dans une colonne. Le second de les identifier en les fragmentant. Particularité de cet outil, il est couplé à un olfactomètre : « Nous pouvons donc d’une part, identifier une molécule grâce au spectromètre. Et de l’autre, lui attribuer une odeur. Cela nous permet de dire quelle molécule est responsable de quelle odeur dans un produit », explique Solène Dubs. Sentir une odeur, c’est une chose. Mettre un mot dessus en est une autre, et cela nécessite un certain entraînement, précise l’ingénieure. De l’autre côté de la paillasse trône un autre GC-MS, cette fois couplé à un appareil qui permet de détecter les thiols. « Ce sont des molécules très difficiles à détecter, car elles sont très vite oxydées et dégradées. Or, elles sont intéressantes car elles apportent des arômes particuliers, notamment dans le vin et la bière ». Twister les arômes avant de les analyser Mais avant de pouvoir analyser les échantillons, il faut les préparer. « Nous travaillons beaucoup avec des twister, qui ont donné le nom à l’entreprise », raconte Solène Dubs, en s’emparant d’un petit tube contenant un barreau métallique encore plus petit : c'est un twister. Celui-ci comporte une phase qui lui permet d’adsorber les molécules volatiles. Dès lors, il suffit de le plonger dans la matière à analyser pour qu’il se charge des molécules qu’elle contient. Celles-ci sont ensuite chauffées, pour qu’elles se désorbent du twister, puis à nouveau refroidies pour qu’elles se fixent à l’entrée de la colonne du GC, dans laquelle elles migrent en fonction de leur point d’ébullition, portées par de l’hélium. Parmi les matières analysées par Twistaromara, le houblon figure en bonne place. En effet, le laboratoire travaille depuis sa création à la caractérisation des arômes des houblons alsaciens avec le Comptoir agricole. Une collaboration qui a donné lieu à des publications scientifiques, et qui a permis d’affiner les connaissances sur cette plante emblématique du terroir alsacien. Ainsi, Twistaroma a participé à l’établissement de la carte d’identité aromatique de différentes variétés de houblon, et à la création d’une base de données qui référence près de 400 molécules. À ce jour, les profils aromatiques de quelque 150 variétés de houblon ont été analysés, d’abord sur du houblon pur, puis dans des minibières.   Du matériel petit mais costaud En effet, l’élaboration de la bière fait intervenir différentes étapes (brassage, fermentation…) susceptibles de faire évoluer les arômes des houblons. Pour mieux connaître comment les composés aromatiques du houblon évoluent dans les bières, Solène Dubs a imaginé et créé une plateforme de minibrassage et de minifermentation, baptisée Ambers (pour Automated Mini Beers Screener), qui repose sur un passeur d’échantillon modifié. Toutes les étapes du brassage sont respectées, mais à plus petite échelle : les tubes contiennent 3 g de malt, 5 ml d’eau, 20 mg de houblon, 0,5 g/l de levure… Durant l’étape de fermentation, les tubes sont régulièrement pesés et du CO2 est prélevé. Une opération qui vise non seulement à éviter que les tubes explosent sous la pression du gaz, mais aussi à vérifier que la fermentation a bien lieu, et à détecter le plateau d’émission de CO2, qui signe sa fin. Des twister sont ensuite déposés dans chaque minibière afin d’en capter les arômes et de les analyser par GC-ToF-MS. Enfin, les résultats obtenus subissent une analyse statistique pour s’assurer de leur robustesse. Une étude pilote a été menée pour étudier l’effet de cinq variétés de houblon sur les bières obtenues, tous autres paramètres égaux par ailleurs. Les résultats obtenus permettent d’affirmer que 86 composés sont présents à des teneurs significativement différentes entre les bières, et que certains sont très liés à la variété de houblon utilisé. Ainsi, le Butyl 2-methylbutanoate est retrouvé significativement en plus grande quantité dans les bières brassées avec la variété de houblon Barbe Rouge. Les résultats ont aussi été soumis à une analyse en composantes principales (ACP), qui a permis de clustériser les minibières par groupe de similitudes de profils aromatiques. Des travaux qui ont permis de démontrer que les variétés peuvent être séparées en fonction de leur pays d’origine, qu’Aramis et Strisselspalt sont proches... Enfin, les liens entre des caractéristiques aromatiques et physiologiques ont pu être mis en évidence. Ainsi, les variétés riches en sélinènes présentent une bonne tolérance au mildiou et à l’oïdium. Des applications en viticulture « Ces travaux menés en partenariat avec le Comptoir agricole ont fait preuve de concept. Ils ont permis de démontrer que les outils et les méthodes de Twistaroma fonctionnent », souligne Damien Steyer, fondateur de l’entreprise. En effet, en manipulant quelques millilitres de bière et milligrammes de houblon, il a été possible d’établir que les variétés de houblon présentent des profils aromatiques différents, et qu’ils évoluent au cours des processus de brassage et de fermentation : des molécules sont similaires, d’autres sont modifiées, si bien que les signatures olfactives des variétés de houblon évoluent entre du houblon brut et dans la bière. Une fois le concept validé, les travaux vont se poursuivre. Il s’agit de vérifier que les résultats obtenus en version miniature se vérifient à plus grande échelle, en répétant ces analyses sur de plus grands volumes de bière. De réaliser les mêmes analyses sur quelque 150 variétés de houblons avec pour objectif d’identifier les marqueurs génétiques des composés aromatiques afin d’accélérer la sélection de nouvelles variétés de houblon. En outre, les autres paramètres qui influencent les arômes de la bière (types de malt, souches de levure, températures et durées de brassage…) peuvent également faire l’objet d’investigations. Enfin, d’autres produits peuvent être passés au crible des appareils de pointe, notamment le vin, pointe Damien Steyer, également docteur en sciences de la vie, et dont la thèse portait sur les arômes du vin. Il est en effet possible d’investiguer l’effet des cépages, des millésimes, des levures, des terroirs et notamment des types de sols sur les profils aromatiques des vins.

Cultures d'hiver

En avance toutes

Publié le 23/11/2022

À la faveur d’un automne doux et arrosé, les cultures d’hiver ont bien poussé, avec leur cortège de ravageurs et d’adventices. Les agriculteurs font en sorte que les premières soient en avance sur les seconds en sortie d’hiver. Les éleveurs, eux, ont pu profiter du reverdissement inespéré des prairies pour récolter, enfin, de l’herbe. Mais pas de quoi combler le déficit.

Après un été sans eau et très chaud, le retour des pluies en automne, accompagnées de températures qui sont restées douces, s’est traduit par une pousse vigoureuse des cultures d’hiver. « Les colzas ont bien poussé. Mais la douceur est aussi favorable aux insectes, principalement des altises et des charançons du bourgeon terminal », pose Jean-Louis Galais, responsable de l’équipe grandes cultures à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA). Les conditions météorologiques ont un double effet, favorable au développement des plantes et à la persistance des insectes ravageurs. « La question est de savoir qui va gagner », poursuit le conseiller, qui est plutôt confiant sur l’issue du combat qui oppose le colza à ses ravageurs. En effet, les colzas ont l’avantage de leur développement, qui réduit d’autant la nuisibilité des insectes. Ils bénéficient aussi des soins des agriculteurs : « La plupart des colzas ont fait l’objet d’une protection. » L’arrivée de conditions plus hivernales sur des colzas aussi développés peut-elle être préjudiciable ? Pas vraiment, estime Jean-Louis Galais. « Il y a un peu d’élongations, donc un risque de perdre ces tiges qui deviennent sensibles au gel en cas de froid. Mais comme les colzas sont bien implantés, ils pourront compenser sans soucis en mettant en place des ramifications. » Ces conditions automnales poussantes devraient aussi avoir un impact positif sur la fertilisation : « Plus les colzas sont développés, plus ils ont absorbé d’azote et donc moins il y en aura à apporter au printemps. » Et, même s’il gèle et qu’il y a des pertes de feuilles, « la moitié de l’azote contenu dans les feuilles gelées serait remise à disposition de la culture ». Des blés très tallés Alors que les semis de céréales d’hiver s’achèvent, les plantes issues des semis les plus précoces sont déjà bien développées. Comme pour les colzas, les ravageurs ont également profité des conditions climatiques. Des pucerons, potentiellement vecteurs de jaunisses, ont été observés. « Il y a de plus en plus de variétés d’orges tolérantes et, vu les conditions, la plupart des parcelles ont été protégées. » Le risque d’assister à une flambée de jaunisse est donc limité. Idem pour la septoriose. Les conditions sont peut-être favorables à la constitution d’un inoculum significatif. Mais son expression, ou pas, dépendra des conditions météorologiques en sortie d’hiver.   Les levées des céréales d’hiver ont été rapides et régulières. Celles des adventices aussi. Mais « les agriculteurs ont géré, avec des traitements adaptés », rapporte Jean-Louis Galais. « En Alsace, contrairement à d’autres régions, nous sommes quand même rarement en difficulté, il y a toujours une solution à mettre en œuvre », poursuit-il. Autre caractéristique de ce début de cycle : les blés tallent pas mal. Avec le risque, si l’hiver est clément, d’avoir « de véritables prairies » en sortie d’hiver. À ce moment-là, il faudra freiner les blés, sinon, « ils risquent de ne pas tenir debout, et il n’y a aucun intérêt à favoriser la pousse de tiges qui ne donneront pas grand-chose », pointe Jean-Louis Galais. La stratégie généralement employée pour modérer une végétation exubérante consiste à faire l’impasse sur le premier apport d’azote. Soit à couper l’herbe sous le pied du blé !

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