Technique

Publié le 04/10/2022

Cela fait six ans que le Comptoir agricole et Gustave Muller distribuent l’Outil d’aide à la décision (OAD) Farmstar en Alsace. Ses atouts et limites sont désormais bien connus, ce qui permet d’en tirer un maximum de bénéfices.

Développé par Airbus et Arvalis, Farmstar est un OAD qui permet de piloter la fertilisation azotée du blé, de l’orge, du triticale et du colza. Il repose notamment sur la prise d’images satellites qui permettent de mesurer la quantité de biomasse et l’indice de chlorophylle, deux indicateurs qui aboutissent à une estimation de la quantité d’azote dont la culture a besoin à un instant t. Et donc d’apporter la bonne dose d’azote au bon endroit, sans sur ni sous fertilisation. Une théorie que Valentin Gertz, technicien au Comptoir agricole, module : « Farmstar est un outil. Il faut garder un œil critique sur les résultats, et s’en servir comme base de réflexion. En effet, si les résultats donnent une bonne image de la réalité à un temps t, avec des données fiables, ils ne prennent pas en compte l’historique des pratiques ». Ainsi, à force d’utiliser Farmstar, les techniciens du Comptoir agricole se sont rendu compte que, en Alsace, huit années sur dix, il ne pleut pas du 15 mars au 15 avril, ce qui englobe le stade épis 1 cm, généralement atteint fin mars, où les besoins en azote du blé sont importants, et où les agriculteurs effectuent donc un apport d’azote. Or, sans pluie, cet apport n’est pas bien valorisé. « Aussi, lorsque les images satellites arrivent fin avril, elles suggèrent une sous fertilisation, alors que la réalité correspond à une dose d’azote mal valorisée, pointe Valentin Gertz. Ce constat nous a d’ailleurs permis d’affiner nos préconisations en matière de fertilisation azotée de manière à prendre en compte ce risque de manque de précipitation. Nous incitons les agriculteurs à avancer cet apport d’azote, afin de maximiser la probabilité d’avoir une pluie valorisante derrière ».     Valentin Gertz estime qu’en Alsace, les agriculteurs ont plutôt tendance à sous-fertiliser. « Farmstar va donc déclencher des apports de doses d’azote plus élevées qui vont permettre de maximiser le potentiel de rendement ». En outre, Farmstar permet de mieux prendre en compte les reliquats azotés, surtout lorsqu’ils sont élevés, ce qui devrait être le cas cette année. À noter que l’utilisation de Farmstar requiert de fractionner la dose totale d’azote à apporter en trois apports, car c’est surtout sur le 3e apport que la dose est ajustée, potentiellement jusqu’à l’impasse totale. Vers une fertilisation en temps réel À l’heure actuelle, en Alsace, quelque 150 adhérents du Comptoir agricole utilisent Farmstar sur environ 2 000 ha. L’idée que cet outil est réservé aux agriculteurs qui disposent de matériels performants, et notamment d’un épandeur d’engrais à modulation automatique persiste, alors qu’en fait ce n’est pas obligatoire. En effet, Farmstar édite aussi des cartes de modulation manuelle quand c’est possible (lire aussi en encadré). Le Comptoir agricole propose deux formules, une « réglementaire » et économique, qui donne accès aux fonctionnalités de base. Et une formule « agronomique », plus onéreuse, qui donne accès à des fonctionnalités plus poussées pour les agriculteurs les plus techniques. Un nouveau modèle de gestion de la fertilisation azotée, baptisée CHN, est en cours de développement par Arvalis. Il intègre à la fois des données sur les besoins des cultures et les conditions climatiques. Avec ce nouveau modèle, la fertilisation azotée sera pilotée en temps réel, ce qui nécessite plus de trois apports à des doses réduites d’azote, de fin tallage à épiaison. « L’utilisation de cet outil va demander du temps, de suivi des données, de réalisation des apports, de renseignement des pratiques tant en matière de fertilisation que d’irrigation, mais il permet de lever les biais d’origine climatique, et de mieux intégrer les données météorologiques. Ainsi, si aucune précipitation n’est prévue, le modèle ne déclenchera pas d’apport d’azote, même si la culture en a besoin », décrit Valentin Gertz.    

Publié le 03/10/2022

La Cuma des 4 saisons à Galfingue a reçu institutionnels et agriculteurs afin d’échanger autour des leviers disponibles pour préserver les captages d’eau dits « prioritaires ».

Les agriculteurs sont l’un des rouages de la préservation de la qualité de l’eau. Jérémy Ditner, exploitant à Ammertzwiller en a bien conscience. « 80 % de nos terres se trouvent en zone de captage. J’ai repris la ferme céréalière de mes parents qui était dans une rotation classique maïs/blé. Je l’ai diversifiée en y intégrant des couverts végétaux, puis en passant en bio. J’ai alors intégré une dizaine de cultures. Alors que nous étions deux doubles actifs, nous sommes désormais cinq ETP. L’accompagnement est un élément essentiel car sur certains points, nous apprenons un nouveau métier. On ne se soucie plus de l’augmentation des prix des engrais mais plus du désherbage. L’adhésion à la Cuma m’a permis aussi d’intégrer des techniques nouvelles. Le désherbage mécanique nécessite quasiment une machine spécifique pour chaque culture. Seul, je n’aurais pas pu les financer ». Jérémy est membre de la Cuma des 4 saisons à Galfingue qui regroupe 40 adhérents. Trois d’entre eux ont présenté des outils à la fois utiles à leur exploitation et permettant de limiter les intrants ou le travail du sol. La houe rotative est présentée par Olivier Bischoff, agriculteur à Galfingue. « C’est un outil polyvalent (maïs, soja, blé, triticale) qui nécessite peu d’entretien mais beaucoup d’attention lors de l’utilisation notamment dans les virages. Le débit de chantier est de 4 à 5 ha/ha. Elle est louée 8 €/ha. » Également exploitant à Galfingue, Paul Deguille a détaillé les usages du rouleau Faca : « Il a été acheté il y a trois ans. Avec une largeur de 6 mètres pour 5 tonnes, il est utile à la destruction des couverts. Il agit comme un hachoir, il coupe et couche de 3 à 4 ha/h. Il a fait venir de nouveaux adhérents à la Cuma et tourne autour de 250 ha/an car son créneau d’action est large (de la canne de colza, de maïs au Cipan, puis les engrais verts jusqu’à novembre). Il est proposé à 10 €/ha. » Le semis direct pour limiter l’érosion Le dernier outil exposé est un semoir de semis direct proposé seulement à un groupe de trois agriculteurs, on parle alors de section fermée au sein de la Cuma. Il a été acheté en 2021 pour 80 000 € financés à 50 % par le plan de relance. Seuls les trois agriculteurs concernés sont autorisés à l’utiliser et à payer les échéances pour son financement. Émile Schweitzer, de Vieux-Ferrette, fait partie de cette section : « Nous l’utilisons dans le cadre de champs TCS (techniques culturales simplifiées), sans labour. Cela fait un an que je l’utilise et je ne l’ai pas encore en main pour le bon réglage. Cette technique nous permet de conserver le carbone qui se trouve dans le sol et de stocker celui qui se trouve dans l’air. Il permet aussi d’éviter l’érosion du sol. Nous avons choisi de l’utiliser en section fermée tout d’abord parce que ce n’est pas un outil qui intéresse tous les membres de la Cuma, d’autre part parce qu’il nécessite beaucoup de technique et de formation. Les pièces d’usure sont aussi coûteuses. Mais cela n’est pas irréversible. La section peut être ouverte à la décision des membres. » La dernière présentation technique concerne l’aire de lavage collective pour le remplissage et le nettoyage des pulvérisateurs. François Alves, conseiller à la Chambre d’agriculture rappelle qu’elle est utilisée depuis 2015 par 18 exploitants, soit 168 000 ha. Le PVE (plan végétal pour l’environnement, qui aide les entreprises agricoles pour la durabilité des pratiques) a financé le projet à hauteur de 90 000 € sur 250 000 € d’investissement. 7 €/ha de participation sont demandés aux utilisateurs. Ils ont choisi un phytobac avec un mélange de terre. À cela s’ajoutent une cuve de 90 m3 d’eau de récupération des toits et une aire de lavage distincte pour les autres outils. L’aire ferme en décembre lorsque le thermomètre tombe à 4 °C et rouvre en février. Depuis ce printemps, la Cuma a évolué dans son organisation avec la mise en place des groupes de responsable par machine et des groupes WhatsApp pour la réservation.

Publié le 28/09/2022

Rémy Heim, entrepreneur de travaux agricoles, avec son frère Maxime, à Hilsenheim, met « son savoir-faire et ses compétences en matière de techniques culturales simplifiées, semis direct et d’agriculture intégrée, à disposition des autres agriculteurs par le biais des travaux à façon ». Il est aussi versé en agriculture de précision mais, selon lui, c’est un autre métier que celui d’agriculteur, qui demande une formation.

« Pour tout ce qui concerne le guidage et les coupures de tronçon, la cartographie de parcelles est accessible au plus grand nombre ; du moins, on peut s’y retrouver, assez facilement, estime Rémy Heim, de l’ETA Heim Fils, à Hilsenheim. Mais, concernant la modulation intraparcellaire, qui permet d’apporter ce qu’il faut au sol, à la culture, où il faut et, même, quand il le faut, cela demande plus de compétences à un agriculteur : c’est un autre métier. » Rémy Heim sait de quoi il parle. Depuis plus de 25 ans, il cherche à optimiser son potentiel de production, en prenant en compte les différences de son terroir, et ce, grâce aux nouvelles technologies. Plusieurs prix l’honorent. « Je crée mes propres cartes, moi-même. C’est une compétence, une corde de plus à l’arc d’agriculteur. Rassembler et analyser des données, via un logiciel, c’est encore un autre métier », assure le passionné. Rémy Heim trouve un intérêt économique et écologique à utiliser les nouvelles technologies, dans ses pratiques agricoles. « Entre un semoir à maïs avec coupure automatique et un semoir intelligent, sur 18 ha, j’économise une dose et demie de semences », partage Rémy Heim. Après deux ans d’usage de l’adaptation au semoir Precision Planting, il observe aussi une régularité de semis des maïs et une baisse de 20 % de consommation de fioul au semis, a-t-il confié récemment à David Lefebvre, qui l’avait interviewé, en 2020. La cartographie du tassement des sols, sous l’effet du trafic à la parcelle, par la mesure de la résistance à la pression de pénétration des éléments semeurs, permet cette économie. Rémy et Maxime Heim utilisent, ainsi, l’agriculture de précision pour pallier les risques d’irrégularité de rendement, d’hétérogénéités intraparcellaires, liés aux semis directs. L’importance du renseignement Et ils en font bénéficier leurs clients. Mais ces derniers sont rarement très curieux des nouvelles technologies, glisse Rémy Heim. Il cite même le cas d’un client qui ne veut pas croire que ses rendements sont impactés par une mauvaise gestion de l’irrigation, alors que la carte de rendement que Rémy a sortie, basée sur des informations factuelles, le montre. S’il regrette que l’engouement pour les nouvelles technologies ne soit pas au rendez-vous, il le comprend. « Le numérique très pointu est très cher et la rentabilité peut être discutable, prévient-il. Sur d’anciennes machines, c’est exorbitant, voire impossible, d’installer les derniers outils intelligents. Sur les nouvelles, il faut penser à demander les options pour ce faire. Ensuite, il faut récolter toutes les informations sur ses parcelles, cultures, rendements, sur son irrigation et sa fertilisation, avant de les entrer dans les logiciels… L’ultra-majorité des agriculteurs n’a pas tous les renseignements précis pour avoir recours à la modulation intraparcellaire. Et, sans la réalité du terrain, la modélisation ne sert à rien. » Aussi, impossible de prédire l’avenir à partir d’une carte de rendement, puisque les aléas, notamment climatiques, de l’année suivante sont inconnus. Savoir, c’est pouvoir, certes, mais il restera toujours une part d’imprévus… ce qui peut être décourageant. L’entrepreneur de travaux agricoles utilise, par exemple, Farmer Basic, un logiciel américain, mais FieldView lui semble plus abordable. Ce travail de compilation des données (et de création de cartes, dans son cas) est chronophage. Rémy Heim s’y attelle donc l’hiver. En fonction des données météorologiques, durant la campagne, il saura, ensuite, par exemple, à quel moment apporter telle dose d’azote ou passer un fongicide sur du blé. « On a encore beaucoup à apprendre et à inventer, et de bénéfices à tirer de l’agriculture connectée. Moi, j’ai tout appris sur le tas car ça m’a toujours attiré. Mais je souhaite que les jeunes soient formés, dès le lycée », conclut-il.

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