Technique

Agriculture de conservation des sols (ACS) et gestion de l’eau

Des comportements hydrodynamiques modifiés à prendre en compte

Publié le 03/06/2022

En ACS, point de travail du sol, mais une couverture des sols accrue, que ce soit par la rotation des cultures ou l’utilisation de couverts végétaux. Des pratiques qui ont inévitablement un impact sur la circulation de l’eau, sa rétention, son évapotranspiration, donc l’irrigation. Les connaissances évoluent, et démontrent l’intérêt de l’ACS dans un contexte de changement climatique, qui semble induire une répartition des apports pluviométriques plus hétérogène, avec des épisodes d’excès et de manque d’eau plus marqués.

La comparaison des profils de sols travaillés ou en ACS révèle généralement de nettes évolutions en termes de circulation de l’eau, tant en surface qu’en profondeur. De plus « l’augmentation du taux de matière organique permet de stocker davantage d’eau et le mulch de surface diminue l’évapotranspiration », peut-on lire dans un article écrit par le comité technique de l’Association pour la promotion d’une agriculture durable (Apad) et publié sur son site web. Autre atout de l’ACS mis en avant : le fait d’avoir un sol toujours couvert et jamais travaillé permet d’obtenir une meilleure infiltration de l’eau. Car, en ACS, « la micro et la macroporosité du sol sont connectées grâce au travail des micro-organismes du sol, la circulation de l’eau est optimisée et valorisée par les racines ». En outre, l’humus ayant un potentiel de rétention en eau très important, l’ACS permet d’améliorer la Réserve utile (RU), qui peut aussi être augmentée grâce à un meilleur enracinement, une mycorhization plus développée, ce qui améliore l’exploration racinaire, avancent les auteurs, tout en notant qu’il existe peu d’études sur la RU des systèmes en ACS. D’un autre côté, les agriculteurs qui débutent en ACS formulent souvent une crainte légitime quant à la gestion de l’eau : celle du prélèvement dans la réserve hydrique par les couverts. Des thèses à étayer Pour mieux caractériser la dynamique de l’eau dans les parcelles en ACS et étayer - ou écarter - ces thèses, un certain nombre d’expérimentations sont mises en place. C’est notamment le cas du programme de recherche Bag’Ages, commandité et financé par l’Agence de l’eau Adour-Garonne, coordonné par l’Unité mixte de recherche Inrae Agir (AGroécologies, Innovations et teRritoires). Débuté en janvier 2016 pour une durée de 5 années, ce programme multi-partenarial réunit agriculteurs, acteurs de la recherche, du développement agricole, de l’enseignement et des organismes économiques. Il a pour objectif d’évaluer les performances de systèmes de culture et de systèmes de production conduits en ACS (non-travail du sol et couverture des sols par des rotations et des couverts végétaux), et, pour quelques situations, en agroforesterie. La gestion quantitative et qualitative de l’eau dans ces systèmes est particulièrement étudiée, afin de déterminer si les pratiques agronomiques mises en œuvre peuvent permettre de mieux valoriser l’eau par une meilleure infiltration et rétention dans les sols, ce qui doit permettre une plus grande valorisation par les cultures en place, tout en limitant les fuites de polluants potentiels comme les nitrates et les résidus de pesticides. « L’évaluation des performances économiques et sociales des systèmes mis en œuvre (et leurs comparaisons avec des systèmes dits « conventionnels ») est également un enjeu majeur de ce programme », précise la page de la Chambre d’agriculture Occitanie qui présente le projet. Vincent Bustillo, maître de conférences en éco-hydrologie à l’IUT Auch et au Centre d’études spatiales de la biosphère (Cesbio), a présenté quelques résultats issus de ce programme de recherche lors d’un webinaire organisé par l’Association française d’agronomie (Afa). « Le programme de recherche Bag’Ages vise à objectiver le fait que les mesures agroécologiques favorisent l’infiltration et la rétention de l'eau, donc limitent les pertes en eau par ruissellement, donc aussi l’érosion, le transfert de sédiments. Et qu’elles permettent aussi de mieux maîtriser les apports d’eau », a-t-il introduit avant de détailler les modalités pratiques du programme. Celui-ci se fonde sur 16 parcelles réparties sur 11 sites, qui permettent donc de comparer des sols différents, ainsi que trois modalités de pratiques culturales : l’agriculture de conservation avec semis direct, des rotations avec des cultures intermédiaires multiservices, et l’agroforesterie. Les effets de ces pratiques sont étudiés à trois échelles - la parcelle, le bassin versant et l’exploitation agricole - ce qui structure des « groupes de tâches ». À l’échelle de la parcelle, il s’agit d’analyser l’impact des pratiques agroécologiques sur la gestion quantitative et qualitative de l’eau grâce à des mesures permettant de caractériser les propriétés physiques et biologiques des sols, le développement des cultures, afin de suivre l’évolution des bilans hydriques et les dynamiques de transfert des polluants. L’échelle du bassin versant sert à la réalisation de diagnostic par télédétection, notamment pour caractériser l’impact des couverts végétaux sur les transferts d’azote, et à simuler des scénarios de déploiement de ces pratiques sur des bassins versants tests. L’échelle de l’exploitation agricole vise à analyser les performances agro-environnementales et technico-économiques des différents systèmes. Lors de ce webinaire, Vincent Bustillo s’est concentré sur les résultats obtenus à l’échelle de la parcelle sur la structure du sol. Des résultats obtenus grâce à un suivi de 12 sites dont cinq où il est possible de comparer les résultats avec un système labouré. En parallèle des propriétés physico-chimiques des sols (densité, perméabilité, stabilité structurale mesures infiltrométriques à différentes profondeurs, érosion, teneurs en eau, en gaz…), les scientifiques ont enregistré les données météorologiques, le rayonnement. Parmi les résultats obtenus, Vincent Bustillo cite, sans surprise, des différences de volume macroporale importantes au bénéfice des terres labourées, mais qui ne sont pas durables dans le temps. Par contre, les scientifiques ont mis en évidence une augmentation du volume microporale en ACS, significative, puisqu’il est doublé voire triplé. Les sols conduits en ACS présentent une plus grande capacité à infiltrer l’eau en cas de précipitation de forte intensité. La réserve utile des sols conduits en ACS apparaît supérieure de 10 à 15 % par rapport aux sols labourés dans les horizons de surface (0-10 cm). Un avantage qui n’est cependant pas observé en profondeur (10-50 cm). Les tests pénétrométriques révèlent sans surprise des semelles de labour en système labouré, mais aussi des tassements en ACS, qui peuvent être limitants pour la prospection racinaire. La dynamique de la redistribution de l’eau dans le sol, importante pour connaître comment l’eau en surface est soustraite à l’évaporation, a également été étudiée, notamment via la conductivité hydraulique à saturation. Elle s’avère deux à trois fois plus élevée en ACS qu’en labour, et se caractérise surtout par une stabilité dans le temps. A l’inverse, en labour, cette conductivité peut être très élevée suite à l’opération de travail du sol mais diminue rapidement jusqu’à des niveaux limitants pour l’infiltration de l’eau dans le sol. Autres enseignements de ces essais : les modalités en ACS présentent une meilleure circulation de l’eau, une meilleure résistance à l’érosion, et une moindre évaporation liée au mulch de surface. Du fait de cette moindre évaporation, les besoins en eau pour le maïs sont réduits jusqu’à 20 %. En conclusion Vincent Bustillo pointe une meilleure connectivité entre les macropores en ACS, même s’ils occupent un volume moins important, ce qui permet à l’eau de mieux circuler, donc, notamment, de limiter le risque érosif. Des phénomènes d’anoxie racinaire peuvent apparaître en labour, du fait d’un manque de connectivité entre la surface et la profondeur, mais également en ACS, notamment dans les parcelles hydromorphes où la forte porosité verticale, caractéristique des sols en ACS, peut favoriser des remontées de nappe. Cette incidence de la structure du sol sur le risque d’anoxie racinaire doit donc encore être étudiée plus finement.

Gaec Untereiner à Baerendorf

Des prairies temporaires à tout faire

Publié le 02/06/2022

Producteur de lait à Baerendorf, en Alsace Bossue, Florian Untereiner travaille avec une SAU composée à 45 % de prairies naturelles. Depuis quelques années, il augmente encore la part d’herbe, dans son assolement, en y introduisant des prairies temporaires, à la fois pour faire place nette dans des parcelles, où les adventices deviennent trop envahissantes, et pour bénéficier d’un fourrage intrinsèquement riche en protéines.

L’herbe est un pilier du fonctionnement du Gaec Untereiner. « Nous avons toujours gardé nos prairies naturelles, parce qu’elles sont idéales pour produire du foin, et pour le pâturage, que nous pratiquons beaucoup », introduit Florian Untereiner. Depuis trois ans, il augmente encore la part d’herbe dans l’assolement et dans l’alimentation des bovins, en implantant des prairies temporaires. Son objectif est double. « Il y a à la fois un intérêt agronomique, de restructuration des sols et de nettoyage des parcelles, qui présentent une pression élevée en vulpin, afin de réaliser des économies de produits phytosanitaires, dit-il. Cela répond aussi à une volonté d’améliorer l’autonomie protéique de l’exploitation, en introduisant une nouvelle sorte de fourrage, dont il est possible de maîtriser la composition, en choisissant les espèces qui composent la prairie temporaire. » En outre, par rapport aux prairies naturelles, les temporaires affichent des rendements et des valeurs alimentaires plus élevés. Enfin, comme leur récolte est fractionnée en plusieurs coupes, elles permettent de mieux répartir les besoins en stockage que le maïs, qui requiert une importante capacité de stockage d’un coup. Une fertilisation adaptée aux besoins La première prairie temporaire a été implantée en 2019. Florian Untereiner en a semé d’autres chaque année depuis, en suivant peu ou prou le même itinéraire technique. Un premier déchaumage fait office de faux semis après la récolte de la céréale. Puis un deuxième déchaumage est effectué, avant le semis de la prairie temporaire, suivi d’un roulage, en août, voire en septembre. Florian Untereiner soigne particulièrement l’implantation des prairies temporaires. En effet, pour qu’elles remplissent parfaitement leur fonction nettoyante, elles doivent rester trois ans en place. C’est aussi dans cet objectif, et pour garantir leur niveau de production, qu’il pilote attentivement la fertilisation. « J’apporte un engrais 13-9-16, adapté aux espèces implantées, à raison de 550 kg/ha, fin février, lorsque les 200 DJ, après le 1er janvier, sont passés, et que la portance du sol le permet », décrit-il. « Cet engrais apporte 70 unités d’azote, 50 de phosphore et 88 de potasse. Il permet donc de couvrir en un apport les besoins d’une prairie temporaire », commente Philippe Le Stanguennec, conseiller à la CAA. La prairie, qui en est à sa troisième année de fauche, a, en outre, reçu un complément d’azote « pour la soutenir ». C’est, donc, grâce à une implantation et une fertilisation soignées que les prairies temporaires affichent une bonne productivité. Si les prairies naturelles présentent une flore de très bonne qualité, avec notamment du ray-grass anglais, du trèfle, de la houlque, « c’est aussi le fruit d’une fertilisation adaptée, pilotée par des analyses foliaires », pointe Philippe Le Stanguennec. Florian Untereiner apporte notamment 95 uN pour booster ses prairies naturelles destinées à l’ensilage. « Cela permet de concilier rendement et qualité du fourrage », commente-t-il. Associer prairies temporaires et maïs épi Pour l’instant, Florian Untereiner a réussi à faire de quatre à cinq coupes, chaque année, dans ses prairies temporaires. En 2020, lors de la première année de récolte donc, et malgré le manque d’eau, il a récolté de 10 à 11 tMS/ha, sachant qu’en maïs il a rentré 11,5 tMS/ha. En 2021, année cette fois plutôt humide, les prairies temporaires ont donné en moyenne 14 tMS/ha et le maïs un peu plus de 16 tMS/ha. Des chiffres qui illustrent bien que les prairies temporaires peuvent remplacer une partie du maïs sans forcément dégrader le bilan fourrager d’un élevage. En 2021, 9,5 ha de maïs ont été ensilés en épi. « C’est un aliment riche en énergie qui complète bien les protéines qu’apportent les prairies temporaires. L’association des deux permet de gagner en autonomie, d’être moins dépendant des concentrés, donc de mieux maîtriser le coût de l’alimentation. En outre, ce sont deux ingrédients très digestibles, qui permettent donc de maximiser l’ingestion. Enfin, le maïs épi prend moins de place dans les silos », apprécie Florian Untereiner. Une production de lait qui répond Pour ne rien gâcher, la production de lait répond bien à cette stratégie. « Fin décembre, la production de lait était de 33 kg de lait par vache, par jour, en moyenne. Elle est passée à 36, en février et en mars, lorsque le fourrage issu de prairies temporaires a remplacé celui issu des prairies naturelles dans la ration. La prairie temporaire a donc fait gagner 3 kg de lait. Fin mars, alors que l’alimentation allie pâturage et ensilage de prairies naturelles, la production est repassée à 33,6 kg par vache, par jour, en moyenne », rapporte Philippe Le Stanguennec, qui relie ces variations aux valeurs alimentaires des fourrages, elles-mêmes liées à leurs conditions de récolte. Il ajoute : « En 2021, les prairies temporaires ont été récoltées tôt, fin avril, tandis que la première coupe des prairies naturelles a été effectuée un peu tard, le 21 mai, donc la valeur alimentaire était légèrement dégradée. » Du coup, cette année, il a été décidé de récolter toutes les prairies, précocement, afin de maximiser la qualité du fourrage. Des perspectives d’amélioration Dans quelque temps, le système de gestion des effluents d’élevage va être modifié. Au lieu de n’avoir que du fumier, qui ne peut que difficilement être apporté sur les prairies temporaires, les éleveurs bénéficieront de fumier et de lisier. « Nous pourrons apporter du lisier, en lieu et place de l’engrais de synthèse, voire après la première coupe, ce qui nous permettra de mieux maîtriser les charges ». Pour l’instant, Florian Untereiner utilise uniquement un mélange composé pour moitié de trèfle violet et pour moitié de ray-grass hybride. « Car c’est l’association la plus sûre pour permettre un bon démarrage de la prairie et maintenir un bon potentiel de production, pendant trois ans, et donc pour étouffer les adventices », sait-il. Mais, à l’avenir, lorsqu’il réimplantera des prairies temporaires après céréales, il a bien l’intention d’adapter la composition des mélanges aux types de sol.

Point sur la campagne

La qualité plutôt que la quantité

Publié le 25/05/2022

En démarrage de pousse de l’herbe, 2022 est une année tardive, à cause du manque d’eau et des gelées d’avril. Mais les animaux ont pu sortir tôt car les sols étaient portants. Aussi, les premiers ensilages ont été réalisés dès mi-avril, au bon stade, d’une herbe gorgée de soleil, donc de sucre, et propre. Le revers de la médaille : les graminées sont plus courtes, leur densité plus faible. S’il pleut suffisamment, fin mai et début juin, les rendements à la deuxième coupe seront meilleurs. Aucune inquiétude, quoi qu’il en soit : les stocks du millésime 2021 ne sont pas épuisés.

« La grosse période de récolte d’ensilage, c’était les dix premiers jours de mai », résume Laurent Fritzinger, conseiller en cultures fourragères à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), basé dans le Bas-Rhin. Son homologue haut-rhinois, Jean-François Strehler, acquiesce. Cette année 2022, les situations sont quasiment similaires du nord au sud de l’Alsace, avec toujours un temps de retard, en altitude. La pousse de l’herbe, comme celle des méteils, a mis du temps à décoller, en avril, à cause des températures fraîches et du manque de précipitations. « Ça s’est mis à produire, fin avril, début mai, remarque Jean-François Strehler. Mais, dans le Sundgau, il y a quand même eu des ensilages très précoces, début avril. » Dans le Bas-Rhin, les premiers ensilages ont été réalisés mi-avril. Aujourd’hui, tous les ensilages d’herbe ont été opérés, en plaine. Si les rendements sont un peu plus faibles que l’an passé car les tiges plus courtes et la densité moins importante, la qualité est meilleure. « Puisqu’il n’y a pas eu de pluie, les récoltes ont eu lieu deux à trois semaines plus tôt que l’année dernière, à un stade conforme à ce que l’on recherche. La qualité devrait donc être au rendez-vous », avance Laurent Fritzinger. Rien de plus logique : le soleil a brillé. Il permet la photosynthèse, qui entraîne la production de sucre. « Aux premiers ensilages de ray-grass, mi-avril, les ETA râlaient : l’herbe bouchait les ensileuses. Il y avait trop de sucre, ça collait », enchaîne le technicien. Un bon signe ! « Le bilan serait même plus que positif pour les premières coupes », s’exclame Laurent Fritzinger. Le conseiller pense que l’un ou l’autre agriculteur a osé les premiers foins, cette semaine, dans le Bas-Rhin. « On va vers la floraison, les graminées sont bien épiées. Les stades sont idéaux, maintenant, pour faire du foin », assure-t-il. Tous les voyants sont au vert, cette année, côté fourrages ! Même si les rendements sont un peu plus bas qu’en 2021, la qualité, en 2022, rattrape le manque à gagner. « Ce qu’on gratte en valeur alimentaire, au départ, on n’a plus à le chercher en complétant la ration », remarque Laurent Fritzinger. Il ajoute : « la qualité est aussi liée à la récolte. » « Les conditions de récolte sont optimales, cette année », lâche, d’ailleurs, Jean-François Strehler. Avec de larges fenêtres, sans pluie, le fourrage est propre, sec. Il se conservera bien. « L’herbe n’est pas souillée par la terre », précise Laurent Fritzinger. Moins mais mieux : c’est ce qui caractérise la production, en 2022. Aucune tension sur la quantité, non plus, car il y a du stock, encore, dans les fermes, qui date de 2021. C’est la pluie qui déterminera la suite de la campagne : s’il y en a suffisamment, la deuxième coupe sera belle, les températures et le soleil étant au rendez-vous. Pâturage et dégâts de cervidés Dans la plaine d’Alsace, de plus en plus d’animaux sortent, sur le secteur de collecte Alsace lait, suite à l’incitation à produire du lait de pâturage. « À l’explosion de la pousse de l’herbe, mi-mai, les éleveurs ont constaté une augmentation des volumes et de la qualité du lait produits », rapporte Laurent Fritzinger. Les dégâts de gibier ne sont pas catastrophiques, sur l’herbe, en plaine. En montagne, ils sont moins importants que l’an passé mais ceux de cervidés « persistent, malheureusement », sait Marie-Joëlle Bellicam, conseillère en fourrages et prairies de montagne, à la CAA. Le « déprimage » censé être amorcé par les bovins est déjà fait par les cerfs, lorsque les vaches sortent ; en avril, cette année, la « date habituelle ». « Les premiers animaux sont sortis, dans les vallées de Munster et de la Weiss, début avril, et les derniers, à Thann, Saint-Amarin, vers le 25 du même mois. Les dernières génisses qui montent, en altitude, ont pris leur quartier d’été, aux alentours du 18 mai », détaille Marie-Joëlle Bellicam. Les premières coupes ont eu lieu, cette semaine, en montagne, avec trois semaines d’avance sur les dates habituelles, sauf dans les vallées de Munster et de la Weiss, où elles ont déjà commencé le 10 mai. Les fortes chaleurs freinent la croissance de l’herbe et la dessèchent. « On accélère la fauche de l’herbe pour ne pas qu’elle se transforme en paille, avant la récolte », constate la technicienne. Elle observe aussi que la qualité sera très bonne et la quantité moindre, par rapport à l’année précédente. En ensilage de méteil, idem, ajoute Jean-François Strehler, par ailleurs. Concernant les dégâts de gibier, en montagne, Claude Schoeffel, éleveur du Gaec Schoeffel-Pierrel, à Fellering, premier adjoint de sa commune, en charge de la chasse, et élu à la CAA, suit de près le dossier. Sur son exploitation, en 2021, il a constaté 14 ha de dégâts causés par des sangliers et seulement 3 ha, en 2022. Mais la flore d’une de ses parcelles, détruite aux deux tiers, l’an passé, « ne s’est pas remise », souligne-t-il. Il explique la baisse des dégâts causés par les sangliers par l’évolution de l’agrainage, à la baisse aussi, et par l’intervention des lieutenants de louveterie et des chasseurs, à la hausse, conformément aux engagements préfectoraux, notamment, pris suite aux revendications des syndicats agricoles, unis. Quant aux cervidés, les comptages mettent en lumière un pic de population, l’année dernière, dans le parc naturel régional du Ballon des Vosges, atteste-t-il. S’il n’avait pas commencé à faucher, à l’heure de l’interview, il partage ses observations de 2021 : à la première coupe, il avait perdu 23 % d’herbe, en comparaison avec un enclos adjacent « repère », à la deuxième, 49 %, et il n’y en a pas eu de troisième car il ne restait plus « rien », à l’extérieur de l’enclos. « L’aspect plus sournois de la pression des cervidés est le risque sanitaire. Il n’y a aucune gestion sanitaire des cerfs. Aujourd’hui, des vaches avortent, d’autres n’ont pas de chaleur… Et si certaines maladies se transmettaient des cerfs aux bovins ? », questionne Claude Schoeffel.

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