Technique

Protection des utilisateurs de produits phytosanitaires

Pour limiter un danger, réduire les expositions

Publié le 27/03/2023

Le recours aux produits phytosanitaires n’est pas sans danger, en particulier pour les agriculteurs, qui y sont particulièrement exposés. Des liens ont été établis entre exposition aux produits phytosanitaires et de nombreuses pathologies comme des lymphomes, des cancers, la maladie de Parkinson… Dans ce contexte, il convient de tout mettre en œuvre pour limiter l’exposition des agriculteurs aux matières actives. Des solutions existent, mais sont encore perfectibles. Pour ce faire, des études sont en cours.

Premier principe de prévention : supprimer le risque. En matière d’exposition aux produits phytosanitaires, il s’agit d’éviter leur utilisation plutôt que d’essayer de s’en protéger. Les agriculteurs, principaux utilisateurs de produits phytosanitaires, et donc population particulièrement exposée à leurs effets délétères, y sont sensibilisés, notamment dans le cadre de l’obtention du Certiphyto. « La formation fait un focus sur les alternatives aux produits phytosanitaires, les seuils de nuisibilité acceptables… », indique Denis Litt, conseiller en prévention à la Caisse d’assurance accidents agricoles d’Alsace. Mais lorsque la situation sanitaire au champ impose des interventions, il s’agit d’évaluer le risque, et de prendre les mesures de protection qui s’imposent. La première concerne le choix du produit : « Il s’agit de faire un choix en fonction du tarif, de l’efficacité, mais aussi de la toxicité et de la facilité d’utilisation », pose Denis Litt. Les produits qui portent la mention CMR, pour cancérogènes, mutagènes, et toxiques pour la reproduction, sont à éviter autant que possible. Car une exposition régulière à leurs principes actifs, même à faible dose, augmente le risque de développer certaines pathologies graves. À terme, ils devraient d’ailleurs disparaître : « De plus en plus de revendeurs s’engagent à ne plus les proposer à la vente, certaines coopératives, notamment viticoles, et centrales d’achat, ne prennent plus les produits traités avec de telles substances… ». Porter des EPI sans craindre la stigmatisation La prévention des risques passe aussi par un stockage correct des produits, notamment pour éviter les confusions. Il s’agit aussi de respecter les conditions d’utilisation, tant en termes de doses, de conditions d’application, que de port d’Équipement de protection individuelle (EPI). Une recommandation de bon sens, mais qui se heurte à d’autres considérations. En effet le port d’EPI peut être « mal vu, ou mal assimilé par les consommateurs. Dans les esprits, un agriculteur qui porte un EPI passe du statut de jardinier à celui de pollueur », regrette Denis Litt. À tel point que certains agriculteurs, notamment ceux qui pratiquent la vente directe, préfèrent ne pas se protéger plutôt qu’avoir à se justifier d’utiliser des produits phytosanitaires, même si c’est avec parcimonie et pour protéger leurs cultures. Heureusement, des EPI plus passe-partout, qui ressemblent à des vêtements de travail ordinaire, mais spécifiques à l’exposition aux produits phytosanitaires ont été mis au point. Des équipements qui ne sont pas des infaillibles Le port d’EPI est notamment requis lors de la manipulation des produits phytosanitaires pour préparer la bouillie : combinaison déperlante, paire de gants, lunettes et tablier étanche, qu’il convient de laver ou de jeter tout de suite après leur utilisation, car ils entrent directement en contact avec les matières actives. Mais Denis Litt met en garde : « Ce ne sont ni des armures, ni des barrières. C’est une protection, mais ce n’est pas la meilleure. Donc ça ne sert à rien de se protéger avec un EPI, puis de manipuler les produits sans précaution. Tout comme ça ne sert à rien de porter le même EPI 24 h, ou de le réutiliser plusieurs fois sans l’avoir lavé entre deux opérations ». Les gants, par exemple, ont une durée d’efficacité exposés au produit d’une heure. Donc soit on ne les met qu’une fois, soit on les lave tout de suite après utilisation. Évidemment, il est également déconseillé de boire, manger, fumer, pendant toute la durée des opérations. Les filtres de catégorie 4 gagneraient à être généralisés La plus longue durée d’exposition des agriculteurs aux produits phytosanitaires étant l’application du traitement, la meilleure protection est de travailler dans une cabine de tracteur équipée de filtres de catégorie 4. Un équipement qui est aujourd’hui une option, mais qui gagnerait à être proposé de série sur tous les tracteurs car « la prévention lors du traitement ne passe que par la cabine », insiste Denis Litt. En cas de panne ou de réglage à effectuer, il est aussi important d’avoir à disposition une combinaison propre et des gants jetables… Attention aussi à ne pas contaminer l’habitacle, par exemple en gardant sur soi les EPI utilisés lors de la préparation de la bouillie ! À la douche ! Enfin, malgré toutes ces précautions, le risque de contact avec les produits phytosanitaires n’est pas nul. Il est donc extrêmement recommandé de passer sous la douche après les avoir manipulés. « Ça fait partie du travail », insiste Denis Litt.

À Mittelschaeffolsheim

Une houblonnière sort de terre

Publié le 20/03/2023

Agriculteur à Mittelschaeffolsheim, Félix Meyer a organisé le montage d’une houblonnière de 1,8 ha. Un événement qui a rassemblé quelque 25 personnes et une quinzaine de tracteurs.

Mardi 7 mars était un grand jour pour Félix Meyer, agriculteur à Mittelshchaffolsheim. C’était en effet la première fois qu’il montait sa propre houblonnière depuis qu’il s’est installé sur l’exploitation familiale, spécialisée dans la production de houblon. La parcelle, qui occupe 1,8 ha était d’ores et déjà plantée avec du strisselspalt. Il s’agissait de construire l’échafaudage qui doit permettre aux lianes de se déployer en hauteur et d’atteindre la pleine production dès cette année, espère Félix Meyer, qui cultive donc désormais presque 21 ha de houblon. Le chantier a mobilisé quelque 25 personnes : la famille, les amis, des collègues… Ceux qui possèdent des tracteurs sont venus avec, soit une quinzaine au total. Le chantier a donc été rondement mené, sous la houlette de Fabien Ginns, houblonnier à Mittelschaeffolsheim. En une matinée, tous les poteaux étaient rentrés dans leurs trous, reliés par les câbles qui permettent de faire tenir l’ensemble. La préparation du chantier a été plus longue. Il a fallu « une semaine à quatre personnes », estime Félix Meyer, pour disposer au sol les poteaux en bois (d’origine Suisse), les câbler entre eux (avec du matériel fabriqué en Allemagne), et creuser les trous devant les accueillir. Un ballet savamment orchestré Dès 8 h du matin, dans un froid mordant, et juste avant le retour de la pluie, les bâtisseurs du jour s’activent. La première étape est la plus longue et la plus ardue… Il faut monter la tête de la houblonnière, soit la première rangée, qui comporte plus de poteaux, qui ne sont en plus pas encore amarrés au sol. À ce moment-là, il n’y a pas encore assez de tracteurs pour lever tous les poteaux d’un coup, les constructeurs jouent donc à saute-mouton, pour les lever les uns après les autres. Cette première étape franchie, la suite semble presque un jeu d’enfant. Bien alignés, les tracteurs soulèvent et plantent les poteaux avec une belle synchronicité, sous la houlette de Fabien Ginns. Un ballet auquel sont venus assister Michèle Dauger, technicienne houblon au Comptoir agricole, et Francis Heitz, commercial houblon au sein de la même coopérative, accompagnés de visiteurs belges, dont Lieven Van Hofstraeten, chef de production de la brasserie de l’abbaye de Westmalle. L’occasion pour eux, d’apprécier le savoir-faire des houblonniers alsaciens, mais aussi leur sens du travail collectif et de la convivialité, ces chantiers se déroulant toujours dans une très bonne ambiance.    

Publié le 17/03/2023

À l’occasion de l’assemblée générale de l’Association des producteurs de myrtilles de France, fin février 2023, à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), Anne Duval-Chaboussou, du Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL) a abordé la réglementation et l’utilisation des préparations naturelles peu préoccupantes (PNPP) en arboriculture et spécifiquement en myrtille. Le sujet intéresse les cultivateurs soucieux d’éviter les produits de synthèse.

Les PNPP sont des préparations naturelles peu préoccupantes, obtenues par un procédé accessible à tout utilisateur final. Elles ne requièrent pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM). Elles sont composées exclusivement, soit de substance de base, soit de substances naturelles à usage biostimulant (SNUB), autorisées, selon une procédure fixée par voie réglementaire. Les substances de base pouvant être utilisées sur cassissiers et myrtilliers sont les suivantes : l’hydroxyde de calcium qui a une fonction fongicide ; les lécithines qui ciblent l’oïdium (podosphaera leucotricha) et ont donc aussi une action fongicide, et le chitosan qui stimule les défenses de la plante. Concernant les SNUB, trois voies d’inscription (d’autorisation) existent : soit elles font partie des 148 plantes médicinales, soit elles sont évaluées par l’Anses ; soit elles sont consommées en alimentation humaine et animale, et elles peuvent alors être utilisées sous couvert d’un accord de cahier des charges. Les SNUB sont d’origine végétale, animale ou minérale, à l’exclusion des micro-organismes, non OGM. Elles ne subissent aucun traitement autre que des moyens manuels, mécaniques ou gravitationnels : dissolution, extraction, distillation, chauffage pour séchage. Les différentes préparations de plantes les plus courantes sont l’infusion, la décoction, la macération, le purin, l’huile essentielle (HE). Il est possible d’utiliser deux types de solvants : l’eau ou l’alcool à 40°. Certaines HE sont autorisées avec une AMM et ne sont donc pas dans la catégorie SNUB. Les matières fertilisantes, tels les ferments et la poudre de diatomée, mais aussi le savon noir et les acides gras, sont d’autres substances naturelles utilisables en agriculture. Une petite tisane ? Les extraits végétaux, préparés à la ferme, sont utilisés seuls ou ajoutés à la bouillie de traitement. Ce sont généralement des tisanes/infusions, des décoctions, des extraits fermentés ou des extraits alcooliques. Les extraits de plantes qui sont des préparations du commerce sont des extraits de plantes formulés ou issus d’extraction par procédé « complexe » (préparation en entreprise/industrie), telles des HE ou des extraits végétaux, avec sélection de quelques molécules (purification et concentration) et des co-formulants ou adjuvants. Si les préparations à la ferme prennent en compte un écosystème large et présentent une toxicité nulle, en plus d’être biodégradables comme les autres, et de ne présenter aucune résistance, elles permettent aussi aux agriculteurs de se réapproprier un savoir-faire et d’être autonomes (en intrants, en décision). Mais leur efficacité est variable. Les cinq modes opératoires pour réaliser ses propres PNPP sont les suivants : la mise en fermentation de végétaux frais dans de l’eau de façon contrôlée et spontanée pour obtenir de l’extrait végétal fermenté ou du purin végétal ; des plantes sur lesquelles de l’eau froide est versée et est mise à chauffer jusqu’à la température souhaitée (selon le type de plantes et de principes actifs), puis le feu est coupé pour obtenir une infusion ou tisane ; des plantes mises à tremper 24 heures, puis la préparation est chauffée et est maintenue à ébullition pendant 30 minutes environ, pour obtenir une décoction ; des plantes mises à tremper pendant quelques jours, dans de l’eau ou de l’alcool, pour obtenir une macération ; des plantes distillées à la vapeur d’eau ou pressées à froid (tels les agrumes) pour obtenir des huiles essentielles. Plutôt une macération dans de l’alcool à 40° « La composition chimique des extraits végétaux est éminemment variable, a rappelé Anne Duval-Chaboussou. Plusieurs facteurs influencent cette composition : les facteurs génétiques (par exemple, le thym ou thymus vulgaris présente plusieurs chimiotypes), physiologiques (les variations ont lieu en fonction du stade de développement), pédologiques et climatiques (selon les procédés d’extractions, le solvant et l’équipement). » Plus de composés sont extraits dans l’alcool que dans l’eau. Sept jours dans l’alcool permettent d’extraire le maximum de composés. La qualité des composés extraits dans l’alcool à 40° et dans l’eau est la même mais il y a beaucoup plus de composés extraits dans l’alcool que dans l’eau. La prêle renforcerait les préparations fongicides. Sa décoction (préparation privilégiée) serait à utiliser en temps chaud et humide, car elle assécherait le milieu. L’ortie stimulerait la flore microbienne du sol et renforcerait les préparations fongicides. Elle s’utilise en extraits fermentés de plantes entières, le plus souvent. L’ail aurait un effet répulsif sur les insectes. Mais les plantes ont divers modes d’action. L’ail serait aussi fongicide par exemple, et l’ortie insecticide. Les intérêts d’utilisation des extraits de plantes sont la stimulation des défenses, la réduction des fongicides (des doses de cuivre et de soufre) contre les monilioses/oïdium notamment, la réduction des insecticides contre les ravageurs, tels la drosophile suzukii, les chenilles, et la fertilisation foliaire ou sol pour la croissance et contre les carences. Dans la lutte contre les insectes seraient efficaces : les extraits végétaux (décoction d’ail, huiles essentielles), l’argile, la chaux (l’hydroxyde de calcium), la poudre de diatomée et les huiles végétales et paraffiniques. Mais pour lutter contre la punaise diabolique, rien de tel que des filets, pointent les arboriculteurs présents, fin février lors de la présentation de la spécialiste du CTIFL. Quant aux cochenilles, ce sont leurs larves avant la floraison, qu’il faut atteindre, souligne un cultivateur, grâce à de fines gouttes pulvérisées avant 9 h mais pas trop tôt non plus, pour éviter la rosée. Face aux pucerons l’HE d’orange douce et le savon noir ensemble, seraient efficientes. Attention à l’HE d’ail sans adjuvant… qui a tendance à être phytotoxique. Pour perturber la ponte du carpocapse, saccharose et fructose semblent très indiqués car ils modifient les effets biochimiques de la plante. Mais si la pression est supérieure à 40 %, l’efficacité est faible. Trop chères Contre la tavelure du pommier, l’efficacité de différentes modalités avec des substances naturelles par rapport à une dose réduite de cuivre appliquée seule est relative, apprécie Anne Duval-Chaboussou, à partir des études menées. En règle générale, le coût d’un passage/ha d’une substance naturelle est entre 1,5 et dix fois plus élevé que la bouillie bordelaise… Les essais se poursuivraient donc avec des macérations à l’alcool, testées à des doses plus faibles et combinées à des doses de cuivre, selon le niveau de risques. Anne Duval-Chaboussou conclut la séance en insistant sur la nécessaire combinaison des PNPP sur la saison et l’utilisation des outils de prévision des risques. Sur myrtille, comme sur les autres fruitiers, il est essentiel de réaliser des essais : la multitude de PNPP allonge la durée de ceux-ci, mais chaque année, agriculteurs et techniciens s’emploient à débroussailler ce champ de connaissances.

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