Technique

Lac de Kruth-Wildenstein

Un barrage qui fait le mur

Publié le 05/05/2023

Depuis 2020, le lac de Kruth-Wildenstein fait l’objet de travaux du parement en amont de sa structure. Ils ne sont toujours pas terminés, en raison de vis de forme. Toutefois, pour la première fois depuis trois ans, la capacité totale de l’ouvrage est atteinte, actuellement, avec 11,6 millions de m3.

La première mise à l’eau du lac de Kruth-Wildenstein, édifié entre 1959 et 1963, date de 1964. Le lac est le résultat de la construction d’un barrage, établi sur la Thur, permettant la régulation de ses eaux lors des crues printanières. La rivière est généralement calme. Et pourtant, son débit très irrégulier peut provoquer des crues assez brusques, d’intensité variable. Ces crues peuvent survenir, notamment, lors de la fonte des neiges. En été, le barrage permet de restituer de l’eau dans la Thur afin de garantir un niveau minimum dans la rivière et éviter les étiages sévères (niveau le plus bas) en période de sécheresse. Depuis sa création, l’architecture a parfaitement rempli son rôle. « La hauteur du barrage est de 35 mètres. Ce qui représente 11,6 millions de m3 d’eau pour une surface de 83 hectares, quand il est plein. Le niveau des plus basses eaux que nous nous devons de respecter est de 500 000 m3 », explique Alexandre Frossard, ingénieur barrages pour Rivières de Haute Alsace qui gère le site pour la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), la propriétaire du site. Il existe deux évacuateurs de crues et un système de vannes sécurité qui permettent de réguler le niveau du lac. Le premier évacuateur est appelé « La Tulipe ». Il évacue un maximum de 85 m3/s. Le second s’appelle « le déversoir du col du Hof ». Il sert de seconde sécurité en cas de saturation du premier, lors de crues majeures. Il n’a, cependant, jamais encore servi. Le barrage est, ainsi, capable d’évacuer une crue décamillénale. Concernant la gestion du site, on est sur un débit de restitution en tout temps de 200 l/s. La station référence de mesure du débit de la rivière se trouve à Willer-sur-Thur. Le débit mesuré à la station est maintenu supérieur à 2 m3/s, jusqu’au 15 août, pour permettre notamment l’alimentation des industriels de la vallée de Thann. Après le 15 août, ce débit passe à 1,5 m3/s. Sur une année classique, il n’y a aucun souci, selon l’ingénieur. Mais les dernières années étaient atypiques, puisqu’il y avait des travaux. « Durant la période hivernale, nous veillons à écrêter les crues, lors de la fonte des neiges ou les pluies importantes, pour capter la majeure partie de l’eau et, donc, ralentir la montée du niveau de la Thur, à l’aval. Sur la période estivale, on restitue de l’eau, à l’inverse, pour assurer la survie de l’écosystème. Généralement, fin mai ou début juin, on ouvre les vannes pour alimenter la rivière, tout au long de l’été, jusqu’au mois d’octobre. Tout dépend, évidemment, de la pluviométrie », ajoute Alexandre Frossard. Déconstruction et reconstruction Le barrage qui se trouve à environ 545 mètres d’altitude sur les bans de Kruth, de Wildenstein et de Fellering, a donc bénéficié de travaux qui ont véritablement débuté en 2019, par la reconstruction du barrage intermédiaire. Celui-ci était indispensable pour garantir une réserve d’eau suffisante pendant la phase de vidange du barrage. Les travaux se sont, ensuite, poursuivis en 2020, sur le parement du barrage, dont le rôle est d’assurer l’étanchéité du barrage constitué de remblais. « En 2015, il a été constaté plusieurs déchirures du parement, du fait de son état de vieillesse. Afin de prévenir une altération de l’étanchéité, il a été choisi de faire un renouvellement complet du parement, sachant qu’en moyenne, il a une cinquantaine d’années de durée de vie. Nous en avons également profité pour faire quelques améliorations sur le système de drainage du parement amont. En 2020, il y a donc eu déconstruction et reconstruction. Ces travaux se sont poursuivis, jusqu’en janvier 2021, où il y a alors eu une première remise en eau post-travaux. Mais il a été constaté que certaines parties n’étaient pas suffisamment étanches au regard du cahier des charges du marché. Les parties concernées ont donc été reprises, en 2021 et en 2022 », note Alexandre Frossard. Ces reprises ont permis d’atteindre les objectifs d’étanchéité du marché mais certaines zones restent à reprendre. Pour permettre la reprise de ces travaux, le barrage a une nouvelle fois été vidé en 2021 et une pêche de sauvegarde a été organisée. La zone en amont (barrage intermédiaire), elle, a toujours conservé une réserve d’eau qui a permis d’assurer un soutien d’étiage. Le budget nécessaire pour ces travaux représente 12 millions d’euros. Ils ont été financés par la CEA. « Pendant toute cette période, nous avons veillé à perturber le moins possible les différents rôles joués par le lac. Sa première fonction reste bien d’assurer un soutien d’étiage et de rétention des crues. Ensuite, sa deuxième fonction est que l’eau bénéficie aux industries, aux agriculteurs et aux populations de la vallée. Pour sa partie en amont, la structure bénéficie d’un attrait touristique évident. Il y a, là, des activités de pêche, de randonnées, de pédalo et diverses animations », conclut Alexandre Frossard, sachant qu’un syndicat mixte gère le site, en lien avec la CEA et la communauté de communes de Saint-Amarin.

Dans les houblonnières du lycée agricole d’Obernai

L’irrigation venue du ciel

Publié le 05/05/2023

Face au changement climatique qui s’emballe, le lycée agricole d’Obernai teste différentes méthodes d’irrigation du houblon et, plus largement, des moyens d’atténuer les stress thermique et hydrique, dans les houblonnières, afin de préserver le rendement en houblon bio.

Au lycée agricole d’Obernai, l’irrigation du houblon n’est pas une nouveauté. Certaines parcelles sont d’ores et déjà irriguées, au moyen d’un goutte-à-goutte enterré à 50 cm de profondeur. Une solution qui ne donne pas entière satisfaction à Véronique Stangret et Freddy Merckling, responsables des expérimentations. En effet, il n’y a pas de différence significative de rendement entre le houblon conduit en sec et celui irrigué avec ce système. « Avec la réserve utile dont nous disposons et la capacité de prospection du houblon, je ne suis pas convaincu que ce système ait un réel intérêt, sans y adjoindre de la fertirrigation », commente Freddy Merckling. D’autres méthodes d’irrigation sont donc testées. Une houblonnière de 2 ha à Obernai, et une autre de 8 ha à Valff, ont été équipées d’un système d’irrigation au goutte-à-goutte par le haut. Pour éviter de trop asperger le feuillage, ce qui risquerait d’augmenter la pression des maladies cryptogamiques, ce qui serait rédhibitoire en bio, les gaines ont été placées entre les fils d’attache des fils de tuteurage. « Des essais ont déjà été menés avec des gaines placées à mi-hauteur mais, nous avons voulu les placer tout en haut des échafaudages car l’objectif est double : remédier à un éventuel déficit de précipitation, et rafraîchir l’air ambiant », pointe Véronique Stangret. Le système a déjà fonctionné l’année dernière, en août, et « l’effet sur la température ambiante a été très net », rapporte Véronique Stangret. Pour le chiffrer, les parcelles sont équipées de thermomètres et d’hygromètres qui enregistreront la température et l’humidité dans l’air et dans le sol, à différentes profondeurs. Les données obtenues dans cette houblonnière seront comparées à celles d’une houblonnière traditionnelle témoin et à celle de la houblonnière de rupture (lire plus loin). « Nous allons également enregistrer le suivi sanitaire du houblon », indique Véronique Stangret, qui précise que, à terme, l’objectif est de développer un modèle qui permette de piloter cette irrigation de manière optimale. D’un point de vue technique, l’eau provient d’un forage dans la nappe et, est amenée jusqu’à la houblonnière au moyen de tuyaux et d’une pompe, dont le régime varie, afin de rester à une pression de 3,5 bars. Les gaines sont équipées de goutteurs tous les 50 cm, dont l’eau s’écoule avec un débit de 2 l/h, soit une consommation de quelque 60 m3/h pour irriguer les 8 ha de Valff. Comme les autres systèmes d’irrigation, celui-ci a un coût, que Freddy Merckling estime à 9 000 €/ha, matériel et pose compris. Et qu’il s’agit de mettre en regard de l’assurance d’avoir un rendement d’au moins 1 t de cônes par hectare, nécessaire à l’équilibre économique en bio. Pour l’instant, la pompe est alimentée au fioul. Mais, après s’être fait voler le carburant trois fois, un devis pour électrifier le puits a été demandé. « L’électricité présente aussi l’avantage d’être plus facile à automatiser », pointe Freddy Merkling. Un atout non négligeable alors que les expérimentations sur l’irrigation vont s’intensifier ! Une rupture en douceur À quelques centaines de mètres de cette première houblonnière, nichée contre une haie, se trouve la houblonnière de rupture. Celle-ci a pour objectif de pousser encore plus loin les investigations, afin de trouver des solutions efficaces et pérennes, face au changement climatique. Pour ce faire, la houblonnière est divisée en plusieurs blocs. La partie dite « high-tech », a pour vocation d’identifier des solutions rapides, face au changement climatique qui s’emballe. La partie « low tech » vise à proposer des solutions à plus long terme, en reproduisant l’écosystème naturel du houblon. Dans la partie « high-tech », plantée avec la variété Elixir, une zone sera irriguée au goutte-à-goutte, au moyen de gaines placées à 6 m de haut. À côté, le houblon sera irrigué de la même manière mais sera aussi, en plus, couvert de filets paragrêles qui, outre leur fonction protectrice contre les grêlons, ont pour objectif d’ombrager et de conserver de l’humidité dans la houblonnière. Une autre zone ne sera pas irriguée mais uniquement couverte par des filets paragrêle. Enfin, un dernier bloc restera vierge de tout dispositif pour servir de témoin. Dans la partie « low tech », ces dispositifs techniques sont remplacés par des arbres, afin de reproduire l’écosystème naturel du houblon, soit celui d’une liane qui pousse sur les supports qu’elle trouve dans son environnement, donc, souvent, des arbres. « Des arbres, arbustes et arbrisseaux ont été plantés, entre une ligne de poteaux sur deux. Les arbres seront conduits, afin de ne pas dépasser 4 à 5 m de haut. Les saules, par exemple, seront tétarisés », décrit Véronique Stangret. L’objectif est de vérifier l’hypothèse que cette végétation apporte de l’ombre, dans les houblonnières, mais aussi de l’humidité, en officiant comme une pompe à eau, en allant puiser naturellement de l’eau en profondeur et en la relâchant en surface. Cette partie a été plantée avec différentes variétés pour, aussi, déterminer s’il y en a qui réagissent mieux que d’autres à la cohabitation avec un étage arboré. Sur les pourtours de la houblonnière de rupture, d’autres arbres et arbustes ont été plantés, pour compléter la haie préexistante. Là aussi, les objectifs sont de réguler la température et l’hygrométrie. Mais aussi de faire office de brise-vent, qui contribue à assécher les sols, et de produire du carbone sur site. L’entretien des haies générera des plaquettes de bois, qui retourneront au sol via le compost, afin d’augmenter sa teneur en matière organique. Car, avec les argiles, la matière organique constitue la deuxième matrice capable de retenir l’eau dans le sol. Augmenter sa teneur dans le sol constitue donc un levier majeur dans l’adaptation de l’agriculture au changement climatique. Mais il faut aller vite, car l’entreprise prend du temps. À Obernai, 3,3 km de haies ont été plantés à cette fin.

Chambre d’agriculture Alsace

Se former en irrigation pour éviter les erreurs

Publié le 04/05/2023

La Chambre d’agriculture Alsace (CAA), en partenariat avec Planète Légumes, a proposé une formation à l’irrigation, à destination des maraîchers. Organisée à Obernai, cette formation est une première. C’est une aide précieuse pour les agriculteurs qui ont des systèmes d’irrigation déjà existants ou des projets à venir.

Pendant deux jours, à Obernai, ils étaient dix-neuf maraîchers alsaciens à suivre une formation dédiée à l’irrigation. L’objectif était de comprendre les enjeux de la gestion de l’eau afin d’être efficace sur ses cultures et d’éviter les erreurs. Différents ateliers étaient proposés, dont une partie sur les cultures mises en place par Planète Légumes. L’association de producteurs a délivré des conseils agronomiques : comment piloter son irrigation, selon le besoin en eau de ses cultures ? Quels sont les besoins en eau de la plante, en fonction de son stade de croissance et de la période de l’année ? Ou encore le fonctionnement de l’eau au sol, selon les racines… Patrice Denis, technicien irrigation à la CAA, s’est quant à lui chargé de la partie technique de la formation. « On a discuté de la réglementation d’eau en Alsace, du choix de la ressource, de la pompe. J’ai donné des pistes sur le matériel à utiliser, selon le légume et la surface. Le but était de voir ce qui est nécessaire à la constitution d’un projet ». Une formation qui a porté ses fruits Pour certains participants, ce moment d’échanges a déjà des bienfaits. C’est le cas de Louis Rivoire, associé à la ferme Saint-Blaise, à Valff, depuis quatre ans. Il était important pour le maraîcher de 32 ans de participer à la formation afin de mieux gérer ses installations. « J’ai pris conscience d’une erreur dans notre couverture intégrale. Je voulais être sûr que la culture soit bien irriguée, mais au final, j’avais mis trop d’arroseurs. Ils ont une portée large, donc une zone était doublement arrosée. En plus de consommer le double d’énergie, le feuillage était mouillé à haute quantité trop longtemps, ce qui est une entrée pour les maladies », explique-t-il. Avec un enrouleur, des tunnels et un système de couverture intégrale sur sa dizaine d’hectares de plantation, la ferme Saint-Blaise est rodée en irrigation. Mais elle continue d’apprendre pour se perfectionner. « On aime bien arroser la nuit, parce qu’il y a moins de vent, donc c’est plus efficace. On s’est rendu compte qu’il n’y a pas tant d’écart de perte d’eau par rapport à un arrosage en journée », explique Louis Rivoire. Vers une formation annuelle Cette formation était également destinée aux agriculteurs dont le projet d’irrigation est en phase de gestation. Patrice Denis reçoit de plus en plus de sollicitations de jeunes maraîchers. « On voit qu’il y a une vraie demande. Ils veulent comprendre l’irrigation car c’est tout de même du boulot, c’est contraignant et coûteux. Justement, on voit ensemble comment faire pour que cela soit moins coûteux et pour que cela fonctionne le plus possible. » Patrice Denis est actuellement en pleine réflexion pour réorganiser une formation sur l’irrigation. Il aimerait en proposer une par an, et pas seulement à destination des maraîchers.

Pages

Les vidéos