Méthanisation
Source de résilience pour les exploitations agricoles
Méthanisation
Publié le 16/06/2023
Au Parc des expositions de Strasbourg, dans le cadre d’Expobiogaz 2023, témoignages d’agriculteurs et études de techniciens ont prouvé que selon le business plan des exploitations agricoles, les unités de méthanisation permettent de diversifier les revenus des exploitations agricoles.
Création d’emploi, intérêt économique et agronomique du digestat, diversification exponentielle (même si la rentabilité est variable selon le business plan et le coût de l’énergie) : les unités de méthanisation amènent bien plus de résilience dans les exploitations agricoles que le gain de la seule et unique production d’énergie. La résilience est « la capacité à résister et à s’adapter aux aléas et aux chocs, pour assurer la pérennité de l’exploitation agricole, grâce à des facteurs économiques, environnementaux, agronomiques et sociaux », a cadré Cécile Fredericq, déléguée générale de France Gaz Renouvelables (FGR), le mercredi 7 juin à Expobiogaz, au Parc des expositions de Strasbourg. Philippe Collin, agriculteur méthaniseur en Haute-Marne, de la société Eurek’Alias, représentant de l’Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF), a témoigné de sa propre expérience, dans la foulée. « En polyculture-élevage, je produis du lait, des céréales et de la viande. Mais les cours sont aléatoires. J’ai commencé à réfléchir à mon projet de méthanisation en 2006. Elle a débuté en 2010. En 2014, après quatre ans d’utilisation du digestat (6 000 m3/an), on est passé en bio car on a arrêté les engrais de synthèse. Grâce aux effluents de l’élevage et aux déchets du territoire (7 000 à 8 000 t d’intrants par an) qui nourrissent l’unité de méthanisation et procurent du digestat, on est autonome en fertilisants depuis, sur 280 ha épandables », dit Philippe Collin. Il épand tôt, au printemps. À l’automne, tout dépend de la météo et si une culture intermédiaire à valorisation énergétique (Cive) est implantée. Guy Meinrad, responsable développement marché organique pour Agrivalor, à Ribeauvillé, qui propose des solutions de valorisation des déchets organiques pour les collectivités locales et les professionnels, a assuré, études internes à l’appui : « Le digestat participe à la fertilisation de la culture ». Leur digestat dispose d’une autorisation de mise sur le marché (AMM), puisqu’il est établi à partir de déchets alimentaires. Se diversifier, encore et toujours « 90 % des répondants à notre enquête ont diversifié leurs sources de revenus et leur assolement, suite au démarrage d’un atelier de méthanisation sur leurs fermes », a évoqué par ailleurs, Cécile Fredericq. Même si la filière bio accuse le coup aujourd’hui en France, Philippe Collin a certifié être en meilleure santé financière grâce à la méthanisation. « C’est une charge de travail en plus et des revenus supplémentaires, mais c’est surtout une création d’emplois : entre un et deux, pour Eurek’Alias. Aujourd’hui, nous sommes cinq équivalents temps plein à travailler sur l’exploitation. Un projet en entraînant un autre, nous avons ouvert une station de bioGNV (gaz naturel véhicule). Elle a continué de fonctionner, même lorsqu’il y avait pénurie d’essence, il y a quelques mois. Comment s’approvisionner localement et durablement en carburant ? Nous avons répondu à la question. Notre flotte captive (quinze véhicules de particuliers, un bus scolaire et un des quatre camions de la laiterie Caprice des dieux) dépense trois fois moins que les dépendants aux énergies fossiles », a estimé l’agriculteur méthaniseur, heureux de son implication sociétale. D’après l’étude Méthaniseurs et digestats en Grand Est : suivis techniques, agronomiques et économiques, des Chambres d’agriculture Grand Est, de 2019 à 2021, les 26 unités de méthanisation suivies ont montré, selon les résultats technico-économiques (et non les bilans comptables), des taux de rentabilité de 7 à plus de 9 %, en moyenne, respectivement en cogénération et en injection, pour des business plans tablant souvent sur 10 %. Puisque l’énergie seule n’est pas l’unique gain, la méthanisation semble rentable… Mais, attention, aujourd’hui, avec la hausse des coûts de l’énergie, prévient Solène Demange, des Vosges, certains taux seraient revus à 4 %. « En injection, c’est plus sensible qu’en cogénération, puisqu’on consomme plus d’électricité pour le fonctionnement de l’unité de méthanisation », conclut-elle. Si le contexte peut rebuter ceux qui ne se sont pas encore lancés à investir dans ce nouvel atelier, elle rappelle que la profession agricole bénéficie d’aides pour ses projets de méthanisation.












