Compostage
Transmuter les effluents
Compostage
Publié le 10/07/2017
L’aire d’alimentation de captage de Bouxwiller est classée en zone vulnérable. Les agriculteurs y sont soumis à un certain nombre d’obligations, notamment en ce qui concerne la gestion des effluents d’élevage. Leur compostage peut constituer une solution pour réduire l’impact des épandages sur la qualité de l’eau.
Vulnérable, l’aire d’alimentation de captage de Bouxwiller l’est à plusieurs titres. La géologie de son sous-sol, caractérisé par des failles au niveau du Batsberg, conduit à une circulation de l’eau chaotique. Et, à l’inverse d’autres captages, il est impossible d’y envisager des interconnexions, qui peuvent permettre de rétablir la qualité d’une eau dégradée par dilution. Il n’y a donc pas de plan B. Aussi les collectivités publiques sont-elles particulièrement vigilantes à la préservation de la ressource en eau, et encouragent les initiatives allant dans ce sens. C’est ainsi que des agriculteurs du secteur se sont regroupés et participent régulièrement à des réunions d’information, des réunions techniques… La dernière en date avait lieu à Riedheim, jeudi 29 juin, et portait sur le compostage. Des teneurs en nitrate en baisse En introduction, Jérôme Thien, agent développement durable de la ville de Bouxwiller, a donné quelques nouvelles de la qualité de l’eau. Et elles sont plutôt bonnes : « Depuis la mise en place du captage, les teneurs en nitrate diminuent. La teneur moyenne a même diminué de cinq points entre 2015 et 2016. Mais les premières analyses de 2017 repartent à la hausse », décrit-il. En cause : les fameuses failles du Batsberg, qui conduisent à une évolution erratique des concentrations en éléments. « Mais la tendance de fond est à la baisse », affirme Jérôme Thien, courbe à l’appui. Il souligne d’ailleurs les efforts qui ont permis d’atteindre ce résultat, notamment sur la disposition des tas de fumier. Le constat est le même pour les résidus de produits phytosanitaires : « On trouve encore des dérivés d’atrazine, mais pas d’autres molécules ». Contrairement à d’autres captages, où du s-métolachlore est détecté. Plus de souplesse avec les composts David Kraemer, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace, a procédé à quelques rappels sur la directive Nitrate, adoptée en 1991 avec deux objectifs : réduire la pollution de l’eau par les nitrates, et prévenir l’extension de cette pollution. La directive européenne a été transposée en droit français avec des dispositions en matière de suivi de la qualité de l’eau, de délimitation de zones vulnérables, et l’établissement d’un code de bonnes pratiques. C’est ainsi que, le captage de Bouxwiller ayant été classé en zone vulnérable, les agriculteurs y sont soumis à diverses obligations : équilibre de la fertilisation azotée, établissement d’un plan de fumure et enregistrement des pratiques, respect d’un calendrier et de conditions d’épandage, d’une certaine capacité de stockage… Les fertilisants sont classés en quatre types, avec des calendriers d’épandage différents pour chacun. De ces calendriers il ressort que « la mise en place d’engrais verts apporte de la souplesse aux épandages ». Et qu'« élaborer du compost constitue un levier pour gérer les liserons, parce que cela permet de laisser le temps aux liserons de se développer, pour mieux les atteindre, avant d’implanter une Cipan pour pouvoir épandre les effluents ». Les composts sont aussi plus adaptés aux agriculteurs qui pratiquent le semis direct par rapport à des fumiers qu’ils ne peuvent pas enfouir puisqu’ils s’interdisent tout travail du sol. Enfin, les conditions d’épandage sont plus souples pour les fumiers solides, les composts que pour les autres types d’effluents. Un produit vivant à savoir soigner David Kraemer a ensuite détaillé le processus de compostage, qui consiste en « la transformation contrôlée d’un produit en un autre par l’action des micro-organismes, ce qui nécessite de l’oxygène, de l’eau, un rapport C/N équilibré et une montée en température ». C’est ce besoin en oxygène qui explique qu’une des techniques de compostage les plus utilisées consiste à disposer les effluents en andain, et à régulièrement les retourner pour les aérer. L’humidité du tas est un autre paramètre à maîtriser car il s’agit de conserver un bon équilibre. Si le tas est trop humide il risque de donner du « beurre noir ». Pour rectifier le tir, il est possible d’ajouter de la paille. S’il est trop sec, il devient pailleux et il convient alors d’ajouter de l’eau ou du lisier lors d’une aération. Le compostage conduit à une diminution du volume de matière, donc à une concentration des éléments dans le produit, à une réduction des odeurs, et permet d’obtenir un produit plus stable, plus facile à épandre, et hygiénisé grâce à la montée en température. Le compostage fait intervenir successivement des bactéries, puis des champignons. Il est possible de les laisser agir plus ou moins longtemps, en fonction de l’usage destiné au compost. Un compost frais va booster la vie du sol. Tandis qu’un compost mâture renforcera sa teneur en matière organique. Il s’agit donc de distinguer différents produits. Le fumier assaini n’est laissé en tas qu’une quinzaine de jours. Il est encore en phase thermophile, et riche en biomasse microbienne. Les composts jeunes ont entre un et trois mois, ils ont été retournés deux à trois fois. La température est encore élevée au cœur du tas. Le rapport C/N est compris entre 10 et 15. L’humification des chaînes carbonées s’amorce. Les composts très retournés ont environs 4 mois et ont été retournés environ cinq fois. Ils correspondent à un produit très stable et homogène. Les composts mûrs ont entre 4 et 6 mois. Proches de l’humus, ils sont plus considérés comme un amendement que comme un fertilisant car l’effet fertilisant s’exprime à long terme. « Au-delà de quatre mois, il devient nécessaire de bâcher les tas pour ne pas perdre en potentiel fertilisant », indique David Kraemer. Ces différents types de composts ne s’épandent ni aux mêmes doses, ni aux mêmes périodes. C’est pourquoi David Kraemer conseille de conduire plusieurs tas en parallèle, afin d’avoir aussi bien des produits fertilisants qu’amendants, et de pouvoir les valoriser différemment selon les cultures. Cette demi-journée technique s'est achevée par une démonstration à retrouver en vidéo ci-dessous :












