Coopérative Agricole de Céréales
Le site d’Ottmarsheim « respecte les règles »
Coopérative Agricole de Céréales
Publié le 27/09/2018
Pointée du doigt pour les « risques explosifs » de ses stockages d’ammonitrate sur son site d’Ottmarsheim, la Coopérative Agricole de Céréales a invité les représentants de la presse à venir constater par eux-mêmes ce qu’il en était réellement. Si deux non-conformités ont bien été relevées par la Dreal au mois d'août, la préfecture du Haut-Rhin a confirmé, dans un courrier adressé au lanceur d’alerte le 13 juillet dernier, que l’ammonitrate 27 stocké par la CAC ne pouvait pas « être assimilé à celui mis en jeu lors de la catastrophe du site AZF et ne présente pas de caractère détonant. »
« Tout ce que nous faisons ici est fait dans les règles et avec toutes les autorisations nécessaires. » Quelques jours après la parution d’un article dans la presse quotidienne régionale et sur le site reporterre.net pointant des risques d’explosion sur son site d’Ottmarsheim, la Coopérative Agricole de Céréales (CAC) a tenu à répondre officiellement aux accusations qui lui ont été portées. « C’est une information qui a semé le doute et le trouble parmi nos adhérents, salariés et chez les riverains », déplore son président Jean-Michel Habig. Après avoir « rassuré » le conseil municipal d’Ottmarsheim le jeudi 20 septembre au soir, les responsables de la CAC ont invité élus et parlementaires le vendredi 21 au matin avant de convier la presse à une visite « en toute transparence » des installations dans le courant de l’après-midi. « Oui, nous stockons de l’ammonitrate, mais uniquement de l’ammonitrate 27 qui est d’une moindre dangerosité par rapport à l’ammonitrate 33,5 (lire encadré). Oui c’est une matière sensible uniquement si elle est assemblée à d’autres matières. Et nous ne décidons pas de la norme. On nous donne une règle, on la respecte. La sécurité de nos salariés, des lieux et de l’environnement est, et a toujours été, notre priorité », explique Jean-Michel Habig. « C’est parce qu’on respecte ces règles, que nos installations sont conformes et qu’on maîtrise le processus que nous bénéficions d’une autorisation d’exploiter », ajoute Frédéric Schultz, le responsable du département Investissement, Maintenance, Qualité, Sécurité Environnement de la CAC. Deux « non-conformités », cinq « observations » Pourtant, selon des informations transmises par un inspecteur de Groupama à la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (Dreal), sous couvert du statut de lanceur d’alerte effectif depuis le 1er janvier 2018, cette plateforme de la CAC ferait courir un grave risque explosif pour l’ensemble du site industriel d’Ottmarsheim. Lors de son inspection des lieux en juillet 2017, le lanceur d’alerte dit avoir relevé dix non-conformités aux arrêtés préfectoraux et ministériels : « Absence de deux lances à incendies », « mise hors service volontaire de la détection incendie par l’exploitant », « absence d’évacuation des fumées », « stockage de l’engrais entraînant un très fort confinement par 4 murs en béton armé, une toiture en partie en béton armé et l’absence de système de désenfumage », « absence d’affichage », « absence d’une clôture d’une hauteur minimale de 2 mètres interdisant l’accès à l’établissement », « engin de manutention (chouleur) garé à moins de 5 mètres des dépôts d’ammonitrate », mais également « absence de toute formation incendie récente ou d’exercice », absence de « zonage ATEX [zone à risque d’explosion] » et de « document relatif à la protection contre le risque d’explosion relatif au stockage d’engrais ». Après avoir pris connaissance de ces informations, la Dreal entreprend une première inspection le 9 février pour vérifier les points mis en avant par le lanceur d’alerte. Ses conclusions, visibles dans le compte rendu consultable en préfecture - et non plus en ligne suite aux restrictions imposées par le plan Vigipirate en 2015 - ne révèlent que cinq observations nécessitant des « réponses complémentaires », et seulement deux non-conformités « nécessitant une action corrective ». Pour celles-ci, la préfecture du Haut-Rhin indique, dans un courrier rédigé le 13 juillet 2018 en réponse au lanceur d’alerte, que « l’exploitant a entrepris d’y remédier ; celles qui sont encore en suspens font l’objet d’un échéancier suivi par la Dreal. Certains travaux nécessitent en effet l’intervention d’entreprises extérieures ou d’études complémentaires. » « Nous avons une obligation d’amélioration continue » Le premier point de non-conformité relevé par la Dreal est relatif aux trappes de désenfumage qui ne sont pas ouvertes « en permanence ». La réalité est en fait un peu plus complexe que cela comme la responsable Qualité Sécurité Environnement (QSE) à la CAC : « Dès qu’on fait un déchargement d’engrais et qu’on le stocke, on ferme toutes les trappes par mesure de sécurité pour éviter qu’il n’y ait de mélanges justement. Et dès que ce travail est fait, on rouvre manuellement toutes les trappes. Sauf qu’on doit pouvoir assurer qu’elles resteront ouvertes une fois le chargement effectué. Du coup, nous réfléchissons actuellement à deux solutions pour remédier à ce problème : soit un système d’alerte sonore qui avertit l’employé que toutes les trappes ne sont pas ouvertes, soit une automatisation du système avec ouverture des trappes une fois que le chargement est terminé. Nous prévoyons la mise en œuvre de cette modification pour le début de l’année 2019, après la campagne de récolte. » Le deuxième point de non-conformité relevé par la Dreal est relatif à la « fermeture » des cases qui se fait actuellement avec des bastaings en bois et une bâche en plastique quand la case est pleine. « Lors de son inspection, la Dreal a constaté qu’il y avait des petites traces de calcaire sur certains bastaings, alors que l’engrais ne doit pas être au contact des cloisons ou façades bois. Du coup, nous étudions actuellement un autre composite de style inox ou un autre métal qui évitera d’amener de l’organique dans les engrais », détaille la responsable QSE. Ce système de fermeture n’est pourtant pas propre à la CAC comme le rappelle le directeur, Jean-Marc Schacherer. « En France, la grande majorité des installations agricoles de ce type ont des bastaings en bois. » Concernant les observations émises par la Dreal suite à ces différentes inspections (elle est encore venue à Ottmarsheim au mois de mai et au mois d’août), la CAC doit surtout apporter des justificatifs prouvant qu’elle respecte bien les normes en vigueur. Elle doit vérifier le débit des bornes incendie, prouver qu’un foyer puisse être attaqué simultanément - sous deux angles différents - par deux lances à incendie, vérifier la conformité électrique des installations et notamment le caractère de résistance IP55, justifier que la surface de la trappe de désenfumage correspond à 1 % de la surface totale de la case, vérifier les propriétés ignifuges de la charpente métallique et le respect du critère Broof 3 pour la toiture, améliorer le dispositif de cloisons mobiles et mettre en place des solutions compensatoires à ce dernier point. « Concrètement, la Dreal veut qu’on apporte à nouveau les preuves que tous nos systèmes sont opérationnels. Tout cela ne représente aucune difficulté », souligne Frédéric Schultz. Jean-Marc Schacherer complète : « C’est juste la vie d’une entreprise comme la nôtre. Des inspections ont lieu régulièrement, des remarques sont faites, nous en tenons compte et changeons ce qui doit l’être. De toute manière, il faut quand même savoir que nous sommes soumis à une autorisation classée, soumise par un arrêté préfectoral de 2015. Ce qui veut dire que non seulement nous avons une autorisation de fonctionner si on respecte les règles, mais en plus de ça, nous avons une obligation d’amélioration continue. » Les « non-conformités » du lanceur d’alerte passées au crible Mais si la Dreal n’a relevé que deux non-conformités et émis cinq observations, qu’en est-il des dix non-conformités soulevées par le lanceur d’alerte ? Pour la première relative à l’absence de lances incendie, la responsable QSE explique qu’au moment où cette observation a été faite, les lances étaient bien là mais servaient à la fois à la protection incendie, et à la fois pour le nettoyage. « Cela a été constaté en février par la Dreal et cela a été corrigé depuis puisque deux lances uniquement dédiées aux incendies ont été installées à la fin du mois d’août. » Concernant la « mise hors service volontaire de la détection incendie par l’exploitant », la responsable QSE explique qu’à cette époque, il y avait plusieurs travaux sur la tour. « On a été obligés de couper le système juste pendant cette courte période pour réaliser les travaux. Depuis, le système est bien actif et contrôlé. » Pour les points suivants indiquant une « absence d’évacuation des fumées » et le « stockage de l’engrais entraînant un très fort confinement par 4 murs en béton armé, une toiture en partie en béton armé et l’absence de système de désenfumage », c’est « juste faux » répond la responsable de la communication à la CAC. « Comme les journalistes ont pu le voir lors de la visite, les cases ont trois murs en béton et non quatre, et il y a bien un système fonctionnel de désenfumage. » Pour « l’absence d’affichage » pointé par le lanceur d’alerte, nous n’avons pas constaté non plus de non-conformité lors de notre visite puisqu’un affichage indiquant la nature de l’engrais stocké est présent à l’entrée de chaque case. Pour l'« absence d’une clôture d’une hauteur minimale de deux mètres interdisant l’accès à l’établissement », la responsable QSE indique que « la plus grande partie » de la clôture fait bien deux mètres. « Seule une petite partie fait aujourd’hui 1m80 de haut, ce qui va être corrigé prochainement », assure la responsable de la communication. Ensuite pour l'« engin de manutention (chouleur) garé à moins de 5 mètres des dépôts d’ammonitrate », la responsable QSE explique que la photo incriminante a été prise quand « on était en pleine activité. Et forcément, à ce moment-là, le chouleur se situe à côté puisqu’on s’en sert. Sinon, il est toujours stationné à plus de dix mètres, près des silos ronds, sous un auvent. » Enfin, pour les deux dernières non-conformités relevées par le lanceur d’alerte, à savoir l’absence de « zonage ATEX [zone à risque d’explosion] » et de « document relatif à la protection contre le risque d’explosion relatif au stockage d’engrais », la responsable QSE l’explique simplement : « Il faut savoir que pour le stockage d’engrais, il n’y a pas d’obligation de zonage d’atmosphère explosive, contrairement au silo à grains où c’est obligatoire. S’il y avait une obligation pour le stockage d’engrais, on le ferait. Ensuite, étant donné qu’on n’est pas dans un zonage ATEX, on n’est pas obligé d’avoir un DRPCE, document relatif à la protection contre le risque d’explosion. Là encore, on l’a pour le silo vu que c’est obligatoire, mais pas pour le stockage d’engrais vu que ça ne l’est pas. » Enfin, la CAC tient aussi à rappeler qu’en matière de sécurité, l’ensemble des employés « terrain » ont été formés en 2017 à la manipulation et l’utilisation des extincteurs, tout le personnel du site d’Ottmarsheim a été formé aux risques de stockage d’engrais en 2018, des exercices incendie ont lieu tous les ans en temps réel, deux sessions de gestion de crise autour des incendies et explosions ont lieu cette année, et une nouvelle formation est prévue à la fin de l’année sur « la prévention des risques incendie et explosions de poussière » pour tous les sites de la coopérative.












