Vie professionnelle

Publié le 28/02/2018

À l’issue de l’assemblée générale de la FDSEA du Haut-Rhin, Gil Rivière-Weckstein s’est prêté au jeu des questions-réponses avec le PHR.

Paysan du Haut-Rhin (PHR) : C'est quoi « Agriculture et Environnement » ?   Paysan du Haut-Rhin (PHR) : Vous dénoncez le marketing fait autour de l’agriculture biologique. C’est à dire ?   Paysan du Haut-Rhin (PHR) : Que pensez-vous des critiques émises à l’encontre de l’agriculture conventionnelle quant à l’utilisation de produits phytosanitaires ?   Paysan du Haut-Rhin (PHR) : N’y a-t-il cependant pas eu des excès à moment donné ?   Paysan du Haut-Rhin (PHR) : Le monde politique est-il sensible aux informations et arguments que vous mettez en avant dans votre lettre « Agriculture et Environnement » ?   Paysan du Haut-Rhin (PHR) : Les perspectives que vous annoncez pour le monde agricole sont plutôt sombres. Y’a-t-il tout de même des raisons d’y croire ?

Compétitivité du maïs français dans un marché mondialisé

« Nous avons des arguments à mettre en avant »

Publié le 28/02/2018

Le 22 février, la Coopérative Agricole de Céréales a invité le directeur adjoint de l’AGPM, Mathieu Caldumbide, à faire un état des lieux de la compétitivité du maïs français par rapport aux gros producteurs que sont les USA, le Brésil, l’Argentine et l’Ukraine. Malgré un coût de production relativement élevé et des distorsions de concurrence liées à l’utilisation de certains produits, la production hexagonale conserve des atouts dans sa manche pour continuer à exister dans le marché mondial.

C’est un fait : les surfaces en maïs reculent en France. Le verdissement issu de la Pac, entre autres, est passé par là. Un paradoxe quand on sait que les besoins dans l’Union européenne sont eux en progression. Depuis 2013, ce sont 350 000 ha de maïs grain qui ont disparu dans plusieurs régions françaises. Les perspectives pour 2018 ne sont guère plus réjouissantes pour la filière : une nouvelle baisse de 2 % est annoncée, ce qui ferait baisser la surface totale française sous la barre du 1,3 million d’hectares. Une première. Cette baisse de la production nationale profite aux importations des pays tiers, en premier lieu l’Ukraine qui bénéficie de faibles coûts de transports. Aux Pays-Bas, on peut ajouter le maïs brésilien qui prend de plus en plus de parts de marché. C’est dans ce contexte que se pose la question de la compétitivité du maïs français. Peut-il survivre au sein de cette concurrence féroce ? Et si oui, par quels moyens ? Qu’en est-il réellement des coûts de production dans les autres pays ? Le 22 février, le directeur adjoint de l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM), Mathieu Caldumbide, a apporté des éléments de réponse lors de la rencontre « Marchés » organisée par la Coopérative Agricole de Céréales (CAC). Il est tout d’abord revenu sur les études menées par l’AGPM et Arvalis Institut du Végétal pendant trois ans dans une dizaine de fermes françaises. « Nous souhaitions mesurer les coûts de production dans des fermes ayant différents profils, situées dans des zones différentes. Entre la ferme la plus performante et la moins performante, nous obtenons une moyenne de 173 euros de coûts de production », explique Mathieu Caldumbide. Un tiers de ces coûts de production est relatif aux charges d’intrants. On retrouve ensuite la mécanisation, la main-d’œuvre, le séchage et les charges diverses. « Cela nous donne des indications sur les leviers à activer ou non. On se rend compte que les coûts de production sont très variables selon les fermes étudiées. Ils sont notamment très impactés par le rendement. De l’autre côté, les prix de vente ne permettent pas systématiquement de dégager une marge. Forcément, on peut s’interroger sur la pérennité d’un tel système. » Les autres pays producteurs de maïs ont aussi leurs contraintes Reste à comparer ces chiffres avec les fermes d’autres pays. Comment font-elles pour produire du maïs avec des prix de marché aussi bas ? Là encore, Arvalis Institut du Végétal a effectué un travail avec des partenaires européens afin d’avoir un regard un peu plus précis sur la situation. À chaque fois, ce sont des fermes performantes qui ont été étudiées. « Ce ne sont pas des cas représentatifs des pays », précise Mathieu Caldumbide. Pour la France, ce sont des exploitations d’Alsace et de la vallée de la Garonne par exemple. Sans surprise, cette étude montre que les coûts de production sont inférieurs que ceux constatés en France : 85 euros au Brésil, 129 euros aux États-Unis ou 86 euros en Ukraine. Comparé aux coûts français, un tel écart semble effectivement ultra-compétitif. Sauf que les prix de vente sont aussi plus faibles. « Du coup, ils n’ont pas forcément de meilleures marges que nous », rassure le directeur adjoint de l’APGM. Ce qui « plombe » les coûts de production français, c’est principalement les charges de mécanisation, de main-d’œuvre, ainsi que les frais de séchage qui sont une particularité qu’on ne retrouve pas dans les autres pays. « En France, on récolte à 27 ou 29 % d’humidité. En Ukraine, c’est à 19 %, et ça baisse jusqu’à 15 % en Roumanie. Au total, cet écart de charge peut représenter une quinzaine d’euros en moyenne à la tonne. » Aux États-Unis, les producteurs de maïs sont pénalisés par le coût important du foncier agricole ; le fermage est actuellement à 450 euros à l’hectare. « On arrive là-bas à des limites de rentabilité, avec des marges proches de zéro, voire carrément négative. Contrairement à chez nous, ils n’ont pas d’aides découplées. En revanche, il y a une politique qui intervient quand les prix descendent en dessous d’un certain seuil. Mais dans l’ensemble, on sent que la situation se tend dans de nombreuses fermes américaines. Ils avaient fortement capitalisé dans les années 2011, 2012 et 2013 lorsque les prix étaient au plus haut. Aujourd’hui, la question de la rentabilité se pose aussi chez eux, quelle que soit la taille de l’exploitation. » Et même si les producteurs américains restent compétitifs sous certains aspects (accès aux biotechnologies ou à des moyens de lutte contre la chrysomèle interdits en Europe), ils restent confrontés à un gros défi : le renouvellement des générations dans le Corn Belt, la « ceinture de maïs » du Midwest américain. « C’est une population rurale et vieillissante. De moins en de moins de jeunes reprennent le flambeau », témoigne Mathieu Caldumbide. En Argentine, la production de maïs bénéficie de pas mal de facteurs positifs pour son développement : faibles coûts de production, plus de taxes à l’exportation comme c’était le cas il y a quelques années encore, volonté politique de développer les infrastructures de transports… « En revanche, l’instabilité politique reste présente dans ce pays, ce qui peut générer des perturbations. » Au Brésil, l’instabilité est plutôt monétaire. Et la culture de maïs, même si elle progresse, affiche à l’heure actuelle des rendements assez faibles (5 tonnes à l’hectare ces dernières années), et ne devrait pas dépasser la culture de soja en termes de surface, qui devrait rester LA culture phare encore plusieurs années en Amérique du Sud. Reste l’Ukraine qui dispose de marchés captifs à proximité, de coûts de production faible, et a de moins en moins de soucis logistiques. « Par contre, le maïs y est aussi la culture qui demande le plus d’investissement, environ 729 dollars à l’hectare. En parallèle, la concurrence avec les oléoprotéagineux va être importante dans les prochaines années », détaille Mathieu Caldumbide. Du maïs « durable » au « maïs » citoyen Si l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs, il ne faudrait pas non plus qu’elle jaunisse dans notre pays. Au vu des éléments présentés par le directeur adjoint de l’AGPM, les producteurs français ont plusieurs pistes de réflexion à explorer. Sur la mécanisation tout d’abord, il y a des travaux d’optimisation à mener. « Il faut une fiscalité adaptée et non pas qu’une fiscalité incitative à investir dans le matériel. » Sur les intrants, le travail sur le positionnement et la modulation permettraient de devenir plus efficient. Concernant le séchage, la question se pose entre précocification et rendement. « On travaille avec les semenciers pour avoir des variétés plus performantes et plus précoces. Des réflexions sont en cours pour mettre en place des plus des maïs plus adaptés à la parcelle. L’idée serait d’avoir un maïs sur mesure. » Mathieu Caldumbide suggère que les producteurs français « capitalisant » sur leurs forces tout en gardant à l’esprit la nécessité de sécuriser les accès à l’eau. « Il faut qu’on continue à innover, à libérer le potentiel génétique de nos cultures et ce, malgré les distorsions de concurrence que nous subissons. On va jouer avec nos armes, mais on doit améliorer notre productivité. Si on fait sauter cinq euros de droit de douane, c’est un plus. Sur la logistique, il y a encore quelques euros à gagner. Enfin, nous avons tout intérêt à nous positionner sur des marchés premium, là où il y a plus de valeur ajoutée - sans OGM, sans phytos - et sortir des marchés qui ne rémunèrent pas. En amidonnerie ou éthanolerie par exemple, il y a des choses à faire. Il va falloir conserver un contexte européen favorable aux biocarburants, et ne pas offrir notre marché aux États-Unis et au Brésil. Nous devons avoir une politique nationale cohérente, et tout cela dans une société qui change qui attend des choses des agriculteurs. Et même si on pense bien faire les choses, on est dans une société qui nous en demande toujours plus. Il va falloir qu’on engage ce débat, expliquer ce qu’est le maïs, pourquoi on le fait, tout en étant à l’écoute des attentes sociétales. Nous devons passer d’un maïs durable à un maïs citoyen. »

Publié le 28/02/2018

Intervenant à l'assemblée générale de la FDSEA du Haut-Rhin à Mulhouse, Gil Rivière-Wekstein, fondateur de la lettre d’information « Agriculture et Environnement » a invité les exploitants agricoles à faire entendre leur voix et à parler de leurs métiers sur les réseaux sociaux pour diffuser, au plus grand nombre, une réalité souvent déformée.

Voilà plus de trois mois que Gil Rivière-Wekstein parcourt la France. Spécialiste des questions agricoles, il participe à de nombreux débats et propose des conférences qui étonnent son public. À Mulhouse, il marque d’entrée « son » terrain et « sa » différence avec les propos relayés dans les médias. « Je suis sidéré par ce que j’entends. Cela fait quinze ans que je fréquente le monde agricole. Je suis impressionné par ce désarroi et la rupture actuelle entre les agriculteurs et la société. L’état devrait y faire attention ». Il constate qu’au cours du XXe siècle, les agriculteurs ont changé de statut. Ils sont passés de celui de producteurs, de « nourrisseurs de l’humanité » à celui de producteurs de risques. « Après la Seconde Guerre mondiale, les gens avaient peur de la pénurie alimentaire. Le monde agricole était là, en recours, pour nourrir, alimenter les citoyens. Depuis une quinzaine d’années, on a construit une véritable machine de fabrication de la peur. Certes, les peurs alimentaires ont toujours existé. Mais, là, il y a une véritable rupture », constate Gil Rivière-Wekstein. Les vecteurs de cette peur sont nombreux dans la société d’aujourd’hui. La peur de la pénurie existe toujours comme en atteste le dernier épisode climatique sur la région parisienne avec un centimètre de neige sur les routes. Les supérettes de Paris intra-muros ont été dévalisées dans la journée… La peur des intoxications alimentaires est quant à elle étayée par des exemples choisis par les médias qui donnent une légitimité à ce discours. Et d’autres qui passent inaperçus comme l’épisode de la farine sarrasin bio contaminée dans le sud de la France. « Récemment, il y a eu la plus grave crise sanitaire de ces vingt dernières années avec 53 décès en Allemagne en 2011 qui concernait des graines germées bio. Le cahier des charges bio n’utilise pas de chlore. Les graines ont été chauffées, mais la bactérie était toujours là. En France, il y a eu douze intoxications. À force de développer des filières moins sécurisées, on développe des risques supplémentaires », constate Gil Rivière-Wekstein. Or il n’en a été que très peu question dans les médias. Par contre le dernier épisode concernant une usine de Lactalis a renforcé cette peur chez de nombreux consommateurs. Répondre aux peurs Le conférencier estime que les lobbies environnementaux sont à la manœuvre, avec derrière de véritables enjeux économiques. « On veut des produits sans OGM, sans colorant, sans additif, sans sel, sans gluten, sans pesticide. Sans tout ! Et, évidemment, tout ceci est désormais beaucoup plus cher. Il y a une véritable panique dans l’assiette. Cette fabrique de la peur sert les ONG pour faire passer leurs messages politiques. Et cela provoque une destruction de notre modèle agricole. On y ajoute une hypocrisie des grandes et moyennes surfaces et on termine par les « politiques » qui réagissent en voulant mettre en place des mesures « rassurantes ». Le dernier exemple le plus frappant ? L’intervention du Président de la République Emmanuel Macron, par un tweet, sur le glyphosate. Pendant six mois, il y a eu une véritable désinformation sur ce produit. Au final, il a fallu rassurer la population. C’est une tradition bien française », constate Gil Rivière-Wekstein. Les peurs sont alimentées et partagées dans les médias nationaux et les réseaux sociaux. Pendant longtemps, il n’y a eu que très peu de réactions pour répondre à ces discours « anti » et/ou pour donner une voix cette fois favorable au monde agricole. Cela change et cela doit changer ! C’est en tout cas le message du conférencier à Mulhouse. « Il faut démontrer aux consommateurs que leurs peurs ne sont pas légitimes. Il ne faut pas seulement riposter aux discours négatifs ou aux attaques, mais démontrer, avoir un discours positif et cohérent. Il faut également réussir à se faire inviter dans les médias. Cela a été mon cas avec, par exemple, ma participation à l’émission télévisée de Thierry Ardisson : Salut les Terriens. Une fois que vous êtes présents, vous pouvez faire entendre un autre discours et, surtout, vos interlocuteurs font attention à ce qu’ils disent eux-mêmes », rapporte Gil Rivière-Wekstein. Bien évidemment, tout le monde ne peut pas être invité à s’exprimer dans les médias nationaux. Mais il existe un circuit plus simple, décentralisé, ouvert à tout le monde : les réseaux sociaux. « Là encore, les ONG ont précédé les agriculteurs. Un exemple concret. Greenpeace sur facebook est suivi par 500 000 personnes et sur twitter par 410 000 personnes. La FNSEA respectivement par 17 000 et 15 000 personnes ! Il est donc primordial de prendre la main, de marquer sa présence, d’investir ces nouveaux moyens de communication qui, en outre, sont bien plus facilement accessibles. Car sur les réseaux sociaux, on fait davantage confiance à la personne qui partage des informations qu’à la source de l’information. » « N’hésitez pas à partager les tweets et les posts de vos organisations, des agriculteurs », ajoute Gil Rivière-Wekstein. Souvent, il s’agit de choses simples : retransmettre des informations professionnelles pertinentes, témoigner d’événements ou encore relayer des photos ou des déclarations. Bref répondre aux anti-tout. « Quand le twitter ou le facebook du Président de la République fait passer un message, il est partagé et repartagé plusieurs milliers de fois. Vous pouvez faire la même chose. Cela prend quelques minutes seulement ».

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