Vie professionnelle

Florian Huchot

Passion mouton

Publié le 16/03/2018

À 17 ans, Florian Huchot participait pour la première fois aux Ovinpiades des jeunes bergers. Après avoir remporté la finale régionale en Alsace, il s’est frotté à la crème des futurs bergers à Paris, sur le ring ovin du Salon international de l’agriculture. Il y a remporté une honorable 15e place, sur une quarantaine de participants. Il faut dire que si Florian Huchot participait pour la première fois aux Ovinpiades, les moutons, c’est son rayon : « Je vis dans ce milieu depuis toujours ». En effet, Florian est le fils de Stéphane Huchot, éleveur ovin à Preuschdorf et président de l’association Agneau Terroir d’Alsace. C’est donc sans surprise qu’après sa scolarité au collège Maréchal de Mac-Mahon à Wœrth, Florian Huchot rejoint les rangs du lycée agricole d’Obernai. Enfin à mi-temps seulement. Puisque le jeune homme a choisi la voie de l’alternance pour décrocher son CAP Grandes cultures. Quand il n’est pas sur les bancs du lycée en train d’acquérir de nouvelles connaissances, il est donc en train de les mettre en pratique chez un éleveur bovin de Gunstett. Ensuite, Florian Huchot souhaite poursuivre ses études avec un bac pro, puis s’installer sur l’exploitation familiale. Une installation qu’il envisage dans la continuité. S’être frotté aux vaches durant son CAP ne l’a pas fait dévier d’un iota de son dessein : « Travailler avec les moutons, j’adore ça. Du fait de la différence de gabarit, la conduite d’élevage est très différente de celle des bovins ». Une passion qui l’a sans aucun doute aidé à décrocher ses bons classements lors des Ovinpiades : « Je connais bien l’animal ». Si bien qu’il n’a peut-être rien appris de plus lors des différentes épreuves ? Pas du tout : « J’ai appris beaucoup de choses, surtout sur la théorie, et notamment sur l’évaluation de l’état de santé des animaux, mais aussi sur l’organisation de la filière ». Aussi Florian Huchot envisage-t-il de participer à une prochaine édition des Ovinpiades, si l’occasion se présente à nouveau.

Publié le 07/03/2018

Le 23 février, les JA 68 et la Chambre d'agriculture d’Alsace ont invité quatre jeunes agriculteurs à partager leurs expériences en tant qu’exploitant fraîchement installé. Des témoignages enrichissants pour celles et ceux intéressés par une carrière dans l’agriculture ou la viticulture.

Entre les bancs de l’école et la concrétisation d’un projet professionnel, l’écart peut souvent être gigantesque. En agriculture et en viticulture peut-être encore plus qu’ailleurs. Certes, la passion du métier, du terroir, de la nature et des animaux aide énormément. Mais pour l’assouvir pleinement, il vaut mieux être vraiment prêt, et avoir pris le temps de s’installer de la meilleure manière possible. C’est pour cette raison que les Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin et la Chambre d'agriculture d’Alsace organisent chaque une journée consacrée à l’installation afin d’expliquer à ceux qui sont encore sur les bancs de l’école, ou ceux qui rêvent d’une reconversion professionnelle, les étapes à suivre et les écueils à éviter. Et quoi de mieux finalement que d’écouter attentivement les témoignages de jeunes fraîchement installés, histoire d’avoir un recul un peu moins théorique sur la question. La passion comme moteur Ce vendredi 23 février, ils sont quatre à avoir répondu au jeu des questions-réponses dans l’amphithéâtre du lycée agricole de Rouffach : Pierre Meyer, installé depuis 2013 à Dessenheim hors cadre familial en tant que céréalier ; Patrick Meyer, installé depuis 2012 à Rixheim sur l’exploitation familiale en céréales et maraîchage ; Pierre-Luc Tischmacher, installé depuis 2017 à Lautenbach hors cadre familial en élevage bovin bio ; et Gilles Lichtle, installé depuis 2013 à Rouffach et coopérateur à la Cave des vignerons de Pfaffenheim. Quatre profils différents, mais quatre raisons communes de se lancer dans le métier, enfin presque. Pour Pierre Meyer, Patrick Meyer et Pierre-Luc Tischmacher, la passion est venue en côtoyant depuis tout petit cet univers au contact des parents ou des grands-parents. Gilles Lichtle est le seul à ne pas avoir grandi dans une exploitation. Il y avait bien du foncier disponible dans sa famille, mais son père n’a pas repris. Il a d’abord démarré sa vie professionnelle en tant que salarié de diverses entreprises agricoles. « Et au bout d’un moment, si je voulais progresser, je n’avais plus qu’une solution : me mettre à mon compte. » Gilles Lichtle se lance alors dans l’aventure en reprenant le foncier toujours en possession de ses grands-parents. La passion est ensuite venue progressivement. Aussi essentiel soit-il, ce paramètre n’a pas été la seule source de motivation pour Pierre Meyer ou pour Pierre-Luc Tischmacher. Tous deux ont été motivés par la perspective d’être « relativement indépendant » et d’apprendre à se débrouiller en cas de problème. « C’est très épanouissant d’avoir une entreprise agricole », estime le jeune céréalier de Dessenheim. « Ouvrez-vous l’esprit » Comme évoqué en préambule, les compétences de l’agriculteur d’aujourd’hui sont devenues très vastes et pointues. Et elles ne s’arrêtent aux bancs de l’école, bien au contraire. Après avoir déroché son BTS Analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole (ACSE) à Obernai, Pierre Meyer est parti d’Alsace pour « découvrir ce qui se faisait ailleurs ». « ON voit d’autres agriculteurs, d’autres manières de faire. Chez nous, on pense souvent que l’herbe est plus verte ailleurs. Et puis quand on change de pays, on se rend compte que les agriculteurs se disent la même chose. Ils ont aussi leurs problèmes. Du coup, on entrevoit nos problèmes avec une autre perspective. » C’est ce qui est arrivé également à Pierre-Luc Tischmacher. Après un BTS ACSE et une licence en conduite d’élevage laitier à Besançon, il met le cap vers le Canada. Il y découvre un « autre univers » et un autre style de vie. Une expérience parfois harassante au vu de la charge de travail qui lui était demandée mais qu’il ne regrette pour rien au monde. « Si j’ai un conseil à donner aux plus jeunes : partez, ayez de la curiosité et essayez de découvrir plein de choses. » Gilles Lichtle s’est lui arrêté après son Bac Pro Conduite et Gestion de l’Exploitation Agricole, option Vigne et Vin. Un choix qu’il a fini par regretter quelques années plus tard en mesurant ses lacunes. « Si j’avais fait un BTS en plus, cela m’aurait servi à quelque chose », souligne-t-il aujourd’hui. « Mais bon, des formations, on peut en faire en permanence. J’ai la chance de faire partie d’une coop où il y a un suivi et des formations régulières. Même si je ne produis que le raisin, je connais aujourd’hui les différentes étapes de production, jusqu’à la mise en bouteille. » Lui aussi conseille d’aller s’ouvrir l’esprit avant de se mettre à son compte, et pas chez un seul vigneron, qui plus est dans le village d’à côté. « Pour se construire son propre point de vue, je pense qu’il faut tout voir, du vigneron en biodynamie au domaine plus conventionnel. Il ne faut pas hésiter à aller faire un tour dans d’autres vignobles. » Patrick Meyer est le seul qu’il n’ait pas fait de grands stages. Il ne s’est installé qu’une année après l’obtention de son BTS ACSE. Il avait déjà de solides compétences en gestion et commerce grâce au BTS Technico-Commercial qu’il avait décroché en amont à Rouffach. « Du coup, j’ai appris la technique sur le terrain avec de l’aide de techniciens et de collègues. » Si Patrick Meyer s’est finalement installé rapidement après la fin de ses études, ses homologues restent persuadés qu’il vaut mieux attendre un peu avant de se lancer dans le grand bain. Pierre-Luc Tischmacher est d’ailleurs assez catégorique sur la question : « Je pense que cela devrait être interdit de s’installer dans les cinq années qui suivent la sortie de l’école. On n’a rien vu, on n’a pas bourlingué. À vingt ans, on découvre et on prend un peu les choses à la légère. C’est tellement bien de pouvoir partir, de couper le cordon avec sa famille. Il faut affronter des difficultés je pense. C’est trop simple de rester à la maison. » Gilles Lichtle abonde dans le même sens : « Mettez-vous en difficulté, comme ça, vous pouvez voir les extrêmes du métier. Je pense qu’il faut se faire mal pour ensuite vivre plus sereinement certaines difficultés. » Pierre Meyer serait bien parti tenter une expérience aux États-Unis après son BTS s’il n’avait pas été dans l’urgence. « La personne dont je reprenais l’exploitation voulait partir en retraite. Je ne pouvais pas la faire attendre encore un an. C’est pour cela que j’ai fait le maximum de stages après. Mais c’est clair, c’est avant de s’installer qu’on peut faire le maximum de choses, pas après. » Premier objectif : dégager un salaire Avant de se lancer, un futur exploitant agricole doit réfléchir aux objectifs qu’il veut atteindre. Sont-ils réalisables économiquement ? Quels investissements - humains et financiers - vont-ils demander ? Pour Pierre Meyer, le but premier était de pérenniser l’exploitation qu’il reprenait. « Je suis arrivé dans un contexte un peu compliqué, à un moment où la réglementation avait changé la donne concernant la monoculture de maïs. J’ai donc intégré de nouvelles cultures comme le soja et le tournesol semences afin de développer l’exploitation. » Patrick Meyer a lui aussi souhaité pérenniser l’exploitation qu’il reprenait avec l’idée de se diversifier pour rentrer un salaire. « Cela doit être l’objectif numéro un de toute exploitation, il ne faut jamais l’oublier », rappelle-t-il. À la base, il était parti pour écouler toute sa production maraîchère en vente directe via des ventes à la ferme et de paniers Amap. Deux ans plus tard, son frère a souhaité le rejoindre. Ils se sont développés et ont dû revoir les objectifs initiaux. « Le problème de la vente directe, c’est qu’il faut une gamme complète pour en vivre correctement. » Ils décident alors de se spécialiser dans la pomme de terre et la carotte afin d’avoir de plus gros volumes à écouler auprès de la grande distribution. Un choix que Patrick Meyer ne regrette pas et qu’il lui a permis d’embaucher un ouvrier. « Ça nous allège un peu la charge de travail et ça nous permet aussi de souffler. Il ne faut pas oublier de vivre à côté. » Pierre-Luc Tischmacher définit son exploitation comme « atypique ». Il pratique l’élevage extensif sur 190 ha de prairies uniquement. Pour lui, ce système d’élevage est une garantie supplémentaire de la qualité du produit fini. « C’était mon souhait principal », explique-t-il. Le tout vendu en filière courte exclusivement, histoire de conserver un lien permanent avec les consommateurs. Il a d’autres projets en réserve, comme se diversifier avec des élevages de porcs et de volaille bio. « La demande est là », poursuit-il. Pour atteindre ce nouvel objectif, il a comme projet de construire un nouveau bâtiment. Enfin, l’objectif de Gilles Lichtle était tout simplement de créer une entreprise. « J’avais la chance de pouvoir louer le foncier à mes grands-parents. Du coup, il fallait que je réfléchisse à la manière de créer un fonds de roulement pour lancer mon entreprise. » Conscient que produire lui-même des bouteilles en « partant de rien » pouvait lui coûter des millions d’euros, il décide de se concentrer sur la production de raisin en devenant coopérateur de la Cave des vignerons de Pfaffenheim, une « petite structure réputée » qui l’a pleinement intégré. L’intérêt d’être « accompagné » « Nous ne sommes pas des super héros. » En une phrase, Pierre-Luc Tischmacher résume une donnée indispensable à avoir à l’esprit pour celui ou celle qui rêverait de devenir agriculteur ou viticulteur : être entouré pendant toutes les étapes de son installation. JA, Chambre d’agriculture, Ciceva, banques, assurances, centres de gestion et comptabilité, chaque organisme a un rôle à jouer dans la vie d’un jeune agriculteur. « Quand on commence à travailler dans le monde agricole, on se rend compte que tout ça, c’est extrêmement important. On vous apporte des méthodes qui nous aident au quotidien. Il faut se sortir de la tête qu’être agriculteur c’est juste être avec son tracteur. Nous sommes entourés pour que tout se passe bien », souligne l’éleveur bovin de Lautenbach. Gilles Lichtle se souvient de l’accompagnement de la Chambre d’agriculture qui a été essentielle pour lui. « Je me suis lancé dans une galère sans nom au départ. Je ne maîtrisais pas du tout la paperasse. Et puis la banque est un allié vraiment important. Sans elle, vous n’allez nulle part. Et je pense que c’est essentiel d’avoir un comptable réactif, et pas quelqu’un qui vous réponde trois jours plus tard. » En étant entouré de conseillers aguerris, le futur installé peut mesurer l’ambition qu’il place dans son projet professionnel. « C’est important d’être ambitieux et d’avoir envie de concrétiser des choses qui nous correspondent. Par contre, il ne faut pas être trop ambitieux dans les chiffres. Il vaut mieux être optimiste dans ses projets et pessimistes dans son chiffre d’affaires. Si on est prudent sur point, on a plus de chance de réussir. Et il faut que cela soit bien ficelé et étudié en amont. Cela ne s’improvise pas », reconnaît Pierre Meyer. Et puis il faut voir loin, établir un vrai plan d’entreprise. Où serais-je dans cinq ou dix ans ? « Quand on s’installe, c’est un projet de vie. C’est un engagement qu’on prend. D’où l’importance de bien mûrir son projet », ajoute Pierre-Luc Tischmacher. En étant accompagné et entouré, le jeune agriculteur est aussi plus à même d’affronter les difficultés qui se présentent à lui. Et ce ne sont pas forcément les mêmes en fonction du projet. Pour Pierre Meyer, le principal défi était de sécuriser le foncier. « Quand on est hors cadre familial, les propriétaires ne sont pas obligées de faire un bail au repreneur de l’activité. J’ai dû faire appel à un avocat pour faire valoir mes droits. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas hésiter à aller jusqu’au bout quand des difficultés se dressent devant nous. » Pierre-Luc Tischmacher estime qu’avec une gestion « rigoureuse » des papiers, « ce n’est pas très compliqué ». Pour lui, les difficultés se situent plutôt sur des choses qu’il ne maîtrise pas. « J’ai la volonté et la motivation pour construire un nouveau bâtiment, mais je retrouve face à des blocages réglementaires et politiques. Mais il faut aller au bout des choses. Il faut être pugnace, sinon on n’avance pas. » À part Pierre-Luc Tischmacher qui s’est installé en 2017, ces jeunes agriculteurs sont aujourd’hui au bout de leur parcours à l’installation qui a duré cinq ans. Les objectifs initiaux ont-ils été atteints ? « Les grands axes ont été réalisés », témoigne Pierre Meyer. « Parmi les projets que j’avais mis en place, un ne s’est pas réalisé, et d’autres, non prévus au départ, se sont rajoutés. » Pour Patrick Meyer, « tout est quasiment en place ». Son projet initial a pas mal évolué depuis installation, le dernier avenant remonte ainsi à 2017. « Mon frère est en cours d’installation et on a encore des projets. » Enfin, le projet imaginé par Gilles Lichtle a « allègrement dépassé » tout ce qui était prévu au départ, à savoir reprendre le foncier et réussir à en vivre. « L’an passé, je l’ai fait évoluer en ajoutant des surfaces. Le seul couac a été la récolte de l’an passé, avec 40 % de raisins en moins. Mais bon, les premières années ont été meilleures que prévu. Et vu que j’ai vu large dès le début, j’ai au final eu de bonnes surprises. »

Journée Grand Est

La région en mode salon

Publié le 02/03/2018

Jean Rottner et les responsables agricoles régionaux ont inauguré les espaces du Grand Est au Salon international de l’agriculture. Une journée entière dédiée à assurer les paysans de l’Est du soutien de la Région.

« Face aux troubles, il faut être aux côtés des agriculteurs. » Jean Rottner, le président de la Région Grand Est, a multiplié les gestes en direction des producteurs régionaux mardi 27 février au salon de l’agriculture. Accompagné d’une trentaine de responsables syndicaux, politiques et même d’un ministre étranger, il a arpenté les stands estampillés Grand Est. Après la signature d’une convention avec l’Organisme de sélection ovine nord, la délégation a serré les mains des éleveurs bovins. Toute une matinée dans le pavillon élevage où le Conseil régional a investi cette année. En effet, la collectivité a monté une mezzanine au-dessus du chalet thématique sur la race vosgienne. « La concrétisation de deux années d’approche entre les anciennes régions », selon Jean-Luc Pelletier, président de la Chambre régionale d’agriculture. Une première donc. Avec bizutage en prime. En effet, une secrétaire d’État a eu la bonne idée de recevoir des responsables d’autres régions au même endroit et en même temps que le point presse prévu par l’équipe Rottner. Las, les élus se sont retranchés dans le restaurant d’à côté pour s’adresser aux médias. Un restaurant « fait en bois des Vosges », tout de même. « Mettre en avant l’excellence du Grand Est » « Nous sommes la première région agricole de France », a souligné le chef de l’exécutif régional. À ce titre, le Grand Est se doit d’être innovant, de tenir son rang. Pour cela, Jean Rottner a rappelé que sa collectivité subventionne la recherche et les initiatives créatrices de richesses. « Nous pouvons être fiers de ce qu’on fait dans notre région », a conclu le président. Puis vers 11 h 30, la flopée d’officiels s’est dirigée vers le hall 3 et l’espace Grand Est. 80 exposants régionaux distribués sur 1 000 m2 d’allées et de stands. Au centre de cet îlot, un carré dédié à la promotion touristique de la région. « Un espace revu et réfléchi pour que chaque territoire soit bien représenté », a commenté le patron de la Région depuis son pupitre. Dans son dos, vignes, châteaux et forêts défilent sur un grand écran. « Le salon est une opportunité de mettre en avant l’excellence du Grand Est », a renchéri le numéro un de la Chambre d'agriculture. Un point de vue partagé par René Collin, ministre de l'Agriculture de Wallonie, en Belgique. « Que seraient nos régions, qui n’ont pas le soleil comme témoin quotidien, sans tous ces efforts sur leur image touristique ? », a-t-il interrogé, lyrique. À partir de là, la journée de la délégation s’est apparentée à un marathon culinaire. De bistrot en restaurant, de boutique en artisan. Passage obligé de toute journée inaugurale qui se respecte.

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