Section lait de la FDSEA du Haut-Rhin
Savoir répondre aux attentes sociétales
Section lait de la FDSEA du Haut-Rhin
Publié le 22/03/2018
Comment travailler et valoriser la production laitière dans une société en mouvement et dont les attentes sont souvent en contradiction avec le monde agricole ? Une question qui a été évoquée lors de l’assemblée générale de la section lait de la FDSEA du Haut-Rhin jeudi 15 février à Carspach.
La réunion a tout d’abord été l’occasion pour Michel Rohrbach et Sébastien Stoessel de faire le tour des dossiers importants de l’année écoulée. « Nous avons vécu de nouveaux mois difficiles avec une météo capricieuse, mais de bons rendements. Il y a également la politique agricole commune qui évolue, mais dont les contours restent flous. Puis, est arrivée cette pénurie de beurre, avec une flambée des prix européens du beurre en vrac. En France, ce sont toujours les mêmes difficultés entre le faiseur et le metteur en marché. En Allemagne, c’est différent. Les discussions sont plus faciles, alors que chez nous, on croit régler un problème par le vote d’une loi », s’agace Sébastien Stoessel. Les éleveurs regrettent également la crise sanitaire chez Lactalis et la culture de la discrétion à l’extrême au sein de l’entreprise. « Sa chance est d’avoir une palette de marques. Mais, l’impact médiatique est négatif pour les consommateurs tout comme le reportage sur Sodiaal dans Cash Investigation. Pour vous éleveurs, ces affaires prouvent une nouvelle fois que vous devez essayer de mieux suivre et comprendre le fonctionnement de vos coopératives », ajoute Sébastien Stoessel. Être présent dans les discussions Michel Rohrbach invite les éleveurs à se mobiliser pour la réussite de la manifestation « Cœur d’Elevage » qui se déroule en juin prochain à Colmar, avant d’ouvrir le débat avec les professionnels présents sur l’action syndicale et les dossiers du moment. « Pour le prix du lait, à quoi sert l’action syndicale ? Quel est votre poids dans les négociations ? », interroge un éleveur. « Même si c’est effectivement difficile, nous devons nous mobiliser tous ensemble. C’est un rapport de force. Cela est également vrai dans les discussions lors des états généraux de l’alimentation. Il faut bien comprendre qu’il s’agit d’un sujet est difficile : le consommateur cherchera toujours à l’avenir à avoir une traçabilité encore plus importante. On va arriver à un stade où on va devoir savoir comment apprécier la situation », prévient Michel Rohrbach. Stabiliser l’image de l’élevage Le débat s’est poursuivi avec la présence de Véronique Pardo, anthropologue, invitée à s’exprimer sur les attentes sociétales, les inquiétudes des consommateurs et les « mouvements anti » auxquels la profession agricole doit faire face. « Toutes ces critiques doivent être prises au sérieux. Il faut cependant savoir raison garder car les consommateurs ne changeront pas leur façon de consommer. Il faut donc bien observer cette société » indique Véronique Pardo qui travaille au sein du service stratégie du centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel) avec pour objectif de connaître et mesurer les demandes sociales. Elle observe les travaux législatifs, mais également les enquêtes sur les avis des consommateurs, sans oublier les réseaux sociaux. « À chaque fois, il faut chercher à savoir qui est exactement interrogé dans les enquêtes, qui parle, qui fait le sondage », ajoute Véronique Pardo. Elle constate que si l’élevage a une bonne image auprès de consommateurs, la tendance est à la baisse depuis dix ans. « L’image est bonne, mais la courbe est descendante, il faut la stabiliser. Les Français apprécient des petits élevages, authentiques, des éleveurs qui ont des relations avec leurs animaux. Ils rejettent l’industrialisation de l’élevage et de l’agriculture en général », indique la conférencière. Elle évoque ensuite les questions sur les produits transformés, le discours anti lait alors que deux tiers des Français maintiennent leur consommation. « Pendant longtemps, il y a eu des discours sur la santé. Aujourd’hui, on se focalise davantage sur le bien-être animal, la séparation du veau de sa mère, les questions environnementales, les inquiétudes alimentaires, la question des pesticides, la fraîcheur et l’hygiène des produits », poursuit Véronique Pardo. La conférencière a ensuite axé son intervention sur la place de l’élevage aujourd’hui en France et sur les réseaux sociaux. « Là, on y retrouve essentiellement les abolitionnistes opposés à toute forme d’élevage. Ils sont contre la distinction entre les hommes et les animaux. Les « anti-lait », eux, ne sont pas cantonnés à des mouvements. Ils sont plus répandus chez l’ensemble des consommateurs. Ils ont toujours existé, mais les arguments sont nouveaux », a conclu Véronique Pardo. Le débat qui a suivi a démontré une nouvelle fois, la nécessité pour les agriculteurs d’être présents, eux aussi, sur les réseaux sociaux.












