Vie professionnelle

Journée installation JA

Prendre du recul sur son projet

Publié le 16/03/2017

Le parcours d’installation dure cinq ans, il concerne de plus en plus de femmes (19 %) et de projets hors cadre familial (13 %). En 2016, 16 jeunes de moins de 40 ans se sont lancés dans l’aventure. Quatre jeunes installés depuis peu ont présenté leur parcours à un public venu nombreux pour la Journée installation organisée par les jeunes agriculteurs (JA) au lycée agricole de Rouffach.

Géraldine Bendélé, animatrice des JA du Haut-Rhin et du point accueil information, est la première interlocutrice des candidats à l’installation : « Les motivations pour devenir agriculteurs sont très variées : la recherche d’indépendance, la qualité de vie, l’idée de créer une nouvelle exploitation ou un nouvel atelier, pérenniser une exploitation, et surtout, la passion ». Sébastien Hell est fils d’éleveur, mais la structure était trop petite pour qu’il puisse s’y installer : « L’exploitation laitière m’a toujours passionné. J’ai été stagiaire puis apprenti dans une ferme près de chez moi avant de devenir associé ». Actuellement, 75 % des installations se font en sociétés. François Schlussel s’est installé en viticulture comme 31 % des jeunes l’an dernier. Comme Jérémy Pflieger, son objectif était de reprendre l’affaire familiale. Pour Pierre Meyer devenir agriculteur est synonyme de « fierté d’être son propre patron ». Ils se sont installés en plaine, c’est le cas de 81 % des nouveaux agriculteurs. Prendre du recul sur son projet Marielle Pascolo, conseillère d’entreprise de la chambre d’agriculture rappelle qu’il faut acquérir beaucoup de compétences pour devenir agriculteur. Ce qui explique que l’âge moyen d’installation, 27 ans, reste stable. Les quatre jeunes soulignent tous l’importance de découvrir des exploitations en dehors de l’Alsace. Jérémy Pflieger a par exemple réalisé sont BTS dans Sud Ouest de la France à Castelnaudary. Sébastien Hell s’est rendu en Haute-Saône pour son Bepa. « Mon plus grand regret est de n’être pas parti dans une autre région avant de m’installer », confie François Schlussel. Pierre Meyer a effectué des stages en dehors de l’Alsace (Sud de la France et Est de l’Allemagne) : « Après l’installation, vous aurez la tête dans le guidon. Prendre un peu de recul sur son projet est toujours bénéfique ». Ce projet se concrétise par un dossier d’installation. Il doit prévoir l’excédent brut d’exploitation, le mode de commercialisation, souvent une étude de marché et une prise en compte des contraintes réglementaires. Ces contraintes ont affecté le dossier de François Schlussel après le passage de 70 ares de vignes en zone constructible. Comme la moitié de son parcellaire est loué en bail rural, lors d’une poursuite d’exploitation, les propriétaires fonciers ne peuvent en principe pas s’opposer à la location. Mais pour Pierre Meyer, cela n’a pas été aussi simple. L’exploitation qu’il a reprise louait des terrains communaux que la mairie souhaitait redistribuer. Il risquait de perdre 30 % des surfaces prévues dans le dossier d’installation. Or, la loi prévoit que le nouveau propriétaire est prioritaire pour la location. Après avoir eu recours à un avocat, le litige a été réglé en sa faveur. « Vous n’êtes pas seuls » Le dossier d’installation doit comprendre des projets et des investissements pour l’exploitation. La création d’un atelier de transformation de pommes de terre, par exemple pour Jérémy Pflieger, Sébastien Hell a choisi d’augmenter le litrage, François Schlussel de restructurer le parcellaire. Pour Pierre Meyer, c’était d’introduire une nouvelle technique de séchage et une diversification avec l’introduction de la culture de soja. « Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est est que dans votre parcours d’installation, vous n’êtes pas seuls », ajoute Géraldine Bendélé. Tous les jeunes installés rappellent les soutiens dont ils ont bénéficié : les JA, le Ciceva, les banques, la chambre d’agriculture, les subventions de l’Europe, de la région… Chacun distille ses conseils aux candidats à l’installation : « Il faut prendre son temps, enlever les œillères, mais ne pas vouloir tout révolutionner non plus », selon François Schlussel. La partie économique du dossier d’installation doit anticiper les quatre ans à venir et aides et engagements se prolongent jusqu’à cinq ans. Pierre Meyer insiste sur l’importance des prévisions chiffrées : « Lorsque je me suis installé, le prix des céréales était au plus haut. J’ai pourtant réalisé mon dossier en fonction de tarifs bas. Et j’ai eu raison. Lors de ma première récolte, les prix avaient chuté. Il ne faut pas être trop optimiste pour que les projets puissent se réaliser malgré tout ». Sébastien Hell a connu la même situation avec le prix du lait. Ses investissements ont été reportés. François Schlussel se félicite d’avoir souscrit à une assurance récolte : « Beaucoup de projets prévus en début d’installation ont seulement été réalisés l’année dernière ou cette année ». D’après Jérémy Pflieger, pour être un bon agriculteur, il ne suffit plus d’être un bon technicien, il faut aussi être un véritable chef d’entreprise.

Chambre d'agriculture d’Alsace

Une « identité » à prendre en compte

Publié le 15/03/2017

Pour les élus de la Chambre d'agriculture d’Alsace, la politique agricole de la région Grand Est ne pourra pas se faire sans prendre en compte les identités territoriales « fortes » des anciennes régions administratives.

Quelle place pour l’agriculture alsacienne dans la région Grand Est ? Quid de ses spécificités, de ses terroirs, de sa marque dans un territoire plus grand que la Belgique ? Depuis la réforme territoriale et la loi NOTRe, ces interrogations agitent la profession agricole et viticole, qu’elle soit bas-rhinoise ou haut-rhinoise. Comme le souligne justement le président de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), Laurent Wendlinger, lors de la dernière session du 10 mars, « les cartes ont été rebattues » au niveau des compétences entre les collectivités et du périmètre de la Région. « C’est un changement important avec la fusion de trois anciennes régions fort différentes d’un point de vue agricole, et avec des politiques de soutien qui étaient spécifiques à chaque territoire », rappelle l’élu de la CAA. Pour la collectivité présidée par Philippe Richert, l’enjeu est conséquent : l’agriculture dans le Grand Est, c’est 3 millions d’hectares, 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 49 000 exploitations et 104 000 actifs permanents. « L’agroalimentaire est le premier employeur de la région », résume Anne-Sophie Bonnin, adjointe à la direction de l’agriculture et de la forêt de la Région. Inscrire l’irrigation dans le projet agricole de demain Derrière ces chiffres éloquents, il s’agit surtout de faire converger trois entités distinctes vers une base « commune ». Pour y arriver, la Région veut mener cette nouvelle politique de manière « constructive » en y associant l’ensemble des organisations agricoles, syndicales, économiques et institutionnelles. « L’idée est de créer une politique Grand Est tout en conservant des spécificités plus locales. Tout ne sera pas figé dans le marbre », explique Patrick Bastian, conseiller régional, et lui-même exploitant agricole dans le Bas-Rhin. Avec Anne-Sophie Bonnin, ils ont profité de la session de la CAA pour présenter aux élus agricoles alsaciens les quatre « priorités » listées par la Région en matière d’agriculture et de viticulture : la compétitivité et la modernisation de l’ensemble de la chaîne alimentaire, le développement des marchés régionaux, l’innovation, et l’installation des jeunes. De grandes orientations « intéressantes » sur le papier mais qui sont pour le moment incomplètes pour de nombreux élus de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Fabien Metz regrette ainsi que l’irrigation, ce « superbe outil de compétitivité », n’apparaisse pas dans la brochure présentant la politique agricole du Grand Est. « Ce serait regrettable que cette pratique ne soit pas soutenue par la Région. L’irrigation permet d’assurer le développement des exploitations et de maintenir leur compétitivité. C’est une source de progrès qui permet de répondre à de nouvelles attentes. Après les deux années que l’on vient de connaître, caractérisées chacune par une forte sécheresse, nous n’avons plus le droit à l’erreur », fait-il remarquer. Face à ce manquement, Patrick Bastian ne se dérobe pas, au contraire. Pour lui, l’irrigation est l’une des « plus belles assurances » à mettre en place dans la région Grand Est dans les années à venir. « Cela a été dit aux assises des fruits et légumes : il faudra réellement l’inscrire dans le projet agricole de demain. » Poursuivre la communication sur les territoires La « diversité », qu’elle soit celle des modèles de production ou des destinations des produits, est le maître mot utilisé par Jean-Michel Schaeffer pour décrire ce que doit - et devra être - la politique régionale du Grand Est. « Nous devons trouver une complémentarité intelligente entre cette nouvelle collectivité territoriale et les identités régionales historiques. L’Alsace, pour ne citer qu’elle, est un atout pour la production locale comme pour les marchés export. » C’est dans cet esprit que la profession agricole a créé la marque « Savourez l’Alsace – Produit du Terroir », en collaboration avec la Région Alsace, l’Aria Alsace et Alsace Qualité. « Avec cette marque, on veut créer une stratégie pour apporter le vrai produit alsacien de nos fermes aux assiettes des consommateurs. Mais sans budget et sans suivi, on ne pourra pas le faire », prévient-il. C’est grâce à cette mise en avant du territoire que la filière alsacienne des fruits et légumes a pu retrouver un second souffle ces dernières années. Et si un projet de filière Grand Est a été déposé, il est essentiel pour Pierre Lammert, de poursuivre la communication sur les territoires. « C’est ce qui compte pour les consommateurs, et cela doit être conservé », insiste le président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace. Vers une politique d’installation « plus attractive » Pour Franck Sander, ce qui compte, c’est que les produits des agriculteurs du Grand Est se retrouvent dans les assiettes des cantines de restauration hors domicile (RHD). Un dossier régulièrement mis en avant dans les discussions, tant le potentiel serait énorme aux yeux de la profession agricole. « Il serait temps qu’une garantie d’achat de produits locaux soit instaurée par la Région. Cela donnerait aux producteurs des contrats ficelés avec des prix garantis. Pour sortir de la crise, c’est plus de cela dont nous avons besoin que des aides de trésorerie. Nous préférons la voie économique aux subventions », tient-il à rappeler. Les plus jeunes, par l’intermédiaire du président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, Thomas Gillig, espèrent de leur côté que le montant des aides pour les projets d’installation soit harmonisé sur tout le territoire régional avec, encore une fois, la prise en compte des spécificités locales. « Tout cela doit permettre de trouver une nouvelle politique d’installation qui soit plus attractive pour tout le monde », poursuit-il. « Tout le monde » sous-entend aussi de ne laisser personne, ni aucune filière sur le bord de la route. Sur ce point, la communication de la Région reste encore très perfectible vu les « oublis » sur sa brochure. Les filières bois, horticulture et paysage ne sont ainsi pas citées, laissant planer le doute dans l’esprit de certains élus de la CAA à l’image de Paul-André Keller, surpris de ne pas voir apparaître les stations d’expérimentation horticoles de Wintzenheim et Roville-aux-Chênes. Un « oubli » qui n’en est pas vraiment un, tient à rassurer Patrick Bastian : « Ces filières ne sont bien évidemment pas mises de côté, elles font partie intégrante du projet agricole de la Région. Nous allons beaucoup travailler dessus au cours des prochains mois. » « Prudence » sur les reconversions bio De son côté, Véronique Klein, s’interroge sur la place de l’agriculture biologique dans le projet en question. Si la filière alsacienne est aujourd’hui assez dynamique (encore 53 conversions en 2016), tout est à « construire » dans le Grand Est. « Nous allons avoir besoin d’innovation technique et d’accompagnement pour les agriculteurs bios, ou ceux en conversion. Nous devrons vraiment être présents vu le chiffre d’affaires en constante progression de la bio sur le plan national. Bien sûr, ce n’est pas la solution à tous les problèmes économiques des agriculteurs. Mais la bio sera l’une des multiples composantes de l’agriculture de demain », annonce la présidente de la commission agroécologie à la CAA. Sur ce dossier, Patrick Bastian appelle à la prudence. Pour lui, cette reconversion « massive » vers la bio risque un jour de se retourner contre les agriculteurs, notamment dans les anciennes régions Lorraine et Champagne-Ardenne. « Il faudrait peut-être faire une pause des conversions dans ces deux régions. Pour le moment, les caisses sont vides ; les aides européennes à la conversion se font toujours attendre. Mais au-delà, ce n’est pas à travers des aides qu’on doit pouvoir fixer un prix. Il faut que les gens acceptent que la qualité a un prix. » Pour une culture de l’innovation Le représentant de la Coordination Rurale, Paul Fritsch dénonce pour sa part une stratégie axée sur « la productivité et la compétitivité ». « Toutes les aides apportées sont là pour booster la productivité, alors que nous devrions d’abord réguler notre production. Ce sont les filières qui doivent travailler pour les agriculteurs, et non l’inverse. Cela ne sert à rien de produire encore plus si on n’a pas la demande en face », souligne-t-il. Désireux d’écarter toute incompréhension à ce sujet, Patrick Bastian rappelle que « productivité ou compétitivité, ce n’est pas forcément plus de volume. Ce n’est pas ce qu’on veut faire. Ce qu’on recherche, c’est d’abord de meilleures conditions de travail, et une meilleure qualité de produit. » Une qualité qui ne pourra pas se faire sans une politique affirmée pour l’innovation considère la vice-présidente de la CAA, Danielle Bras. « Nous devrons améliorer nos concepts de production pour améliorer nos marges. Nous devons être capables de nous projeter dans un futur plus ou moins proche pour anticiper l’agriculture de demain. De ce fait, nous demandons que les efforts financiers de la Chambre régionale soient déployés dans l’ensemble de la région. Cette ambition de l’innovation doit être partagée par tous, et doit tenir compte des spécificités territoriales. »

Hall des régions

L’Alsace en force

Publié le 11/03/2017

Bières, vins, charcuteries, légumes, fromages, épicerie… le patrimoine culinaire alsacien était bien représenté au Salon international de l’agriculture, avec une quinzaine d’exposants. Ils ont cependant éprouvé le sentiment d’être noyé dans la masse d’un stand Grand Est manquant de charisme pour attirer le public.

Il y a un an, la Brasserie Meteor s’est lancé un défi : élaborer trois bières éphémères par an. La Hop Star en fait partie. Intensément houblonnée au houblon d’Alsace, elle colle parfaitement à la tendance des bières IPA. Et, au Salon international de l’agriculture, la créativité des brasseurs a été récompensée d’une médaille d’argent. Le succès de cette bière est telle que la question de faire perdurer ce brassin, censé être éphémère au départ, pour l’inscrire à l’avenir dans la gamme de la brasserie, se pose, reconnaît Frédéric Pflumio, de la Brasserie Meteor. Pour autant, pas question de relâcher la dynamique. Le 15 février, la brasserie familiale de Hochfelden a donc lancé son nouveau brassin éphémère, une Porter Baltique, baptisée Ink (encre en anglais). Après le houblon, c’est le malt qui est mis en avant dans cette bière brassée en basse fermentation avec quatre malts différents, plus ou moins torréfiés (chocolat, crystal, brun et blond). Au final, 450 hectolitres d’une bière très noire, avec des notes de café, de caramel, de l’harmonie et de la rondeur. Déjà, le brassin spécial suivant se profile. Attendu pour le 15 mai, « il collera bien à la saison printanière », dévoile Frédéric Pflumio. Il sera suivi d’un brassin estival, qui devrait rafraîchir le mois d’août ! Trois médailles d’or en guise d’essai À quelques encablures du stand Meteor, le domaine Jean-Baptiste Adam d’Ammerschwihr était présent pour la sixième année consécutive. « Ça se passe plutôt bien, même si on ne voit pas vraiment qu’on est ici sur le stand Alsace », regrette Hubert Schmitt en jetant un regard circulaire aux alentours. Il préfère se réjouir pour les quatre médailles d’or que le domaine a décroché au Concours général agricole des vins d’Alsace : trois pour des rieslings et une pour un sylvaner du millésime 2016 (lire aussi en page 25). Une belle moisson pour une première participation ! Et une consécration pour le travail de ces vignerons, convertis à l’agriculture biologique depuis 2006. Un Grand Est peu évocateur Du côté du domaine Alphonse Meyer et fils à Turckheim, des habitués du salon avec 21 ans de présence à leur actif, Sylvie Meyer juge cette édition « plutôt longue à démarrer » : « Sur les trois premiers jours il y a eu du monde mais pas autant que les autres années », constate-t-elle. Une contre-performance qu’elle attribue à la perte de l’identité alsacienne du stand : « On a beau mettre des logos, des cigognes, les gens ne savent plus où ils sont. Il n’y a plus la maison alsacienne qui permettait de bien identifier la région. Elle a été remplacée par une bannière Grand Est, mais les gens ne cherchent pas le Grand Est, ça ne leur parle pas. » Heureusement après plus de 20 ans de présence, le domaine Alphonse Meyer et fils peut compter sur sa clientèle fidèle. Et profiter de l’ambiance du salon qui, elle, reste la même : « Ce n’est pas qu’un salon destiné aux Parisiens, on y trouve un côté provincial et, comme on part en groupe, il y a une ambiance sympathique. » Une symbolique essentielle Pascal Claude, de la choucrouterie Claude à Chavannes sur l’Étang, partage le constat de Sylvie Meyer : « Samedi et dimanche on a bien travaillé, mais le début de semaine est plus calme. Les gens reviendront peut-être jeudi, après la fermeture du Sima », déclarait-il le mardi 28 février. Pour faire découvrir ses produits, comme sa tourte aux navets salés, peu connus du grand public, Pascal Claude ne lésine pas sur les dégustations. Il regrette également la disparition des colombages comme marqueurs de l’identité alsacienne : « On est noyé dans la masse. Sur les stands d’autres nouvelles grandes régions l’identité des régions historiques a su être préservée. » Pour sa quatrième participation au SIA, la Fromagerie de la vallée de Munster était venue avec dans ses valises les traditionnels munsters, tommes, bargkass, Cœur de massif, et une nouveauté lancée en décembre, le montagnard. « C’est un fromage bien fondant, élaboré par nos deux fromagères avec le lait collecté auprès de dix producteurs de la vallée de Munster, qui peut aussi bien se déguster cru qu’en raclette », explique Dany Wehrey, gérant de la laiterie.

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