Vie professionnelle

Employeurs de main-d’œuvre agricole

Pour une convention collective « basse »

Publié le 23/02/2017

D’ici cinq ans, la profession agricole et viticole devra s’organiser pour créer une convention collective nationale pour ses salariés. Un changement « majeur » que la FNSEA entend suivre de très près afin de permettre aux entreprises et territoires de conserver le maximum de marges de manœuvre.

C’est un refrain qui revient souvent : les entrepreneurs français déplorent le « manque de visibilité » à long terme dont ils disposent pour gérer leurs activités. D’un côté, des responsables politiques qui mettent en place des dispositifs réglementaires et législatifs censés « faciliter la vie des entreprises », de l’autre, des employeurs qui, pour beaucoup, voient leur quotidien se complexifier davantage. Comme le souligne justement le président de la commission Sociale et Emploi à l’Ava, Stéphane Chaise, être employeur est « de plus en plus difficile et compliqué avec toutes les choses qui changent ». Et ce n’est pas la récente loi El-Khomri qui va simplifier la donne pour le monde agricole. « Nous avons désormais cinq ans pour mettre en place une convention collective nationale. Cela vient percuter notre organisation actuelle qui est articulée autour des FDSEA », explique Morgan Oyaux, sous-directeur emploi à la FNSEA. Conserver les « spécificités locales » Le salariat agricole est aujourd’hui régi par pas moins de 140 conventions collectives sur le territoire national, toutes gérées par les FDSEA. Et même si elles sont globalement assez « homogènes » les unes par rapport aux autres, elles restent trop nombreuses aux yeux des responsables politiques. « Il est vrai que 140 conventions collectives, c’est beaucoup et pas très raisonnable. Pour autant, nous souhaitons que les entreprises et les territoires conservent des marges de manœuvre. On ne peut par exemple pas demander à un berger d’avoir les mêmes conditions de convention qu’un salarié dans une exploitation horticole. C’est pour cela qu’à la FNSEA nous voulons une convention collective basse, divisée en six interbranches agricoles, avec des déclinaisons territoriales possibles », précise Morgan Oyaux. Ainsi, les spécificités du droit local Alsace-Moselle seront maintenues selon lui. « Ce n’est pas un problème. Ce que le juge va regarder, ce sont les avantages conventionnels comme la journée de l’employeur », tient-il à rassurer. À l’Ava, Simone Kieffer reste un peu plus sceptique face à cette évolution. « Nos spécificités locales, au niveau national, j’ai bien peur qu’elles ne soient pas bien comprises. L’Alsace, ce n’est pas la Champagne. Chez nous, les vendanges durent d’un à deux mois, quand elles durent en moyenne quinze jours là-bas. » Sur ce sujet, comme sur d’autres, des discussions - et des compromis - seront incontournables comme le rappelle le président de la commission Emploi à la FRSEA d’Alsace, Joseph Lechner. « Oui on doit résister. Mais d’un autre côté, la loi dit quelque chose et nous devons l’appliquer. Au début, on pensait se réorganiser au niveau de la grande région, et finalement cela ne sera pas le cas. Nous devrons faire avec une base commune avec le reste du pays. Par contre, il y a des volets sur lesquels nous avons des choses à faire comme les conditions de travail, l’attractivité de nos métiers ou la fidélisation de nos salariés. C’est à nous de créer une histoire ».  

Conseil régional du Grand Est

Pascale Gaillot en visite en Alsace

Publié le 18/02/2017

La présidente de la commission Agriculture de la région Grand Est, Pascale Gaillot, était en Alsace les 7 et 8 février. Elle a visité le magasin Cœur Paysan à Colmar, la ferme du lycée agricole de Rouffach et l'abattoir départemental de Cernay.

La conseillère régionale est venue sur le terrain avec un programme dense. Au menu, la politique menée en faveur des circuits courts, les dossiers de financement des programmes d’investissement du lycée agricole de Rouffach, mais également l’évolution de l’abattoir de Cernay en lien avec les différents partenaires dont le Conseil départemental du Haut-Rhin, la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA) et la Coopérative agricole de céréales (CAC). « Nous voulons montrer à Pascale Gaillot le dynamisme des filières courtes obtenu grâce à une politique volontariste qui répond aux enjeux actuels de société. Je représente la région Grand Est au lycée agricole de Rouffach. Il est désormais temps, à mes yeux, d’investir. Notamment dans une salle pour les jeunes qui suivent une formation d’œnotourisme. Mais également pour celles et ceux qui y passent régulièrement dans le cadre de leurs études agricoles. Rien de mieux que de montrer à Pascale Gaillot la qualité, les forces et les atouts du lycée, mais aussi les points qu’il faut améliorer et donc où il faut investir », explique le président de la CAA, Laurent Wendlinger qui, après la visite de l’établissement, a conduit la délégation à travers les deux fermes, agricole et viticole, du lycée. Bilan assez satisfaisant L’étape suivante a été le magasin Cœur Paysan à Colmar, pour une visite du site avec comme guide l’un des artisans du projet, Denis Digel. « Il y a ici 35 producteurs et il reste encore trois places. Nous avons créé une SCI pour acheter le bien et mettre en valeur le magasin. Ici, les paysans déposent leurs produits, fixent leurs prix et le transfert de propriété se fait en caisse. Après deux mois de fonctionnement, le premier bilan est assez satisfaisant. La clientèle est là, tout comme les produits des agriculteurs. Il faut encore ajuster certaines choses. C’est le temps normal d’une mise en route. Chaque entreprise doit se mettre en place. Chaque professionnel assure ici des permanences. Il y a encore une belle marge de progression », se félicite Denis Digel. Le groupe a pu constater une belle affluence et des étals bien remplis de produits du terroir. Accueillir du tonnage supplémentaire Pour clore ce déplacement de terrain, Pascale Gaillot a visité l’abattoir de Cernay. « Il s’agit d’un outil mis en place par le Conseil départemental du Haut-Rhin. À l’époque, nous avions un peu d’avance par rapport aux attentes sociétales. Aujourd’hui, notre outil arrive à saturation. Mais, nous avons encore des marges de progrès, notamment au niveau financier. Nous y travaillons avec la CAA et le centre de comptabilité. Il faut encore fédérer davantage les forces du monde agricole alsacien pour pouvoir lancer cette phase d’investissement et répondre aux attentes. Cet outil a en tout cas toute sa place dans le paysage agricole régional. L’abattoir doit améliorer son approvisionnement et s’attaquer à de nouveaux marchés, comme la grande distribution. Il faut donc investir en conséquence pour être en mesure de pouvoir accueillir du tonnage supplémentaire », précise le président de l’abattoir et de la FDSEA du Haut-Rhin, Denis Nass. Un dossier soumis actuellement à la commission Agriculture de la région Grand Est. L’abattoir fait actuellement travailler seize salariés et dispose d'un agrément de 1 200 t avec une possibilité d’extension à 2 400 t. Son chiffre d’affaires dépasse le million d’euros. L’agriculture départementale haut-rhinoise a présenté ses atouts et ses projets. De quoi séduire les représentants de la grande région qui doivent maintenant prendre des décisions. C’est en effet à partir du 30 juin 2017 que la nouvelle politique de la Région pour l’agriculture, comme pour tous les autres secteurs d’activité, sera mise en pratique.

Publié le 17/02/2017

Les adhérents du canton d’Altkirch de la FDSEA du Haut-Rhin se sont retrouvés en assemblée générale lundi 13 février à Carspach. Comme leurs confrères, ils ont évoqué une situation économique difficile et un besoin de reconnaissance de leur métier.

Le début de la réunion a été marqué par l’hommage rendu par le président du canton d’Altkirch Laurent Rimelin à trois personnalités du monde agricole récemment décédées : Jean-Marie Schappler, André Husser et Dominique Boussit. Il a ensuite, avec le secrétaire général de la FDSEA du Haut-Rhin Pascal Wittmann, fait le tour des activités du syndicat l’année écoulée. « Les prix du lait et des céréales ont été au cœur de nos préoccupations. En février 2016, nous avions rencontré les représentants des grandes et moyennes surfaces pour discuter sur ces prix. Nous avions insisté sur la nécessité de valoriser davantage nos produits. Comme d’habitude, nous avons été écoutés. Mais, dans les faits, rien n’a vraiment changé », regrette Laurent Rimelin. Les épisodes climatiques de ces derniers mois n’ont pas arrangé la profession agricole. Pas davantage que la politique agricole commune. « Enfin, il y a eu ces récoltes. Personne ne s’attendait à des résultats aussi mauvais, tant en qualité qu’en quantité ». Les agriculteurs présents à la réunion ont également évoqué d’autres maux comme les dégâts récurrents des corbeaux et des blaireaux sur les cultures. Pascal Wittmann a ensuite invité les adhérents à s’exprimer sur leurs difficultés ou sur des demandes plus spécifiques concernant les activités du syndicat. Il en est ressorti que la « base » souhaite être davantage et mieux informée sur ces activités et les différentes manifestations organisées. L’idée d’une plus grande participation des membres à des visites de terrain du préfet en est un exemple. « On recherche de la considération » Dans son rapport moral, Laurent Rimelin n’a pas éludé la situation économique désastreuse pour de nombreux exploitants agricoles. « Depuis quinze ans, j’ai l’impression de me répéter. J’ai aussi l’impression que rien ne change et, surtout, que cela ne s’améliore pas. Mais, cette situation, qui en a vraiment conscience dans la société ? Car, les clichés sur l’agriculture persistent. Pour autant, la FDSEA notamment se mobilise toute l’année pour obtenir des mesures destinées à assouplir nos besoins de trésorerie. Il y a et il y a eu des avancées qui ont répondu à de vraies attentes. Par ailleurs, des outils d’aides existent comme l’assurance climat. Mais, dans le même temps, il y a ces contraintes administratives toujours plus lourdes ». Et d’expliquer que les agriculteurs ont besoin d’avoir des interlocuteurs qui ont un raisonnement économique et qui sont à leur écoute. « On recherche de la considération pour ne plus se sentir seuls sur nos exploitations. Nous cherchons également de l’aide au niveau agronomique. Car actuellement, c’est plutôt le contraire. On nous enlève des molécules qui nous aidaient jusqu’à présent à protéger nos cultures. Et enfin, nous avons besoin de nouveaux outils d’aides à la décision face à cet empilement de contraintes. Nous voulons continuer à investir pour pérenniser nos exploitations ». Gérer et anticiper La dernière partie de l’assemblée générale a été consacrée à un exposé de Véronique Herrscher et de Régis Heitzler du CER France Alsace portant sur le conseil de gestion en situation de volatilité des prix. Ils ont attiré l’attention des agriculteurs sur l’existence d’un plan d’actions et de conseil en trésorerie lorsque les difficultés s’accumulent (prix faibles, récoltes difficiles, aléas climatiques). « Il convient de réaliser un prévisionnel sur douze mois pour savoir comment réagir et quelle conduite adopter pour passer cette période. À court terme, il faut tout d’abord faire un état des lieux le plus précis possible pour déterminer le besoin exact de trésorerie pour passer le cap. Cela passe notamment la négociation avec ses partenaires financiers. Ensuite, à moyen terme, il faut conserver la maîtrise technique de ses ateliers, adapter les annuités au potentiel de l’excédent brut d’exploitation de plus en plus fluctuant. Il faut enfin penser à mutualiser la mécanisation », ont-ils indiqué. Dans tous les cas, l’anticipation des difficultés est primordiale. Véronique Herrscher et Régis Heitzler ont appuyé leurs propos en présentant les solutions et programmes d’aides à la décision existants au CER France Alsace.

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