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Fdsea ses actions

Médiatisation

Publié le 09/03/2017

Rien ne va, chacun a son avis, chacun sait, voilà les nouvelles addictions qui accompagnent les pensées des personnes. Pour s’en convaincre, regardons un peu les choix qui sont réalisés pour aborder un sujet ; le salon de l’agriculture a été un support magistral, clivant les filières, les productions, les hommes et mettant en première ligne, au travers des reportages, l’exception ! Et pourtant, l’agriculture est plurielle. Comme le dit si bien le philosophe Frédéric Lenoir, « la médiatisation du monde contribue à rendre celui-ci plus sombre et négatif qu’il ne l’est ». On adore réaliser des clichés et y rajouter sa propre sauce. Malheureusement, cette évolution cultive le doute et jette le discrédit. Une sorte de barrage à l’information. Parfois, la bêtise est tellement criante que le commun des mortels ne peut que la croire. Ces jours-ci, sur les réseaux sociaux, une image apparaît avec en toile de fond une amende systématique de 450 € à l’encontre des maraîchers qui utilisent des produits fabriqués par Monsanto – on ose désormais le bourrage de crâne pour semer le conflit. Les exemples ne manquent pas pour montrer à quel point on abasourdit notre société. À 50 jours des élections présidentielles, moment fort de la démocratie française, le jeu nouvellement institué consiste à dénaturer, voire à modifier les engagements des candidats, histoire de rendre les votants encore plus incrédules, encore plus méfiants. Ces évolutions sont des plus inquiétantes car plus que jamais la raison est envoyée aux oubliettes. Place désormais à la « science de l’ignorance », socle de l’égoïsme, comme base essentielle de la communication. Dans ce vacarme du tout et n’importe quoi, il devient de plus en plus difficile de faire entendre les voix de la justesse. Et pourtant, qu’il était beau ce temps où l’on apprenait à penser par nous-même. Compliqué dans un tel environnement que de se faire sa propre idée ! À quand un peu « d’amour-propre » pour redonner de la perfection au fait démocratique ? Vaste programme.

Publié le 06/03/2017

S’estimant insuffisamment accompagnée par les pouvoirs publics, l’agriculture biologique n’arrive pas à répondre à la forte croissance de consommation de produits bios. Et en Alsace, les producteurs bios attendent encore des aides à la conversion datant de 2015.

La production bio alsacienne, tous secteurs confondus, a doublé depuis 2008, et va encore doubler d'ici 2020. Elle couvre globalement 7 % des surfaces agricoles. Constatant la faible présence des grands représentants de l’État et des collectivités à l’assemblée générale de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba) qui se tenait à Muttersholtz le 21 février, ses représentants s’interrogent s’ils ont pleinement pris la mesure « des aspirations sociétales et également des services rendus par l’agriculture biologique à l’ensemble de la société », souligne Julien Scharsch, président de l’Opaba. « La consommation de produits bios a augmenté de 15 % en 2015 et de 20 % sur 2016. » Et la production bio n’arrive pas à répondre à la demande ; le président pointe l’accompagnement des pouvoirs publics : « Très concrètement, il y a aujourd’hui de grosses difficultés sur les aides conversion et maintien en bio, les soldes de 2015 ne sont pas versés, les dossiers de 2016 ne sont pas instruits. Et en Lorraine et Champagne-Ardenne, nous n’avons aucune visibilité sur l’année 2017 pour les fermes qui souhaitent se convertir, explique Julien Scharsch. Cela ressemble davantage à du bricolage qu’à une réelle politique agricole de progrès. » Le moral et des convictions Il faut donc le moral et une certaine dose de conviction pour se lancer. En guise de témoignage, l’assemblée générale présentait la famille Adam, de la ferme la Coccinelle à Witternheim, producteurs de lait tout récemment convertis et qui viennent d’investir 800 000 euros dans une étable. Plus en détail, ce sont 55 nouvelles fermes qui ont rejoint l’agriculture biologique en 2016, soit désormais 24 000 ha cultivés en bio pour 660 fermes certifiées en Alsace. Un rythme de conversion « régulier et dynamique », mais Julien Scharsch observe surtout qu’en 2016 le bio intéresse « un nombre croissant d’opérateurs agroalimentaires, dits conventionnels ». Faut-il craindre du bio à deux vitesses ? « En Alsace nous voulons modérer cette question. Pour nous, les différentes formes d’agriculture bio sont complémentaires. » Le jeune président retient surtout la « démarche de progrès », car « aucun d’entre nous n’a la prétention de dire qu’il est au top ». Le bio s’implante également dans toutes les formes de commercialisation et de distribution : vente directe, circuits courts, marché de gros, filières organisées, transformation, etc. Pour autant, sous la pression de la demande sociétale, le risque « de vouloir simplifier les systèmes de production bio, de vouloir les adapter pour faciliter et augmenter le nombre de conversions, de vouloir standardiser » n’est pas à écarter, observe Julien Scharsch. Avec la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab), il assure que tout est mis en œuvre pour préserver « un cahier des charges le plus exigeant possible » et au final que les citoyens « gardent la confiance qu’ils ont envers notre label ». Au-delà de la technique, Julien Scharsch rappelle aux pouvoirs publics et aux collectivités tous les gains économiques et sociaux que procure l’agriculture biologique : « On résout ainsi l’équation qui permet de préserver les ressources naturelles et de fournir une alimentation saine et accessible à tous les habitants de ce territoire, précise-t-il. L’agriculture biologique crée des emplois, et ces emplois sont bien sûr non délocalisables. L’agriculture biologique crée du lien social entre les producteurs, les acteurs économiques, les citoyens consommateurs, et elle crée du lien entre les villes et les campagnes. » Les externalités positives de l’agriculture biologique devraient, selon Julien Scharsch, inciter les élus et acteurs du territoire à utiliser « l’Opaba comme une boîte à outils, pour redynamiser les territoires, pour créer du lien. Les producteurs ont des projets, ils ont des idées, ils ne demandent qu’à être écoutés et soutenus. » Les producteurs bios d’Alsace appellent les élus, les acteurs du territoire, à passer des discours aux actes : « C’est pourquoi nous demandons que les soutiens à la conversion soient bien sûr versés, mais stabilisés pour l’avenir et que soit introduite une vraie politique ambitieuse de reconnaissance des services environnementaux et sociaux de l’agriculture biologique. »

Chambre régionale d’agriculture Grand Est

Transfert de personnel et débouchés régionaux

Publié le 04/03/2017

La session de la Chambre régionale d’agriculture Grand Est, mercredi 22 février à Schiltigheim, était chargée d’émotion : le décès brutal de Xavier Beulin, président de la FNSEA, est présent dans toutes les mémoires. « Nous éprouvions de l’admiration pour Xavier Beulin, explique le nouveau président de la FRSEA Grand Est, Hervé Lapie. Il a porté l’agriculture à son plus haut niveau. »

« Les circonstances nous privent d’un homme exceptionnel, souligne Gérard Renouard, président de d’Agriculteurs français et développement international (Afdi). Xavier Beulin avait une profonde connaissance de tous les dossiers et de tous les satellites de la FNSEA, une immense compétence sur les dossiers nationaux, européens et internationaux. Il était capable d’emmagasiner une multitude d’informations, avait de très nombreux contacts. Ceux qui ont lu son livre ont mieux découvert l’homme qui a souvent fait l’objet de critiques à cause de ses responsabilités à la tête de la filière oléagineuse, des critiques dont il a souffert. Il a lutté contre de nombreux problèmes de santé sans jamais en faire part à personne, tant il avait le souci de faire fonctionner la FNSEA. Cette bagarre personnelle qu’il a menée contre la maladie force l’admiration. » Le conseil d’administration de la FNSEA a confié la présidence à Christiane Lambert jusqu’à l’élection du nouveau bureau, le 13 avril. Elle est secondée par Jérôme Despey, Daniel Prieur et Henri Brichart. « Le scénario du pire » Pour le président de la Chambre régionale d’agriculture Grand Est (Crage), Jean-Luc Pelletier, la publication des Comptes de l’agriculture nationale par l’Insee confirme la gravité de la crise de l’agriculture française en 2016, avec une baisse de 26 % du revenu net agricole par actif non salarié. Une crise sans précédent pour les systèmes de polyculture élevage du Grand Est, avec à la clé une perte de chiffre d’affaires estimée à 760 millions d’euros (M€), soit une baisse de 23 % par rapport à 2015. Elle serait de 660 M€ pour les grandes cultures et de 100 M€ pour l’élevage. Cette crise fragilise de nombreuses exploitations : plus de la moitié d’entre elles ont une trésorerie négative, et ces difficultés sont encore avivées par les retards de paiement des aides du premier et du second pilier, souligne Jean-Luc Pelletier. 15 % des exploitations doivent faire face à des difficultés structurelles qui remettent en cause leur pérennité. « 3 à 5 % sont aujourd’hui contraintes au dépôt de bilan et à la liquidation et 10 à 12 % devront changer leur système pour poursuivre leur activité. » Les dix départements du Grand Est ont déployé le dispositif Réagir pour accompagner au mieux les exploitations les plus fragilisées, rappelle Jean-Luc Pelletier. Les dossiers internationaux, en particulier le Brexit, les négociations commerciales avec les États-Unis et le Canada, accentuent le malaise des agriculteurs. « Le Brexit devrait avoir un impact sur la Pac et les fonds structurels de cohésion. » Il pose aussi la question du financement du budget de l’Union européenne, sans oublier la perte des débouchés pour les exportations françaises. « La ratification du Ceta par le Parlement européen, le 15 février dernier est un autre sujet de préoccupation. Les 38 parlements nationaux et régionaux doivent maintenant s’exprimer. Une occasion pour les élus de faire part des inquiétudes que soulève ce traité dans le secteur agricole, notamment pour la filière bovine. » Assurer le transfert des personnels vers la Chambre régionale C’est le décret du 13 mai relatif au réseau des Chambres d’agriculture qui définit l’organisation et les missions de la Crage. Et notamment le transfert des personnels des Chambres départementales aux Chambres régionales. « Ces dispositions doivent entrer en vigueur dans un délai d’un an après la parution du décret, soit le 16 mai 2017. Ce qui entraîne le transfert du contrat de travail de plus de 60 collaborateurs vers la Chambre régionale. » Les fonctions support sont les premières concernées : ressources humaines, systèmes d’information, administration et finances seront désormais pilotés au niveau régional. Le président de la Crage a attiré l’attention du préfet sur le contexte particulier du Grand Est, résultat de la fusion de trois régions historiques. Il a fallu prendre en compte le cas particulier de l’Alsace : la transformation de la Chambre d’agriculture de région Alsace en Chambre interdépartementale a nécessité un délai supplémentaire. C’est pourquoi une motion demande le report de l’échéance de l’application du décret du 16 mai au 30 juin 2017. « Ce délai supplémentaire nous permettra d’assurer dans les meilleures conditions possible le transfert du personnel concerné par cette régionalisation. » Une motion approuvée à l’unanimité. Augmenter les parts de marché des produits régionaux L’une des priorités du Plan régional pour l’agriculture présenté en novembre dernier par Philippe Richert, président de la Région Grand Est, est d’accroître les parts de marché des productions régionales dans l’ensemble des circuits de distribution du territoire. La Crage a été missionnée pour renforcer et développer ces débouchés dans ce bassin de 5,5 millions de consommateurs. Elle a ainsi été chargée d’identifier les besoins de tous les acteurs de la chaîne de valeur régionale pour lever les éventuels blocages, structurer les débouchés régionaux pour les productions agricoles locales, développer l’économie circulaire, favoriser l’adaptation des produits régionaux aux différents marchés. Cette mission s’articule autour de deux axes : dresser un état des lieux des filières alimentaires du Grand Est, organiser six assises de filières et trois assises pour les circuits de commercialisation (GMS, RHD et vente directe) afin d’identifier les leviers potentiels et les actions à mettre en œuvre par la région pour atteindre les buts fixés. Deux assises ont déjà eu lieu : les assises des fruits et légumes du 2 février à Strasbourg, avec 120 participants, et les assises viande bovine du 9 février à Pont-à-Mousson. Les assises de la GMS auront lieu le 7 mars à Metz. Retards de paiement des aides Pac Les dysfonctionnements que connaît le logiciel de traitement des dossiers Pac mis en place par l’Agence de services et de paiement (ASP) en 2015 ont entraîné « une incapacité à instruire les demandes du deuxième pilier », indique Jean-Luc Pelletier. De ce fait, les aides MAE et bios ont pris un énorme retard : celles de 2015 et 2016 ne sont toujours pas payées… Pour les aides bios 2015, une avance de trésorerie a certes été versée. Pour celles de 2016, une avance de trésorerie est prévue en avril 2017. Mais dans tous les cas, ces avances ne couvrent que 30 à 70 % du montant éligible. « On ne sait toujours pas quand le solde sera payé ! » Et les exploitations sous contrat MAE n’ont même pas touché d’avance, ce qui entraîne des difficultés financières non négligeables pour toutes les exploitations concernées. Comme l’instruction des dossiers 2015 est en cours, il est impossible de connaître la masse financière nécessaire pour répondre aux demandes. « Notre crainte est que l’enveloppe bio soit consommée par les nombreuses conversions de 2015 et 2016. » Cette question se pose aussi pour les MAE : « Il est possible que certaines ne puissent être financées faute de crédits suffisants. » Pour Véronique Klein, vice-présidente de la Chambre d'agriculture d’Alsace, ces difficultés de paiement risquent de freiner, voire d’arrêter les conversions bios dans les années à venir dans le Grand Est. « Les Chambres doivent se positionner pour soutenir les agriculteurs qui s’engagent dans le bio et les former. La dynamique va retomber si on ne fait rien. » Hervé Lapie poursuit : « Nous sommes confrontés à des retards de paiement, mais aussi à des erreurs de déclarations Pac, du fait du retard dans le traitement des dossiers Pac 2015. » Il y a des problèmes dans tous les départements, avec parfois des montants importants. « Les agriculteurs sont en attente d’une solution. » Le préfet ne le nie pas, la mise en œuvre de la nouvelle Pac a entraîné d’importants retards dans la gestion des campagnes Pac 2015 et 2016. « La situation est en train d’être régularisée. » Si les avances de trésorerie ont permis le versement de la majorité des financements attendus au titre des aides Pac du premier pilier, la situation pour les aides du deuxième pilier est plus compliquée. « L’instruction des dossiers des campagnes 2015 et 2016 est en cours. Les paiements s’opéreront de manière échelonnée au fil des instructions pour mieux alimenter les trésoreries. Tout sera mis en œuvre pour permettre ce traitement dans les meilleurs délais possible. »

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