Vie professionnelle

Publié le 14/11/2016

La session nationale de Jeunes Agriculteurs s’est tenue du 2 au 4 novembre à Sainte-Croix-en-Plaine. Plus de 40 responsables syndicaux étaient présents pour réfléchir aux contours de la prochaine Politique agricole commune. L’occasion de se pencher à la fois sur des outils de répartition de ces aides, mais surtout sur la vision à long terme de l’agriculture que le syndicat souhaite défendre.

« La Politique agricole commune 2015 à l’échelle européenne, si je voulais être un peu mordant, ressemble presque déjà à un champ de ruines, du moins dans ce qu’elle avait de « commun ». Nous avons l’impression qu’elle est aujourd’hui davantage une somme d’intérêts nationaux ou sectoriels. Nous devons nous doter d’une stratégie commune européenne pour l’agriculture. L’exercice de simplification engagé par le commissaire à l’Agriculture, Phil Hogan, en est un bon exemple : chacun y va de « sa » simplification, ce qui aboutit à encore plus de subsidiarité : chacun fait un peu ce qu’il veut… Je ne dis pas qu’il faille renier les spécificités des territoires, des productions, je dis qu’il n’y a plus de stratégie commune européenne pour l’agriculture. Or, nous ne voulons plus d’une Pac pansement qui remplace les politiques sociales ou qui engraisse les grands propriétaires. Nous voulons d’une Pac qui se donne pour priorité le renouvellement des générations », explique Jérémy Decerle, président de Jeunes Agriculteurs. Des propositions Parmi les propositions concrètes, les responsables syndicaux ont affirmé plusieurs chantiers prioritaires. La priorité n° 1 est que la Pac puisse répondre aux enjeux de l’emploi et du renouvellement des générations en agriculture sur des exploitations de type familial, viables, vivables et transmissibles. Pour cela, le syndicat demande la mise en place d’une définition contraignante de l’agriculteur actif au niveau européen, pour un meilleur ciblage des aides. Cette définition doit être basée sur des critères de revenu, de temps de travail et exclure les personnes percevant une pension de retraite. En outre, les Jeunes Agriculteurs estiment que la Pac doit prémunir les agriculteurs de la volatilité des prix auxquels ils sont exposés. Pour cela, il faut envisager la mise en place d'aides variant en fonction des prix, et développer les outils assurantiels. Enfin, la troisième priorité est la mise en place d’un nouveau pacte alimentaire européen pour protéger les ressources et favoriser la sécurité, la diversité et la qualité alimentaire. Pour cela, les Jeunes Agriculteurs prônent la mise en place d’une politique basée sur des objectifs de résultats et non de moyens. « Des fermes ! Pas des firmes ! », insiste Jérémy Decerle. « Nous sommes convaincus que les fermes, héritées du modèle familial, qui mettent les chefs d’exploitations à la fois à la tête du capital, des décisions et des pratiques, sont les plus résilientes, les mieux à même de relever ces défis nombreux qui sont posés à l’agriculture. La base de la stratégie agricole européenne doit reposer sur les hommes et les femmes qui font ce métier », ajoute-t-il. Un projet commun et partagé Pendant trois jours à Sainte-Croix-en-Plaine, les Jeunes Agriculteurs de l’hexagone ont donc cherché à construire un projet commun, à l’échelle de l’Europe. L’occasion de regretter l’absence du ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, et de nombreux autres élus pour une session nationale inscrite dans le calendrier depuis très longtemps. « Pour autant, dans les moments difficiles que nous traversons sur nos exploitations, dans nos réseaux, nous avons montré depuis mercredi, vous nous avez démontré malgré tout que JA s’engage toujours pour construire l’avenir, qu’il est urgent d’y croire et de poser les jalons de l’agriculture de demain et d’après-demain, dès aujourd’hui ! Loin des querelles de territoires, de filières, nous avons montré qu’il était de notre devoir de construire ce projet commun et partagé, pour l’agriculture, et pourquoi pas un nouveau pacte alimentaire européen. Pas seulement commun au réseau JA, pas seulement commun à l’échelle du territoire national, mais commun à l’échelle de l’Europe », précise encore Jérémy Decerle, qui a remercié les Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin pour leur accueil. Vincent Touzot, membre du bureau national de JA, a ensuite dressé le futur portrait de ce que pourrait être une agriculture européenne « équitable », forte d’une stratégie cohérente faisant la part belle aux jeunes exploitants. Les JA ont insisté : « Le renouvellement de générations (6,5 % des agriculteurs européens ont moins de 35 ans), bref le soutien à l’installation. Il faut préserver nos capacités d’entreprendre, donner plus de latitude aux régions, favoriser les investissements sur les énergies renouvelables », poursuit Vincent Touzot. Pour sa part, le président des Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin, Christophe Bitsch, s’est félicité de la tenue de cette session nationale dans le département. « Il n’y a pas de meilleur endroit que le centre de l’Europe pour réfléchir à l’avenir de la Pac. Une réflexion d’autant plus importante que 2020, c’est demain. » Des interventions et des travaux qui ont été salués par la Chambre d'agriculture d’Alsace et par Anne Sander, député européenne. « Je vais intégrer vos propositions dans les travaux parlementaires. Vous proposez des solutions nouvelles. À l’heure où les agriculteurs ne peuvent plus vivre dignement de leur métier, nous devons réfléchir tous ensemble, nous écouter et avancer. Il faut absolument que l’Europe arrête de se mettre des boulets au pied et s’affranchisse de ses propres barrières. Le monde évolue, l’agriculture évolue et l’Europe doit également évoluer », a-t-elle expliqué.

Aide aux agriculteurs en détresse

Quel rôle pour les salariés des OPA ?

Publié le 05/11/2016

À l’adresse des salariés des OPA, Vivea organise un colloque sur « l’accompagnement des exploitants agricoles en période de crise ». Objectifs : connaître et partager les solutions pour prévenir et résoudre les situations de détresse. Du témoignage de vécu en perspective.

On le souligne assez depuis la rentrée, le moral de l’agriculture n’est pas au beau fixe. Dans ce contexte, les salariés des organisations professionnelles agricoles (OPA) peuvent se retrouver face à des exploitants agricoles « en état de sidération, de fatigue extrême, de burn-out, ou encore face à des situations de conflits entre associés », expliquent des salariés d’OPA. Appuyé par la Chambre d’agriculture d’Alsace, la MSA d’Alsace et les deux CFPPA, Vivea, le fonds pour la formation des entrepreneurs du vivant, propose le 15 novembre au CFPPA d'Obernai, un colloque sur « l’accompagnement des exploitants agricoles en période de crise ». Il s’adresse aux salariés des OPA, des organisations techniques, d’employeurs ou syndicales, des centres de gestion, des organisations institutionnelles agricoles, des banques, des assureurs, coopératives, organismes stockeurs, fournisseurs… Un colloque en deux temps En matinée une table ronde permettra d’entendre le témoignage de salarié d’OPA confronté à des exploitants en détresse, et le témoignage des directeurs (MSA, CFPPA, CAA) qui expliqueront leur politique d’accompagnement des exploitants en situation de crise, les dispositifs mis en œuvre, les leviers d’intervention, pour prévenir, anticiper et contribuer à résoudre des situations d’agriculteurs en grande difficulté. En effet, les partenaires de la formation ont constaté que la diversité des organismes et dispositifs mobilisables, des actions mises en œuvre pour prévenir les difficultés ou accompagner les plus fragiles, ne sont pas suffisamment connus des acteurs de terrain. Ce colloque se veut donc participatif. Il ne se limitera pas à un catalogue de solutions, mais visera à encourager les salariés des OPA à travailler en synergie, de manière à mieux coordonner les actions d’accompagnement des situations de crise. En amont par la formation, l’aide pour repenser les stratégies d’exploitation. Et en aval en mobilisant les leviers face à une situation d’urgence. L’après-midi sera consacrée à des ateliers au cours desquels les salariés des OPA témoigneront des situations auxquelles ils ont été confrontés, comment ils ont su rétablir le dialogue face à un certain désarroi, et comment ils ont mobilisé les moyens d’accompagnement de façon concertée.

Publié le 04/11/2016

La première journée du salon Agrimax offrait une tribune de circonstance aux élus de la Région Grand Est pour présenter les orientations et les premiers plans d’action de leur politique agricole.

Le jeudi 27 octobre à Metz, alors que la crème de l’élevage laitier et allaitant se mesurait pour la cinquième édition du salon Agrimax, Philippe Richert, président de la Région Grand Est, a présenté la copie agricole de la toute jeune région. « Dix mois après la création de la nouvelle collectivité », le patron du Grand Est s’est, en premier lieu, félicité du travail de « coconstruction dans la préparation de la politique agricole de la région », soulignant « la qualité des contributions de l’ensemble des filières agricoles, sans oublier la forêt ». Il saluait au passage l’investissement de Philippe Mangin, vice-président en charge de la Ruralité et de l’Agriculture, et de Pascale Gaillot, présidente de la commission Agriculture et Forêt. Quatre axes d’intervention Venus en nombre, les responsables professionnels ont globalement bien accueilli cette nouvelle politique régionale structurée autour de quatre axes. Le premier concerne les efforts de la Région consacrés à « l’amélioration de la compétitivité et à la modernisation de l’ensemble de la chaîne de valeur ». Un programme doté de 10 M€ qui doit dynamiser l’investissement pour mille projets d’exploitation dès 2016. La Région souhaite aussi mobiliser le Fonds régional d’investissement à cet effet. Les filières de transformation agroalimentaires ne seront pas en reste. Le deuxième axe affirme la volonté d’augmenter la part de marché des produits de proximité dans l’approvisionnement des 5,5 millions de consommateurs du Grand Est. Pour relever ce défi, la Chambre régionale d’agriculture se voit confier un rôle central. Dans cette dynamique, les mentions territoriales « Savourez l’Alsace », « La Lorraine notre signature » et « Savourez la Champagne-Ardenne » subsisteront. Le troisième axe engage la collectivité dans le renforcement de l’acquisition de connaissances, en s’appuyant sur les différents sites d’expérimentation du Grand Est. La Région participera aussi aux actions en faveur de l’information des producteurs. L’installation et le renouvellement des générations constituent le quatrième axe de la politique agricole régionale. Une thématique qui a suscité quelques remarques de la part des Jeunes Agriculteurs du Grand Est, alertant sur le risque d’iniquité de traitement en fonction de l’orientation technique des projets d’installation. Une interpellation qui a conduit Pascale Gaillot à commenter les limites « de l’autorité de gestion confiée aux nouvelles régions ». Une thématique pour laquelle Philippe Richert s’était montré critique devant les élus du monde agricole, fustigeant « le passage obligé de l’instruction des dossiers du Feader par Paris », et appelant de tous ses vœux « une évolution dans l’articulation de certaines compétences entre l’État et la Région ». Gouvernance resserrée Pour mettre en musique cette politique, le président du Grand Est s’est doté d’une gouvernance « qui renforce l’approche par filière et associe les acteurs institutionnels et économiques ». Cette nouvelle organisation semble, avant tout, servir un objectif d’optimisation du nombre d’instances. Une commission régionale « resserrée » pilotera cinq comités thématiques en coprésidence État-Région, dont les rôles principaux consisteront à définir la stratégie d’intervention et assurer le suivi des politiques publiques. Ces comités thématiques s’appuieront sur la contribution de quatre comités techniques organisés par filières. Ce seront essentiellement des lieux d’échange et de concertation sur les demandes professionnelles. Pour compléter cette organisation de la gouvernance de la politique régionale agricole, Philippe Mangin annonçait « la création prochaine d’un comité de prospective » qui, selon ses propos, « sera nécessaire pour redonner des perspectives aux agriculteurs ».

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