Vie professionnelle

Publié le 08/10/2016

Le Crédit Agricole Alsace Vosges met en œuvre un nouveau dispositif de soutien à ses clients agriculteurs afin de renforcer des trésoreries fragilisées par des difficultés conjoncturelles successives, crise de revenus et aléas climatiques. Pierre Fort, directeur général, en détaille la teneur.

EAV/PHR : Dès 2015 et les prémices de la crise actuelle vous avez accompagné les agriculteurs. Comment ? Pierre Fort : Oui. Nous avons rencontré les organisations professionnelles agricoles (OPA) et travaillé étroitement ensemble de manière préventive pour chercher des solutions constructives. Plus de 600 exploitations agricoles ont fait l’objet d’un traitement au cas par cas en 2015, avec une analyse de leurs bilans et la proposition de mesures adaptées. Si bien que nous n’avons pas constaté de réelle dégradation de la situation et que peu de nos clients agriculteurs sont en grande difficulté bancaire. EAV/PHR : Malheureusement la crise perdure en 2016… PF : Oui. C’est pourquoi il ne faut pas attendre le point de non-retour mais chercher, parmi une palette de solutions envisageables, les plus adaptées à chaque situation. Et il faut en distinguer deux. D’une part, même si cela représente une minorité, certaines exploitations agricoles sont en grande difficulté. Et nous n’avons pas vocation à les soutenir au-delà du soutenable. Si elles ne sont plus viables, il vaut mieux chercher une porte de sortie. C’est la mission de la cellule Réagir, qui regroupe la Chambre d'agriculture d’Alsace, les centres de fiscalité et de gestion, les coopératives, la MSA… D’autre part, il y a les exploitations qui peuvent surmonter la crise et faire face à une année que nous espérons exceptionnelle. Pour les y aider, différentes solutions sont envisageables par les conseillers agricoles. L’urgence, c’est d’être en capacité de financer les approvisionnements nécessaires à la préparation de la campagne 2017. Pour ce faire, des prêts à court terme à 1,5 % sont rapidement déblocables. Il est possible d’envisager une pause d’un an dans le paiement des échéances des prêts existants, sans frais de dossiers. Nous proposons aussi un prêt à moyen terme de reconstitution du fonds de roulement qui sera réalisé au taux préférentiel de 1 % sur cinq ans si le chef d’exploitation s’est organisé pour faire face aux aléas climatiques futurs, par exemple grâce à la souscription d’une assurance récolte ou à une réserve en Déduction pour aléas (DPA). À défaut, le taux sera de 1,20 %. Les jeunes agriculteurs bénéficieront d’une bonification supplémentaire de - 0,25 % sur ces conditions. Enfin, il est possible d’envisager une modulation des échéances à la baisse avec un rallongement de la durée des prêts. EAV/PHR : Concrètement, comment ces mesures vont-elles être mises en œuvre ? PF : Ces solutions s’adressent aux exploitations, quelle que soit la filière, qui ont la capacité à faire face dans la durée au remboursement de leurs échéances de prêts. Comme en 2015, une organisation spécifique est mise en place par souci de réactivité et d’efficacité. Les conseillers et experts du Crédit Agricole Alsace Vosges sont mobilisés pour examiner la situation de chaque exploitation avec l’agriculteur concerné afin de déterminer, avec lui, la solution adaptée, sachant que plusieurs mesures peuvent être prises simultanément. Un bon millier d’exploitations agricoles seraient concernées en Alsace. Parmi elles, les 600 qui ont déjà fait l’objet de traitements particuliers en 2015 bénéficieront d’une attention toute particulière. Quant aux exploitations les plus fragilisées, une analyse sera réalisée en relation étroite avec les conseillers de la CAA et des bureaux comptables, afin d’identifier des voies de redressement et les possibilités de restructuration des dettes existantes. EAV/PHR : Restez-vous confiant pour l’avenir de l’agriculture alsacienne ? PF : Tout à fait ! À travers cette démarche, le Crédit Agricole Alsace Vosges réaffirme son engagement et sa volonté d’accompagner les mutations nécessaires pour préserver une agriculture compétitive. Il réaffirme également sa confiance dans la capacité des agriculteurs à relever ce défi et dans l’avenir de l’agriculture. Nous avons confiance parce que nous avons en Alsace ces filières, avec des agriculteurs, des OPA, l’ensemble des acteurs qui sont engagés, qui jouent le jeu. Et des agriculteurs qui font preuve d’une volonté commune d’équilibrer leur activité, de s’adapter, de prendre en main leur destin, qui ne sont pas dans l’attente d’un assistanat, mais dans la volonté d’être acteurs de leur développement.

Union des pépiniéristes et des horticulteurs de la région Alsace (Uphoral)

Une filière qui cherche sa place

Publié le 06/10/2016

Face à la réforme territoriale et ses conséquences, la filière horticole alsacienne cherche sa place et s’interroge sur son avenir : comment poursuivre et mener à bien les préconisations de la filière ? Comment préserver une dynamique de groupe ? Une approche locale et de terroir ? Gagner en efficacité avec des moyens financiers limités ?

Ils étaient peu nombreux, les pépiniéristes et horticulteurs alsaciens à l’assemblée générale de leur groupement, l’Uphoral, jeudi 22 septembre à Sainte-Croix-en-Plaine. Le président, Paul-André Keller, l’a d’ailleurs regretté. Il est pourtant le premier à les comprendre. Le climat social et économique actuel n’incite guère à l’optimisme. Pour autant, à l’Uphoral, on se veut une force de propositions et un interlocuteur sérieux. La preuve. Avec la fédération nationale, l’Uphoral a déposé le 7 juin dernier une motion interpellant les pouvoirs publics et exigeant des engagements du ministre de l'Agriculture sur plusieurs points urgents : l’aide à l’investissement, le financement de l’expérimentation, les problèmes phytosanitaires et les problèmes de trésorerie des entreprises face à la baisse de la consommation consécutive à un printemps calamiteux. Une situation économique qui arrive après une année 2015 consacrée pour la filière horticole et pépinière alsacienne à un audit demandé par la Région et porté par la Chambre d'agriculture d’Alsace afin de faire le diagnostic du secteur et de trouver des solutions pour redynamiser la profession. Une synthèse qui a cependant été bouleversée avec l’incidence de la loi NOTRe et la nouvelle organisation territoriale. « Face à ce nouveau millefeuille, il s’agit de s’adapter, de trouver, voire d’inventer, de nouveaux modes de fonctionnement, se regrouper ou fusionner afin de continuer à exister. En ce qui concerne le développement et l’expérimentation, la filière horticole alsacienne, à travers Fleurs et Plantes d’Alsace (Flhoreal), devra trouver sa place dans ce schéma avec ou sans Arexhor (Association régionale d’expérimentation horticole) entre Besançon, Roville-aux-Chênes et Sainte-Croix-en-Plaine. Il s’agit de se poser les bonnes questions quant au devenir de notre structure. Face à ce contexte compliqué, il ne faut cependant pas baisser les bras et demeurer une force de propositions. Mais, nous sommes bien engagés et noyés dans ce « machin » sans identité de méga région via une réforme territoriale dessinée et validée entre fromage et dessert par nos énarques parisiens », s’est agacé Paul-André Keller. Pour autant, le président de l’Uphoral réfléchi, avec d’autres, à l’avenir. « La signature prochaine d’une convention de partenariat avec Alsace Destination Tourisme et la filière horticole est un bel exemple de travail de lobbying, mais également de force positive. Il ne s’agit pas de refuser de voir les difficultés, mais de les appréhender de manière positive et active », a ajouté Paul-André Keller qui invite les professionnels à se mobiliser dans l’action syndicale. Promouvoir l’apprentissage Cette action passe par le soutien et la promotion de l’apprentissage dans la filière horticole. Un état des lieux a été effectué lors de cette assemblée générale sur la période 2000 à 2016. Il apparaît que les apprentis alsaciens représentent un tiers des apprentis de la région Grand Est. « Malgré la présence de nombreux centres de formation, il apparaît tout de même qu’en seize années, il y a une baisse du nombre d’apprentis dans l’horticulture, mais également des entreprises qui prennent des apprentis. Il y a pourtant en Alsace une volonté de développer l’apprentissage », observe Paul-André Keller. En 2015-2016, les contrats d’apprentissage en horticulture représentaient 15 % du total contre 14,5 % en 2016-2017, soit 532 contrats. Les filières, diplômes et formations existants en Alsace ont ensuite été présentés, tout comme les incidences de la loi travail. Un bilan a également été réalisé, sur l’année 2015, pour le fonds de mutualisation sanitaire et environnementale (FMSE). « Il compte une section horticulture-pépinière depuis 2015 grâce à la mobilisation de la fédération nationale. Il permet ainsi une mutualisation de fonds professionnels et publics pour indemniser des pertes liées à des risques sanitaires et environnementaux. Et sans attendre, la section s’est mise au travail et a permis l’indemnisation de plusieurs producteurs impactés par des pertes en 2014 », a précisé Paul-André Keller. L’assemblée générale s’est ensuite poursuivie avec des informations sur les pôles de la fédération nationale en matière d’environnement et de protection des végétaux, sur le guide de la vente directe et sur la formation.

Publié le 05/10/2016

Depuis 2015, la Mutualité sociale agricole a déployé une série de mesures pour accompagner les agriculteurs en général et les plus fragiles en particulier. En Alsace, à la crise agricole s’ajoute le dossier Copvial, qui porte préjudice à la fois aux agriculteurs créanciers et aux salariés licenciés. Là aussi la MSA est présente, comme l’explique David Herrscher, président de la MSA d’Alsace.

EAV/PHR : Depuis l’été 2015 et le début de la crise agricole, quelles ont été les mesures mises en œuvre par la Mutualité sociale agricole ? : David Herrscher : En tout, 500 000 € ont été fléchés vers les agriculteurs en difficulté, dont 180 000 € prélevés dans le budget dédié aux actions sociales et sanitaires. Ces fonds ont bénéficié à 143 agriculteurs qui ont été identifiés en commission, de manière parfaitement anonyme et sur la base de critères économiques tels que le bilan, le compte de résultat, mais aussi la déclaration fiscale. En effet, cette aide reste une prestation sociale et familiale, et comme nos enveloppes sont plutôt en baisse, il était primordial de flécher ces aides vers les familles les plus en difficulté, donc considérer l’ensemble des revenus des foyers. Nous avons mené des actions de communication pour informer les exploitants agricoles de la possibilité qui leur était donnée d’échelonner le paiement des cotisations sociales. Une incitation qui a porté ses fruits puisque de 2014 à 2015 nous avons enregistré une hausse de 30 % des échéanciers de paiement. Nous avons également mis en œuvre les mesures prises au niveau national, c’est-à-dire appliqué le calcul des cotisations sur l’année n-1 pour les agriculteurs dégageant un revenu inférieur à 4 184 € et qui en ont fait la demande, ce qui a représenté quelque 650 dossiers en Alsace. Mises bout à bout, ces mesures ont représenté 15 M€ de baisse de cotisation en Alsace, soit 15 M€ qui sont restés dans la trésorerie des exploitations agricoles alsaciennes. Au-delà des mesures économiques, nous avons aussi rapidement créé une Commission filières. Paritaire, elle comprend des salariés, des employeurs et des exploitants agricoles. Sa mission est d’intervenir en amont des situations problématiques. Nous avons rencontré des acteurs du monde agricole (Copvial, Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), Comptoir agricole, Coopérative agricole de céréales) pour discuter avec eux, mettre du liant, présenter ce que nous pouvons faire dans le cadre de cette commission. Nous avons par exemple proposé d’organiser des réunions d’information pour apprendre aux salariés de ces structures à réagir à bon escient face à des personnes en difficulté. Ce sera d’ailleurs aussi le thème d’un colloque que nous organisons le 15 novembre avec Vivea et qui s’adresse aux salariés de la CAA, des Centres de gestion, du Contrôle laitier… EAV/PHR : Malheureusement la situation s’est encore aggravée en 2016… DH : Oui, et personne ne pouvait le prévoir. Alors qu’en 2015, nous avions déjà instauré une baisse de trois points des cotisations sociales sur la branche famille pour les employeurs et les chefs d’exploitation sous certaines conditions, nous avons mis en œuvre dès le second appel à cotisation de 2016, soit vers le 15 mai, la mesure nationale de baisse de sept points des cotisations sociales ainsi que de baisse de l’assiette minimale de cotisation pour tous les exploitants agricoles. La mesure de calcul des cotisations sur l’année n-1 a été reconduite, avec cette fois un revenu maximal d’éligibilité de 4 248 € pour un nombre de bénéficiaires à peu près identique. Il est aussi possible d’étaler le paiement des cotisations sociales. Nous ne refusons aucun dossier. Néanmoins, bien que la situation économique s’aggrave et que s’y ajoute le dossier Copvial, notre enveloppe dédiée à la prise en charge des cotisations des agriculteurs en difficulté est en baisse. Nous avons procédé à des demandes de rallonge auprès du ministère de l’Agriculture qui ont pour l’instant été refusées. Mais nous allons réitérer notre demande en insistant sur les traces que laisse le dossier Copvial chez certains éleveurs, puisqu’il y a 3 M€ de créances auprès des éleveurs, certains étant plus touchés que d’autres. Avec 120 dossiers de prise en charge des cotisations des agriculteurs les plus en difficulté, notre enveloppe actuelle est quasiment entièrement consommée. Néanmoins, les agriculteurs qui rencontrent des difficultés doivent continuer à se faire connaître auprès de nos services parce que nous aurons sans doute de nouveaux crédits l’an prochain. Pour cela, ils doivent en discuter avec leur comptable, qui connaît les critères d’éligibilité à la prise en charge des cotisations sociales. Enfin, nous incitons les agriculteurs à faire des simulations ou à nous appeler afin de déterminer s’ils peuvent prétendre à la prime d’activité, qui s’élève en moyenne à 200 €/mois. EAV/PHR : Vous avez aussi mis en place des mesures d’accompagnement social. Quelles sont-elles ? DH : Oui, nous sommes passés de cinq à six conseillères sociales pour répondre à la demande qui est croissante. Elles ont beaucoup de travail sur le terrain, auprès des exploitants agricoles, mais aussi des salariés, en lien avec le plan de licenciement lié au dossier Copvial qui concerne quelque 70 personnes. Nous sommes habilités à accompagner l’ensemble de ces salariés, notamment afin de vérifier qu’ils jouissent de l’intégralité de leurs droits sociaux. Pour faciliter la prise de contact avec nos conseillères sociales, nous avons créé une cellule filières en crise que les agriculteurs alsaciens peuvent contacter au 03 89 20 79 27 ou à filieresencrise2015@alsace.msa.fr. Les personnes en recherche d’emploi peuvent aussi s’inscrire auprès de notre entreprise d’insertion par le travail, Germa. Et puis nous sommes en train de mettre sur pied un réseau de psychologues. Les premières séances de consultation pourraient être prises en charge grâce au fonds d’action sanitaire et sociale pour les agriculteurs en difficulté qui en font la demande au 03 89 20 79 27 ou à filieresencrise2015@alsace.msa.fr. En outre, notre objectif est de co-construire, avec la CAA, une cellule Réagir, à l’instar des autres départements de notre grande région. La MSA milite pour la création de cette structure depuis six ans, car elle permettra de détecter les situations les plus fragiles et d’apporter un accompagnement plus personnalisé aux agriculteurs. Si le Conseil régional débloque des crédits, il est impératif qu’ils soient investis dans de nouvelles mesures. La MSA a déjà indiqué depuis longtemps qu’elle mettrait à la disposition de cette structure les collaborateurs les plus utiles à titre gracieux, car elle considère qu’une telle action relève de sa mission de service public. EAV/PHR : Vous avez été directement concernés par le dossier Copvial. Comment l’avez-vous géré ? DH : Nous avons soutenu ce dossier pendant plus d’un an, et nous en regrettons la conclusion sur le plan social. Comme nous étions un des plus gros créanciers de Copvial, nous avions demandé et obtenu le statut de créancier contrôleur, ce qui nous a permis de nous exprimer à l’audience. Jusqu’au bout nous avons défendu les éleveurs, demandé une prise en charge et un dédommagement… EAV/PHR : Selon vous, que faudrait-il faire pour sortir durablement de la crise ? DH : La MSA se bat au niveau national pour que soient mis en place des dispositifs permettant de placer l’argent gagné les bonnes années sans pour autant payer forcément plus d’impôts et de cotisations sociales. Cela permettrait aux agriculteurs d’affronter des années plus difficiles, sans que l’État ait forcément à mettre en œuvre des aides. Dans le même ordre d’idées, il serait intéressant de pouvoir déplafonner les points de cotisation retraite, car cotiser un maximum les bonnes années pourrait permettre de rattraper les cotisations moindres des mauvaises années. Mais ce sont des mesures difficiles à obtenir. En attendant, plusieurs curseurs sont au vert : le rendement du maïs s’annonce la plupart du temps satisfaisant, le prix du lait est orienté à la hausse tout comme celui du porc, le millésime s’annonce bon. Par contre, le prix de la viande reste une source d’inquiétude.

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