Vie professionnelle

Publié le 15/09/2016

La générosité doit se poursuivre malgré les temps difficiles. Tel est le message donné lors du lancement officiel de la Journée nationale du don agricole, mardi dernier à Strasbourg.

Le 14e relais solidaire est né mardi 13 septembre à l’Îlot de la Meinau à Strasbourg. En présence de Geoffrey Andna, « maraîcher-donateur », ce fut l’occasion pour Angélique Delahaye, présidente de Solaal (Solidarité des producteurs agricoles et des filières alimentaires), de donner le coup d’envoi de la 2e Journée nationale du don agricole. Une journée qui s’étale sur tout le mois de septembre, une quarantaine d’actions étant organisées partout en France : appels au don, opérations de glanage, communication médias. Laurent Wendlinger, président de la Chambre d'agriculture d’Alsace, Patrick Bastian, vice-président de la commission agricole de la Région Grand Est, Denis Digel, président des Maraîchers réunis de Sélestat, Dominique Steinmetz, chef de service au Département du Bas-Rhin, Françoise Buffet, adjointe au maire de Strasbourg, Freddy Sarg, président de la Banque alimentaire du Bas-Rhin, ainsi que les représentants des Restos du cœur et du Secours populaire, ont mis l’accent sur l’importance du don alimentaire pour améliorer le quotidien des populations les plus démunies. Agriculteurs solidaires En agriculture, la solidarité n’est pas un vain mot. Entraide, coopération, syndicalisme, elle constitue l’une des valeurs fondatrices du monde agricole. Et sa générosité se tourne aussi vers l’extérieur : on se souvient des dons de lait, sous le régime des quotas. En homme visionnaire, Jean-Michel Lemétayer, ancien président de la FNSEA, a créé une association chargée d’encourager ces dons agricoles et d’en gérer la logistique. Son objectif était, entre autres, de pérenniser le don de lait malgré la fin des quotas laitiers. Là dessus est venue se greffer la crise de l’E-coli en 2011 déclenchée par la déclaration intempestive d’un ministre allemand qui invitait les consommateurs européens à ne plus manger de légumes crus. Conséquence : des centaines de tonnes de légumes ont fini dans la broyeuse. Un crève-cœur pour les producteurs qui se sont alors organisés pour donner les produits excédentaires ou les invendus. « Cettre journée est aussi l’occasion d’expliquer que nous subissons des pertes pour des raisons qui nous échappent », souligne Angélique Delahaye : météo erratique, campagnes médiatiques, crises politiques (comme l’embargo russe), refus de palettes, calibre des produits, etc. L’an dernier, Solaal a ainsi distribué 8 500 tonnes de produits agricoles, dont 99 % de produits frais, fruits, légumes, viandes, produits laitiers, œufs, céréales, huiles et, nouveauté 2016, miels. Ce n’est pas anodin : ces dons ont permis de préparer 17 millions de repas ! Par ce biais, les donateurs peuvent donner une image positive de l’agriculture, participer à la lutte contre le gaspillage alimentaire et, cerise sur le gâteau, bénéficier d’une défiscalisation, dans la plupart des cas, précise Angélique Delahaye. Comme l’a souligné Laurent Wendlinger, l’agriculture alsacienne est en crise et la situation est très difficile pour de nombreux agriculteurs qui n’ont jamais connu une conjoncture aussi défavorable : récolte faible, prix bas, sécheresse, canicule. Pourtant, cette générosité est plus vitale que jamais, car la précarisation ne cesse d’augmenter. Ainsi, cet été dans le Bas-Rhin, les Restos du cœur ont enregistré 20 % de demandeurs supplémentaires - parmi lesquels des agriculteurs, a souligné Denis Digel -, et ce bien que les conditions pour accéder à l’aide alimentaire soient plus restrictives qu’en hiver. « Rejoignez-nous dans ce magnifique élan de solidarité », exhorte Laurent Wendlinger.

Michel Rohrbach, président de la section lait à la FDSEA du Haut-Rhin

« Méfions-nous des effets d’annonces »

Publié le 15/09/2016

Après les récentes déclarations et accords au niveau national sur le prix du lait, le président de la section lait de la fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (Fdsea) du Haut-Rhin Michel Rohrbach tempère cet enthousiasme. « Méfions-nous des effets d’annonces » lance-t-il aux éleveurs.

Des chiffres à la hausse et des prix du lait plus intéressants sont annoncés certes. Mais, pour l’heure, rien n’est figé, rien n’est clair. C’est en tout cas le constat que fait Michel Rohrbach. « Il faut avoir conscience que si, suite à ces annonces et ces prix, il y a trop de demandes, il y aura automatiquement des abattements qui seront réalisés. Ensuite, l’État n’a pas répondu à toutes les questions. Quid, par exemple, des mesures pour les jeunes agriculteurs ? Le ministre de l'Agriculture n’a pas encore répondu. Avec ces mesures, il y a certainement des opportunités. Mais, je répète à tous les éleveurs, qu’ils fassent attention. S’ils rentrent naturellement dans le processus, alors qu’ils n’hésitent pas à faire leur demande. Mais si ce n’est pas le cas, qu’ils ne fassent pas de demande. Tout le monde doit se méfier et réagir avec réflexion », explique Michel Rohrbach. D’autant plus que le marché se retourne actuellement et les responsables professionnels espèrent que les prix du lait vont réellement augmenter à partir du début de l’année prochaine. Remplir le formulaire de FranceAgrimer Michel Rohrbach invite également les éleveurs à faire attention par rapport à leur propre système de travail. « Celles et ceux qui font du C ou D chez Sodiaal ont effectivement intérêt à rentrer dans cette démarche. Pour les autres, les gens doivent faire attention par rapport à leur système de production. Personnellement, je ne rentre pas dans ce cadre », ajoute le président de la section lait de la Fdsea du Haut-Rhin. Il attire l’attention des professionnels sur la démarche à faire pour obtenir une aide (lire encadré). Pour cela, ils doivent remplir un formulaire qui est disponible sur le site internet de FranceAgrimer. Une démarche à réaliser avant le 21 septembre ! Un délai de réponse qui laisse Michel Rohrbach dubitatif. « La façon de procéder est incroyable. Mais, si ce budget est disponible, il faut le prendre car, sinon, il sera redistribué à d’autres pays ». Concernant la conjoncture, sur la première partie de l’année (janvier à juin), il n’a pas été constaté d'« explosion » des cessations d’activités laitières, mais c’est beaucoup plus difficile depuis le début du mois d’août. « La récolte décevante du blé a accentué la crise actuelle. Les problèmes économiques sont réels pour de nombreuses exploitations qui touchent actuellement le fond au niveau de leurs trésoreries. La dernière chance en Alsace, c’est le maïs », affirme Michel Rohrbach. En conclusion, ceux qui font moins de lait, ne doivent pas hésiter à solliciter l’aide. Pour les autres, une réflexion plus poussée s’impose (cheptel, équilibre alimentaire…). Rendez-vous en fin d’année, après les travaux, pour partager une expertise sur le lait. De son côté, le président de la Fdsea du Haut-Rhin Denis Nass est dubitatif par rapport à la méthode employée. « On demande aux agriculteurs de télécharger et de remplir un document en quelques jours seulement. Cette façon de procéder est méprisante. Une fois de plus, ce dossier est géré de manière technocratique depuis des bureaux parisiens. Quoi qu’il en soit, j’encourage les agriculteurs à bien réfléchir et à individualiser leurs dossiers. N’hésitez pas à faire vos demandes ou à nous demander conseil ».

Journée de l’économie alsacienne

Région Grand Est : mythe ou réalité ?

Publié le 13/09/2016

Alors que personne n’a vu venir l’association des trois régions historiques Alsace, Lorraine et Champagne-Ardenne dans un ensemble que l’on a baptisé, faute de mieux, Grand Est, la nouvelle entité est devenue une réalité politique et administrative. Reste à la transformer en réalité économique à la manière des Länder allemands. Une tâche qui demande du volontarisme, du temps… Et de l’argent.

La journée de l’économie alsacienne réunit chaque année, lors de la foire européenne de Strasbourg, les entrepreneurs des trois chambres consulaires autour d’une thématique. Près de 500 d’entre eux, issus de l’artisanat, de l’industrie ou de l’agriculture, ont répondu à l’invitation pour s’interroger sur les opportunités économiques offertes par la région Grand Est. Bien que cette réforme soit arrivée un peu comme un cheveu sur la soupe, le préfet de région comme le président de région se sont montrés rassurants. En huit mois, les organisations administrative et politique de Grand Est sont en ordre de marche. Certes il faut revoir les façons de faire pour Stéphane Fratacci : l’administration doit apprendre à développer « une culture professionnelle multisites ». Mais plus question pour l’ancien président du Conseil régional d’Alsace de sillonner de long en large la région pour connaître la moindre commune du territoire : la tâche est insurmontable avec pas moins de 5 000 communes sur un territoire deux fois grand que la Belgique… « La façon d’agir ne peut plus être la même, on doit être dans la stratégie… », estime Philippe Richert. Une stratégie qui oblige à être innovant et à rationaliser le temps et les déplacements des réunions avec le développement de la vidéoconférence. Une nécessité compte tenu des budgets de plus en plus contraints… Et qui pourra conduire à terme à des économies notamment sur le back-office des structures : centralisation des services informatiques, de paies, etc. Rien que sur la communication, le budget de la Région Grand Est a été réduit de 6 millions d’euros par rapport à la somme des trois régions. Rassurer les citoyens Pour l’administration, la région ou les chambres consulaires, l’objectif est le même : il faut rassurer les citoyens en gardant de la proximité ! Les conseillers techniques doivent être sur le terrain pour écouter et accompagner les projets des entreprises, qui ne doivent pas ressentir le changement. « La proximité, c’est notre ADN », assène Jean-Luc Heimburger, président de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Strasbourg. Une proximité qui pourrait même être accrue en Lorraine comme en Champagne-Ardenne où les services étaient jusqu’alors très centralisés sur Châlons-en-Champagne et Nancy. Il faut également garder les spécificités régionales et ce qui marche : pas question de remettre en cause le financement du bilinguisme ou la marque Alsace… Au contraire, l’idée est plutôt de reproduire dans le territoire ce qui fonctionne. Une marque Lorraine est en cours de lancement et nos voisins regardent avec beaucoup d’intérêt notre pratique des langues. Pour Véronique Klein, vice-présidente de la Chambre d'agriculture d’Alsace, le partage d’expériences doit contribuer à l’enrichissement de la formation des conseillers techniques et faire progresser l’ensemble des agriculteurs de la région. Bernard Stirnweiss, président de la CCI d’Alsace, estime même que l’élargissement de la base géographique peut être un atout pour la dynamique des pôles de compétitivités et des clusters. Dans le cadre du projet « usine du futur », 170 entreprises ont été identifiées en Alsace comme apporteur de solutions dans le digital, l’amélioration de l’agilité sur les process, la gestion des achats ou les économies d’énergies. « Le développement de ce projet à l’échelle Grand Est aurait un effet démultiplicateur. » Faire émerger des projets structurants La région Grand Est peut même constituer un gisement d’opportunités. Pour Jean-Paul Bastian, le maintien de la production et de la transformation de betteraves à sucre en Alsace n’a pu se faire que grâce au partenariat noué avec la Marne, dans un secteur où la compétition internationale est très forte. Le Grand Est est la première région agroalimentaire ; des projets structurants doivent émerger pour renforcer les liens entre production et transformation pour maintenir des entreprises, des emplois et des exploitations sur le terrain. Un grand territoire permet aussi de mutualiser des atouts et d’élargir l’offre vis-à-vis des investisseurs. Quand le problème du foncier est un facteur limitant en Alsace, il l’est beaucoup moins de l’autre côté du massif des Vosges. Ce qui doit nous amener à développer une stratégie territoriale où les métropoles de Nancy et Strasbourg ne se livrent pas une concurrence stérile. Il faut plutôt penser un développement cohérent du territoire à l’image de ce qu’a fait l’Alsace autour d’une « colonne vertébrale » avec les villes de Haguenau, Strasbourg, Colmar et Mulhouse. La taille de la nouvelle région donnera une visibilité stratégique à l’international. Rayonner à 360 ° L’Alsace avait plutôt l’habitude de regarder vers le Rhin supérieur avec une forte compétence sur l’export qu’elle doit préserver. Mais située aux portes de l’Ile de France et de la Belgique, des territoires économiquement très dynamiques, elle doit désormais rayonner à 360 °. Pour cela, elle doit affirmer son identité avec un objectif affiché de se présenter très rapidement comme la première région numérique de France, avec un accès à la fibre sur l’ensemble du territoire. La région va désormais reprendre plus de 700 politiques différentes qui étaient mises en œuvre dans les trois régions. C’est un travail colossal a indiqué Philippe Richert… Il y a beaucoup de choses à faire, estime Jean-Luc Heimburger, mais il faut faire confiance à l’intelligence collective. D’autres régions sont restées sur leurs anciens périmètres et n’ont pas eu à se réformer. L’ensemble des acteurs ont bien l’intention de se retrousser les manches, sans perdre de temps, pour faire de cette région imposée, une région économiquement performante, avec laquelle il faut compter au cœur de l’Europe. Volontarisme est le mot d’ordre du jour !

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