Vie professionnelle

Contournement de Châtenois

Une décision qui fait fausse route

Publié le 29/06/2023

Samedi 3 juin, près d’un millier de personnes ont manifesté contre l’annulation des travaux du contournement de Châtenois. Au-delà de l’absurdité d’arrêter des travaux à seulement quelques mois de la fin, les opposants dénoncent le gâchis financier. Les agriculteurs locaux, quant à eux, s’inquiètent que plus de terres agricoles encore soient demandées pour compenser l’impact sur l’environnement.

C’est un projet dont les habitants de Châtenois entendent parler depuis 50 ans : celui du contournement de leur commune. Une large route permettant aux véhicules d’éviter celle qui traverse le village et sature complètement le trafic matin et soir. En 2019 enfin, le projet d’aménagement de ce contournement de 5 km est autorisé et lancé dans la foulée. Le contournement est plébiscité par les habitants et les usagers de la route, soutenu par la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) et les élus. Mais l’association Alsace Nature saisit, dès 2019, le tribunal, pour s’opposer à cet aménagement routier. Elle s’inquiète des dégradations de zones humides et de trop faibles compensations environnementales face aux 7 ha de zones humides détruits. Mais force est de constater que le temps de la justice n’est pas celui des conducteurs de travaux qui estimaient la fin du chantier en 2023. Aujourd’hui, les vignes, prés et forêts ont disparu pour laisser place à une large bande sablée et plusieurs ponts. Et pourtant… Le 12 mai 2023, le tribunal administratif de Strasbourg a annulé l’autorisation environnementale et avec elle l’autorisation de mener ces travaux. Alors, ce 3 juin, une manifestation a été organisée pour dénoncer l’absurdité de l’arrêt des travaux à quelques mois de la fin. « Tous concernés » La manifestation a démarré vers 16 h, ouverte par quelques tracteurs, suivis d’une brochette fournie d’élus locaux. Maires, députés, sénateurs… presque tous ont répondu présents. Dans le cortège, nombreux sont les Castinétains, mais aussi les habitués du trafic chargé, comme cet habitant de Marckolsheim, venu spécialement protester et qui ironise ce jour-là de voir la route bloquée pour une autre raison. En effet, aux côtés des citoyens, les agriculteurs du coin ont répondu présents et leurs tracteurs empêchent la circulation. La N59 est un axe essentiel du Centre Alsace, reliant la plaine aux vallées, zigzagant entre les deux départements. Principal accès au tunnel de Sainte-Marie-aux-Mines, c’est une route de transit. Mais pour un certain nombre d’Alsaciens, c’est aussi la route du travail, vers les grosses entreprises du Val d’Argent dans le Haut-Rhin. Dans la vallée voisine du Bas-Rhin, celle de Villé et ses fermes ne sont pas moins impactées par la traversée de Châtenois. Comme témoigne l’un d’eux, venu de Heidolsheim. « Quand on va chercher du fourrage et qu’il faut traverser Châtenois chargé, ce n’est vraiment pas évident avec cette circulation ! » Pour Olivier Sengler, agriculteur et viticulteur à Scherwiller, la colère est aussi celle du contribuable : « Ce sont nos impôts ! », lance-t-il. Le chantier devait coûter 60 millions d’euros. Les panneaux vantant l’aménagement le rappellent. « Avec cette décision, l’arrêt des travaux occasionne un surcoût immédiat d’un million d’euros pour la mise en sécurité et de 250 000 € hors taxe par mois d’arrêt de chantier », avance la CEA. Pour les agriculteurs qui tiennent avec leurs tracteurs le rond-point où devait démarrer le contournement, il n’y a pas débat : « Nous sommes tous concernés ! » Mais pas tous pour les mêmes raisons… Il y a l’usage de la route, mais aussi le dossier de la compensation environnementale. « L’agriculture ne doit pas payer la note » C’est ce dossier qui a poussé la FDSEA et les JA du canton de Sélestat à se mobiliser. « Le niveau de compensation est déjà très élevé : plus de 58 ha de compensation pour un peu moins de 25 artificialisés. Or le tribunal semble indiquer un manque de compensation notamment sur les zones humides. Nous craignons des demandes additionnelles. Une fois de plus, les terres agricoles pourraient devenir la variable d’ajustement », explique le syndicat par voie de communiqué. « Pour ces 58 ha, le dossier est réglé », affirme Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin. Remise en herbe sans fertilisation même organique, reboisement, créations de mares… ces surfaces sont néanmoins devenues quasi non valorisable pour le monde agricole. « Nous craignons aujourd’hui de devoir encore mettre la main à la poche. Avec ce jugement, nous avons également peur de créer un précédent. » Pour Frédéric Bierry, président de la CEA, « le projet du contournement est né grâce à une volonté collective, dont celle des agriculteurs. C’est plus du double de la surface du projet qui a été consacré pour la compensation environnementale. Les agriculteurs ne doivent pas contribuer d’avantage au regard des efforts déjà effectués. Je tiens à leur dire que leurs efforts sont reconnus et que nous respectons leur engagement. »     Un engagement également salué par le maire de Châtenois, Luc Adoneth. Alors que le cortège s’est arrêté sur le chantier avorté du contournement, il a pris la parole en premier. Il a rappelé que, dès le lendemain de l’annonce de l’annulation, Gérard Lorber et Johanna Trau, les deux présidents de canton de la FDSEA et des JA, se sont proposés pour sécuriser la manifestation et ouvrir le convoi. Un discours accompagné des acclamations et des applaudissements fournis des manifestants. Il faut le souligner, cette manifestation a rassemblé. Les agriculteurs se réjouissent de cette mobilisation aux côtés des élus, habitants et usagers de la N59, tous du même côté de la banderole qui rappelle : « 50 ans à attendre, 60 millions gâchés. »  

Journée Agri’Pro d’Armbruster

Vulgariser les solutions de demain

Publié le 28/06/2023

Le 14 juin, Armbruster et AB2F Conseil ont convié les agriculteurs à leur journée Agri’Pro, à Andolsheim, pour découvrir les solutions aux problématiques de demain en grandes cultures et pommes de terre. La pédagogie et la vulgarisation étaient de mise.

Climat plus chaud et aléatoire, suppression de molécules efficaces, tensions sur la ressource en eau, pression sociétale : où qu’il se tourne, l’agriculteur de 2023 fait face à des problématiques l’obligeant à revoir ses pratiques sans pour autant diminuer sa capacité de production. Pour résoudre cette équation de plus en plus complexe, le groupe Armbruster et la société partenaire AB2F Conseil travaillent quotidiennement à expérimenter les solutions de demain. « On ne peut pas subir. Il faut anticiper les problématiques et les vulgariser auprès des agriculteurs bien sûr, mais aussi des élus, des instances environnementales et du grand public de manière générale », explique le responsable d’AB2F Conseil, Aymé Dumas, à l’occasion de la manifestation Agri’Pro organisée le 14 juin à Andolsheim. Une journée destinée à présenter les essais en cours en matière de semis, désherbage, irrigation, protection fongique et ravageurs en grandes cultures et pommes de terre. « Quelle que soit la filière, l’enjeu reste le même : avoir des cultures qui permettent de nourrir les hommes, en qualité comme en quantité. Nous devons donc faire notre maximum pour trouver des réponses face aux nouvelles contraintes réglementaires ou interdictions. »     La dernière en date concerne le maïs avec la suppression prochaine du S-métolachlore du catalogue des herbicides autorisés. « Il y a heureusement des alternatives que nous utilisons déjà dans les zones de captage prioritaire. Donc on sait faire. Par contre, il faut le faire savoir et faire prendre conscience aux agriculteurs qu’ils peuvent et doivent faire autrement. Cette pédagogie est essentielle et c’est d’ailleurs souvent ce qui prend le plus de temps. » Celle-ci va bien au-delà des seuls agriculteurs. AB2F Conseil et Armbruster l’ont bien compris en invitant des élus sur ces parcelles d’essais le 9 juin. « Interdire une molécule est une chose, mais cela veut dire quoi concrètement dans le champ ? C’est avec ce type de manifestation qu’on montre aux décideurs politiques les conséquences de leurs décisions, mais aussi pour leur illustrer pourquoi il est nécessaire de protéger nos cultures. On désherbe pour assurer un rendement, une capacité de production suffisante, pas pour le plaisir. C’est un message qu’il faut répéter sans cesse », poursuit Aymé Dumas.     Pour trouver des alternatives efficaces, mais aussi rentables pour l’agriculteur, AB2F Conseil et Armbruster misent sur l’ouverture d’esprit et la collaboration avec des pairs par l’intermédiaire d’Etamines, un réseau d’expérimentation national qui s’appuie sur onze fermes pilotes. À cela s’ajoute une série de partenariats avec des laboratoires et des start-up qui offre de nouvelles perspectives. « On travaille bien sûr avec les grands noms de la chimie, mais pas que. Même si de nouvelles molécules continuent à sortir, ce n’est plus comme avant quand on avait plein de nouveautés d’un coup. Maintenant, on doit raisonner autrement. Pour nous, cela veut dire miser sur la combinaison entre chimie et mécanique. Et grâce au réseau Etamines, nous pouvons approfondir les expérimentations dans ce domaine. » La génétique reste néanmoins le premier levier de progrès pour l’agriculture à ses yeux. « Il faut consommer moins d’eau, résister à la chaleur et aux maladies, mais avec moins de traitements. On ne peut pas diminuer des molécules et conserver des variétés sensibles, c’est non-sens total. La génétique, c’est la base. » Le Brésil comme source d’inspiration S’ouvrir l’esprit, cela veut aussi dire porter son regard de l’autre côté de l’Atlantique, en Amérique du Nord ou du Sud, là où les innovations ont souvent un train d’avance sur l’Europe. C’est au Brésil qu’Aymé Dumas a trouvé une piste intéressante pour les cultures de soja : les biostimulants. « Nous en avons ramené ici pour évaluer leur pertinence et leur efficacité avec nos variétés, notre climat, et mesurer quels pourraient être les gains de productivité. L’intérêt est que ce sont des solutions compatibles avec l’agriculture biologique. » La biostimulation est également testée sur les pommes de terre, à deux stades phénologiques bien précis. L’idée est d’arrêter de la tubérisation et d’homogénéiser le calibre, ce qui diminuerait in fine les besoins de manutention. « Plus on manipule une patate, plus le risque de pourriture est important. On n’améliore pas le rendement, par contre on évite les petits et gros calibres à l’arrachage. Au final, on évite la manutention, des traitements anti-germinatifs, et on peut répondre aux attentes sociétales de demain. » Dans les essais, ces biostimulants sont expérimentés sur une nouvelle variété de pommes de terre, l’Étincelle, qui a la particularité d’avoir une dormance très importante. « Pour ceux qui pratiquent la vente directe, cela pourrait permettre de conserver, et donc de commercialiser plus longtemps leurs pommes de terre. Il y a un beau potentiel », note le responsable d’AB2F Conseil.     Quelle que soit la culture ou la filière, chaque solution expérimentée par Armbruster et AB2F se fait en premier lieu sous l’angle économique. Hors de question en effet de proposer un nouveau moyen de lutte s’il demande deux fois plus de temps pour être appliqué. « Diminuer l’impact environnemental est essentiel, bien sûr, mais si cela n’est pas rentable pour les agriculteurs, ce n’est pas la peine. Ils sont prêts à faire autrement, mais leur rentabilité doit être garantie avec l’adoption de nouvelles pratiques ou de nouveaux produits. C’est pour cela que notre travail de recherche et d’essais est si important : c’est à nous de tester et d’essuyer les plâtres le cas échéant, pas aux agriculteurs. On doit leur donner les moyens de remplir leur mission première : nourrir la population. »

4e salon des communes et des intercommunalités du Haut-Rhin

Le maire face à son territoire agricole

Publié le 23/06/2023

Le 4e salon des communes et des intercommunalités du Haut-Rhin s’est tenu vendredi 16 juin au Parc-Expo de Colmar. Confrontés aux incivilités, les élus appellent à renforcer les moyens destinés aux enquêtes et à sanctionner les auteurs des agressions. En matière d’urbanisme, une nouvelle charte de constructibilité a été signée avec la Chambre d'agriculture Alsace visant à reconnaître et protéger l’espace agricole.

Si, fort heureusement, les agressions sont le plus souvent verbales, et si, dans le Haut-Rhin, ces actes sont encore anodins et limités, les élus ne cachent plus leurs exaspérations et leurs inquiétudes. « Les valeurs républicaines doivent être réaffirmées. Nous sommes 500 000 élus au niveau national. Nous devons, vous devez être mieux considérés. C’est la raison pour laquelle je vous propose de créer une commission appelée « Animer la démocratie locale pour des élus engagés ». Nous devons expliquer ce que nous faisons et nous devons agir dans les meilleures conditions. C’est en travaillant ensemble que nous pourrons avancer sereinement », explique Fabian Jordan, président de l’association des maires du Haut-Rhin. L’occasion pour le préfet du Haut-Rhin Louis Laugier de rappeler aux élus qu’ils ont tous un référent en gendarmerie ou en police. « En complément, un nouveau dispositif national, appelé « Alarme élu » se met en place. Il suffit de composer le 17, de préciser votre fonction et vous aurez une réponse. Oui, effectivement, nous devons tous travailler ensemble », insiste Louis Laugier. Précisément, ce salon des communes et des intercommunalités du Haut-Rhin se veut un lieu de partage, de découvertes et de pédagogie. Une centaine d’exposants étaient présents à cette manifestation pour recevoir les élus. « Ce sont nos partenaires. Ils nous permettent de découvrir des solutions innovantes. C’est aussi l’occasion de privilégier des instants d’échanges afin de susciter le partage des bonnes pratiques. Sans oublier de participer aux diverses tables rondes et ateliers participatifs sur les thématiques d’actualité », ajoute Fabian Jordan. La Chambre des métiers d'Alsace a ainsi animé un atelier ayant pour sujet l’entrepreneuriat dans l’artisanat, un atout pour votre territoire. De son côté, Enedis a rappelé comment accompagner les élus dans leur feuille de route sur la transition écologique. La start-up Aides-territoires portée par la Direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature a, elle, expliqué comment rechercher des subventions pour réaliser des projets locaux. Une charte de constructibilité Ce salon a également été l’occasion pour la préfecture du Haut-Rhin, l’Association des maires de France, l’Association des maires du Haut-Rhin, l’Association des maires ruraux du Haut-Rhin et la Collectivité européenne d’Alsace de signer avec la Chambre d'agriculture Alsace (CAA) une charte de constructibilité en dehors de parties urbanisées dans le Haut-Rhin. « Il s’agit de concourir à la reconnaissance et à la protection de l’espace agricole pour permettre le maintien d’une activité agricole. Cette charte vise donc à clarifier et à porter à la connaissance des demandeurs, collectivités, services instructeurs ou bureaux d’études, la nature des projets envisageables en zone agricole ou naturelle et les conditions à satisfaire pour la réalisation du projet », souligne Denis Nass, président de la CAA. Cette charte explicite en particulier la notion fondamentale de « construction nécessaire à l’exploitation agricole ». Pour vérifier cette nécessité, un ensemble de critères sont ainsi pris en compte. Notamment le volume d’activité agricole du demandeur, les caractéristiques de l’exploitation, la description du projet d’évolution et son lien avec l’activité agricole ou encore la description du bâti existant et pourquoi il ne suffit plus par rapport aux besoins pour justifier une construction nouvelle. Cette nouvelle charte s’inscrit dans la continuité de celle mise en place depuis 2013. Elle a été actualisée et se compose des principaux rappels en matière d’urbanisme et notamment de hiérarchie entre les différentes normes applicables. On y trouve également un certain nombre de fiches pratiques qui explicitent, pour différents types de projets susceptibles d’être rencontrés sur le terrain, les conditions à satisfaire en vue de l’obtention d’un permis de construire. Il est par ailleurs précisé que de manière générale, ne sont pas considérées comme agricoles les activités suivantes : paysagistes, entretien des parcs et jardins (activités de service), entreprises artisanales rurales, les coopératives, les travaux agricoles, les travaux forestiers, magasin/commercialisation de produits ne provenant pas essentiellement de l’exploitation, activité de gardiennage des animaux (pension, spectacle). Ce salon a également été l’occasion pour les services de l’État, des représentants des forces de l’ordre et de la sécurité, des associations et structures œuvrant pour les collectivités de présenter leurs activités et services. Cela a par exemple été le cas pour les brigades vertes qui ont présenté leur plan de prévention contre les moustiques, Groupama Grand Est, la Safer Grand Est ou encore le village emploi formation de l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes.

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