Chambre d'agriculture Alsace
Pour une montagne vivante
Chambre d'agriculture Alsace
Publié le 13/03/2020
Les paysages de montagne en Alsace sont magnifiques. Mais il ne faut pas s’y tromper : il n’est pas toujours simple d’être agriculteur en montagne. Ces professionnels doivent être accompagnés. C’est cette réflexion commune qui a été débattue lors de la session de la Chambre d'agriculture, le 6 mars.
Le vice-président de la Chambre d'agriculture Alsace (CAA) Denis Nass a été le premier à en convenir. « Nous devons saluer la belle réussite de l’agriculture de la montagne. Sauf que les difficultés sont là. Il y a les problèmes liés aux dégâts de sangliers, le manque de fourrage et d’eau, sans oublier cette biodiversité. Ce beau jardin est de plus en plus visité grâce au travail des professionnels. Ce travail doit être reconnu et aidé. » La CAA, avec ses différents partenaires, s’est engagée dans une politique volontariste de soutien : dès 1995, avec les premières opérations locales de mesures agro-environnementales (MAE) suivies des contrats territoriaux d’exploitations (CET), des contrats d’agriculture durable (CAD), des mesures agro-environnementales territorialisées (MAET) et enfin, depuis 2015, des mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC). Ces mesures sont accompagnées au niveau national par un projet agro-environnemental et climatique (PAEC) appelé « pour une montagne vivante », couvrant la période 2015-2020 et renouvelable. « Il repose sur des secteurs et des enjeux prioritaires pour l’État français et l’Europe. Les financeurs mobilisés dans le cadre de ce PAEC sont l’État, l’Europe, les Conseils départementaux et la Région Grand Est. La Chambre d'agriculture Grand Est, le Parc naturel régional des Ballons des Vosges, les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, la Région, les Communautés de communes de la vallée de la Bruche et du canton de Villé assurent en partenariat les rôles d’animateurs et d’opérateurs de ce PAEC. Ses objectifs sont multiples. Il s’agit de préserver la biodiversité. Mais également de gérer et de valoriser les espaces naturels, d’ouvrir les paysages et d’améliorer le cadre de vie. Sans oublier de promouvoir une utilisation durable des espaces, d’assurer l’autonomie fourragère, de lutter contre l’enfrichement et l’abandon d’espace afin de recréer des espaces agricoles », indique Ange Loing, élu à la CAA et en charge de la montagne. Sur ces cinq années, ce sont 14 958 hectares qui ont été concernés pour une mobilisation financière de 9,3 millions d’euros. 317 exploitations ont suivi en Alsace au moins un de ces programmes. Valoriser l’herbe La volonté est de reconduire sur cinq années ce PAEC afin d’assurer la continuité des politiques de gestion du territoire et de favoriser le maintien d’une agriculture viable et respectueuse de l’environnement. Il s’agit également d’apporter un soutien fort et durable à une agriculture vivante, dans un contexte de tensions importantes. L’objectif est également de promouvoir une utilisation durable des paysages, de préserver la biodiversité, de gérer et valoriser les espaces naturels, d’assurer l’autonomie fourragère en luttant contre l’enfrichement et l’abandon d’espaces afin de recréer des espaces agricoles. Il y a également la volonté de développer des pratiques agricoles confortant la résilience des milieux herbagers dans un contexte de changement climatique. Une politique soutenue par la Région Grand Est qui, depuis 2018, a vu sa commission permanente recevoir de nombreux dépôts de dossiers des professionnels sollicitant son aide. La Région accompagne de tels projets, quand ces derniers trouvent leurs pertinences autour de trois axes : Le maintien de la compétitivité et la modernisation des exploitations de montagne ; Le développement des nouveaux marchés et l’instauration de nouvelles dynamiques de développement agricole ; La contribution à l’aménagement durable du territoire de montagne : 1,7 million d’euros ont ainsi été engagés sur la période 2018-2019 et 900 000 € supplémentaires d’aides ont été programmées pour avril 2020, soit 68 dossiers pour cette première partie de l’année. Pour illustrer ces politiques, le Parc naturel régional des Ballons des Vosges a été donné en exemple. La volonté y est de poursuivre la reconquête pastorale et paysagère dans les territoires de montagne. Pour y parvenir, il a été rappelé que l’herbe était un « trésor » à préserver aux usages agricoles. Pour y parvenir, il faut innover sur la base d’un « cluster herbe » et dans les systèmes de production. Il faut parvenir à retenir l’eau dans les fermes auberges du futur. Il faut assurer une sorte de « veille foncière » afin de favoriser la reprise et les installations. Il faut également diversifier les activités et les productions, en valorisant les filières. Concernant les forêts et leurs bois, il faut favoriser les nouvelles essences et de nouveaux débouchés. Claude Schoeffel, éleveur à Fellering, a salué ces actions et a rappelé la politique volontariste du syndicat interprofessionnel du fromage de Munster (SIFM). « Nous avons là une filière qui travaille avec un cahier des charges restrictif. Il demande une part importante d’herbe dans les rations, des journées de pâturage, une autonomie fourragère. Mais c’est difficile. Le tonnage global est légèrement en baisse sauf pour les fermiers en vente directe. Alors, oui, la montagne a tout pour plaire et réussir. C’est un colosse aux pieds d’argile. Et ce travail est mis à mal par les excès de certains chasseurs. Il va falloir réagir et prendre des mesures urgentes car, actuellement, ce n’est plus possible. » Ce à quoi, René Zimpfer, responsable Chasse à la FDSEA du Haut-Rhin, répond qu’un gros travail a été effectué. « Nous avons formé des estimateurs pour les dégâts de gibiers. Pour ma part, je me bats depuis 32 ans contre l’agrainage. Le troisième plan cynégétique est actuellement mis à mal par certains représentants de lots de chasse. Or, il est positif. Et nous le constaterons dans quelques mois quand l’agrainage sera effectivement interdit. » Enfin, Franck Sander estime que sur ce sujet, « il faut autoriser la vision nocturne avec un tir de nuit ». Attention au foncier Le président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, Julien Koegler a demandé une réflexion sur le loup. « Elle est nécessaire pour accompagner les éleveurs en cas d’attaque et en matière préventive. Il est nécessaire de définir un protocole pour répondre à la nécessaire indemnisation des professionnels qui seraient touchés, mais aussi pour répondre à la détresse que cela engendre. Par ailleurs, il faut rendre publiques toutes ces attaques. » Un peu plus tard, sur un autre sujet, celui du foncier, il s’est agacé des dérives constatées et qui vont au-delà du monde agricole. « Les jeunes agriculteurs sont inquiets car sur de nombreux dossiers, c’est devenu très complexe. L’exemple des deux hectares de terres libérées l’an passé à Marckolsheim est flagrant. Il serait inconcevable que ces terres ne soient plus agricoles à l’avenir ». Le président de la FDSEA du Bas-Rhin, Franck Sander dénonce pour sa part la manière dont tous les dossiers évoluent. « C’est de l’ultralibéralisme, de l’ultra-échange à chaque fois. Dans toutes nos discussions avec nos interlocuteurs, nous devons dénoncer l’agribashing que nous observons, mais également éviter que le monde agricole se ferme sur lui-même. C’est par exemple le cas dans le débat sur les ZNT. On ne peut pas accepter de ne plus pouvoir cultiver. Mais, si le débat est de trois ou cinq mètres, on peut l’entendre à la condition que les professionnels soient indemnisés. Pour la politique agricole commune, il faut être constructif pour ne pas se faire imposer des contraintes supplémentaires », a-t-il conclu. A lire aussi : « Développer nos services et répondre aux défis de l’avenir »












