Vie professionnelle

Concours général agricole

Moisson de médailles

Publié le 09/03/2020

Depuis 150 ans, le Concours général agricole récompense les meilleurs vins et produits français. Véritable vitrine du savoir-faire et du patrimoine gastronomique, le CGA est gage d’une belle visibilité. Après le défilé des vins et produits, voici un défilé de chiffres pour faire le bilan de cette édition.

2020 signe la 129e édition du Concours général agricole (CGA). Alors que les animaux s’affrontent sur les rings tout au long du salon de l’agriculture, les finales du CGA des produits et vins se concentrent, elles, sur quatre jours. Ainsi du 22 au 25 février, 9 600 jurés professionnels ou consommateurs ont fait travailler dur leurs papilles. Et ils n’étaient pas de trop pour juger les 35 familles de produits et vins. Car, au bout de la sélection, moins d’un produit ou vin sur quatre est médaillé. L’Alsace n’est pas en reste, car elle a récolté, comme chaque année, une belle moisson de médailles. Parmi les catégories qui éveillent particulièrement l’attention, le vin, bien sûr, mais aussi les spécialités comme la bière, le schnaps, le munster ou encore la knack. Blanc, rouge, pétillant… et or ! Le concours des vins est une grosse machine : 15 850 sont entrés en compétition cette année, représentant 567 appellations. Et, au milieu de tout ça, l’Alsace avec ses 679 échantillons, sélectionnés à Colmar, il y a quelques semaines. Les 26 candidats ont défendu avec force les couleurs des vins d’Alsace. Avec 137 médailles dont 81 en or, le résultat marque cependant une légère baisse par rapport aux années précédentes (180 médailles, dont 90 en or en 2019 ; 163 médailles dont 75 en or en 2018). Et, si le riesling est le cépage le plus représenté dans le concours, c’est bien le pinot gris qui rafle le plus de récompenses en or (16), suivi du crémant d’Alsace (14) et du pinot noir (12). On notera cette année, que l’Alsace quitte Paris avec un Prix d’excellence (sur les 33 décernés cette année) pour le domaine Henri Ehrhart à Ammerschwihr. À la différence des médailles, ce prix ne récompense pas un seul produit, mais l’ensemble du savoir-faire, de la maîtrise et de la régularité dont fait preuve le producteur. Il vient compléter un beau palmarès pour cette maison avec 30 médailles d’or, 13 d’argent et 3 de bronze cumulées sur les trois dernières années. Il avait déjà remporté un prix d’excellence en 2016 et 2019. Sur la table Alsace Côté produits, la marque Alsace est montée à Paris avec 135 échantillons portés par 38 candidats. La bière, produit phare de l’espace Grand Est cette année, a reçu deux récompenses : de l’argent pour la Météor Printemps aromatisée au litchi et du bronze pour la brasserie Licorne avec la Slash red, une bière aromatisée à la cerise. Une petite cuvée, comme en 2019. Les eaux-de-vie se maintiennent avec une vingtaine de médailles dont six en or pour les schnaps. De plus, Wolfberger et la distillerie Lehmann ont chacun remporté une médaille d’or pour leur marc de gewurzt. Le whisky alsacien continue sur sa belle lancée, amorcée il y a quelques années déjà, et obtient sept médailles dont deux en or pour la distillerie Hepp à Uberach. Reuni Rhums Alsace remporte une médaille d’argent pour son punch planteur. Sans alcool, le jus de pomme, lui, se distingue avec cinq médailles, dont deux pour des jus label bio, plus une pour un jus pomme-framboise. Place aux produits à croquer. Dans la catégorie des produits laitiers, seul le munster fermier de la ferme Laurent à Fréland convainc suffisamment pour décrocher l’or. Le producteur se distingue également avec une médaille d’argent, voilà deux produits bios récompensés, parmi les seuls pour l’Alsace. En tout, le fromage alsacien remporte cinq médailles. Autre produit régional fort, le foie gras de la maison Metzler à Geberschwihr s’empare de deux médailles dont une en or. Le magret de canard de Lucien Doriath s’illustre également avec deux médailles d’or. La knack en a fait craquer plus d’un, puisqu’elle a ravi quatre médailles d’argent : l’entreprise Stoeffler et Festein d’Alsace à Obernai, la charcuterie de la Thur à Bitschwiller-les-Thann, et Pierre Schmidt à Weyersheim. Enfin, la charcuterie du Val d’Argent à Scherwiller repart avec de l’or pour une saucisse fumée. Desserts à présent. La confiture, qu’elle soit de mirabelles, quetsches, fraises et autres framboises, a remporté quatre médailles. Et pour conclure, le miel ravit deux médailles dorées comme lui : un miel d’acacia des Ruchers des Vosges du Nord à Struth (qui repart également avec une médaille d’argent pour son miel de sapin) et un miel de châtaigner pour le rucher du Luttenbach. Les producteurs alsaciens ont repris la route vers l’Est avec 55 médailles, dont 17 en or, dans leurs bagages, et la fierté d’avoir pu montrer (et souvent convaincre) toute la qualité et le savoir-faire de la région.    

Publié le 06/03/2020

Pierre-Luc Tischmacher, Daniel Godinat, Jean Bianchi, Guillaume Gruneisen et Florent Pierrel se sont récemment installés en tant qu’éleveurs, apiculteur, céréalier et viticulteur. Cinq profils différents, cinq parcours et un gros point commun : la nécessité d’être bien préparé avant de franchir le pas de l’installation. Mardi dernier, ils ont partagé leurs parcours avec des futurs paysans au lycée agricole de Rouffach.

  Pierre-Luc Tischmacher est installé depuis 2017, en hors cadre familial, à Lautenbach. Il est éleveur allaitant bio. Toute sa production est commercialisée via des circuits courts. Il s’est installé huit ans après l’obtention de son BTS ACSE (Analyse et conduite des systèmes d’exploitation) à Obernai. Daniel Godinat est installé depuis 2015 dans la ferme familiale, au cœur de la plaine de la Harth. Il cultive 189 ha de céréales irrigués et dispose d’un petit élevage à côté. Avant de prendre la succession de ses parents, il a été salarié au sein de la ferme à la sortie de son BTS Productions végétales, suivi à Vesoul. Guillaume Gruneisen est installé depuis janvier 2017 au sein de l’exploitation viticole familiale située à Wuenheim. Son parcours « classique » l’a d’abord mené au lycée de Rouffach, d’où il est ressorti avec un BTS viticulture-oenologie en poche. Puis, avant de voler de ses propres ailes, il a d’abord été salarié à mi-temps dans l’exploitation familiale, pendant qu’il occupait un autre mi-temps dans une autre exploitation viticole pour « voir autre chose ». Florent Pierrel est installé depuis 2018 à Fellering, en hors cadre familial. Il a repris l’exploitation de son ancien maître d’apprentissage rencontré lors de son parcours de formation. Il est titulaire d’un BTS ACSE et d’une licence en fromagerie qu’il a suivie à Poligny. Aujourd’hui, il élève des vaches vosgiennes pour leur lait dont il valorise l’intégralité de la production en transformation fromagère. Tout est écoulé en vente directe. Avant de s’installer, il était d’abord salarié à mi-temps dans cette ferme, avec un autre à mi-temps dans une ferme ovine. Jean Bianchi s’est installé en apiculture à Fréland en 2018, à la suite d’une reconversion professionnelle. C’est lors de son stage effectué dans le cadre de son Plan de professionnalisation personnalisé (PPP) qu’il a rencontré un apiculteur désireux de passer la main d'ici 2022. En attendant, ils sont associés en Gaec, chacun avec 50 % des parts. Leurs motivations pour se lancer Pour Pierre-Luc, c’est l’idée d’être « indépendant », sans patron, qui a été décisive. Pour Daniel, c’est pouvoir produire à manger pour « tout le monde », la « fierté » d’avoir son exploitation, de ne pas avoir de routine. « C’est un métier où il faut constamment se remettre en question. Il y a encore l’image de l’agriculteur productiviste des années 1970. Or, aujourd’hui, il faut être en mesure de faire la part des choses entre l’environnement, la production, l’économie et les attentes sociétales. C’est un défi vraiment stimulant à mes yeux. » Chez Jean, c’est la passion pour l’apiculture qui l’a poussé en avant, sans oublier le fait d’être son propre patron. « Si ça marche, on ne peut que se féliciter. Si ça ne marche pas, on ne peut s’en prendre qu’à nous-même. » Et puis l’idée de vendre ses produits directement, en créant une « vraie relation » avec le consommateur, représentait pour lui un argument de premier ordre. Pour Guillaume, l’idée de reprendre l’exploitation de ses parents était juste une « évidence ». « Ils ont travaillé toute leur vie pour me laisser quelque chose », dit-il. Au-delà de cet héritage qui veut faire perdurer, il est très attaché au patrimoine et traditions qui font l’ADN de l’Alsace, la viticulture en tête. Et puis, il y avait l’idée de devenir chef d’entreprise avec tout ce que cela implique, la diversité de compétences comme les défis. « Et ça, c’est très motivant au quotidien ! » Quant à Florent, c’est la passion de l’élevage et de la terre qui a été un moteur. « Je suis issu de la montagne. Alors la perspective d’entretenir ce patrimoine paysager avec une race emblématique comme la vosgienne a inévitablement vibré en moi. » Et il y avait cette volonté de montrer qu’on pouvait très bien s’installer et réussir en agriculture même si on n’était pas du métier. « Tant qu’on est motivé, on peut y arriver ! Et vu le nombre d’exploitations à reprendre, cela ne peut qu’être bénéfique que le monde paysan s’ouvre davantage. »   Les compétences nécessaires Si la passion reste toujours un moteur essentiel pour pratiquer le métier d’agriculteur ou de viticulteur, il y a aujourd’hui une nouvelle compétence - ou qualité - qu’il faut avoir dans ce métier : l’ouverture d’esprit. « C’est fini l’époque où on se contentait de produire en restant dans son village. Maintenant, il faut être ouvert à tout ce qui nous entoure, sinon l’exploitation est vouée à l’échec. Dans mon cas, j’ai eu la chance de multiplier les expériences, en France et à l’étranger. Ça a forgé mon expérience et mon caractère », témoigne Pierre-Luc. Daniel a suivi un stage en Haute-Marne. Il y a découvert une autre manière de travailler avec le non-labour. Une technique qu’il essaie depuis de mettre en œuvre chez lui. À côté de ça, il s’est investi dans l’École des cadres où il a pu rencontrer pas mal de monde, et ainsi se tisser un réseau. « C’est en échangeant avec des collègues et d’autres visions qu’on peut progresser », justifie-t-il. Guillaume est également passé par l’École des cadres. C’est, pour lui, le deuxième volet de sa formation après le premier acquis à l’école, plus technique. « On y développe un bagage intellectuel indispensable pour être en mesure de se défendre plus tard. Nos métiers sont très discutés et critiqués. Il faut avoir des arguments à mettre en face. » Le jeune viticulteur attire également l’attention sur le contexte de l’installation. « Avant de se lancer, il faut connaître le marché, la population cible. C’est ce qui fait vivre l’exploitation à l’arrivée. » Florent considère pour sa part qu’il est important de se spécialiser « le plus tôt possible ». « C’est comme cela qu’on gagne de l’argent. Personnellement, j’ai longtemps hésité avant de faire ma licence en fromagerie. Finalement, c’est ce qui m’a sauvé. Il y a en effet beaucoup de choses qu’on n’a pas en tête si on ne fait pas une formation assez poussée. » Il souligne aussi l’importance d’avoir des connaissances comptables et financières « solides » avant de s’installer. « Quand on a le savoir, on a les arguments, on a les compétences. C’est plus facile pour obtenir les aides, ou simplement lors des discussions avec les différents conseillers que vous allez rencontrer. » Plus généralement, les cinq participants reconnaissent que la formation n’est jamais finie. « Il faudra toujours chercher à faire mieux tout au long de votre vie. Nous avons la chance d’avoir des structures qui sont là pour nous accompagner. Il faut en profiter. » Jean est typiquement dans ce cas de figure. Son métier, l’apiculture, est en constante évolution depuis les années 1980. Il faut donc rester à la page : « Avec le changement climatique et la modification du paysage, il faut en permanence s’adapter. » Des objectifs techniques et économiques différents Ceux de Pierre-Luc étaient assez variés. En priorité, il voulait maîtriser à 100 % la vente de ses produits pour dégager un bilan comptable « intéressant ». Aujourd’hui, il constate qu’il n’a pas pu développer tout ce qu’il souhaitait comme la vente à la ferme. « Il faut dire que le mouvement vegan et le fait de ne pas manger viande ont clairement eu un impact sur mon chiffre d’affaires. » Daniel souhaitait pour sa part améliorer et moderniser l’irrigation de l’exploitation. Pour l’instant, le résultat est positif. « En automatisant notre façon de faire et en réalisant de gros investissements, nous avons réussi à augmenter le rendement en maïs de trente quintaux. Le rendement économique de la ferme est donc meilleur. Et surtout, on réussit désormais à faire un tour complet d’irrigation en six jours maximum, ce qui nous laisse au moins toujours un jour de libre à passer avec notre famille. » Jean n’avait pas forcément d’objectifs techniques quand il s’est lancé. Dans un premier temps, il voulait déjà « comprendre » l’exploitation dans laquelle il allait s’investir. Ses objectifs sont venus au fur et à mesure avec notamment l’amélioration de la productivité en ligne de mire. « On peut augmenter le nombre de ruches, mais aussi parfaire certaines techniques apicoles. Il y a pas mal de pistes à creuser. » Pour Guillaume, le chemin était un peu plus « tracé » dans la mesure où l’exploitation familiale était déjà coopératrice chez Wolfberger. « Il y avait des contrats d’achat et des chartes déjà en place. C’est quelque chose de très sécurisant. Après, cela sous-entend que je continue à livrer avec des contraintes de qualité et de quantité. Du coup, je réfléchis quotidiennement à la meilleure façon de valoriser ma matière première. » Aussi passionné puisse-t-il être par la montagne et l’élevage, Florent ne se voyait pas faire ce métier d’agriculteur sans pouvoir se libérer du temps pour des activités externes. « C’est important de savoir s’aménager du temps pour soi et ses proches », justifie-t-il. Du coup, il a repensé et améliorer les infrastructures - la suppression de l’entrave, par exemple - afin de gagner en efficacité et donc de dégager du temps. Reprendre l’outil de travail dans de bonnes conditions Pierre-Luc a acheté 90 % des parts sociales de l’entreprise. L’ancien exploitant a conservé 10 % afin de pouvoir transmettre l’outil sereinement avant de partir en retraite. Daniel a fait réévaluer le capital par des concessionnaires pour la partie matérielle et par un comptable pour le reste. Il a repris 50 % des parts de l’exploitation, ses parents ont gardé les 50 % restants. L’idée, à terme, serait que son frère rachète la part des parents. Jean et son associé ont estimé ensemble la valeur de l’exploitation. « On a évalué ce que j’amenais - matériel, ruches, etc. - et on a calculé le prorata en fonction de ça. » Il a ensuite racheté les parts manquantes pour être à 50 %. L’avantage pour lui est que le coût d’installation en apiculture n’est pas très élevé comparé à d’autres filières. Guillaume a simplement racheté 80 % des parts de la SCEA familiale. Étant donné que ses parents avaient beaucoup investi, il a bénéficié tout de suite d’un parc matériel neuf et d’un foncier disponible. Inconvénient : cela l’a un peu coincé pour réaliser d’autres investissements vu le montant des sommes restant à rembourser. « Par contre, j’ai eu la chance de pouvoir récupérer 1,5 ha de vignes en location d’un viticulteur qui arrêtait son activité. À l’achat, cela n’aurait pas été possible vu le prix exorbitant du foncier viticole en Alsace. » Florent a aussi racheté la moitié des parts de l’exploitation. Comme Guillaume, il est aussi un peu « coincé » par les emprunts en cours. Il a néanmoins pu s’arranger avec son associé pour établir une reconnaissance de dettes. « De cette manière, je le rembourse directement, sans intérêt, dès que j’ai de l’épargne disponible. » Bien définir la commercialisation Désireux de valoriser toute sa production via des circuits courts, Pierre-Luc a démarché un à un ses acheteurs. Le bouche-à-oreille a fait le reste. « Après, il faut juste trouver un prix qui convienne à tout le monde. » En tant que producteur de céréales, Daniel est davantage soumis aux aléas de la mondialisation. Du coup, il vend sa production par lots de cinquante ou cent tonnes, jusqu’à vingt-cinq lots par an. Cela lui permet de rester « maître » de ses prix. « J’arrive à vendre mon maïs à cinq ou six euros au-dessus du prix moyen, idem en blé. Par contre, cela demande un suivi quotidien. Dans mon cas, il faut suivre de près la géopolitique mondiale qui influe énormément sur les cours. » Même si le blé est aussi un marché mondial, Jean a la chance d’être à l’abri des fluctuations des cours. « En bio, les prix sont plus stables. Et dans la mesure où on peut tout vendre en direct en Alsace, on ne rencontre pas trop de problèmes pour la commercialisation de notre production. » Guillaume a lui la chance de pouvoir s’appuyer sur la force commerciale d’une grande cave coopérative comme Wolfberger. « Il y a une équipe de quarante commerciaux qui se mobilise au quotidien. C’est une chance car aujourd’hui, il faut se bouger pour vendre. » Enfin, Florent a pu s’appuyer sur une filière de vente directe déjà en place au moment de son installation. Aujourd’hui, la ferme s’est taillé une solide réputation dans la catégorie des fromages fermiers. « Ce qui fait que dans certaines négociations, nous avons un peu l’ascendant. C’est un avantage dont il faut savoir tirer profit sans en abuser pour autant. » Se préparer à la réglementation… et aux riverains En tant qu’agriculteur, on ne peut pas faire fi de la réglementation et de la société qui nous entoure. Pour la partie réglementaire, les cinq jeunes exploitants sont unanimes : il suffit d’être « droit dans ses bottes », d’être « honnête » avec ce qui est demandé, et d’être bien organisé. « Si on pose les bonnes questions aux bonnes personnes, tout se passera bien », explique Florent. En revanche, la donne est un peu plus complexe avec les habitants des villages, pour beaucoup des néoruraux qui ont une connaissance quasi nulle du monde agricole. « Cela m’est déjà arrivé d’avoir du matériel d’irrigation dégradé pendant la nuit parce que cela faisait du bruit… », déplore Daniel. Il existe ainsi une vraie méconnaissance des pratiques comme a pu le constater Guillaume avec les ZNT. « Quand on utilise des produits, les gens râlent et s’excitent. Mais quand on discute avec eux, on se rend compte qu’ils ont beaucoup de préjugés sur nos métiers. Nous pouvons faire évoluer cela, mais devons davantage communiquer en amont. » Florent complète : « Ces gens ne nous veulent pas du mal, c’est juste qu’ils ignorent. Apprendre à leur parler fait aussi partie du métier maintenant. »  

Fédération régionale (FR) des Cuma du Grand Est

Dina-miques !

Publié le 02/03/2020

L’assemblée générale de la Fédération régionale des Cuma du Grand Est a été à l’aune de l’état d’esprit qui anime ces structures : dynamique, constructive, optimiste et conviviale !

Pour leur assemblée générale, les Cumistes du Grand Est se sont retrouvés chez Kuhn, à Monswiller. L’état des finances de la structure est rapidement évacué. Les cotisations payées par les 100 000 adhérents au prorata de leur chiffre d’affaires contribuent à hauteur de 57 % aux produits. Leur montant n’a pas évolué depuis 2017, et n’augmentera pas non plus en 2020. Le budget prévisionnel reflète la montée en puissance de la FR Cuma : le chiffre d’affaires progresse de 100 000 €, en lien notamment avec le développement des GIEE à partir des Cuma, ce qui engendre aussi une hausse des frais de personnel. C’est d’ailleurs sur les ressources humaines qu’embraye le rapport d’activité. Après deux embauches en 2019, portant le nombre de salariés à huit, trois nouvelles embauches sont prévues en 2020. Les animateurs de Cuma devraient bénéficier de la mise en place d’une classe de formation avec L’Institut polytechnique UniLaSalle et, les responsables de Cuma et les salariés d’une plateforme d’e-learning. Les salariés de FRCuma ont poursuivi leur mission d’accompagnement des Cuma (lire en encadré). L’un des enjeux majeurs des Cuma pour les années à venir, c’est la gestion des données, qui constituent un précieux gisement d’informations. Des travaux sont donc en cours pour améliorer la qualité des données, notamment leur saisie, grâce à l’harmonisation des pratiques d’enregistrement, gage d’une bonne analyse, donc d’une bonne valorisation des données. La commission Data Compta se fixe comme objectif d’arriver à fournir des comptabilités justes, claires et dans les temps d’ici février 2021. Le logiciel MyCuma Compta a été développé à cette fin. Thierry Magisson, chargé de mission numérique : « Disposer de données de qualité est essentiel, il faut les qualifier le plus finement possible. Car c’est ce qui permettra d’établir une cohésion entre animateurs de Cuma et comptables, donc d’améliorer le conseil ». « Une Cuma sans projet, c’est comme un bateau sans boussole » Comme le monde agricole dans sa globalité, les Cuma vont aussi devoir rapidement s’adapter, à la fois aux évolutions du climat, et à celles des attentes sociétales. C’est pourquoi, les Cuma doivent évoluer vers la mutualisation des assolements, des achats d’intrants, du stockage… « La fédération sera en ordre de marche pour accompagner ces mutations, en tissant des partenariats, en militant pour faciliter l’accès aux subventions », assure Sébastien Francart, secrétaire général de la FRCuma. Autre enjeu majeur pour le monde agricole : l’accès à la main-d’œuvre. L’emploi partagé en Cuma est une solution portée par la FRCuma. Et puis il y a bien sûr la future Pac : « La fédération nationale (FN) Cuma a formulé des propositions pour une meilleure reconnaissance des collectifs agricoles dans la nouvelle mouture », indique Sébastien Francart. Des revendications qui ont été entendues et inscrites dans le Programme stratégique national (PSN) Grand Est qui, avec les autres PSN émanent des régions, servira à écrire le PSN Pac national au niveau du ministère de l’Agriculture. Pour clore cette assemblée générale, Matthieu Goehry, président de la FRCuma du Grand Est, a tenu un discours à contre-courant sur l’agribashing : « Ce serait avancer avec des œillères que de ne pas voir que la société évolue ». Il constate que, comme d’autres professions, notamment les enseignants, ou le corps médical, les agriculteurs sont soumis à un étrange phénomène : « Tout le monde sait mieux que le principal intéressé quelle est sa mission et comment il doit la mener à bien ! Mais cette attitude ne date pas d’hier. L’essentiel est donc ailleurs », balaie le président. Face à un prix du matériel agricole qui a plus que doublé en dix ans, être en Cuma, c’est bien, mais « ça ne suffit plus » : il faut avoir un projet. Car « une Cuma sans projet, c’est comme un bateau sans boussole en pleine mer », compare le président. En résumé, Matthieu Goehry, invite à devenir « Cuma addict ». Parce que « quand les voisins deviennent des partenaires et non des proies », c’est un autre état d’esprit qui s’installe : « Ce n’est pas par hasard si la population agricole diminue plus vite que le nombre d’adhérent en Cuma », lâche-t-il. Faire fructifier le modèle Luc Vermeulen, président de la FNCuma, a salué « l’énergie » de la FRCuma Grand Est : « Ça nous booste, au niveau national, de voir que sur le terrain les choses bougent malgré les incertitudes, le manque de visibilité, d’ambition agricole d’un gouvernement qui ne nous aide pas dans nos missions. » Mais trêves de récriminations : « La force qui nous anime, c’est celle de travailler avec des hommes qui vont de l’avant, qui ne se lamentent pas sur leur sort », constate Luc Vermeulen, qui incite à « activer encore plus le levier du collectif ». Une volonté qui passe par la formation des élus des salariés car « la complexité exige des compétences pointues ». Enfin, il pointe un certain manque de communication sur la réussite du modèle des Cuma : « Nous voulons davantage faire connaître ce modèle de l’agriculture de groupe, donner envie de s’y engager pour le faire fructifier ». Après une journée studieuse, les Cumiste ont partagé un cocktail, un spectacle, et un dîner. Le lendemain, ils ont visité le Parlement européen, où ils ont rencontré la députée européenne Anne Sander et pu assister à une partie des débats, avant de repartager un repas et de rentrer chacun dans son département.     Plus d'informations : www.grand-est.cuma.fr/content/federation-des-cuma-grand-est  

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