Inauguration officielle du stand Grand Est
L’agriculture change de poids et de mesure
Inauguration officielle du stand Grand Est
Publié le 27/02/2020
La vocation essentielle de l’agriculture est et restera nourricière. Mais elle devra aussi produire de l’énergie, des matériaux, capter du carbone… Un message repris en chœur par les élus qui ont inauguré le stand de la Région Grand Est au salon international de l’agriculture.
« Les agriculteurs vivent une révolution. » C’est en ces termes que Maximin Charpentier, président de la Chambre régionale d’agriculture Grand Est, expose ce que d’autres décrivent comme une transition agroécologique. En effet, l’agriculture ne doit pas seulement relever le défi d’être plus vertueuse, elle doit en outre se mettre en phase avec le défi énergétique, dont les règles sont d’ores et déjà en partie fixées par le pacte vert européen, ou Green deal, qui acte la neutralité climatique du continent en 2050. Un objectif qui ne sera pas atteint si l’agriculture ne se met pas en ordre de marche pour développer la production d’énergie, de biomatériaux, capter encore plus de carbone dans le sol pour compenser les émissions de gaz à effets de serre (GES)… Car seule l’agriculture est capable de faire tout cela à la fois : « L’agriculture est une solution plus qu’un problème », affirme Maximin Charpentier. En effet, alors que « la protection de l’environnement mobilise de plus en plus les citoyens, et notamment les plus jeunes », constate Jean Rottner, président de la Région Grand Est, il rappelle que « les agriculteurs sont les plus grands avocats et de formidables porte-parole de cette cause, puisque leur matière première et leur outil de travail, c’est la biodiversité ». Et donc aussi que le changement climatique est un sujet de préoccupation majeur pour cette profession, victime au premier lieu des inondations, grêles et autres sécheresses. Dans une région où l’agriculture dégage huit milliards d’euros de chiffre d’affaires (soit 15 % du chiffre d’affaires agricole national), cette fragilité face aux aléas climatiques n’est pas anodine : « L’agriculture constitue un des socles des excédents commerciaux dégagés en Grand Est, et un élément fondamental du dynamisme économique régional », souligne Jean Rottner. Intensifier la production végétale pour atteindre la neutralité carbone Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, est convaincue du rôle majeur que l’agriculture a à jouer pour relever le défi de la transition écologique. Mais elle rappelle aussi que ce défi concerne tous les secteurs économiques, qui doivent tous contribuer à imaginer des moyens de se nourrir, se déplacer « tout en respectant les limites de la planète, ce qui n’est pas le cas actuellement ». Et que donc le futur modèle de développement de l’humanité est à « construire ensemble », au moyen de partenariats entre les différents échelons des collectivités, les agriculteurs, les entreprises… Affirmer que l’agriculture est une solution c’est bien, le chiffrer, c’est mieux. La Chambre d'agriculture s’attelle donc à la création d’indicateurs, notamment via quatre Partenariats européens d’innovation (PEI) sur des sujets « très stratégiques », note Maximin Charpentier. L’un, baptisé ARPEEGE, porte sur l’autonomie en ressources protéiques et énergétiques des élevages du Grand Est. Un autre, baptisé Harmony, vise à améliorer les échanges de données issues des élevages entre différents acteurs. Tandis que le projet Partage vise à boucler le cycle de l’azote en Région Grand Est. Maximin Charpentier cite aussi le programme Air climat sol énergie (Acse), dont une deuxième mouture vient d’être signée. Avec pour objectif d’identifier les moyens d'« intensifier la production végétale afin d’atteindre la neutralité carbone », par exemple en identifiant les rotations les plus carbonivores. Un accompagnement nécessaire Conséquence de cette révolution, qui implique de repenser profondément les modèles de production, le besoin d’adaptation des agriculteurs est « monstrueux », pose Maximin Charpentier. La région agit « au mieux » pour permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail, tout en adaptant leurs pratiques, affirme Jean Rottner. Tout en constatant que les régions ne participent pas aux négociations des règles d’application de la future Pac mais à sa mise en œuvre, Jean Rottner souligne : « La Pac, ce n’est pas l’alpha et l’oméga du soutien à l’agriculture mais un cadre, un outil. » Emmanuelle Wargon souligne aussi les sources de revenus complémentaires que cette transition peut générer, avec la vente d’énergie verte, le paiement des services rendus par les agriculteurs, par exemple lorsqu’ils mettent en œuvre des mesures de protection de la ressource en eau dans les zones de captage… Pour la secrétaire d’État, il est désormais urgent que les ambitions affichées s’incarnent davantage en actes, pour montrer que la transformation « est possible », et même, qu’elle a commencé. Une bonne manière de renouer le dialogue entre les Français et leur agriculture. Car, estime Emmanuelle Wargon, derrière l’agribashing, « il y a beaucoup de peurs, de fausses représentations ». La réponse est donc dans « le dialogue », afin de rétablir une juste représentation de l’agriculture actuelle, qui a « effectivement amorcé sa transition, et qu’il s’agit d’accompagner ». Lire aussi : « L’Alsace brille porte de Versailles », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.












