Édito
Retrouver la confiance
Édito
Publié le 02/01/2020
Par Denis Ramspacher, président, et Denis Nass, premier vice-président de la Chambre d’agriculture Alsace.
2019 restera dans les mémoires comme une année compliquée pour les agriculteurs alsaciens. Compliquée sur un plan climatique avec une sécheresse estivale intense, compliquée aussi avec des prix en berne pour de nombreuses productions. Le climat social est tendu dans notre pays avec des contestations virulentes autour de la réforme des retraites pourtant censée garantir plus de solidarité et plus d’équité. Les retraités agricoles, tout en bas de l’échelle, attendent depuis longtemps un rééquilibrage de leurs pensions, indignes, après toute une vie de labeur dans un pays développé comme la France ! Alors oui, il faut une réforme et vite, pour corriger cette anomalie. Force est de constater que les agriculteurs sont parfois gagnés par un sentiment d’abandon, voire de déclassement. Aux difficultés économiques et climatiques s’additionnent des critiques souvent injustifiées de leurs pratiques, de leur façon de produire, de leur mode d’élevage. Les agriculteurs vivent difficilement cette remise en cause systématique de leur métier alors qu’ils soignent et nourrissent leurs animaux avec passion et qu’ils cultivent leurs champs avec précaution. Le monde entier reconnaît d’ailleurs la qualité de notre agriculture. Insidieusement, cet « agribashing » ambiant mine le moral de nombreux agriculteurs. Oui au dialogue ! Sous la pression d’une opinion publique de plus en plus éloignée du quotidien des agriculteurs, le Gouvernement n’hésite pas à légiférer sur la question des phytosanitaires, en faisant peu de cas des impasses techniques et des surcoûts engendrés par ses décisions. Les ZNT que le Gouvernement veut imposer illustrent le décalage entre une partie de la population et la réalité vécue par les agriculteurs. Face à cette surenchère réglementaire, nous en appelons au bon sens et au dialogue ! Nous travaillons à l’élaboration de chartes « pour mieux vivre ensemble » avec des engagements réciproques, des mesures pragmatiques et adaptées au contexte local. Sur ce sujet, nous appelons de nos vœux un dialogue apaisé avec l’administration, les élus, les habitants… Lorsqu’on parle d’agriculture dans les médias ou sur les réseaux sociaux, on oublie trop souvent qu’il s’agit en premier lieu d’une activité économique qui doit être rentable pour permettre une juste rémunération des producteurs. Les États généraux de l’alimentation (Egalim) devaient redonner davantage de rémunérations à nos productions agricoles au sein des filières, un meilleur partage de la valeur ajoutée. Mais rien n’a véritablement encore changé dans les pratiques de la distribution au moment des négociations commerciales. Priorité au revenu Et pendant ce temps, l’Union européenne et la France continuent de négocier des accords de libre-échange en ouvrant les portes aux produits d’importation qui ne respectent aucune de nos normes et nos standards européens. Après l’épilogue du Brexit, il faudra que l’Europe trouve un nouveau cap, un nouveau souffle. L’Union européenne ne peut pas être uniquement un grand marché convoité par la planète entière et régie par l’ultra libéralisme. L’agriculture doit cesser d’être en permanence une monnaie d’échange pour exporter des Airbus, des voitures et autres produits de luxe. Maintenant que les nouveaux députés européens sont installés et la Commission désignée, le temps de l’action est venu. Il faudra nous mobiliser au niveau de l’Europe pour prendre les bonnes décisions sur la nouvelle Pac 2020. Le projet qui est aujourd’hui sur la table doit être amélioré ! Il faut maintenir un budget ambitieux et renforcer les outils de gestion du marché en cas de crise. Il n’est pas normal que tous les grands pays développés, États-Unis en tête, protègent leurs agriculteurs contre les aléas du marché, alors qu’en Europe, on laisse libre cours à l’ultralibéralisme économique. La préférence communautaire n’est pas un gros mot ! Nous devons rester vigilants pour que la question du revenu des agriculteurs reste bien au cœur de la future politique et éviter les tentations aujourd’hui très fortes de renationalisation de la Pac. L’économie de nos territoires ruraux en dépend. Nous avons besoin de plus d’Europe, de plus de protection, de plus de considération et, surtout, de moins de technocratie ! Face à l’urgence climatique, l’agriculture n’est pas un problème mais constitue une vraie solution pour l’avenir avec le stockage du carbone ou encore la production d’énergies renouvelables. Nous avons là une belle carte à jouer ! Il sera en revanche nécessaire à l’avenir de se prémunir davantage contre les aléas climatiques. L’assurance récolte doit évoluer pour devenir une vraie garantie de revenu en cas de coup dur. L’épargne de précaution doit être développée, avec une politique fiscale adaptée. L’irrigation constitue une réponse pertinente, pour sécuriser les rendements et la qualité de nos productions. Nous devons avoir une politique ambitieuse d’accès à l’eau, y compris avec du stockage en l’absence de ressources disponibles. Après plusieurs années compliquées, il faut que l’agriculture puisse retrouver des perspectives économiques plus favorables sur le moyen et le long terme pour assurer le renouvellement des générations et l’installation des jeunes. Des atouts et des perspectives Nous faisons collectivement des efforts depuis de nombreuses années pour améliorer nos pratiques, réduire les fuites de nitrates et l’utilisation de produits phyto. La Chambre d’agriculture s’emploie au quotidien à accompagner ces transitions, avec le concours de toutes les organisations professionnelles et économiques de ce territoire. Ces dernières sont bien conscientes que nous devons travailler de concert, pour préserver nos sols, préserver la qualité de l’eau et notre environnement en général. Nous travaillons au quotidien pour mettre au point des techniques alternatives, pour développer l’agriculture biologique, mais toutes ces évolutions demandent du temps, des efforts d’adaptation et des moyens d’accompagnement. Nous fondons beaucoup d’espoirs dans la recherche, l’innovation, le numérique pour trouver des solutions, pour éviter les impasses techniques ou économiques. L’agriculture alsacienne dispose de solides atouts avec des filières diversifiées et un vaste bassin de consommateurs. Nous devons défendre toutes ces filières et en particulier celles qui connaissent une conjoncture difficile comme la betterave ou la viande. Le maintien de nos outils de transformation, de valorisation ou d’abattage est indispensable pour pérenniser toutes les productions et préserver l’avenir. De vraies opportunités de développement existent dans les filières longues ou courtes, dans le bio ou le conventionnel. Une feuille de route pour la mandature Vous l’aurez compris, les défis pour l’agriculture alsacienne sont de taille et nous avons du pain sur la planche. Avec les nouveaux élus de la Chambre d’agriculture, nous avons défini notre projet stratégique pour les six prochaines années. Ce projet s’inscrit dans le cadre des travaux en cours au niveau national à l’APCA et régional avec le réseau des Chambres du Grand Est. Il constitue la feuille de route pour nos équipes d’élus et de collaborateurs en faveur d’une agriculture dynamique et responsable qui permet d’assurer un revenu décent pour les agriculteurs, les viticulteurs et les éleveurs alsaciens. Il s’articule autour de quatre axes : Améliorer la performance des entreprises agricoles alsaciennes ; Préserver les ressources, accompagner les transitions énergétiques et climatiques, valoriser les territoires ; Renforcer la proximité de la Chambre d’agriculture avec les agriculteurs et les territoires ; Redonner fierté et confiance aux agriculteurs avec une communication positive sur le métier et ses réalités. Ce projet s’inscrit dans la complémentarité et le dialogue avec nos partenaires des organisations professionnelles et économiques. Il vise aussi à construire des relations de confiance avec les collectivités locales, les intercommunalités, avec la future collectivité européenne d’Alsace, la Région Grand Est, ainsi que les pouvoirs publics. Nous pouvons légitimement être fiers d’avoir construit une Chambre d’agriculture qui a su s’organiser au niveau de l’Alsace dès 2013, se remettre en cause et s’adapter aux évolutions institutionnelles. Plus que jamais, elle a l’ambition d’accompagner tous les agriculteurs dans tous les territoires et pour tous leurs projets. Nous vous souhaitons une excellente année 2020 avec beaucoup de satisfactions professionnelles et personnelles. Que cette nouvelle année, soit pour vous et vos proches, source de joie, de bonheur, de santé et de réussite. A lire : Des repères à construire, sur le site de L'Est agricole et viticole et sur celui du Paysan du Haut-Rhin.












