Vie professionnelle

Publié le 18/10/2019

La Coopérative agricole de céréales (CAC) et la ZG Raiffeisen ont inauguré les bureaux de leur union commerciale, jeudi 10 octobre, au port du Rhin à Strasbourg. Europe Crop United (ECU) est en charge de vendre le maïs et le blé collectés par les deux entreprises. Un million de tonnes sont concernées. L’alliance doit aussi faciliter les synergies commerciales et logistiques entre les organismes stockeurs des deux côtés de la frontière.

L’endroit ne paye pas de mine. Un petit bâtiment coincé entre une voie ferrée et un silo au fond de la zone industrielle du port de Strasbourg. À l’intérieur, un open space parsemé de plantes d’intérieur, une salle de réunion, une cuisine refaite à neuf. Un grand classique. Seule curiosité : l’écran au mur sur lequel s’affichent des chiffres rouges ou verts. Les cours du blé et du maïs défilent comme à la Bourse. Bienvenue chez Europe Crop United, la nouvelle union commerciale entre la française Coopérative agricole de céréales et l’allemande ZG Raiffeisen. Jeudi 10 octobre, les responsables des deux organismes stockeurs ont inauguré les locaux de l’entité. Un moment presque historique. « C’est une première en Europe », se félicite Jean-Michel Habig, président de la coopérative haut-rhinoise. Le but de cette union ? Mutualiser les coûts et créer des synergies entre les deux entreprises. Concrètement, depuis le 1er septembre, ECU centralise toutes les ventes de blé et de maïs des deux groupes. Finis les contrats estampillés CAC ou ZG Raiffeisen. La nouvelle structure vend les grains français et allemands sans distinction. Désormais, « on peut avoir un chargement de bateau en partie français et en partie allemand », résume Michèle Waegele, codirectrice d’ECU et ancienne responsable céréales à la CAC. Comme elle, les quatre salariés d’ECU viennent chacun d’une des deux coopératives. Un million de tonnes La force de cette entente réside dans son poids. Un million de tonnes de céréales à écouler. Les porteurs du projet espèrent séduire de nouveaux clients. « Quand vous êtes courtier, vous vous adressez plus volontiers à un organisme stockeur d’un million de tonnes qu’à une coopérative de 400 000 t (le volume annuel collecté par la CAC) », explique Jean-Michel Habig. Jusqu’à présent, certains marchés échappaient à la CAC faute de volumes suffisants. « C’est plus facile de remplir un bateau à deux que tout seul », illustre Michèle Waegele. Bref, l’alliance doit ouvrir la porte à de nouveaux clients. L’intérêt est aussi logistique. La société transfrontalière utilise les implantations locales des deux coopératives. Quatorze points de chargements sur le Rhin, de Bâle à Mannheim. Ce maillage doit améliorer la réactivité des équipes et rationaliser le transport des marchandises. « Ça n’a aucun sens d’envoyer du grain d’Ottmarsheim à Strasbourg alors que la ZG dispose de silos à Kehl », enfonce Jean-Michel Habig. En bout de course, un même objectif : raccourcir les délais de livraison. D’autre part, Français et Allemands souhaitent mutualiser leurs compétences. Michèle Waegele témoigne : « La ZG a une plus grande maîtrise de sa logistique, elle affrète elle-même des péniches. » Une pratique peu répandue sur la rive gauche du Rhin. Petit Poucet français, géant allemand Mais ce rapprochement a pu en effrayer certains. Il a fallu rassurer les autorités de la concurrence, inquiètes de voir les deux groupes uniformiser leurs politiques et leurs identités. « C’est une union de commercialisation, et juste une union, répète Jean-Michel Habig. Il ne s’agit pas d’un rachat ou d’une fusion comme certaines rumeurs le laissaient entendre. » Chaque coopérative garde sa propre zone de collecte. Elle conserve ses stratégies de rémunération et de qualité. Mais la nature même de l’attelage peut poser question. D’un côté, la CAC : 400 000 t collectées, 165 salariés, 154 millions d’euros de chiffre d’affaires. De l’autre, la ZG Raiffeisen : 600 000 t collectées, 1 900 employés, 1,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires, une myriade de filiales dans l’agriculture, le bâtiment, les biocarburants, une chaîne de stations-service, des succursales en Allemagne, en France et en Roumanie. Le Petit Poucet alsacien ne risque-t-il pas de se faire croquer ? « Pas du tout, balaye Jean-Michel Habig. On a établi une gouvernance à parts égales, on fait abstraction des volumes. » Et Richard Volz, codirecteur d’ECU issu de la ZG de rebondir : « Avec cette nouvelle entité, nous stabilisons la position de nos sociétés mères ». Ceux qui s’inquiéteraient encore d’une mainmise de la coopérative allemande sur ECU peuvent se rassurer. La société de commercialisation est vouée à accueillir de nouveaux membres basés dans tout le bassin rhénan. « Nous recevons déjà des appels du pied de certains organismes », confirme Jean-Michel Habig. « Il faut laisser le temps à chacun d’avancer à son rythme, assure le président de la CAC. Si d’autres se montrent intéressés, nous les accueillerons à bras ouverts. »

Publié le 12/10/2019

Dimanche 6 octobre, la fête de la montagne a réuni quelques centaines de visiteurs à Steige, près de Villé. Une journée dédiée à la promotion de l’agriculture de massif.

Un concours d’animaux, des tracteurs, un marché paysan et de la bière locale. L’événement organisé à Steige dimanche dernier ressemble à un festival agricole comme les autres. À quelques détails près. Les animaux : des vaches vosgiennes, des brebis, des boucs… Les machines exposées : du matériel adapté aux fortes pentes. Les produits du marché ? Miel, laine des Vosges et ustensiles de cuisine en bois. Bref, une fête en l’honneur de l’agriculture de montagne.     « On a mis l’accent sur les activités des vallées », explique Cécile Hary, conseillère à la Chambre d'agriculture et membre de l’équipe organisatrice. Quinze paysans des vallées de Villé et de la Bruche ont amené des bêtes. « On veut montrer notre travail au public », explique un jeune éleveur. Dans l’enclos derrière lui, un agneau se fait papouiller par un groupe de collégiennes. L’espace enfant, revu à la hausse par rapport à l’édition précédente, attire les familles autour de jeux en bois et d’une mini-ferme. Une expo pour vanter l'agriculture de montagne Les communautés de communes et la Chambre d'agriculture ont installé une vingtaine de panneaux explicatifs sous un chapiteau. Le propos ? Vanter les mérites de l’agriculture en zone montagneuse. Entretien du paysage, respect de la biodiversité, importance des prairies dans les écosystèmes… L’expo fait mouche. « Tu vois, sans élevage, pas de prairies, explique un monsieur en imperméable à son petit-fils. On aurait la forêt juste au-dessus de la maison. » De l’autre côté du panneau, une conférence aborde le thème de l’agroforesterie devant une dizaine de visiteurs. « Ça a démarré lentement, mais on commence à avoir du monde », témoigne Stéphane David, responsable de l’équipe montagne à la Chambre d'agriculture. Malgré la pluie, quelques centaines de personnes ont visité les lieux. Le public ? Surtout des locaux. Des alentours de Villé. La plupart déjà convaincus de l’importance des paysans dans le massif des Vosges. Le concours départemental de la race vosgienne a ponctué la journée sous le chapiteau principal. La grande championne : Elsa, de l’élevage Deissler. « Elle a 10 ans, mais n’en paraît que 3, a félicité Clément Géant, le juge du jour. On aimerait avoir plus d’animaux comme ça dans nos élevages. » L’élevage de montagne porté aux nues.

Conversion et diversification

Il a mis sa nouvelle vie en bouteille

Publié le 11/10/2019

Originaire de la vallée de Thann, Jérémie Kubler s’est lancé en 2015 dans la production de sève de bouleau. Après 4 ans de reconversion, cet ancien ébéniste va plus loin, avec la création d’une seconde activité : la production de jus de fruits et légumes pressés à froid.

La recette du bonheur selon Jérémie Kubler ? Carotte, kiwi, pomme et vanille. Comme celles de l’Aventureux, du Charmant ou du Délicat. C’est dans son petit laboratoire à Aspach-le-Bas qu’il a élaboré ces jus de fruits et légumes pressés à froid. Depuis quelques mois, il a créé cette activité de transformation, après s’être lancé en 2015 dans la récolte et la vente de sève de bouleau (à ne pas confondre avec le jus… de bouleau cette fois-ci). Une diversification qui lui permet aujourd’hui de tourner définitivement le dos à sa vie d’avant. Ébéniste pendant 20 ans, Jérémie Kubler a décidé de changer de voie. « En 2015, j’ai ouvert ma société Minérasève. En 2018, j’ai décidé d’arrêter mon activité d’ébéniste pour lancer Minerajus. J’étais chef d’atelier mais le métier s’essouffle…, explique-t-il. Jusque-là, je prenais mes vacances pour faire la récolte de sève. Au bout d’un moment, des perspectives économiques qui tenaient la route sont arrivées. » Aujourd’hui, il mène de front sa double activité, rythmée par les saisons.     Local, bio et écolo Côté jus, l’entrepreneur cherche tant que possible à se fournir auprès de producteurs locaux : la ferme Koehl à Ruelisheim, les Jardins d’Icare à Sentheim ou les Halles de Cernay. Et surtout bio, car il bénéficie du label AB. Côté sève, tout se passe en mars. Il dispose d’une autorisation d’exploitation des bouleaux sur certaines parcelles. « L’ONF me loue des terres dans la vallée de la Doller, peut-être cette année aussi dans la vallée de Thann. Les arbres se trouvent entre 600 et 800 mètres d’altitude, détaille le producteur de sève. D’année en année, la production varie beaucoup en fonction de la température. Plus l’hiver est dur, plus les bouleaux donnent. » Conditionnés dans des bouteilles en verre, jus et sève sont commercialisés en circuit court dans des magasins bio du Haut-Rhin ou directement au laboratoire. Pour le moment du moins. Car peu à peu, les produits de Jérôme Kubler trouvent demande dans toute la France. Sans qu’il ne puisse encore les faire envoyer pour des raisons de logistique, comme par exemple une date limite de consommation de seulement 6 jours pour certains jus. Voir plus grand, mais jusqu’où ? Ce développement ne vient cependant pas sans questionnements. En effet, l’entrepreneur veut s’inscrire dans une démarche proche de la nature, de « l’alimentation vivante ». « C’est un compromis entre mes valeurs et les demandes », explique Jérémie Kubler. Peu à peu, l’équilibre se fait, par exemple avec de nouveaux conditionnements moins écologiques. Pour financer ses projets, le chef d’entreprise a tenté d’obtenir des aides ou subventions. Sans succès. Pour Minerajus, l’investissement a été entre 30 000 et 40 000 euros. Des frais principalement dédiés à l’achat de la presse hydraulique d’occasion. « Cela fait 9 mois. À la fin de l’année, je ferai peut-être un financement participatif », annonce-t-il. « Pendant un an, j’ai travaillé à 300 %. Je fais tout. La communication, le marketing…, raconte Jérémie Kubler. Je gère les deux entreprises (Minerasève emploie trois ou quatre saisonniers pour la récolte, ndlr). J’ai été artisan, je n’ai pas deux mains gauches. Tout de même cela fait une sacrée pression. Mais il faut vivre ses rêves. C’est ce que je dis à tous ceux qui veulent se lancer. » Jérémie Kubler ouvre les portes de Minerajus samedi 5 octobre de 10 h à 17 h : démonstration, dégustation et conférence sur la nutrition (à 17 h 30, sur inscription).

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