Vie professionnelle

Publié le 12/12/2019

Association de prestations depuis 1992, le Ciceva (Centre interprofessionnel de conseil à l’entreprise viticole et agricole) reçoit plus de 460 agriculteurs dans ses locaux tous les ans. Cinq femmes sont à leur écoute pour gérer au mieux l’évolution de leurs exploitations. Pour la directrice, Marie-Christine Maillard, il faut avoir constamment « la transmission en ligne de mire ».

À Sainte-Croix-en-Plaine, le service juridique aux agriculteurs s’est structuré sous forme associative il y a 27 ans. Désormais, le Ciceva est formé de deux juristes et trois assistantes juridiques. Depuis mars 2018, Anaïs Pfemmert est venue renforcer l’équipe. « Nous accompagnons les exploitants agricoles et viticoles dans leurs problématiques juridiques, fiscales et sociales, de l’installation à la mise en société, des modifications statutaires jusqu'à la transmission de l'exploitation ainsi que la rédaction des baux », expose Marie-Christine Maillard, directrice depuis 2001. Le Ciceva reçoit tous les agriculteurs qui le souhaitent sur rendez-vous. Il définit alors le plan d’action à mener avec une juriste. Ensuite, l’association devient « courroie de transmission » vers un autre organisme ou se charge directement du montage du dossier. Les tarifs sont appliqués selon le barème établi en assemblée générale. « Lorsque l’agriculteur sort de nos locaux, il doit repartir avec une solution ou au moins le début d’une solution, espère la directrice. Ce qui est essentiel pour moi est que chaque rencontre débouche sur une réflexion à propos de la succession. Même à 40 ans, il est intéressant de concevoir la structure de l’entreprise pour pouvoir un jour la transmettre. Une transmission mal préparée peut poser des problèmes pour l’avenir de l’exploitation. Cela peut avoir un coût financier par l’impôt, mais aussi un coût familial. J’invite les agriculteurs à faire un arrêt sur image pour savoir où ils vont et comment. De même, je leur propose de voir s’ils profitent au mieux de ce que la réglementation actuelle leur permet. » L’association travaille avec un maillage dense de partenaires : le service économique de la chambre d’agriculture, les comptables, les notaires, les banques, la Direction départementale des territoires (DDT), le tribunal, la Mutualité sociale agricole (MSA)… « Notre rôle de juriste est d’avoir une vision à long terme. Le comptable aura peut-être plus d’objectifs à court terme tels que la baisse des charges fiscales et sociales. Il faut trouver un juste milieu entre les contraintes journalières et le fonctionnement à long terme de la société. Nous essayons de conjuguer ce double temps. Les notaires sont également nos alliés. Préparer un plan avant de le consulter peut s’avérer crucial, car le notaire n’a pas forcément la connaissance de l’entreprise agricole. Les agriculteurs ont la chance d’avoir ce réseau pour ne pas être seuls face à leurs décisions. » L’équipe du Ciceva est attentive aux nouvelles problématiques et aux évolutions législatives. « Nous animons des formations pour adultes dans les CFPPA (Centre de formation professionnelle et de promotion agricole) et nous intervenons sur demande lors d’assemblées générales. Nous avons aussi ce rôle d’informateur », rappelle Marie-Christine Maillard.

Publié le 09/12/2019

Le 25 novembre, la session de la chambre d’agriculture d’Alsace (CAA) a été l’occasion de faire le point sur l’utilisation des produits phytosanitaires et de présenter la charte d’engagement pour bien vivre ensemble : Vignerons et villageois d’Alsace.

Dans un contexte d’attentes sociétales fortes en termes de préservation de l’environnement, de la biodiversité et de la santé humaine, Nathalie Brobeck-Allard, cheffe du service environnement à la CAA, a présenté aux participants à la session de la CAA du 25 novembre, à Schiltigheim, un état des lieux de l’utilisation des produits phytosanitaires en Alsace et des efforts déjà réalisés par la profession pour réduire, notamment, les IFT (indices de fréquence de traitement). En Alsace, 250 000 ha sont cultivés et potentiellement traités, selon les chiffres d’Agreste (statistiques du ministère de l’agriculture) de 2015. Quelques données de 2016 ont été rappelées sur la qualité des eaux souterraines : outre une pollution diffuse des eaux souterraines à l’atrazine (interdit aujourd’hui en France comme d’autres molécules des plus toxiques), des métabolites d’autres molécules, dont l’état actuel des connaissances de la science ne permet pas de définir exactement la nocivité, se retrouvent dans la nappe. 25,7 % des points de la nappe d’Alsace et 39,1 % des points des aquifères du Sundgau ont des détections supérieures à la norme (+ 0,1 μg/L). L’Alsace, par rapport à la moyenne nationale, « est assez peu utilisatrice de produits phytosanitaires, a souligné Nathalie Brobeck-Allard, grâce au maïs », qui nécessite peu de traitements hormis le désherbage. La moyenne nationale des ventes se situe à 2,3 kg/ha/an alors qu’en Alsace, il s’en vend 1,9 kg/ha/an. En outre, entre 2010 et 2015, les quantités de substances actives vendues en région sont en baisse de 5 %, hors soufre et cuivre. Les ventes de soufre et de cuivre, elles, bondissent de 14 % par an… Dans les médias, il n’est donc pas rare de lire ou d’entendre que l’achat de produits phytosanitaires augmente d’années en années, a pointé la cheffe du service environnement. Réduction des IFT Le plan Ecophyto 2 (de 2015) a pour objectif de réduire l’utilisation des produits phytosanitaires de 25 % d'ici 2020 et de 50 % d'ici 2025. Cinq groupes Dephy, œuvrent en Alsace, en grandes cultures, élevage, viticulture et maraîchage. Animés par la CAA, Planète Légumes et l’Organisation professionnelle de l'agriculture biologique en Alsace (Opaba), ils ont obtenu des réductions des IFT de 12 % en grandes cultures et en élevage, « une baisse faible car les usages étaient déjà faibles », a remarqué Nathalie Brobeck-Allard. En cultures légumières et de plein champ, 30 % de baisse a été enregistrée ; en viticulture, 17 %. C’est en arboriculture que la plus grosse marge de progression est encore possible : la réduction des IFT obtenue est seulement de 6 %. Réduction des doses depuis plus de 15 ans, contractualisation en MAET/MAEC (plus de 8 000 ha en Alsace, première région de France), contrôles et formations sur les pulvé, plans d’action agricoles autour des captages d’eau potable et exclusions volontaires de matières actives, innovations techniques, promotions de techniques alternatives, comme le binage, la pulvérisation confinée en vigne, la labellisation HVE, les conversions en bio, les petites filières à bas niveau d’intrant, le réseau des fermes Dephy : tout ceci a contribué à faire baisser l’utilisation des produits phytosanitaires en Alsace. Le partenariat Ermes (en cours depuis juin 2019) prévoit des réductions de 20 % des points de suivi présentant des concentrations en herbicides supérieures à la moyenne, de 40 à 50 % de l’usage des herbicides sur les 19 captages et d’atteindre les objectifs du plan Ecophyto partout, après avoir reconquis 20 % des captages dégradés par des herbicides actuellement homologués. Nathalie Brobeck-Allard regrette qu’il n’y ait pas, comme pour le plan Ecophyto, d’évaluation préalable des impacts environnementaux et économiques, et que les mesures de soutien économique ne soient pas à la hauteur des enjeux. Patrick Bastian, le président de la commission agricole du Grand Est, a pu rassurer et annoncer en fin de session que les MAE seraient renouvelées sur 5 ans, en 2020. Le glyphosate, en Alsace, représente 8 % des ventes de produits phytosanitaires. Il est présent dans 8 % des analyses d’eau souterraine à un taux inférieur à la norme de 1 %. Son métabolite est détecté 8 fois sur 10, avec 5 % des mesures qui dépassent la norme. Des chiffres de la Draaf de 2014 révèlent qu’1 % seulement des surfaces de blé sont traitées au glyphosate en Alsace contre 31 % en Lorraine. Pour le maïs grain, 5 % des surfaces sont traitées en Alsace contre 22 % en Lorraine. Par contre, en vigne, en traitement localisé sur le rang, ce sont 79 % des surfaces qui sont traitées au glyphosate en Alsace, contre 62 % en Champagne (hors 52). La cheffe du service environnement a toutefois rappelé qu’en non-labour se passer totalement du glyphosate est « difficile ». 399 communes alsaciennes sont concernées par ce mode de production car elles sont classées à risque pour les coulées d’eau boueuses. Une charte en viti Pour des mesures concrètes ayant une incidence sur la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires, Nathalie Brobeck-Allard espère « un débat suffisamment éclairé par des preuves scientifiques ». L’agriculture doit alimenter la population en produits locaux, sains et de qualité, à des prix raisonnables garantissant la préservation de la biodiversité et du climat, intégrant ainsi les attentes des consommateurs. Ce sont les mêmes consommateurs qui demandent de plus vastes zones non traitées (ZNT). Avant même l’annonce, début décembre, de la distance d’épandage des pesticides par rapport aux habitations qui sera retenue, l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava) et le conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), en tête, avec la CAA, les associations des maires du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, la région Grand Est, Alsace Nature et la Chambre de consommation d’Alsace, pour ne citer qu’eux, ont lancé un projet de charte d’engagement pour bien vivre ensemble : Vignerons et villageois d’Alsace.     Session Chambre d' #Agriculture d' #Alsace ce matin ... hormis le budget ou les questions courantes, LE sujet du jour sera les #ZNT , notamment les problèmes qu'elles posent en #Viticulture @VinsAlsace@EAVPHR #lagricultureelleassure pic.twitter.com/NDGMZ7knz2 — Germain Schmitt (@germain_schmitt) November 25, 2019     Christian Kohser et Gilles Ehrhart, viticulteurs membres de la commission phyto riverains de l’Ava, ont présenté le contexte de la charte (qui doit être validée par le comité de pilotage avant sa signature en décembre), ses objectifs et les engagements prévus. Alors que les habitations se développent à proximité des vignobles et que des incidents liés à des traitements ont été relevés, la charte a plusieurs objectifs : concerner l’ensemble des viticulteurs à la problématique ; recréer du lien entre viticulteurs, riverains et maires notamment ; amorcer la réduction de l’utilisation des pesticides ; communiquer pour redorer l’image de la viticulture alsacienne. « L’agriculture française est l’une des meilleures au monde. En Alsace, en viticulture, nous produisons à hauteur de 20 % en bio et nous sommes leader dans la biodynamie. Mais nous ne savons pas communiquer. La charte sera un outil qui permettra de mettre en avant ce que nous faisons de bien », a appuyé Christian Kohser. Engagements réciproques Mesure phare de la charte : utiliser uniquement des produits homologués en Agriculture Biologique (AB), de biocontrôle, ou respecter les ZNT qui seront définies dans l’arrêté définitif, aux abords des habitations. Favoriser la plantation de barrières végétalisées, ne pas traiter le rang en bordure s’il ne peut être traité de l’extérieur vers l’intérieur, prévenir son voisin au plus tard la veille du traitement, recourir à du matériel limitant la dérive des produits complètent le tableau des engagements des viticulteurs à proximité des maisons. En toutes situations, ils doivent, bien sûr, respecter la réglementation et favoriser les alternatives aux produits phytosanitaires, du moins réduire la quantité et la dérive de ceux-ci. Les riverains, en retour, sont appelés à s’informer et à s’adapter à leur cadre de vie et aux activités économiques qui font l’Alsace, à échanger avec les viticulteurs, à respecter les vignes. Les maires sont les garants de cette bonne entente et du maintien de l’activité économique. La CAA soutient viticulteurs et maires, par des appuis techniques agricoles pour les uns, un accompagnement lors des procédures d’aménagement et d’urbanisme pour les autres. L’Ava forme, représente et contrôle les viticulteurs. La salle a salué l’initiative. Chacun a apprécié que riverains et viticulteurs ne soient pas opposés à travers cette charte. « On a toujours su trouver nos places », a constaté Aurélie Quirin, de la Confédération paysanne, présidente de l’Opaba. Grincement de dent du côté de la Coordination rurale, tout de même, qui n’a pas été conviée à l’élaboration de la charte : « si on veut vivre ensemble, on devrait être invité », a asséné Paul Fritsch, son président. Il lui a été répondu que l’Ava représente 98 % des viticulteurs d’Alsace ; toutes les sensibilités, donc. Christian Klinger, président de l’association des maires du Haut-Rhin, maire d’Houssen, a rappelé qu’au 1er janvier les chartes de bon voisinage devraient être finalisées sinon le préfet entrerait en jeu. Une charte en grandes cultures est à l’étude, en Alsace. « Nous sommes à vos côtés pour vous aider », a certifié Christian Klinger. Mêmes discours de la part de Vincent Debes, président de l’association des maires du Bas-Rhin, maire d'Hoenheim, Patrick Bastian et Yves Séguy, secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin, qui a clos la session par : « vous pouvez être fiers d’être agriculteurs ! »

Chambre régionale d’agriculture Grand Est (Crage)

Des repères à construire

Publié le 06/12/2019

La Chambre régionale d’agriculture, installée depuis moins d’un an, prend progressivement ses marques. L’organisation de son réseau était au menu de ses travaux le 20 novembre, à Châlons-en-Champagne.

Formée depuis le mois de mars, la Chambre régionale d’agriculture (Crage) a achevé de digérer la fusion des anciennes structures qui la composent, et veut désormais renforcer ses liens avec les dix départements du Grand Est. C’était le sujet central de la session du 20 novembre organisée à Châlons-en-Champagne, sous la houlette du professeur Yves Le Roux, professeur à l’Ensaia : « Organiser un réseau au service des transitions agricoles en Grand Est ». L’enseignant, qui rappelle que ces transitions ne constituent pas « un simple ajustement », souligne que le processus commence par des niches. Les innovations se généralisent ensuite en s’intégrant dans les normes qui assurent la stabilité du système. Cinq thématiques de transition concernent le monde agricole au premier plan : changement climatique (carbone, méthane…), intégrité de la biosphère (biodiversité), modification des écosystèmes terrestres (déforestation), utilisation de l’eau douce (produits phytosanitaires) et flux biogéochimiques (azote, phosphore). Le Lorrain estime que le carbone se trouvera au cœur des stratégies futures, en particulier dans un objectif de bioéconomie circulaire. Laurent Rouyer, président de la Chambre d’agriculture de Meurthe-et-Moselle, estime que « l’agriculture a toute sa place dans la transition écologique. Le challenge à relever consiste à éviter la compétition entre les productions, qu’elles soient animales ou végétales ». Attention, toutefois, à « limiter les effets d’aubaine » pour des activités telles que la méthanisation. Jean-Luc Pelletier, président de la Chambre d’agriculture de la Meuse, juge qu’il faut imaginer des « possibilités de stockage, après avoir déjà travaillé à une bonne utilisation de l’eau », et ce du fait de la recrudescence des périodes d’excès et de pénurie d’eau. Cela pourrait concerner des productions telles que le maraîchage, mais aussi de nouvelles cultures spécialisées. Conforter un « rôle historique » Denis Ramspacher, président de la Chambre d'agriculture d’Alsace, défend la cause des filières en difficulté : « il faut les accompagner, et faire en sorte de les préserver pour les années à venir ». « Toutes essaient de se démarquer », note l’éleveur alsacien. HVE, bio, non-OGM… Pour le déploiement des démarches, il ne compte pas sur le secteur privé : « c’est le rôle historique des Chambres consulaires. Dès qu’il y a transition, il faut être en capacité d’accompagner les agriculteurs ». Sébastien Loriette, agriculteur dans les Ardennes, rappelle le rôle de la proximité, intermédiaire entre les Amap et les filières longues. « Les Chambres d’agriculture ont leur rôle à jouer dans l’organisation de cette transition : jusqu’à présent, dans la diversification, il n’y avait pas de transformation. Certains créent de nouvelles marques : est-ce que cela parle au consommateur ? Il y a déjà pas mal de labels : concentrons-nous là-dessus », juge l’ancien président de la Chambre ardennaise. Le président de la Chambre d'agriculture de l’Aube, Alain Boulard, veut développer la proximité avec le terrain : « L’objectif des Chambres est de développer de la prestation qui réponde aux attentes des agriculteurs ». Pour ce faire, « nous avons 850 personnes à notre disposition dans le réseau, il faut arriver à être beaucoup plus efficient ». Cela passera par des notions de travail de groupe, avec la création d’un référentiel et son déploiement. Ce que l’Aubois préconise, c’est de tendre vers le conseil individuel . « C’est aussi pour ça qu’il faut une évolution de la Crage, avec des directeurs référents sur certains marchés. » Bertrand Chevalier et Maximin Charpentier s’accordent sur la nécessaire mutation des Chambres d’agriculture, après neuf mois de travail « fondamental ». Le président de la Crage évoque « un chantier colossal » pour le réseau régional. Le travail de mutualisation doit permettre de « massifier des moyens » afin de parvenir à réaliser des économies d’échelle, et au bout du compte, « être plus près des gens et de leurs problématiques ».     Article écrit par Guillaume Perrin de La Marne agricole

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