Vigne

Publié le 15/09/2022

Les viticulteurs alsaciens n’ont souvent pas attendu le feu vert officiel pour récolter les fruits de leur année de travail. La qualité est au rendez-vous, la quantité plus ou moins selon les secteurs.

Josiane Griss, vigneronne récoltante, 8,5 ha à Ammerschwihr. Les premiers coups de sécateurs ont retenti dès le 31 août. La récolte pour les vins tranquilles a suivi le 5 septembre. Au 12 septembre, le domaine avait rentré la moitié de son parcellaire. « Les pinots auxerrois titraient à 12°, les pinots blancs à 10,5°. Il ne fallait donc pas tarder. Aujourd’hui, les pinots gris et les pinots noirs sont à 14°. Ces cépages sont particulièrement beaux cette année. Dans l’ensemble, tous les raisins sont sains et plutôt jolis. Il manquera peut-être un peu d’acidité. La coupe est plus facile que l’an passé parce qu’il n’y a pas de tri à faire. On essaie de commencer tôt le matin pour ne pas vendanger lorsqu’il fait trop chaud et pour apporter les raisins frais au pressoir ». Pour Josiane, la principale conséquence de l’été chaud est l’envolée des degrés. « Le secteur en bas d’Ammerschwihr a souffert de la sécheresse. Ces mêmes parcelles avaient été touchées par la grêle en août, mais ce ne sont pas celles qui produisent le plus habituellement, donc rien de dramatique ». La viticultrice prévoit le rendement d’une année classique pour son exploitation bio, autour de 50 hl/ha. Philippe Steiner, vigneron récoltant à Herrlisheim, 10 ha à Herrlisheim, Hattstatt, Obermorschwihr et Riquewihr. « Même si nous aurions pu débuter plus tôt, nous avons décidé de commencer à vendanger au 1er septembre pour plus de facilité administrative. Les chardonnays affichaient 11,1° et les pinots auxerrois 10,9°. Après trois jours de « pause », on s’est attaqué aux auxerrois (12°), pinots gris (13,5°) et pinots noirs (13,5°). Notre terroir, majoritairement argilo-marno-calcaire avec un peu de lœss, a bien résisté au manque d’eau. Seules les jeunes parcelles de moins de cinq ans ont souffert. On a décidé de ne pas effeuiller cette année et on a bien fait. On a évité l’échaudage. J’ai broyé le couvert (seigle, moutarde, sainfoin, phacélie) assez tardivement cette année, fin avril-début mai, peut-être que cela a aussi permis de garder l’humidité du sol. Les raisins sont de bonne qualité. Je pense que nous arriverons au rendement autorisé. C’est un millésime particulier comme a pu l’être celui de 2003, à la différence qu’il sera possible d’acidifier si nécessaire. Ça pourrait être un levier intéressant ». La machine à vendanger sera utilisée sur un quart de la surface, comme tous les ans, dans les parcelles les plus adaptées de riesling, auxerrois et gewurztraminer.         Belle matière, belle concentration Clément Fend, vigneron-récoltant à Marlenheim, 7 ha dont 6 ha en production biologique. Il a démarré avec les pinots blancs et les chardonnays destinés au crémant le 31 août. Un début de récolte avec « pas trop de quantité, mais de beaux raisins, une belle matière, une belle concentration ». Il n’a pas eu à déplorer de pourriture cette année, et les richesses en sucres qui déterminent le degré alcoolique, « étaient juste bien ». De ce fait, les vins devraient être équilibrés, estime le vigneron. Quelques jeunes parcelles de riesling ont « un peu souffert de la sécheresse. À Marlenheim, on a tout de même un peu d’argile dans les sols donc ça préserve l’eau pendant un certain temps, au moins dans les vieilles vignes qui sont suffisamment enracinées en profondeur ». Des observations à confirmer puisqu’au 13 septembre, si presque tous les cépages destinés aux vins tranquilles étaient rentrés - auxerrois, pinot noir, pinot gris et gewurztraminer - le riesling ne l’était pas. Clément vendange prioritairement à la main ce qu’il met en bouteilles. « Mais je m’autorise la machine à vendanger pour le vrac si la qualité le permet ou si la météo m’oblige à rentrer les raisins rapidement. » Avec la chaleur, lui et ses huit vendangeurs ont préféré récolter dès 7 h du matin et écourter le travail l’après-midi, pour préserver la qualité du raisin. Le vigneron est équipé d’un groupe froid qui lui permet de réfrigérer les jus dès la sortie du pressoir. Acquis il y a une dizaine d’années, cet équipement a une nouvelle fois fait la preuve de son utilité. Ce millésime chaud devrait réussir aux pinots noirs, se réjouit Clément, qui croit très fort dans l’avenir de ce cépage en Alsace. Il en cultive près de 2 ha et il espère sa reconnaissance prochaine en grand cru sur le Steinklotz de Marlenheim. Clarisse Salomon, coopératrice à la cave du Roi Dagobert à Scharrachbergheim-Irmstett, 6 ha. Elle a commencé les vendanges le 31 août avec les pinots blancs, pinots gris et auxerrois destinés au crémant. Avec son équipe, constituée de jeunes retraités avec qui elle partage la passion de la course à pied, elle a rentré « de beaux raisins, dans un état sanitaire satisfaisant ». La veille, 40 mm de pluie étaient tombés sur le village et même 60 mm à Balbronn, un village voisin. Une pluie « bénéfique pour la récolte et pour la mise en réserve l’an prochain », se réjouit la viticultrice. Ces précipitations, et celles tombées depuis, lui ont permis de remplir ses objectifs en termes de quantité, ce qui n’était pas du tout acquis au vu de la sécheresse estivale. La viticultrice se base sur les plannings de la coopérative et sur la météo pour décider de l’avancement de la récolte, alternant vendange mécanique et vendange manuelle. En début de semaine, ce sont les auxerrois pour les vins tranquilles, puis les pinots noirs qui ont été récoltés. Ces derniers, destinés à une cuvée haut de gamme de la cave, ont été vendangés manuellement. « On a fait un peu de tri mais c’était correct », juge la viticultrice qui constate tout de même des baies brûlées, voire ratatinées par le soleil. « En 2003, on a eu le même souci, mais on a quand même fait de très beaux pinots noirs », relativise-t-elle.

Publié le 05/09/2022

À Dahlenheim, à l’ouest de Strasbourg, la famille Heckmann mise sur une clientèle locale et, depuis quelques années, sur des camping-caristes qui apprécient la continuité dans la qualité de leurs vins.

Formé au lycée agricole de Beaune, Maurice Heckmann reprend le domaine familial en 1988 et doit rapidement faire face au changement des habitudes des consommateurs en baissant le rendement (de 100 hl/ha à 50 à 60 hl/ha désormais). Les nouvelles plantations sont plus larges et les pieds plus rapprochés dans le rang. « J’ai également resserré le fil et la taille de l’arcure dans les nouvelles plantations », se souvient le viticulteur. D’un domaine de 5,5 ha à son arrivée, le parcellaire atteint 12 ha aujourd’hui, réparti entre Dahlenheim et Avolsheim. Le terroir est essentiellement argilo-calcaire, orienté au sud. Sa femme Sylvie est venue l’épauler dès 1994. La famille s’est ensuite agrandie avec Antoine en 1989 et Guillaume en 1992. Antoine est graphiste 3D à son compte et Guillaume est salarié du domaine depuis 2014, après une formation en viticulture au lycée de Rouffach jusqu’au BTS. Habituellement, un rang sur deux est enherbé, l’autre griffé en automne et au printemps. Cette année, avec les faibles précipitations, l’herbe a seulement été fauchée pour limiter son développement. Il apporte du compost et du fumier aux parcelles plus faibles selon une rotation, environ tous les deux ans. Le domaine est labellisé HVE3. Dans le prolongement de cette démarche, Maurice Heckmann souhaite réduire l’usage des désherbants. Contre le mildiou et l’oïdium, il a réalisé trois passages avec des produits de contact et un passage avec du systémique en encadrement de floraison. Il a réalisé un passage d’insecticide cette année. Il palisse mécaniquement 90 % des parcelles. Maurice a effeuillé seulement coté est ou nord cette année pour éviter la brûlure. En 2000, il achète la première machine à vendanger avec un voisin coopérateur. « Elle nous apporte plus de souplesse et surtout la possibilité de vendanger le dimanche lorsque la météo le permet. » Il vendange deux tiers de la surface avec l’outil. Le grand cru, les vendanges tardives, les parcelles en coteau et les crémants sont évidemment vendangés manuellement. Une équipe fidèle d’une dizaine de vendangeurs, principalement des retraités, est au rendez-vous tous les ans. Les raisins sont pressés à l’aide d’un pressoir pneumatique de 50 hl durant 2 h 30 en moyenne et jusqu’à 4 h pour le gewurztraminer, puis sulfités.     De la vente en vrac à la vente de raisins Depuis cinq ans, il débourbe par flottation grâce à l’injection de colle (protéine de pois) et d’azote. « Nous avons choisi cette solution pour plus de rapidité. Le débourbage se fait en six heures environ. Cela permet d’éviter les départs en fermentation précoce. Le risque est de plus en plus important avec des vendanges par températures élevées. » « Pour la fermentation, en général, on laisse faire durant un à trois mois dans des cuves thermorégulées, complète Guillaume. Je levure les vins tranquilles seulement si c’est nécessaire, contrairement aux crémants que je levure systématiquement. » Après une filtration kieselguhr et analyse, il apporte une nouvelle fois du SO2, seulement si nécessaire. La mise en bouteille est réalisée par un prestataire. Depuis deux ans, la famille réalise à nouveau elle-même l’étiquetage pour plus de liberté dans la gestion du stock.     Les Heckmann souhaitent proposer des vins secs et gastronomiques, à l’image de l’Argentoratum, vin d’assemblage réalisé par une dizaine de vignerons de la Couronne d’or. Le cahier des charges de cette cuvée réalisée depuis 2017 impose moins de 5 g de sucre résiduel et au moins 50 % de riesling. Chez Maurice Heckmann, le breuvage est composé à 85 % de riesling, le reste en pinot gris et gewurztraminer. L’essentiel des ventes est réalisé au caveau, auprès d’une clientèle locale et fidèle. Il expédie, toujours à des particuliers, en Belgique et en Allemagne. Il participe à quelques marchés et salons à destination d’acheteurs non professionnels. Il tient un stand au marché de Noël de Strasbourg avec les vignerons de la Couronne d’or. Le domaine fournit également une dizaine de restaurateurs. Les flacons les plus prisés sont les crémants. Maurice y prête une attention particulière en les gardant parfois jusqu’à trois ans sur lattes pour affiner la bulle. Depuis 2006, il est décliné en rosé. La même année, il commence à vinifier une partie du pinot noir en rosé. Il rencontre tous les ans un succès notable dès la belle saison. La vente de vrac représentait jusqu’à il y a peu une grande part des ventes. En 2020, le domaine a fait deux livraisons pour la distillation de crise. Face à la chute des ventes du vrac, le domaine a signé un contrat de trois ans avec Arthur Metz pour vendre son raisin. Tous les étés, le domaine s’anime à l’heure du pique-nique chez le vigneron. Jusqu’à 400 personnes ont afflué dans la cour des Heckmann. Depuis, les inscriptions sont limitées à 200 personnes.

Production de greffons et de porte-greffes

Le Civa cherche des partenaires hors AOC

Publié le 23/08/2022

Le Civa recherche de nouveaux partenaires pour agrandir son parc de vignes mères de greffons ou de porte-greffes. La production de bois constitue une possible source de diversification pour des agriculteurs ou des viticulteurs possédant des parcelles en dehors de la zone AOC.

Depuis 1978, le service Prospection et multiplication de matériel clonal (SPMC) du Civa est en charge de la multiplication de greffons certifiés en Alsace. Son parc de vignes mères de greffons s’étend sur une trentaine d’hectares, répartis en 260 parcelles du nord au sud de l’Alsace. Il s’est lancé plus récemment dans la plantation de vignes mères de porte-greffes sur une surface de 2 ha. Pour des raisons sanitaires, l’interprofession a décidé, début juin, de développer son parc de vignes mères en dehors de la zone AOC. « L’objectif est de se prémunir d’un potentiel foyer de flavescence dorée », explique Arthur Froehly, responsable du pôle technique de l’interprofession. L’Alsace étant jusqu’ici épargnée par ce fléau, il faut veiller à ne pas l’« importer » par l’intermédiaire du matériel végétal. Cette précaution vaut aussi pour les maladies virales telles que l’enroulement et le court-noué ou les maladies dues à un phytoplasme comme le bois noir. 6 ha dans les trois prochaines années « Nous nous sommes fixé comme objectif de trouver 6 ha dans les trois prochaines années, indique Arthur Froehly. C’est une première étape. Nous souhaitons mettre un coup d’accélérateur sur la recherche de nouveaux partenaires car le parc de vignes mères au sein de l’AOC se réduit. Nous testons régulièrement les vignes mères. Dès qu’on détecte de l’enroulement ou du court-noué, on radie la parcelle concernée et on n’utilise plus les bois qui en sont issus. » L’an dernier, ce sont ainsi 2 ha de vignes mères de greffons qui ont été écartés : une majorité pour des raisons sanitaires, le reste pour cause de vieillissement, sachant que la durée de vie ordinaire d’une parcelle est de l’ordre de 20 à 25 ans. « Pour pouvoir répondre à la demande des pépiniéristes viticoles, il nous faut un parc suffisamment dimensionné », résume encore le responsable du pôle technique du Civa. Les difficultés d’approvisionnement en greffons rencontrées sur la campagne 2021-2022 plaident plus que jamais dans ce sens. Pour être éligible, une parcelle doit remplir certaines conditions, en plus d’être située hors de la zone AOC : « Elle doit être éloignée au minimum de 500 m, voire 1 km du vignoble et ne pas avoir porté de vignes. Nous serons attentifs à ce qu’il n’y ait pas de vigne ensauvagée, par exemple. » Une fois la parcelle retenue, le SPMC envisage deux scénarios selon la motivation du partenaire : soit il met simplement sa parcelle à disposition en échange d’un loyer, auquel cas le Civa prend en charge la plantation et délègue l’entretien à un prestataire ; soit il s’implique dans la culture et touche le revenu de la production de greffons. Dans ce dernier cas de figure, sachant qu’un hectare de vigne mère de greffons produit entre 270 et 450 fagots de 1 000 yeux à 30 € HT/fagot, il peut espérer une rémunération comprise entre 8 100 €/ha et 13 500 €/ha. « C’est une diversification possible pour une exploitation qui n’est pas forcément viticole mais qui est prête à investir dans un matériel adapté », souligne Arthur Froehly. Le SPMC ne fixe aucun minimum de surface, ni de limite de distance par rapport au vignoble. « Si des producteurs du Sundgau ou du Kochersberg sont intéressés, ce n’est pas un problème. Entre plusieurs candidats, le choix se fera en fonction de différents paramètres, notamment par rapport à la situation actuelle du parc de vignes mères et de la capacité des candidats à prendre en charge et entretenir les vignes. » Un protocole sanitaire à respecter Pour limiter le risque de contamination, ces candidats devront respecter un protocole sanitaire incluant, pour ceux qui cultivent déjà des vignes, le nettoyage du matériel avant l’intervention dans les vignes de production de bois ainsi que le port de vêtements et de chaussures dédiés pour éviter de transporter des larves d’insectes d’une parcelle à l’autre. « L’objectif est de produire des plants de qualité, sans risque de contamination, rappelle Arthur Froehly. C’est un projet de filière de bout en bout. » Pour les partenaires prêts à s’engager dans l’exploitation des vignes mères, les investissements seront partagés : « Le Civa fournira les plants de catégorie base issus de prémultiplication, sur la base d’un coût de 3,50 € à 4 € le plant. Le palissage sera pris en charge par l’exploitant, la rémunération lui permettra de couvrir l’investissement de départ. » L’équipement en filets paragrêle et en moyens de lutte antigel, pour sécuriser la production des plants de vigne, sera étudié « au cas par cas ». Le SPMC souhaite également développer les vignes mères bios afin de répondre à la demande de bois certifiés bio des pépiniéristes. L’idéal serait d’atteindre 50 % de la production en bio d’ici une dizaine d’années, tout en maintenant la coexistence avec un parc de vignes mères conventionnelles.  

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