Vigne

Cave historique des Hospices de Strasbourg

Des portes grandes ouvertes

Publié le 15/12/2022

Samedi 3 et 10 décembre, la cave historique des Hospices de Strasbourg a renoué avec ses traditionnelles portes ouvertes en présence des vignerons partenaires. Une chance de déguster les joyaux qu’elle recèle, de trouver des cadeaux à mettre sous le sapin ou de se faire plaisir. La cave sera encore ouverte ce samedi 17 décembre du 9 h à 16 h 30.

Après une année d’interruption, puis une année d’ouverture mais sans possibilité de déguster dans le respect des gestes barrières, les journées portes ouvertes de décembre de la cave historique des Hospices de Strasbourg renouent avec leur format traditionnel, et c’est un succès ! Entre les vieux fûts de bois tous plus joliment sculptés les uns que les autres, les dégustateurs se pressent. À la chaleur naturelle de la cave s’ajoute la chaleur humaine. Le contraste avec la morsure du froid extérieur est saisissant. Ajoutez à cela l’ambiance tamisée de l’éclairage sur les vieilles pierres, l’odeur si caractéristique des caves à vins, et vous obtenez une ambiance propice à la dégustation et aux bavardages. Les stands des vignerons sont pris d’assaut, mais en toute convivialité. Les vignerons sont heureux de faire découvrir leur travail à des visiteurs, tout aussi heureux de le découvrir. Certains viennent de loin (il suffit de tendre l’oreille pour entendre parler toutes sortes de langues différentes), d’autres de tout prêt. Comme un groupe de jeunes femmes, qui travaillent à l’hôpital, et qui ont appris l’ouverture des portes de la cave par la page d’accueil du site web de l’hôpital. Verre à la main, sourire aux lèvres, elles avouent ne jamais avoir visité la cave, et sont ravies de pouvoir le faire aujourd’hui. Sur le stand d’André Ruhlmann, vice-président de la cave, elles font partie des nombreuses personnes attirées par l’exclusivité du domaine, la cuvée Étoile de Rose, un pinot noir vinifié en blanc, à la jolie robe rosée, à la bouche soyeuse, délicatement sucrée tout en restant fraîche, qui en fait un vin « qui peut accompagner tout un repas », vante son auteur. La dégustation comme booster de ventes Face à l’affluence, Thibaut Baldinger, responsable de cave, essuie les verres qui sortent du lave-vaisselle à un rythme soutenu, mais sans se départir d’un large sourire : « Nous enregistrons une belle fréquentation. Nous sommes très contents. » La communication autour de l’événement a été discrète, mais efficace : « Nous avons un partenariat avec l’Office de tourisme de Strasbourg, qui nous envoie de nombreux touristes. Nous avons communiqué sur notre site internet, nos réseaux sociaux, et envoyé un mail d’invitation à notre fichier clients. Les vignerons partenaires ont fait de même avec leurs clients », indique-t-il. La possibilité de déguster sur place (ce qui normalement n’est pas le cas, ou de manière très limitée, pour des questions de licence) participe beaucoup au succès de l’événement. « C’est parce que les vignerons sont sur place que nous pouvons faire déguster, cela rassure les visiteurs dans leur acte d’achat, et cela se traduit par de très belles ventes. Le chiffre d’affaires classique d’une journée est doublé sinon quadruplé. » En atteste la longue file d’attente à la caisse, où les clients gardent toujours le sourire. Croisé sur le pas de la porte, un ancien stagiaire de la cave, aujourd’hui employé chez un viticulteur, venu donner un coup de main, glisse : « C’est plus un plaisir qu’un travail de venir ici avec les vignerons. »

Publié le 13/12/2022

En quelques années, le Bag-in-box (Bib) ou fontaine à vin a trouvé sa place auprès des consommateurs. Vendu sous l’appellation « vin de France », le breuvage élaboré en Alsace et conditionné dans sa poche en aluminium est en moyenne plus cher que ses concurrents d’autres régions. Il rencontre une clientèle essentiellement locale.

Proposé principalement en format de trois ou cinq litres, le Bib permet d’écouler des quantités de vin. C’est le premier argument que mettent en avant ceux qui l’ont adopté. C’est aussi ce qui a motivé à Daniel Ziegler, à Hunawihr, exploitant d’un domaine de 10 ha dont 3 ha sont livrés à une coopérative : « Je vendais une partie de mon pinot blanc au négoce. À partir de 2019, ce n’était plus intéressant pour moi. Les 30 hl que je vendais alors en vrac, j’ai décidé de les proposer sous un autre format. Comme le conditionnement en Bib n’est pas autorisé par le cahier des charges de l’AOC Alsace, j’ai décidé de l’appeler Incognito. » Le premier conditionnement est réalisé par un prestataire de Lorraine, habitué des vins de rhubarbe. « Aujourd’hui, je fais appel au même prestataire que pour la mise en bouteilles, Prestamise à Wettolsheim. » Médiatisé au départ, le lancement du Bib a fait venir une nouvelle clientèle au caveau de Daniel Ziegler. Celle-ci est restée fidèle. « Ce sont des personnes qui apprécient l’aspect pratique et écologique du contenant. Pour l’anecdote, ce peut aussi être un compromis dans un couple où la femme apprécie le blanc et l’homme plutôt le rouge. Ils peuvent ainsi varier les plaisirs sans avoir la « pression » de devoir vider une bouteille. » Mais pour le rouge, ses clients devront se fournir ailleurs : « J’ai fait un essai en pinot noir en 2020, mais vu la faible récolte de 2021, je n’ai pas poursuivi. C’est un secteur concurrentiel puisque des coopératives s’y sont mises. J’ai choisi un pinot auxerrois pur : un vin gouleyant et agréable à consommer. Je prévois un conditionnement en avril pour avoir de la disponibilité jusqu’à Noël. 2021 a été une bonne année, j’ai donc prévu 5 hl de plus en 2022. » Le vigneron propose deux tailles : trois litres (16,50 €) et cinq litres (21,50 €). Parmi les coopératives devenues adeptes, il y a l’Union Alliance Alsace (cave de Turckheim et cave du Roi Dagobert à Traenheim) et la cave Jean Geiler d’Ingersheim, notamment. « Pendant le premier confinement, nous avons remarqué la forte hausse des ventes de Bib en France, retrace Emmanuelle Gallis, directrice commerciale d’Alliance Alsace. Jusqu’alors, nous n’avions pas osé franchir le pas. Le projet a finalement été validé en juin 2020 et lancé en septembre. Nous avons créé un assemblage spécifique de pinot blanc et pinot gris qui n’existe pas en bouteille. C’est un assemblage sec et fruité, le plus adapté pour un Bib car il se prête à toutes sortes d’occasions (apéritif, repas, pique-nique…). Nous avons choisi le format de trois litres, vendu bien sûr comme vin de France. Le conditionnement se fait à Turckheim avec un mélange de vins des deux caves. L'« embibage » est fait cinq à six fois par an. Les ventes sont bien parties. Au bout de trois mois, nous avons décidé de compléter la gamme avec un pinot noir rouge et un pinot noir rosé. » La meilleure vente reste le blanc (50 %), le rosé et le pinot noir se partagent le reste du gâteau (25 % chacun). Les ventes sont réalisées pour moitié en grande distribution, pour moitié dans le réseau « classique » (caveaux, restaurateurs et grossistes). Les trois litres sont vendus 21,50 € pour le rosé et le rouge, 21,65 € pour le blanc. Les habitudes de consommation changent vite La cave Jean Geiler emboîte le pas en janvier 2021 pour le blanc, puis le rosé et le rouge au printemps de la même année. Gilles Meyer, directeur commercial, est « issu du monde la grande distribution » : « Je me rendais compte que l’on se privait d’une partie du marché. Le Bib représente autour de 40 % du marché vin en GMS. La pandémie a encore accentué cette part de marché. » La cave écoule 10 000 Bib en un an. « Le succès est là. Mais il est à pondérer car le Bib fonctionne bien là où le nom de Jean Geiler est connu. Dans les autres régions, nous sommes en concurrence avec des produits à des prix bien moindres. » Le format de trois litres est proposé à 13,95 € pour l’assemblage de blancs et 16,95 € pour le rouge et le rosé. Le prestataire réalise le conditionnement deux à trois fois par an. Là aussi les ventes se font autant en GMS qu’au caveau, auprès des cavistes et des grossistes. Pour développer encore davantage les ventes, Gilles Meyer compte sur la pédagogie : « Beaucoup de consommateurs associent les Bib à des vins de piètre qualité. Il faut sans cesse rappeler qu’ils peuvent aussi être synonymes de qualité, de praticité et de durabilité. Un Bib ouvert peut se conserver un mois. D’autre part, à l’heure où l’approvisionnement en bouteilles en verre est incertain, cela pourrait devenir une alternative nécessaire. » Pour les vignerons indépendants, la pérennité de ce conditionnement est parfois tendue après des années de petits rendements. À Châtenois, le domaine Edelweiss (18 ha) s’est lancé dans la vente en Bib en 2020. « Suite à deux ans de réflexion, nous avons décidé de proposer des Bib de trois litres issus d’un seul cépage blanc et un pinot noir rosé car on observait un engouement pour ce type de conditionnement et il y a peu d’offres en bio », rappelle Sylvie Blumstein. Le rosé a eu du succès, le blanc a été moins demandé. « Les habitudes de consommation changent vite ! » 90 % des ventes ont été réalisées au caveau auprès de la clientèle habituelle. Les 10 % restants sont partis auprès d’une grande surface avec laquelle le domaine travaillait déjà. « En 2021, la faible récolte ne nous a pas permis d’en refaire. Nous n’avons pas le projet d’en proposer avec le 2022, millésime qu’on préfère valoriser en bouteille. Mais pourquoi pas pour le millésime 2023 ? Ce conditionnement est intéressant à long terme à condition qu’il soit valorisé et donc qualitatif et non bradé par excès de récolte. Nous avons tout intérêt à mettre en avant notre savoir-faire à un prix rémunérateur. » Certains vignerons indépendants ont trouvé les volumes et les débouchés pour leur Bib mais préfèrent rester discrets pour ne pas alimenter la polémique autour de ce conditionnement non reconnu par le cahier des charges AOC.

Publié le 12/12/2022

L’École de management (EM) de Strasbourg est à l’initiative d’une formation sur la transmission et la reprise des entreprises familiales viti-vinicoles. Sa particularité : intégrer la dimension socio-émotionnelle de la transmission.

C’est une formation courte, de sept jours non consécutifs, qui débutera en janvier 2023 à l’École de management (EM) de Strasbourg. Elle est organisée par les chaires « Gouvernance et transmission d’entreprises familiales » et « Vin et tourisme » de l’établissement. Patrice Charlier et Coralie Haller, les porteurs de ces deux chaires, l’ont conçue en partant du constat que la transmission est une étape particulièrement délicate dans la vie des entreprises viti-vinicoles, qui sont majoritairement des entreprises familiales. Elle soulève des questions patrimoniales, juridiques, fiscales et comptables mais pas seulement : elle interroge également la légitimité du repreneur et intègre une dimension socio-émotionnelle souvent négligée dans les formations et dispositifs existants, relève Coralie Haller. Cette dimension socio-émotionnelle fait déjà partie des formations dispensées aux futurs jeunes repreneurs d’entreprises par l’école, tous secteurs d’activité confondus. De quoi s’agit-il au juste ? Lors de la conférence de lancement, en mai dernier à Strasbourg, plusieurs intervenants ont évoqué le cas de ces dirigeants qui, tout en prétendant vouloir se retirer, n’arrivent pas à décrocher. Quelle qu’en soit la motivation, l’envie de se maintenir complique la transmission et contribue à la retarder. Or, pour pouvoir se dérouler dans de bonnes conditions, celle-ci doit se préparer suffisamment tôt, souligne Patrice Charlier. Dans le Grand Est, seules 15 % des entreprises familiales agricoles ont un plan de transmission. Dans le cas où le chef d’exploitation a plus de 60 ans, le devenir de l’exploitation dans les trois années suivantes reste encore incertain pour 7 % d’entre elles. La formation montée par l’EM Strasbourg s’inscrit dans le contrat de filière viticulture de la Région Grand Est sur l’axe stratégique « compétitivité et durabilité des exploitations viticoles ». « Une épreuve ou un cadeau » Nicole Bott, du domaine Bott frères à Ribeauvillé, témoigne d’une transmission préparée et réussie. Avec son époux Laurent, elle a développé l’entreprise viticole qui compte désormais 18 ha, se consacrant notamment à développer l’export. Son fils Paul a repris le domaine en avril dernier avec sa compagne Gladys. Pour transmettre leur entreprise, elle et son époux ont fait le choix de « bien s’entourer ». Ils ont démarré les démarches en 2019, et ont mis trois ans à les faire aboutir, se demandant si cette étape était plutôt « une épreuve ou un cadeau ». « Pour réussir la transmission, il faut être décidé à transmettre, pas trop tôt, mais pas trop tard non plus, sinon le successeur n’a plus envie. » Nicole Bott estime nécessaire que les parents expriment leur confiance au jeune qui se destine à reprendre l’entreprise. « Il ne faut pas s’imaginer que les jeunes ne sont pas compétents, il faut leur laisser leur chance et les encourager, même s’ils se prennent les pieds dans le tapis. » Une fois la décision prise, un accompagnement s’impose. Nicole Bott recommande de faire appel à des professionnels : juriste, notaire, expert-comptable, banquier… Dans son cas, l’expert-comptable, qui connaissait aussi bien l’histoire familiale que les capacités financières de l’entreprise, a joué un rôle essentiel en aidant aux choix stratégiques. Le couple d’exploitants, qui a aussi une fille, tient à préserver l’équilibre familial. « Si à Noël, on ne se retrouve pas tous ensemble autour de la table, c’est que la transmission est loupée », résume la vigneronne. Les discussions avec les différents experts font émerger d’incontournables questionnements : faut-il tout donner ou seulement une partie ? Avec ou sans usufruit ? Favoriser le repreneur ou pas ? Comment partager le foncier ? Avec en arrière-plan la question centrale de savoir si le projet de reprise est « réalisable, finançable, viable ». Si tout le monde est d’accord - cela peut demander de revoir le projet à plusieurs reprises - vient le moment de la signature. « Avant de signer, on doute. Une fois que c’est fait, on ne doute plus, on est content que l’entreprise continue, on sait qu’on a fait du bon boulot », conclut Nicole Bott, reconnaissant que la finalisation de la transmission représente un intense moment d’émotion.

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