Publié le 30/11/2022
Depuis une dizaine d’années, les coffrets cadeaux centrés sur les activités ou les séjours autour du vin fleurissent. Devenir partenaire d’une marque, cela en vaut-il la peine quand on est vigneron ?
« Avec Wonderbox, vous êtes gagnant ! » Dans l’espace partenaires de son site internet, la société, qui se présente comme « le leader européen des coffrets cadeaux », met en avant les avantages à rejoindre son réseau de 9 000 partenaires. Pêle-mêle : une mise en avant gratuite toute l’année grâce aux coffrets et au site web associé, une distribution dans 5 000 points de vente, le recrutement d’une clientèle nouvelle susceptible d’améliorer le chiffre d’affaires, un partenariat « simple et sans contrainte » et une « autonomie totale dans la gestion des réservations ». Aucun frais d’engagement n’est demandé et les coûts de gestion sont « uniquement basés sur le business généré », précise Wonderbox. La société, comme d’autres acteurs du secteur (Smartbox Group notamment, avec les marques Smartbox, Dakotabox, Cadeaubox), surfe sur le succès des cadeaux « clés en main ». À la tête du domaine Thierry-Martin, à Wangen, Cécile Lorentz a été démarchée par Smartbox « il y a 4 ou 5 ans ». « Je proposais déjà une activité d’œnotourisme : une balade dans les vignes suivie d’une visite de cave avec des explications sur les travaux de la vigne et la vinification, ainsi que la dégustation de six vins avec leurs amuse-bouches », explique-t-elle. En commercialisant cette offre via Smartbox et les marques associées, elle a trouvé le moyen de la développer à une autre échelle que via son seul site internet et des flyers distribués localement. Et ce sans toucher au contenu de la prestation ni au prix : 16 €/personne pour une durée d’environ 2 h 30, qui lui sont reversés par Smartbox dans les deux mois suivant la visite (29,90 € sur le site Smartbox). « Ces box sont généralement offertes en cadeau. Ce ne sont pas forcément des Alsaciens qui les utilisent, mais des gens qui viennent passer un week-end dans la région et qui en profitent pour découvrir le vignoble. » La vigneronne tire un bilan positif de ce partenariat, qui débouche souvent sur la vente de bouteilles à l’issue de la visite ou plus tard. « Ceux qui viennent en Alsace par le train puis jusqu’au domaine par transport collectif repartent avec de petits colis, mais ils commandent du vin par la suite. Parfois, je les retrouve sur des salons. Quelques-uns sont devenus des clients fidèles que je revois tous les ans dans le Nord ou la région de Nantes. » Après le coup de frein lié au Covid, les visites ont bien repris en 2022. « Mais je me limite un peu », reconnaît Cécile Lorentz, qui ne peut s’y consacrer qu’en semaine et certains week-ends, faute de temps. Des visites chronophages Gérant du domaine Albert Klee à Katzenthal, Jean-François Klee a un avis plus tranché. Lui aussi contacté par Smartbox, qui cherchait des prestataires dans la région, il a signé pour des visites du domaine familial il y a sept ou huit ans. Il en a effectué pendant quelques années, avant de clore l’expérience : trop chronophage pour un vigneron travaillant seul et peu rémunérateur, dit-il, convaincu que les visites vendues par ce biais ne ramènent ni connaisseurs, ni clientèle fidèle. « J’y passais au minimum une heure, en faisant visiter les installations et en donnant toutes les explications pour au final, vendre moins de six bouteilles. Ce n’est pas comme ça qu’on gagne sa vie. Et pendant les visites, je n’étais ni à la cave ni à la vigne », rapporte le vigneron. Il regrette que le modèle développé par le spécialiste du coffret-cadeau bénéficie avant tout à ce dernier qui prend, selon lui, 30 % du prix de la prestation si ce n’est plus. Résultat : « Pour une prestation vendue 50 €, on nous reverse à peine la moitié. Les gens qui viennent au domaine s’attendent à recevoir plus pour la somme dépensée. Et comme ils ont déjà payé pour la visite, ils achètent peu de bouteilles voire pas du tout. » Au vu de ce constat, Jean-François Klee a limité son partenariat avec Smartbox à la vente à distance de coffrets cadeaux découverte de trois vins, à 49,90 €. « Cela reste de la vente promotionnelle, mais au moins, on s’arrange pour conserver une certaine rentabilité puisqu’on connaît le prix de nos bouteilles, du carton et de l’expédition et ce que Smartbox nous reverse. » Il vend ainsi une quinzaine de coffrets cadeaux par an, en essayant de se démarquer des offres concurrentes proposées sur le site par des assemblages et des cuvées spéciales. À Saint-Hippolyte, le domaine Sylvie Fahrer et fils est référencé chez Wonderbox et chez Smartbox depuis un peu plus de deux ans. Ce qui lui a permis d’améliorer la visibilité de son offre d’œnotourisme, disponible en parallèle sur son propre site internet : nuit en chambre d’hôtes, dégustation commentée de cinq ou six vins, dégustation gourmande (avec des amuse-bouches), visite de cave avec dégustation. « Smartbox et Wonderbox proposent des week-ends en amoureux ou des week-ends œnologiques en assemblant plusieurs de nos prestations. Ce sont eux qui composent les coffrets, on accepte d’y figurer ou pas », résume Natalia Umbrazun. « C’est une vitrine qui aide à se faire connaître au début, considère la responsable œnotourisme et commerciale du domaine. Mais ce n’est pas incroyable non plus. Aujourd’hui, nous sommes complets presque tout le temps. Nous commençons à nous retirer des box pour permettre à nos clients qui réservent en direct d’avoir des disponibilités. » Une façon d’éviter les commissions prélevées - Natalia Umbrazun confirme l’ordre de grandeur de 30 % - et les fastidieuses explications auprès des clients, dont les attentes, eu égard au prix des coffrets, peuvent s’avérer au-dessus des possibilités d’un domaine viticole.












