Vigne

Publié le 06/01/2017

À Dambach-la-Ville, Doris et Christophe Speitel ont surmonté plusieurs coups durs. D’innover dans leurs vinifications et la mise en avant de ces vins permet de relancer doucement leurs ventes en bouteille.

Le domaine Speitel existe depuis 1870. Quatre générations s’y sont déjà succédé. Mais sa surface reste modeste. Elle n’a augmenté que de quelques ares depuis 1991, l’année de l’installation de Christophe. Cette stabilité trouve son origine dans le montage imaginé au départ : le domaine ne fait alors qu’un avec un hôtel-restaurant qui va, au fil des années, jusqu’à absorber 40 % des vins produits. Ce courant commercial se maintient une fois que cet ensemble est scindé en deux entités. Mais il s’arrête brutalement en 2007 quand l’établissement de restauration ferme. « Nous avons immédiatement porté de un à quatre le nombre de salons auxquels nous participions » indique Doris Speitel. Avec Christophe, elle cherche à en fréquenter davantage. Pour l’heure, ces manifestations accueillent de 25 à 350 exposants. Trois sont en Belgique. La perte nette d’un débouché n’est pas la seule difficulté que le couple a dû surmonter dans sa carrière. Comme tout le monde, il a fait face à trois années de faible récolte. Si les sols argileux de plaine ont résisté, les terroirs granitiques, légers et filtrants ont souffert. Christophe et Doris récoltent en moyenne 49 hl/ha 2013 et 42 hl/ha en 2014. C’est encore pire en 2015 : 36 hl/ha à peine en raison de la grêle. « L’absence de sinistre nous avait incité à ne plus nous assurer. La perte est sèche » constate Christophe. Les huit lits de deux gîtes procurent certes quelques recettes et clients supplémentaires, mais pas assez. Alors, depuis deux ans, Christophe et Doris proposent des prestations de taille, de palissage et de liage. Dans le même temps, ils dynamisent leur carte de vins. Ils sélectionnent leurs « coups de cœur » personnels et les mettent en avant. Il y a par exemple un pinot gris 2015 passé en barrique et un pinot noir 2014 « authentique » car il n’a pas été filtré. « Nous ne voulions pas le dénaturer, lui enlever de la structure. C’est une première, mais certainement pas une dernière » explique Anthony, 23 ans, le fils du couple, salarié viticole sur un autre domaine de la commune, mais déjà fortement impliqué sur le domaine familial. Ces deux vins sont en tout cas bien accueillis. « Notre clientèle de particuliers a tendance à réduire ses achats en volume, mais demande davantage de bouteilles haut de gamme » note Doris. Pour continuer à approvisionner ce qui ressemble à un filon Christophe prépare un gewurztraminer 2016 barrique en plus d’une vendanges tardives 2015. Remettre le sylvaner sur la carte Christophe conduit en conventionnel ses vignes dont il alterne le rang enherbé tous les deux à trois ans. En 2013, 2014 et 2015, il contrôle l’herbe du cavaillon par un buttage/débuttage, mais en 2016, faute d’être suffisamment équipé, il revient au glyphosate sur une bande de quinze à vingt centimètres sur le rang. Il emploie de un à deux systémiques par campagne, le premier étant systématiquement positionné avant fleur. En 2016, Christophe a appelé le technicien qui suit le domaine au moins une fois par semaine. Il refait un systémique après fleur « pour sauver la récolte ». Sur l’ensemble de l’année, il sort huit fois son pulvérisateur, deux fois plus qu’en 2015. Christophe fait récolter mécaniquement les deux tiers de la surface. Il vinifie 70 % de ses raisins en sulfitant de 1 à 2 g/hl une vendange saine, qu’il enzyme ensuite avant un débourbage d’une trentaine d’heures. Il ne levure pas le moût car il estime que cette pratique donne « plus de diversité » à ses vins. Christophe les élève en cuves uniquement inox sur lies fines avec un objectif de 19-20° de température de fermentation. Si ce niveau est dépassé, il soutire 5 hl d’une cuve et les passe dans un tank à lait où ils sont refroidis en trois-quatre heures à 5° avant réincorporation. Les vins peuvent fermenter longtemps. Ils sont arrêtés en dessous de 1 000 et vinifiés en sec. La mise intervient entre avril et juin, mais peut aussi être décalée en septembre. Le couple a fait le choix de ne pas produire son propre crémant. Il achète des bouteilles nues à l’opérateur à qui il livre ses raisins. Le sylvaner est absent de la carte car sa parcelle est entièrement cédée en raisins. Mais Anthony ne désespère pas d’en refaire. Les viticulteurs misent sur l’augmentation de leurs ventes en bouteille. Pour cela, ils essayent de fidéliser leur client en réservant une attention à leurs clients fidèles (tablier, seau à glace, sommelier…), développer l’accueil de groupes, être visibles par leur site sur la toile. Il ne déplairait pas à Anthony de rejoindre ses parents, mais pour cela « il faudrait de un à deux hectares en plus ». Dans l’immédiat, le plus urgent est de combler le trou de trésorerie laissé par la grêle. Il est probable que le calendrier de vente du vrac, de 20 à 40 % selon le millésime, soit avancé en 2017.

Viticulture - Bilan 2016

Le plein, enfin !

Publié le 05/01/2017

Le vignoble respire. Il renoue avec un volume normal de vendanges propre à regonfler en partie ses stocks avec un millésime de vins plaisants et fruités.

2016 met du baume au cœur des viticulteurs alsaciens. Est-il besoin de rappeler que les trois millésimes précédents leur avaient fait faire la grimace du strict point de vue des disponibilités à vendre ? Rien de tel en 2016. Les vendanges confirment les bonnes impressions laissées par les tours de parcelles. La charge est bonne. Les raisins sont sains et nécessitent peu de tri. La profession doit cependant batailler pour parvenir à rentrer une récolte estimée à 1 180 000 hl à l’heure de la rédaction de ce bilan. Son adversaire porte un nom : mildiou. Le champignon a trouvé un allié de choix dans la météo de l’année. Entre janvier et avril, le vignoble doit boire jusqu’à 360 mm de pluies. De basses températures retardent d’abord le cycle végétatif. Quelques parcelles subissent des gelées blanches, d’autres sont grêlées parfois sévèrement par la suite. À partir de mai, la végétation pousse par à-coups et se fait toujours régulièrement arroser. La pluie et des températures toujours fraîches perturbent la floraison qui s’étale sur une quinzaine de jours pendant la deuxième quinzaine de juin. Au milieu de cette humidité et de températures supérieures à 11°, le mildiou se sent très à l’aise. Les viticulteurs sortent leur pulvérisateur de manière précoce et rapprochent les cadences. L’ennemi enchaîne trente-cinq cycles entre le 9 mai et début juillet ! Du jamais vu ! Mais, au même titre que l’oïdium, il est contrôlé dans la très grande majorité des cas à l’exception de quelques viticulteurs bio qui sont autorisés à acheter des raisins afin de pouvoir continuer à approvisionner leurs marchés. À partir de juillet, le champignon rend progressivement les armes. Le temps chaud et sec qui s’installe durablement début août et qui persiste ne constitue pas sa tasse de thé. Ce n’est malheureusement pas celle non plus des jeunes vignes et des sols légers qui souffrent de stress hydrique. Dans des situations limitantes, les rieslings sont les premiers à bloquer leur maturité. Une récolte étalée jusqu’en novembre Le ban des vendanges ouvre le 12 septembre pour le crémant et le 22 pour les AOC tranquilles. Mais la maturité des raisins n’est pas toujours celle escomptée ou requise par la réglementation pour pouvoir prétendre à l’AOC. Comme le beau fixe est de mise, les viticulteurs patientent. Le vignoble assiste à l’une des récoltes les plus étalées de toute son histoire. Elle s’éternise jusqu’en novembre, notamment pour certains gewurztraminers et rieslings. Quelques-uns parmi ces derniers tutoient seulement la barre des 11° et sont repliés en crémant. L’appellation prévoit de rentrer cette année un record de 280 000 hl de vins de base. À l’opposé, les vendanges tardives et sélections de grains nobles sont les parents pauvres du millésime. Face à des volumes de récolte suffisants pour faire le plein, certains viticulteurs tentent l’aventure malgré l’absence de botrytis et de passerillage. Le rythme des demandes de constat s’élève à peine à dix par semaine, cinq fois moins que dans une année « normale ». Au 9 décembre 2016, les revendications dans les deux mentions portent sur 4 237 hl presque six fois moins qu’en 2015 (23 742 hl) et encore moins qu’en 2014 (5 955 hl). Les 2 237 hl de gewurztraminer et les 1 925 hl du pinot gris constituent le gros des constats. L’essentiel des premiers est rentré en VT (2 214 hl) alors que le second se répartit entre VT (1 317 hl) et SGN (608 hl). Cette année, la part du muscat (46 hl) et du riesling (29 hl) sont anecdotiques. Des vins légers et fruités En cave, certaines cuves sont chaptalisées. Le millésime 2016 livre des moûts typés et francs avec des acidités tartriques très droites. Il s’annonce capable de produire tous les styles de vins avec une tendance pour les modes légers et fruités à l’image des sylvaners. Les crémants, les pinots gris et noirs paraissent être les premiers candidats pour faire partie des réussites de l’année. Dans tous les cas, cette vendange tombe à pic pour aider à reconstituer des stocks. L’Alsace en a perdu 200 000 hl sur les trois dernières années et le volume 2016 ne suffira pas à lui seul à remettre les pendules à l’heure. Un rythme de vente tombé à moins d’un million d’hectolitres Cette situation tendue en termes d’offre et de demande affecte directement le rythme de vente du vignoble. À fin septembre, il passe sous le cap du million d’hectolitres. Il descend à 977 765 hl sur douze mois en glissement. Ces ventes correspondent à 720 871 hl écoulés en France (- 5,7 % sur la même période 2015) et 256 894 hl à l’export (- 6 %). Le chiffre d’octobre baisse encore la performance d’un cran à 970 000 hl… Car faute de marchandise, les opérateurs délaissent des marchés. Ils se situent dans les pays proches, friands de vins à prix attractifs de type pinot blanc. En effet, sur janvier à septembre 2016, les ventes en Belgique et aux Pays-Bas s’écroulent de 23 % accentuant un mouvement déjà perceptible en 2015. Le Danemark et l’Allemagne se contentent d’un recul de respectivement 10 et 8,5 %. Pour l’Union européenne, la chute sur neuf mois est de 14 %. Deux bémols sont cependant à apporter à ce tableau : les ventes de vins d’Alsace progressent de 3,6 % sur pays tiers et elles y sont mieux valorisées de 6,7 %. La perte de chiffre d’affaires tout export se limite ainsi à 2,7 %. Le prix moyen y progresse de 3 %. Dans l’UE, celui des vins tranquilles s’apprécie de 8,7 % et celui du crémant de 4,1 %. Les producteurs d’effervescent maintiennent peu ou prou leur score de 35 millions de bouteilles vendues par an. Mais pour y parvenir, ils doivent puiser 3 millions de cols dans leurs stocks. La campagne vrac démarrée au 1er décembre 2015 est dans la droite ligne des ventes en bouteilles. Les volumes échangés sont en diminution de 17 % à fin octobre. A cette date, les prix demeurent encore relativement fermes. Mais ils décrochent sur la première quinzaine de décembre 2016. Le prix moyen par cépage recule de 8 à 13 % par rapport au constat durant la même quinzaine de 2015. La mercuriale du Civa publiée le 23 décembre repasse le sylvaner à 1,85 €/l (2,30 € fin octobre), le pinot blanc à 2,29 €, le riesling à 2,81 € alors qu’il était repassé au-dessus de 3 €. Les pinots noir et gris retombent respectivement à 2,93 et 2,82 €, le gewurztraminer de 4,20 € à 3,77 €. Reste à savoir si cette baisse et la soif de vins d’Alsace seront suffisantes pour que les metteurs en marché alsaciens retrouvent dans leurs ventes les volumes abandonnés depuis trois ans à la concurrence…

Interdiction d’épandages aériens de produits phytosanitaires

Les dérogations ne peuvent être envisagées que sur une période limitée

Publié le 03/01/2017

En date du 4 février 2016, le député-maire d’Altkirch Jean-Luc Reitzer a attiré l’attention du président de la République sur l’interdiction des épandages aériens de produits pharmaceutiques. Le 14 décembre 2016, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll, a répondu en rappelant que « la pulvérisation aérienne des produits pharmaceutiques est interdite. En cas de danger sanitaire grave qui ne peut être maîtrisé par d’autres moyens, la pulvérisation aérienne de produits pharmaceutiques pour lutter contre ce danger peut être autorisée temporairement par arrêté conjoint des ministres chargés de l’Environnement, de l’Agriculture et de la Santé. Ainsi, l’épandage aérien relève désormais d’une décision de niveau interministériel et non plus d’une décision préfectorale. Il s’agit d’une dérogation qui ne peut être envisagée que pour une période limitée, afin de lutter contre une menace grave ne pouvant être jugulée par d’autres moyens ». Une telle dérogation a ainsi été accordée par arrêté du 22 juin 2016 afin d’autoriser le traitement, avec certains produits, des vignes en pentes dans les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, pour lutter contre le mildiou. L’utilisation de drones pour l’épandage aérien est soumise au même dispositif légal.

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