Vigne

Publié le 27/01/2017

Le syndicat des domaines en biodynamie Biodyvin procure à la fois un cadre d’échanges, un appui technique et un levier promotionnel à ses adhérents. Olivier Humbrecht le préside depuis 2003.

Échanger entre collègues. Il y a quelque trente ans, un tel souhait est à l’origine des contacts que nouent une dizaine de viticulteurs biodynamiques venant d’un peu tous les vignobles de France. « À l’époque, des domaines connus étaient arrivés à la biodynamie car augmenter les doses pour ne pas améliorer la situation ressemblait furieusement à une fuite en avant. Ils s’interrogeaient sur les limites atteintes par la viticulture conventionnelle, sur des thèmes techniques comme le tassement des sols, la perte de biodiversité, le contrôle des maladies. Peu de monde parlait de la biodynamie et ceux qui le faisaient passaient pour être un peu loufoques. Il n’y avait pas d’école où apprendre et appliquer les principes de la biodynamie. Il n’y en a d’ailleurs toujours pas ! » lance Olivier Humbrecht, du domaine Zind-Humbrecht à Turckheim, qui a eu ce parcours et qui a découvert la biodynamie au cours de deux jours de formation. Au milieu des années quatre-vingt-dix, le groupe se structure sous l’initiative de François Bouchet, viticulteur et promoteur de la biodynamie. Le Syndicat international des vignes en culture biodynamique (SIVCBD), plus connu sous sa marque Biodyvin, est né. Son premier président est Marc Kreydenweiss, d’Andlau. Il passe la main à Olivier Humbrecht en 2003. Au départ, le syndicat augmente son nombre de membres par cooptation. Ce temps est révolu. Depuis 2002, la procédure a gagné en rigueur. « Il n’y a pas d’autre voie dans le monde actuel. Que l’on ait peu ou beaucoup d’antériorité, il faut prouver que l’on fait bien ce que l’on dit que l’on fait » insiste Olivier. Biodyvin exige sans surprise le respect de son cahier des charges. Il précise les produits interdits, tolérés et obligatoires (les préparats par exemple). Il est contrôlé par un audit annuel confié à Ecocert. En passant par le site ou en s’adressant à un membre du syndicat, tout candidat à l’adhésion doit se déclarer avant la fin février de chaque année afin qu’une sorte « d’état des lieux » soit dressé. Le domaine reçoit la visite d’un duo de membres du comité directeur de Biodyvin. Il présente le syndicat, discute avec le candidat de ses choix, l’encourage à dépasser ses (éventuelles) peurs et l’interroge sur ses motivations. « Si elles ne sont que commerciales, avec un respect a minima du cahier des charges, juste pour bénéficier d’un tampon, mieux vaut se serrer la main et en rester là. Il faut embrasser la philosophie anthroposophique, accorder de l’importance au respect de son environnement naturel et social, être curieux, vouloir se former, avoir l’objectif d’évoluer » signale Olivier. Être cohérent à la vigne, en cave et dans la bouteille Pour être admis au sein du syndicat, un domaine doit au minimum justifier de trois années de fonctionnement en bio (simple) et d’une première année de conversion à la biodynamie. Il doit présenter au moins trois cuvées, d’au moins trois ans d’âge à la dégustation qui clôt le processus conduisant à l’acceptation ou à l’ajournement d’une candidature. Ce rituel a généralement lieu à Paris, début juillet. « Nous sommes de huit à douze vignerons pour juger. C’est une dégustation un peu particulière. Nous ne nous prononçons pas sur les choix techniques qui ont été faits, mais nous évaluons s’il y a une cohérence entre les pratiques à la vigne et en cave et ce qu’il y a dans la bouteille. Nous cherchons des vins de haute qualité qui présentent une forte personnalité, qui restituent une forme d’énergie et les caractéristiques propres issues des éléments uniques qui composent chaque terroir. On fait de la bonne biodynamie quand on a un bon résultat dans la bouteille » indique Olivier. Tout nouvel adhérent assiste obligatoirement à une formation sur deux jours. « Une piqûre de rappel » commente Olivier. Aujourd’hui comme hier, le besoin de confronter ses expériences culturales et œnologiques demeure la principale motivation des domaines qui veulent intégrer le syndicat. « Y accéder est une forme de reconnaissance personnelle » reconnaît Olivier. C’est aussi une manière « d’affirmer ce que l’on fait ». Les domaines le disent d’ailleurs au consommateur. La marque est déposée, États-Unis et Chine exceptés. En 2007, Biodyvin crée son logo. Le temps de la démarche d’adhésion, le délai avant de pouvoir se revendiquer du syndicat et de pouvoir communiquer, amène à ce qu’il ne puisse pas figurer sur l’étiquette avant cinq ans. « Une partie croissante de la clientèle y est de plus en plus sensible. Je l’appose également. Comme notre domaine est connu, cela amène de la crédibilité à l’ensemble des adhérents notamment ceux dont l’appellation a moins de notoriété » estime Olivier. Le syndicat montre cette bannière à Prowein et à la Semaine des primeurs à Bordeaux. Il organise deux dégustations par an, l’une à l’issue de son assemblée générale, l’autre à Paris début novembre. En 2016, soixante domaines y ont présenté leurs vins et 850 visiteurs professionnels s’y sont déplacés !

Didier Pettermann, président du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace

Remettre le Civa au cœur du vignoble

Publié le 26/01/2017

Didier Pettermann nous a présenté en exclusivité pour la presse son projet stratégique pour le Civa. Après quatre mois de travail avec Gilles Neusch, directeur adjoint, il propose un changement de mode de gouvernance avec un objectif majeur pour le vignoble : faire de la valeur ajoutée.

Didier Pettermann revendique un changement de stratégie à 180 ° : « On ne fera plus ce que nous conseille de faire telle ou telle agence. Mais on regarde de quoi nos opérateurs ont besoin et on met en place les outils pour y parvenir. » Le regard porté par le nouveau président du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) est à la fois critique et volontariste. Le mode de gouvernance, et notamment l’alternance de président tous les ans, a conduit peu à peu le Civa à s’éloigner de la réalité des opérateurs. « Les salariés se sont retrouvés parfois coupés des besoins du terrain et les élus se trouvaient contraints de valider des choix stratégiques sur lesquels ils n’avaient pas de grande marge de manœuvre. » Or il fait le constat que tous les opérateurs, quelle que soit leur famille professionnelle, « souhaitent vivre décemment de leur métier et pouvoir un jour transmettre leur entreprise. Et pour cela nous devons faire de la valeur ajoutée, c’est notre principal objectif. » Le conseil de direction, centre névralgique Pour servir cet objectif, Didier Pettermann s’est astreint pendant les quatre derniers mois avec Gilles Neusch, directeur adjoint, à construire un projet stratégique. Désormais la seule instance décisionnaire sera le conseil de direction ; fini le bureau stratégique. L’organisation interne est restructurée autour de trois pôles : marketing et communication, intelligence économique, recherche et développement. Ces trois pôles s’appuieront sur un travail en commission qui associera élus représentatifs et experts dans les domaines concernés. Ces commissions élaboreront la feuille de route des priorités du vignoble à court, moyen et long terme (lire encadrés). À travers cette nouvelle organisation, Didier Pettermann souhaite améliorer l’efficacité technique et financière du Civa, en optimisant le fonctionnement à moyens budgétaires constants. Il souhaite également revoir la manière de coopérer avec les entreprises, les partenaires, les institutionnels. « Nous devons mieux communiquer et expliquer ce que fait le Civa. C’est pourquoi nous présentons nos actions depuis quelques mois dans la Revue des vins d’Alsace. Nous communiquerons également plus régulièrement dans la presse hebdomadaire : le Paysan du Haut-Rhin et L’Est Agricole et Viticole. Nous devons tourner la page et lever les crispations qui existent aujourd’hui dans le vignoble en redonnant tout son rôle à l’interprofession sans empiéter sur les champs de compétences des autres. » Bref, le président veut remettre l’église au centre du village et placer l’intérêt général du vignoble au-dessus des querelles. Un programme ambitieux à ne pas perdre de vue.

Publié le 20/01/2017

Le 28 janvier, Dominique Frey à Dambach-la-Ville accueillera le salon de l’association Patrimoine des terroirs, qui rassemble une trentaine de vignerons de onze régions.

En 2017, l’association Patrimoine des terroirs lance son premier salon itinérant chez Dominique Frey à Dambach-la-Ville. Il aura lieu le 28 janvier. La trentaine de vignerons de cette association tiendra donc salon sur le domaine, où déjà une cinquantaine de professionnels de la restauration et du vin ont réservé, et même des importateurs asiatiques. Patrimoine des terroirs a été créée par Céline Malfait et Alain Vautherot, deux amateurs de vin, qui ont lancé en 2006 l’idée de réunir différents vignerons de France, autour d’un même projet de mise en commun de commercialisation, représentation et distribution des vins, selon une stratégie marketing et un modèle économique imaginés par Céline. Si le projet a connu quelques difficultés pour réussir à agréger des vignerons qui n’ont pas toujours des objectifs similaires, depuis 2010, l’association Patrimoine des terroirs a véritablement pris son envol désormais. La charte qui régit l’association pose des valeurs de terroir, des pratiques environnementales qualitatives pas forcément labellisées bios, et s’adresse à des vignerons récoltants-manipulants. Mais après « un début un peu compliqué pour coordonner l’action, car certains étaient en attente de résultats rapides », explique Dominique Frey, aujourd’hui l’association réunit 30 vignerons de 11 régions viticoles, et propose « une gamme qui ne se fait pas concurrence », précisent de concert Alain et Céline. Un énorme potentiel de développement Le vigneron a un interlocuteur unique, Alain ou Céline. Il expédie ses vins sur la plateforme commune. De là repartent les commandes groupées et panachées de bouteilles. Ce qui représente un atout logistique considérable, « aussi efficace que ce que propose un négociant », explique le duo. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce ne sont pas les cavistes ou les restaurateurs français qui ont jusqu’à présent profité de ce service unique d’être approvisionné sur la base d’une carte de 30 domaines viticoles de 11 régions différentes. Le succès vient notamment de l’étranger : en 2016, l’association a commercialisé 220 000 bouteilles, soit une progression de 156 % par rapport à 2014. Dont 80 % d’exportation en volume, mais 45 % en nombre de commandes. Du panachage de gros volumes pour l’export et du panachage de petits volumes en métropole ou en Europe, pour résumer. Ce qui prouve par ailleurs qu’il y a dans cette association un énorme potentiel de développement, tant sur le marché intérieur, avec des acheteurs qui n’ont pas encore pris conscience de l’intérêt du service logistique, que sur le marché export en croissance organique. Selon Céline Malfait, c’est « la politique commerciale adaptée, bien définie et bien ciblée sur les vins de terroirs de vigneron indépendant », qui explique cette réussite. « Il n’y a pas de vins de marque. » L’association est également présente et représentée par ses vignerons sur les différents salons européens Prowein, Vinexpo, Vinisud : « Nos frais sont mutualisés. Cela nous permet d’y avoir une certaine visibilité en étant présents sans payer plein pot, explique Dominique Frey. Chacun se rend selon ses compétences, sur l’un des salons. Nous, nous parlons allemand, et donc c’est Prowein. »

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