Vigne

Publié le 26/12/2016

Les vignerons de l’association Vignes Vivantes s’alarment de la perte de diversité génétique intra-variétale des vieilles souches de vignes, sous l’effet conjugué de la restructuration du vignoble et de l’absence de dispositif conservatoire de ces anciennes variétés des cépages alsaciens

« Nous observons actuellement beaucoup d’arrachage de vieilles vignes. Souvent la décision est prise assez subitement. Les bois sont définitivement perdus », s’alarment les vignerons de l’association Vignes Vivantes. Or, ils sont la mémoire d’une « diversité intra-variétale », explique Vincent Fleith. Le vignoble alsacien connaît actuellement une forte restructuration de son parcellaire, impulsée par la concentration des exploitations viticoles et par les aides européennes fléchées par FranceAgriMer vers la rénovation des vignes en sélections clonales exclusivement. Ainsi, les vignes de plus de 60 ans sont arrachées, emportant avec elles des trésors de diversité génétique acquise au fil des siècles, pour laisser place à des sélections clonales. Une soirée débat était proposée à la Maison des vins d’Alsace par le président de l’association Vignes Vivantes, Matthieu Boesch. Les bienfaits de la diversité génétique Si la sélection clonale offre une certaine garantie sanitaire en matière de virus, les vignerons de l’association Vignes Vivantes souhaitent pour leur part recourir à la sélection massale et donc à plus de diversité génétique à l’intérieur d’un même cépage. Cette sélection massale contribue au final pour chacun à affirmer sa stylistique de vins qui est l’un des piliers de la réussite commerciale du domaine viticole. Et la diversité génétique est selon eux un bon moyen de lutter ou tout du moins d’atténuer les effets des multiples maladies à dépérissement qui guettent la vigne actuellement. Disposer d’une plus grande diversité en ressources génétiques permet en outre de mieux se prémunir face aux accélérations du changement climatique. Et les vieux bois de porte-greffe D’où l’idée de préserver les génétiques des vieilles vignes plantées à une époque où la sélection clonale n’existait pas encore. Pour conserver cette diversité génétique, l’idée consisterait à inventorier les vieilles parcelles du vignoble et à systématiquement prélever des bois pour les cultiver en pépinière conservatoire. Une pratique conservatoire qui serait également nécessaire pour les vieux bois de porte-greffe, estiment les vignerons. Cette approche conservatoire a déjà été mise en œuvre à des échelles plus collectives dans le vignoble par les vignerons de Scherwiller, explique Yves Dietrich. Les vignerons du cru ont constitué en commun une parcelle conservatoire des vieilles souches de riesling, « car nous manquons de ressources génétiques en riesling pour nos sols les plus pauvres ». Même approche avec le Ceta viticole, explique Frédéric Schwaerzler ; les vignerons ont procédé à une sélection massale de Bergheim à Ammerschwihr, mais avec cependant le souci sanitaire d’ôter tous les plants porteurs du virus du court-noué et de l’enroulement. Des sélections locales pour des usages locaux Lors de ce débat, la trentaine de vignerons a alors écouté le pépiniériste Christophe Hébinger, bien connu pour proposer des sélections massales. Lequel défend l’idée que tous les virus ne sont pas systématiquement néfastes à la vigne, que certains contribuent à l’expression de la qualité et qu’il y a un équilibre viral. Notion pour l’heure difficile à faire admettre par les autorités sanitaires préoccupées par les risques de multiplication de viroses pathogènes. C’est pourquoi, le pépiniériste d’Eguisheim propose aujourd’hui trois types de sélections ciblée, parcellaire ou conservatoire, privées. Chaque vigneron peut engager un processus d’affirmation de sa propre génétique. Avec une diversité des géologies et des climats extrêmement affirmée en Alsace, les vignerons ressentent qu’il est hasardeux d’imposer un même (ou quelques) couple(s) porte-greffe - clone sur des terroirs aussi variés que des lœss, argilocalcaires, schistes, ou granitiques… D’où cette idée de retour à des sélections ciblées pour des usages plus locaux, et surtout adaptées au terroir, au microclimat et au style de vin, tant d’ailleurs pour les bois de greffon que pour les bois de porte-greffe. Une manière de revenir finalement à des sélections plus locales, « comme le faisaient nos anciens », observent les vignerons.

Confrérie Saint-Étienne

Premier chapitre en Irlande

Publié le 23/12/2016

Pour la première fois depuis 1966, une délégation officielle de la confrérie Saint-Étienne d’Alsace s’est rendue en Irlande pour rencontrer la presse gastronomique et tenir le premier chapitre de son histoire dans ce pays qui compte de plus en plus d’amateurs de vins d’Alsace.

Quatre membres du Grand Conseil se sont déplacés du 18 au 22 novembre en Irlande : le Chancelier-Receveur, Jean-Paul Goulby, le grand maître 2016, David Ling, le grand maître 2017, Pascal Schultz, et le héraut, Jean-Louis Vézien, accompagnés par le délégué général, Éric Fargeas. Un chapitre haut en couleur Un dîner-dégustation convivial pour 27 journalistes et amateurs de vins a eu lieu au restaurant King Sitric à Howth, petit port de pêche non loin de Dublin, réputé meilleur restaurant de poissons en Irlande. Le chef-propriétaire, Aidan MacManus, ancien élève de la famille Haeberlin à l’Auberge de l’Ill, a préparé un menu de toute beauté à base de l’arrivage du jour : crevettes, crabes, grondins, palourdes et turbot sauvage… Le tout accompagné de six vins d’Alsace tirés de la carte du restaurant et de deux rieslings spécialement extraits de l’œnothèque de la confrérie, un 1996 de Thann et un 1976 de Wintzenheim, qui ont également enchanté les convives. Une journée a été consacrée à la découverte de Dublin, avec une visite technique de la légendaire brasserie Guinness, une dégustation commentée de whiskey irlandais et un dîner au restaurant Chapter One (1 macaron Michelin) qui possède une très belle carte de vins d’Alsace, son chef-propriétaire, Ross Lewis, étant un grand amateur de vins secs et gastronomiques. La délégation a ensuite pris la route pour Barberstown Castle, à 30 km au nord de Dublin, un château de XIIIe siècle transformé en hôtel de luxe par son propriétaire, Ken Healy, qui a été élu en 2014 le meilleur château-hôtel en Europe. Le décor médiéval, le feu des cheminées et la lumière des bougies ont offert un cadre magique aux cérémonies de la confrérie Saint-Étienne. La dégustation solennelle, conduite par David Ling, a permis à douze amateurs irlandais de rejoindre les rangs des confrères au grade d’apprenti. Ivan Healy a été élevé au grade de maître, avant d’être intronisé solennellement délégué de la confrérie Saint-Étienne pour l’Irlande. Ivan, avec le concours de son épouse alsacienne Céline, et d’Aidan et Joan MacManus, a tout mis en œuvre pour que ce premier chapitre en Irlande soit un succès mémorable, haut en couleur. Un banquet de légende Quatre grandes figures de la gastronomie irlandaise ont été également honorées : Aidan MacManus, Ross Lewis, Ken Healy et Hazel Allen (de Ballymaloe House), comme consœur et confrères sénéchaux et confrère œnophile. Joan MacManus et Denis Broderick ont été intronisés apprentis d’honneur pour leur engagement envers les vins d’Alsace. La séance solennelle a été clôturée par la traditionnelle harangue de Jean-Louis Vézien sur l’universalité de l’Alsace et de l’Irlande et les liens surprenants entre l’Irlande et les vins d’Alsace. La soirée s’est terminée par un magnifique banquet de style irlandais - avec le fromage servi après le dessert - parfaitement accompagné par des vins d’Alsace, dont certains ont été offerts par des confrères producteurs et d’autres extraits de l’œnothèque de la confrérie Saint-Étienne. À la fin du repas le chef du château, Bertrand Malabat, Français originaire de Dax, a été intronisé confrère sénéchal en hommage à ce banquet de légende qu’il a créé et réalisé. La nouvelle délégation de la confrérie Saint-Étienne d’Alsace en Irlande projette déjà d’organiser d’autres événements sur place et de se rendre en Alsace en 2017 pour les 70 ans de la confrérie, l’occasion pour les grands amateurs irlandais de découvrir le château de la confrérie, la richesse unique de son œnothèque et tous les attraits du vignoble d’Alsace.

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