Publié le 18/12/2016
La cuvée Frédéric Émile est depuis un peu plus de cinquante ans LA signature de la maison Trimbach à Ribeauvillé. Voici comment est né le millésime 2008.
LE TERROIR. La cuvée Émile n’est pas le produit d’un, mais de deux terroirs, deux grands crus : le Geisberg et l’Osterberg. Les deux se partagent un sous-sol marno-calcaro-gréseux qui ne connaît pas le stress hydrique. Le premier s’étend en terrasses sur 8,53 ha et s’expose plein sud entre 250 et 320 m d’altitude. La roche peut y affleurer. La plupart du temps, il faut y traiter au pistolet, palisser et rogner à la main. C’est un terroir opulent. Le second couvre 24,60 ha et s’étage entre 250 et 350 m vers le sud avant de revenir vers l’est. La couche marneuse y est plus marquée. Tous les travaux y sont mécanisables. C’est un terroir racé. Dans ces deux terroirs voisins, les vignes en place dont les plus anciennes ont été mises en terre en 1941, affichent une densité de 5 000 à 5 500 pieds/ha. Les nouvelles sont plantées à 6 000 voire 6 500 pieds/ha. « Pour qu’elles portent moins. Même si cela donne plus de travail » précise Pierre Heydt-Trimbach. Le Geisberg porte les vignes les plus âgées : cinquante ans en moyenne, celles de l’Osterberg oscillent entre trente et quarante. Huit de ces parcelles, de 28 à 65 ares, fournissent les raisins de la cuvée. LA CONDUITE. Les vignes en guyot double reçoivent si nécessaire un volume de compost à base de fientes de volaille dosé selon les carences vérifiées par analyse de sol. Elles sont enherbées tous les rangs si le terrain n’est pas mécanisable. Dans le cas inverse, elles ne le sont le plus souvent qu’un rang sur deux, alterné tous les trois à cinq ans en fonction de la vigueur de la plante. Elles sont bêchées en automne/hiver, griffées plusieurs fois en été pour maintenir le rang à peu près propre. L’herbe est contrôlée par fauchage. Une charrue à disques peut être passée pour aérer le sol et permettre à l’eau de s’infiltrer. Les désherbants ont cédé leur place à la débroussailleuse ou à l’interceps qui interviennent régulièrement sur le cavaillon pendant trois mois lors d’une année classique. L’insecticide a été remplacé par la confusion sexuelle depuis plus de vingt ans. Les produits systémiques en encadrement de la fleur sont évités depuis six ans. « La conduite évolue de plus en plus vers le bio, mais sans revendication officielle » avoue Pierre. Une raison supplémentaire pour accorder une attention particulière au palissage. « Il faut obtenir une bonne circulation de l’air et des grappes dégagées pour que cuivre et soufre les atteignent facilement. Je n’hésite pas à embaucher des saisonniers pour que les travaux en vert ne prennent pas de retard ». Comme le millésime 2008 a été assez froid, il n’a pas posé de problème insurmontable. À la récolte, les raisins présentaient un bel état sanitaire. En 2008, les différentes parcelles qui ont fourni quatre lots à leur arrivée en cave ont toutes été rentrées en octobre : le 14 à 12,3°, le 17 à 12,5° et le 21 à 12,1° dans l’Osterberg, le 24 à 12,1° dans le Geisberg. « Un vin qui n’a pas fini d’évoluer » LA VINIFICATION. « L’assemblage de grands crus est le principe de la cuvée Frédéric Émile. C’est la ligne directrice qui permet de respecter un certain style avec l’Osterberg qui a un côté tendu, davantage porté sur l’acidité, et le Geisberg, plus riche, plus gras » explique Pierre. La vendange de chaque parcelle a été chargée sur des pressoirs de 40 ou 80 hl par une pompe de gros diamètre qui laisse 90 % des baies intactes. « Je ne suis pas un fou furieux des raisins entiers. Les problèmes de fermentation viennent souvent du fait qu’il n’y a pas assez de bourbes » complète Pierre. Le pressurage dure trois heures à une pression maximale de 2 bars. Les jus s’écoulent par gravité. Ils ont été sulfités à 3 g/hl en sortie de pressoir et centrifugés dans la foulée pour ressortir à une turbidité d’environ 150 NTU. Ils ont été levurés à 10 g/hl avec une sélection Alsace. Un premier lot a fermenté deux semaines, deux autres pendant trois semaines et le dernier pendant un mois, tous à une température de 20°. « Plus froid, la fermentation est trop lente, plus chaud, elle est trop rapide et conduit à une perte aromatique » estime Pierre. Tous les lots ont été arrêtés à 992-993. Un second sulfitage de 4 à 6 g/hl a été pratiqué au premier soutirage. Les lots sont restés deux mois sur lies fines. Le deuxième soutirage a eu lieu le 26 janvier 2009. Les lots ont été, et filtrés et sulfités à 4 g/hl. Par « mesure de prudence », un pré-assemblage a eu lieu. « Un test valide ou non l’idée que je me fais dès la récolte de l’assemblage final » indique Pierre. En 2008, celui-ci est intervenu le 24 février. La mise a eu lieu en avril. 1 g/hl de SO2 a été rajouté. Plus de la moitié des bouteilles ont été bouchées avec un liège haut de gamme en 4924 provenant de plusieurs fournisseurs. LE VIN. Sept ans après la mise, la cuvée Frédéric Émile 2008 présente une belle robe jaune pâle. Son nez, typique de l’année, restitue le côté minéral, pierre à fusil et silex de ses terroirs d’origine. Ce millésime qui a d’abord été empreint d’une acidité sévère, s’est aujourd’hui assagi. Il vient seulement d’être rajouté au tarif, contrairement au millésime 2009, plus précoce. Au palais, ce vin gras, restitue sa matière complexe. Son côté salin l’aide à prolonger sa longueur en bouche. « Il n’a pas fini d’évoluer » affirme Pierre. Ce 2008 est appelé à se marier à tous les poissons nobles à belle chair servis en sauce comme un turbot ou un saint-pierre, et pourquoi pas les huîtres. Le guide Bettane & Desseauve lui a accordé la note de 20/20. Une forme de récompense posthume pour Frédéric Émile, l’arrière arrière grand-père de Pierre Heydt-Trimbach, dont il a hérité du nom.












