Publié le 14/02/2017
Les chercheurs s’efforcent de percer les inconnues qui régissent la prolifération des champignons à l’origine de l’esca, du BDA, de l’eutypiose… De nouvelles pistes ont été présentées à la session de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) le 26 janvier à Ostheim.
Et si la solution aux maladies du bois venait de l’arsénite de soude ? Non pas de son utilisation au vignoble puisque le produit est interdit depuis 2001, mais de son mode d’action ? Les chercheurs cherchent à comprendre ce mécanisme afin de l’imiter. Mais d’abord, que sait-on de la stratégie des champignons qui colonisent le pied jusqu’à provoquer sa mort ? Tout part de l’inoculum présent en surface des rameaux et du courson. La pluie qui éclabousse la végétation favorise sa propagation. Il se concentre et infecte les ceps par les plaies de taille et en vert à partir de la floraison jusqu’à la véraison. « La répétition de ce cycle chaque année affaiblit progressivement les souches. L’agressivité de l’inoculum, sa quantité, les conditions climatiques jouent un rôle important dans l’expression des symptômes. Les paramètres qui entrent en jeu sont multiples et rendent le problème très complexe à traiter. L’arsénite de soude réduit l’inoculum, se diffuse dans l’amadou et les parties nécrosées du pied. L’enjeu est aujourd’hui d’identifier les pratiques culturales, les techniques de taille, bref tous les facteurs qui peuvent renforcer les défenses de la plante » résume Philippe Larignon de l’IFV Rhône Méditerranée. Une enquête sur les pratiques qui ont cours dans les vignobles d’Europe montre que les viticulteurs préfèrent, dans l’ordre, arracher les pieds morts, recéper, broyer les bois ou les exporter pour limiter l’inoculum. La taille respectant les flux de sève, la protection des plaies au moyen d’une barrière physique sont assez répandues. Le surgreffage et le curetage restent anecdotiques. D’autres initiatives veulent endiguer le phénomène. Dans le Sancerre, la Sicavac attaque le problème sous l’angle du matériel végétal issu de la sélection massale. Ce service interprofessionnel de conseil a établi un strict cahier des charges, notamment l’élimination des bois du moindre cep douteux, pour maîtriser tout le cycle de production. Il attend la livraison des premiers greffés-soudés au printemps 2018. Les pépiniéristes ont testé la désinfection des plants et le traitement à l’eau chaude (TEC) pour produire des plants indemnes de champignons. Résultat : si le TEC est efficace sur le coup, la recontamination est rapide. « Réduire la différence de résistance aux maladies du bois au seul matériel végétal, qu’il soit ancien ou récent, est une énorme erreur de méthodologie » prévient Olivier Yobregat, de l’IFV Sud-Ouest. Curetage physique, curetage chimique L’IFV Alsace mène depuis 2015 dans la plaine de Colmar un essai de curetage sur une parcelle de riesling plantée en 1978 sur un porte-greffe 3309 C. Elle est enherbée un rang sur deux, avec un cavaillon travaillé depuis 1998. Elle n’a jamais été traitée à l’arsénite. La comparaison porte sur des souches avec symptômes qui ont été curetés en janvier 2015 et des souches avec symptômes qui ne l’ont pas été. En 2016, 8,9 % des pieds traités ont exprimé des symptômes contre 15,7 % aux témoins non curetés. Si la différence de poids de raisins à la récolte 2015 n’a pas été significative, il en est tout autrement en 2016. Les pieds sains curetés ont produit 3,46 kg de raisins contre 2,42 kg aux pieds malades curetés, 2,36 kg aux pieds sains non curetés et 1,51 kg aux pieds malades non curetés. Comptez également avec un temps de travail d’environ cinq minutes par pied cureté, soit une trentaine d’heures/ha. À l’Université de Haute-Alsace, Christophe Bertsch et ses équipes envisagent une double piste : préventive et curative. Leur première idée a été de remplacer le tronc du cep dans lequel les champignons prospèrent, par un bois résistant emprunté à vitis sylvestris, autrement dit la vigne sauvage. « C’est une ressource génétique extraordinaire. Vitis sylvestris possède des molécules de défense très élaborées qui réagissent très vite à l’arrivée des pathogènes » signale Christophe Bertsch. En pratique, on aboutit à des pieds constitués de trois greffes (porte-greffe, vitis sylvestris et cépage). L’UHA a testé 180 génotypes et en a retenu trois dont un qui présente en plus la particularité d’être résistant à l’oïdium. Les premières greffes ont eu lieu et elles fonctionnent. La piste curative concerne les pieds en place. Il s’agit d’utiliser une perceuse à mèche creuse pour injecter des antifongiques qui constitueront dans le cep un cataplasme à diffusion très lente. Ce « curetage chimique respectueux de l’environnement » comme le définit Christophe Bertsch suppose comme préalable d’identifier les protéines sur lesquelles se fixe l’arsénite et de mettre au point des molécules programmées pour atteindre la même cible tout en se montrant moins toxiques.












