Vigne

Publié le 08/03/2017

Les trente acteurs du projet transfrontalier InvaProtect, créé en 2016 pour trouver des moyens de lutte contre les nouveaux bioagresseurs invasifs dans le Rhin supérieur, se sont réunis le 23 février pour leur dernière séance plénière. La fin de leurs travaux est prévue pour 2018.

Pas de frontières pour les bioagresseurs. Qu’ils se nomment Drosophila suzukii, flavescence dorée, punaise diabolique, cicadelle de la vigne ou sharka, ces organismes constituent un problème de plus en plus inquiétant pour les vergers et les vignes du Rhin supérieur. Qu’on soit en Alsace, en Allemagne ou en Suisse, le phénomène se mesure avec la même intensité jusqu’à provoquer des dégâts parfois considérables. Les pertes de récolte des fruits à noyau et de raisins liées à la Drosophila suzukii en 2014 sont encore dans toutes les mémoires. Afin de ne plus revivre des épisodes aussi douloureux, le projet transfrontalier InvaProtect a vu le jour en 2016, sous l’impulsion du LTZ-Augustenberg, afin d’étudier les moyens de lutte « durables » contre ces bioagresseurs invasifs, avec une attention toute particulière portée à la drosophile. Trente partenaires d’Alsace, de Suisse et d’Allemagne se sont réunis afin d’aboutir à un concept global de conseils de lutte à l’attention des acteurs concernés dans la région du Rhin Supérieur, sur la base de programmes de mesures de lutte intégrée spécifiques aux cultures. Leur dernière session plénière s’est déroulée le 23 février, dans les locaux de la Chambre d'agriculture d’Alsace à Sainte-Croix en Plaine. Une réunion entièrement bilingue qui a permis aux intervenants de partager leurs travaux, menés pendant un an. Ce projet transfrontalier a été amplement salué par Jacques Cattin, élu à la CAA, conseiller régional du Grand Est, mais « surtout viticulteur », comme il a tenu à le rappeler. « Les producteurs comme moi ne veulent plus revivre des moments aussi difficiles qu’en 2014. C’est pourquoi la profession agricole apprécie particulièrement que des experts de trois pays unissent leurs efforts pour établir une stratégie de lutte efficace. » Pour y parvenir, ces spécialistes disposent d’un budget de 4,2 millions d’euros, dont un soutien de 2 M€ du Fonds européen de développement régional (Feder) via le programme de coopération transfrontalière Interreg V Rhin supérieur. La fin des travaux est prévue pour 2018 avec - tout le monde l’espère - des solutions concrètes pour lutter contre ces bioagresseurs invasifs.

Syndicat viticole de Colmar-Houssen

Le vignoble et ses fléaux

Publié le 07/03/2017

Les viticulteurs du syndicat viticole de Colmar-Houssen s’inquiètent d’une hausse importante de foyers de mildiou dans le vignoble et de pieds morts, qui pourraient avoir d’importantes conséquences économiques à l’avenir.

Après trois faibles récoltes, l’année 2016 a permis de reconstituer les stocks et de faire le plein dans les caves. Une récolte qualitative et quantitative qui fait du bien et qui doit permettre à la profession viticole de repartir de l’avant. Néanmoins, « la viticulture alsacienne a connu, entre avril et juillet 2016, la pire attaque de mildiou de ces dernières décennies. Les pluies de printemps ont favorisé l’explosion de la maladie. Certaines exploitations ont subi de lourdes pertes. Et personne n’a été épargné. Que ce soit en conventionnel ou en conduite biologique, la pression a été telle, que nous avons pratiquement dû effectuer un, voire deux traitements par semaine pour essayer de contenir ou d’enrayer la maladie. Cela a généré des angoisses, car le stress hydrique a fait son apparition avec un risque important de blocage de maturité. Qui s’est avéré dans les parcelles chargées et faibles. Par ailleurs, la flavescence dorée a fait son apparition dans le secteur de Turckheim. Mais, ce sont surtout les maladies du bois qui se sont exprimées, nous rappelant que notre vignoble est en grand danger. Certaines parcelles affichent jusqu’à 20 % de pieds morts ! », a expliqué le président du syndicat viticole de Colmar-Houssen, André Ducros, lors de l’assemblée générale mercredi 22 février à la Maison des vins d’Alsace à Colmar. Attention au mildiou Michel Fritsch, gérant de l’entreprise AB2F à Kientzheim, a rappelé que la forte pluviométrie des premiers mois de 2016 a eu pour conséquence une sortie précoce de mildiou dès le mois de mai. La semaine de pluie au moment de la pleine fleur n’a pas amélioré la situation. « Du coup, il y a eu une explosion des grappes touchées à partir de fin juin. Avec l’humidité permanente du mois de juillet, la maladie s’est propagée. » « Le mildiou de 2016 n’aura aucune répercussion sur l’année à venir, » assure Michel Fritsch. « Il convient en revanche de bien surveiller les parcelles, et surtout, de toujours intervenir de manière préventive. Il faut bien traiter, dans de bonnes conditions et en respectant les bonnes pratiques agricoles », prévient-il. Sur la stratégie à mener en 2017, « pour celles et ceux qui sont en conventionnel, il faut démarrer les traitements dès l’apparition des premières tâches, avec des produits comme Éperon ou Aviso par exemple. Il faut également respecter les cadences et l’alternance des familles. Pour celles et ceux qui sont en bio, il faut tenir compte de la maturation des œufs d’hiver, des premières pluies contaminatrices, des temps d’huméfaction des feuilles, des conditions d’application et de la date d’intervention avant et après les pluies. Enfin, en règle générale, il faut toujours traiter avant les pluies, et savoir que quand on voit la tâche, elle a déjà 7 à 10 jours ». Les professionnels se sont par ailleurs inquiétés de la valorisation des vins d’Alsace. « Le projet de l’Association des viticulteurs d’Alsace de réserve qualitative va dans le bon sens. Il s’agit de sécuriser les ventes, afin d’éviter une trop grande disparité des prix en cours de saison. Le principe est de pouvoir garder les excédents d’une récolte abondante au lieu de les détruire, pour pouvoir ensuite les réinjecter sur le marché en cas de récolte déficitaire », a souligné André Ducros. Il s’agace par ailleurs de la circulaire de FranceAgriMer et des Douanes refusant d’ouvrir le dispositif aux viticulteurs alsaciens sinistrés par les épisodes climatiques pour acheter des raisins et du moût au motif que ce sont des aléas sanitaires. « Donc, directement liés aux démarches environnementales et à l’utilisation de produits de traitement naturels. Une belle douche froide et une démonstration éclatante du double langage de nos ministres qui autorisent en paroles, mais qui interdisent dans les faits. Ce sont surtout les entreprises engagées dans une démarche environnementale forte qui ont été lésées par cette circulaire. Et parallèlement, un arrêté préfectoral interdit l’épandage de produits phytopharmaceutiques dans les vignes à proximité d’écoles, d’un périscolaire ou d’une manifestation sportive. On nous dit que c’est l’image de la viticulture et de l’agriculture qui est en jeu. Un nouveau double langage. Où est la cohérence ? Où est la vision globale ? » Une zone de non-droit L’assemblée générale a également permis d’évoquer des dossiers syndicaux : Plan local d’urbanisme, lutte contre les étourneaux, hiérarchisation, irrigation et stress hydrique sans oublier les accès et les nuisances dans le vignoble colmarien. « Nous sommes au bord de l’implosion. Notre vignoble devient une zone de non-droit abritant toutes sortes de trafics et de plus en plus de filles de joie. Ces dernières drainent une clientèle de plus en plus nombreuse qui sillonne notre vignoble sans aucun respect ni règles. 2017 devra donc être l’année du changement. Avec toutes les instances concernées, nous devrons trouver et mettre en place des solutions aptes à régler définitivement ces problèmes. Le vignoble de la Harth est notre outil de travail, notre usine, notre bureau. Pouvons-nous, nous, pénétrer dans une usine et nous y promener en exigeant des ouvriers qu’ils tiennent compte de notre présence et fassent moins de bruit ? Pour notre vignoble, ce doit être exactement la même chose. C’est un lieu de travail, avec des risques. Il doit être fermé. Notre syndicat fera des propositions claires et simples à mettre en place afin de régler cette situation », conclut André Ducros. Au cours du débat, un viticulteur a suggéré l’installation d’une circulation à sens unique dans la zone concernée.

Publié le 05/03/2017

À Ergersheim, Catherine, Romain et Carole Koestel ont dû s’improviser décideurs du jour au lendemain. Aucun choix n’est fait sans qu’il n’y ait d’unanimité entre eux.

Catherine Koestel aurait bien aimé ne jamais devenir chef d’exploitation. Elle l’est pourtant depuis 2016. La disparition brutale de Jean-Claude, son mari, en juillet de l’an passé, l’y a poussée. Mais ce choc n’a pas été un coup d’arrêt. « Jean-Claude déléguait peu. Nous nous sommes débrouillés et réorganisés. Chacun s’est pris en main. Nous n’avions pas le choix » dit-elle. Catherine peut compter sur Romain, son fils, sur le domaine depuis cinq ans, et Carole, sa fille, ingénieur agronome et œnologue-chercheur à la station de Changins en Suisse. Lors des vendanges 2016, Romain se lance dans la conduite de la machine à vendanger monorang qu’il se contentait simplement jusque-là de nettoyer. Édouard, son beau-frère, le remplace sur le tracteur. Catherine partage la surveillance du pressoir avec Carole, qui se libère pour sa première vinification à domicile. L’œnologue qui suit le domaine depuis des années les assiste. Les autres tâches sont redistribuées au fur et à mesure. « Heureusement que j’ai toujours participé aux travaux des vignes » se félicite Catherine. Les décisions qui étaient auparavant prises par Jean-Claude sont maintenant collégiales. « C’est logique. Nous avons décidé ensemble pour la première fois des vins que nous souhaitions mettre en bouteilles et ceux qui seraient vendus en vrac » racontent Catherine et Romain. Durant cette première année, le choix est plutôt de rester sur les acquis. Le cavaillon des vignes à enherbement alterné sera toujours traité avec un herbicide. La végétation continuera d’être protégée par deux systémiques en encadrement de la fleur. En cave, le levurage systématique reste la règle avec un objectif de vins secs et « typiques qui peuvent se boire avec les repas, y compris le pinot gris ». La carte comporte deux pinots noirs que Catherine considère comme une « force » du domaine. Le premier est égrappé et mis en cuve de macération. Dès que le chapeau monte, le maximum de jus est enlevé et chauffé à 40° par un climatiseur avant d’être réintégré une fois la température atteinte. « La fermentation est rapide. À l’arrivée, il n’y a pas l’astringence que ce vin peut avoir quand il fermente longtemps » explique Catherine. Une autre parcelle est vendangée plus tardivement à la main et passe six mois en barrique. Un nouvel espace de vinification et de stockage Au fur et à mesure qu’il spécialise l’exploitation dans la vigne à partir du début des années quatre-vingt, Jean-Claude en sécurise en partie les débouchés pour le vrac. La moitié du volume annuel est contractualisée avec un négoce qui accorde au domaine une prime de fidélité de 4 % et lui assure de toucher un bonus par rapport à la mercuriale. Un fût de crémant et un autre de pinot noir sont chaque année réservés à deux collègues. Cent hectolitres de moût à crémant vont chez un quatrième acheteur. Deux courtiers se chargent d’écouler le solde entre janvier et avril. Deux restaurateurs, des associations et les particuliers constituent la clientèle pour les bouteilles. Depuis dix ans, Jean-Claude et Catherine ont développé les dégustations chez leurs clients. « Notre venue est attendue. Elle coûte essentiellement du temps. Cela reste un bon moyen pour prendre des commandes jusqu’à un millier de bouteilles en deux heures à peine » juge Catherine. L’envoi d’une lettre de Noël qui donne des nouvelles du domaine génère de bons retours. Le site internet refait il y a deux ans est de plus en utilisé par les internautes pour nouer le contact. Catherine, Romain et Carole veulent continuer à aller de l’avant ensemble. Ils ont en projet des portes ouvertes fin juillet 2017, des soirées dégustation pour quinze à vingt personnes afin de développer la bouteille. La matière première est d’autant moins un souci que les terres profondes dans lesquelles s’enfoncent les racines de leurs vignes leur procurent des rendements corrects même les années sèches. Dans l’immédiat, ils pensent aussi à préparer le retour de Carole sur le domaine et à investir dans un nouvel espace de vinification et de stockage sur un terrain mitoyen qu’ils viennent d’acquérir. La cave actuelle sous la maison est trop exiguë et peine à absorber l’intégralité des raisins. C’est pourquoi, Jean-Claude avait choisi de s’équiper pour débourber par flottation et vendre du moût à crémant dès la sortie du pressoir. Un autre défi sera de gérer le volume de travail. « Nous manquons de temps » concèdent Catherine et Romain. Actuellement, le domaine tourne grâce à l’appoint d’un apprenti et de coups de main familiaux, mais l’embauche d’un salarié est sérieusement envisagée.

Pages

Les vidéos