Commerce
« Exporter est un métier »
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Publié le 14/02/2017
Chaque année depuis cinq ans, la journée d’information sur l’exportation du Civa et de la Chambre de commerce s’efforce de donner les clés de ce qui apparaît bien souvent comme un défi commercial aux opérateurs du vignoble en quête de marchés plus ou moins lointains.
Il est 9 h 30 et la salle de réunion plénière du Civa est pleine. Aux places centrales, les représentants aux deux tiers féminins des trente-quatre maisons qui se sont inscrits à la journée (gratuite) « Exporter des vins d’Alsace, comment s’y prendre ? ». Sur les côtés sont installés les intervenants et partenaires (1), détenteurs des informations qui doivent servir à ouvrir les perspectives de ceux qui veulent vendre à l’étranger. Le menu est copieux. En hors-d’œuvre, Jean-Louis Vézien, directeur du Civa, rappelle que la disparition d’un consommateur régulier nécessite, pour maintenir le volume vendu, de recruter six occasionnels qui peuvent habiter hors de nos frontières. Le dessert, servi à de plus petits groupes l’après-midi, prévoit quatre ateliers dédiés à la réglementation, aux aides à l’export, à la prospection et à la sécurisation des ventes. Le plat de résistance occupe la matinée. Deux thèmes majeurs rythment cette assemblée plénière : le calcul du prix de revient d’une part, la nécessité de poser un diagnostic sur son entreprise et de définir une stratégie export d’autre part. Car « être tributaire du seul marché national, c’est risqué » et « exporter, c’est potentiellement accéder à une meilleure marge » signale Foulques Aulagnon, responsable export Europe au Civa. En 2015 par exemple, la valorisation s’est élevée à 5,06 €/l en France, mais elle a atteint 5,17 € au troisième trimestre 2016 en Allemagne et 5,62 € en Grande-Bretagne. Alexandrine Martinat, conseillère en développement international à la CCI Alsace, calme son auditoire d’entrée de jeu. « Exporter, c’est un métier. Il n’y a pas de recette miracle ». La vérité est que les candidats ont du mal à prospecter, à relancer, à trouver de nouveaux acheteurs. Il ne suffit pas d’envoyer des courriels et s’imaginer qu’une réponse ne va pas tarder. Alors, comment faire ? « Y aller la fleur au fusil ne sert à rien. Exporter, c’est du temps, un investissement financier. Ce que vous vendez en France ne fonctionne pas forcément de la même manière à l’étranger, et avec le même prix. La première clé d’entrée est de dire ce qu’on est, avec son histoire, sa gamme, son positionnement. La deuxième est de définir sa ligne. C’est du bon sens. Écouter et déduire. C’est à chacun de se construire une stratégie à sa propre mesure en y associant tous les membres de la famille et de l’entreprise. Ne raisonnez pas en coûts, mais en termes d’investissement ! N’y allez pas tant que vous n’avez pas les reins solides tant sur le plan humain que financier. Sinon, cela déstabilise trop l’entreprise ! ». Avoir une offre cohérente L’erreur de maint opérateur est d’improviser. « Cela arrive souvent » relève Alexandrine Martinat. Le candidat à l’export oublie de se poser la question des coûts commerciaux, des frais de traduction, n’évalue pas correctement si sa gamme et son tarif sont adaptés au marché visé… Xavier Baril, du domaine Engel à Rorschwihr, en sait quelque chose. Il est le témoin de cette journée. Il est là pour « éviter aux primo exportateurs de faire les mêmes erreurs que [lui] ». Il raconte. « J’ai pris une claque à Londres en 2000. J’ai fait confiance à un partenaire qui devait ramener du monde. Je n’ai quasiment vu personne. La perte s’est chiffrée en milliers d’euros. Avant de se déplacer, il faut un planning de rendez-vous et une offre cohérente. À l’époque, j’avais bouteilles sans code-barres, ni capsules à vis. Dans un marché comme l’Angleterre, cela vous condamne. Depuis, j’ai répondu à mes manquements et j’ai gagné en lisibilité. Ma présentation et la qualité de mes vins sont homogènes. Il faut choisir une étiquette et s’y tenir sur la durée. Il faut être présent dans le temps afin de constituer un repère stable et fiable ». Xavier Baril enchaîne sur un autre déboire. « J’avais calculé mon tarif pour le Québec avec une trop petite marge. Comme on n’augmente pas son tarif comme on veut une fois qu’on l’a annoncé, il a fallu ajuster les prix par étapes. Pendant sept ans, je n’ai rien gagné ! ». La conclusion coule de source. « Chaque marché a ses spécificités ». Dorénavant, Xavier prend donc son temps. « Je me fixe comme objectif de faire une prospection tous les deux ans parce que je n’arrive pas à faire plus vite. Je préfère plutôt lâcher un projet que de mal le faire ». Avec l’expérience, exporter lui paraît être une certaine école de vie car se lancer un tel défi - et le réussir - fait « prendre confiance en soi ». Alexandrine Martinat, elle, dédramatise : « ce n’est pas grave de ne pas y arriver aujourd’hui. Ce sera peut-être pour dans deux ans… »












