Publié le 07/09/2016
Si le millésime 2016 s’annonce prometteur, les viticulteurs alsaciens sont encore prudents du fait des conditions météorologiques. Lors de l’assemblée générale de l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA) qui s’est tenue mardi 6 septembre à Colmar, ils ont approuvé les dates d’ouverture des vendanges : le lundi 12 septembre pour le crémant et le jeudi 22 septembre pour l’ensemble de l’appellation.
Outre les maladies du bois et la détection de la cicadelle Scaphoideus titanus, vecteur de la flavescence dorée à Turckheim (lire en encadré), le président de l’Ava, Jérôme Bauer, a rappelé les difficultés auxquelles doivent faire face les professionnels depuis quelques mois. Des difficultés liées aux conditions météorologiques avec, notamment, la pluie du printemps jusqu’à mi-juillet. « Certaines exploitations ont subi de lourdes pertes. Les attaques de mildiou ont été très fortes. Cela nous a amenés à demander une reconnaissance du vignoble en catastrophe naturelle. Non pas pour bénéficier de soutien financier, mais pour ouvrir la possibilité d’achat de raisin par les vignerons récoltants lourdement touchés ».
Si la recherche scientifique en matière de protection de la vigne est importante, Jérôme Bauer estime également qu’une partie des solutions doit venir de la base, de la viticulture elle-même, qui détient une véritable expertise du terrain. « Cette approche, différente de la recherche scientifique pure, avec une remontée des savoirs des vignerons, en collaboration étroite avec des méthodes scientifiques, serait un plus au niveau régional », souligne le président de l’Ava qui cite en exemple le projet « Repère » (lire en encadré). Et d’insister. « La viticulture alsacienne ne doit pas rester en attente de solutions toutes faites, clefs en main. Nous devons nous prendre en main. Nous, vignerons, sommes les techniciens qui devons diriger la manœuvre. Pas n’importe comment, mais en suivant une démarche scientifique. Ce travail doit se faire en complément de ce qui se fait actuellement en termes de recherche et de développement. La production doit être pilote des opérations. J’estime que c’est elle la plus légitime. Mais ce travail doit se faire en collaboration étroite avec toutes les forces vives qui possèdent des compétences (Civa, Chambre d'agriculture, IFV, Inra, universités…). Nous avons besoin d’une reconnaissance de nos travaux et d’un accompagnement financier de la région. Il nous faut des réponses et des concrétisations rapides ».
« Restons raisonnables »
Après trois petites récoltes, les viticulteurs alsaciens fondent tous leurs espoirs sur le millésime 2016. Pour l’heure, les situations dans le vignoble sont assez disparates. L’estimation de récolte (900 000 hl en Alsace tranquilles et 280 000 hl en crémant, soit une hausse qui dépasse les 19 % par rapport à l’an passé), malgré les pertes liées au mildiou et aux maladies du bois est, pour l’heure, plutôt favorable. « Le conseil d’administration de l’Ava a donc décidé de proposer à l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) une augmentation de rendement à 83 hl, moyenne d’exploitation en blancs et en crémant. Le souhait du conseil est de laisser les butoirs des gewurztraminers, pinot gris et riesling à 80 hl. Mais restons raisonnables dans notre demande afin qu’elle soit acceptée par le Crinao et par le comité national de l’Inao. N’allons pas trop loin », a insisté Jérôme Bauer. Il a également prévenu que cette augmentation de rendement ne devait pas être assortie par les entreprises d’une baisse du prix du raisin ou d’une baisse significative du cours des vins en vrac. Un tel cas de figure rendrait compliqué de reproposer une éventuelle augmentation de rendement. Il a évoqué le cas du riesling. « Son rendement maximum possible ne doit plus être traité en mesure conjoncturelle. Il y va du statut de ce cépage en tant que cépage noble et de son prix. Il ne pourra pas être considéré et payé comme tel s’il continue de servir de variable d’ajustement. Que sont 3,5 % en volume au regard d’un risque de ratatinement du prix de 30 % ? », s’interroge Jérôme Bauer. Un peu plus tard, l’assemblée générale a approuvé les conditions de productions proposées par le conseil d’administration de l’Ava, en augmentant, à une large majorité des membres présents l’enrichissement de 1,5 ° (au lieu de 1 °) pour le chasselas, le sylvaner, le pinot blanc, le pinot, l’auxerrois, le muscat et le riesling et de 1 ° (au lieu de 0,5°) pour le pinot gris et le gewurztraminer. Pour les propositions syndicales des prix des raisins, il a été approuvé une augmentation de 4 %, sauf pour le riesling où il a été proposé une hausse de 6 %.
Ras-le-bol de l’affaire Albrecht
Jérôme Bauer a profité de l’assemblée générale pour évoquer l’affaire Albrecht. L’occasion de pousser un véritable cri de colère. « Je suis très agacé par l’avancée, si toutefois on peut considérer qu’il y ait une avancée, de cette affaire. Depuis 2012, toujours rien de concret. De report en report. On nous a promis début 2016, puis juillet, et maintenant décembre. Je vais vous donner le fond de ma pensée. Le temps passe et j’ai la vague impression que l’on souhaite enterrer cette affaire. Le notable bénéficierait-il d’une quelconque immunité ? Serions-nous traités de la même manière ? La justice serait-elle défaillante ? Des questions qu’il est légitime de se poser. J’en ai ras-le-bol ! Je vous ai promis de porter ce dossier jusqu’au bout et c’est ce que je compte faire. Si nous devons en passer par une action « coup de poing », à la manifestation publique forte ou autre, nous le ferons. J’ai toujours appelé au calme les vignerons lésés. Mais, sans avancées concrètes avant la fin de l’année, peut-être devrons-nous changer de stratégie, et monter le ton. Nous ne laisserons pas tomber tant que la lumière ne sera pas faite sur cette affaire. Nous restons déterminés. Si nous devons muscler notre action, nous le ferons ! J’en appelle donc au bon sens du procureur pour activer les choses et mettre les moyens nécessaires sur ce dossier qui devrait être prioritaire au vu de son ampleur et du nombre de victimes. Rappelons que dans l’affaire Albrecht, la mise en examen concerne les faits de banqueroute, dissimulations, manœuvre frauduleuses, tromperie, et j’en passe, pour 130 entreprises viticoles concernées et 15 millions d’euros (M€) ».
Pré-vendanges sur Ammerschwihr, Bergheim et Châtenois
Le point principal de l’assemblée générale a concerné l’ouverture des vendanges 2016. Un tour des sous-régions a été effectué. Dans le secteur de Wintzenheim, on constate, par exemple, du stress hydrique sur certains terroirs et une mortalité importante des pieds de vignes, mais également, sur d’autres terroirs, des raisins bien gonflés et juteux. Cette forte disparité est la même du côté de Colmar et de Kaysersberg. La région de Barr a, elle, beaucoup souffert avec un gros déficit qui s’explique par le gel et le mildiou. Le phénomène est encore plus important du côté de Molsheim avec un cumul de gel, de grêle, de brûlure, de mildiou et maintenant de sécheresse. Chacun des représentants des sous-régions a proposé des dates. Et, comme chaque année, Jérôme Bauer en a fait une synthèse. Cette dernière l’a conduit à proposer la date du lundi 12 septembre pour ouvrir les vendanges du crémant. Un vote unanime a suivi. Le débat a été plus important sur la date de vendange pour l’ensemble de l’appellation. Ce sera finalement le jeudi 22 septembre. Mais dès le jour de l’assemblée générale, il y avait déjà des demandes de pré-vendanges. À commencer par les communes d’Ammerschwihr, de Bergheim et de Châtenois.
Concernant les vendanges tardives, suite aux dysfonctionnements observés l’an passé, une remise à plat a été effectuée. La procédure à suivre a été rappelée : « Nous vous demandons de faire constater quand vous êtes certains de vous, afin d’éviter de déplacer les agents pour rien. Quoi qu’il en soit, le coût des constats est désormais de 50 € et non plus 50 € pour cinq constats comme avant », annonce le responsable de l’opération, Pierre Heydt-Trimbach.