Vigne

Publié le 15/09/2016

Le guide Bettane & Desseauve (B & D) vient de consacrer Pierre Heydt-Trimbach « personnalité de l’année ». Codirigeant de la célèbre maison de négoce ribeauvilloise, président des négociants alsaciens, Pierre Heydt-Trimbach est trésorier du Civa. Il est aussi membre du comité national des appellations d’origine, en qualité de représentant professionnel du négoce. Il participe à ce titre aux décisions prises par le comité national de l’Inao, pour défendre les terroirs sous appellation : (proposition de reconnaissance, examen des cahiers des charges, conformité et évaluation de la qualité).« Avec la sagesse conférée par l’expérience, Pierre constate avec amusement que Trimbach vient progressivement aux grands crus », écrit Guillaume Puzo, journaliste du B & D, qui ajoute plus loin : « Aujourd’hui, nul ne peut rester à l’écart de cette demande forte », en pointant du doigt « les premiers grands crus revendiqués par la maison, Geisberg, Schlossberg et Mandelberg ».Mais le guide B & D note surtout la gestion « intelligente, sur le long terme » d’un négoce qui « sait surmonter les crises » […], « dans une Alsace qui depuis une trentaine d’années fait le grand écart permanent entre les raisins récoltés pas assez mûrs et corrigés par chaptalisation, quand d’autres sont récoltés avec de hauts degrés, mais au final affichent un résiduel trop marqué ». Guillaume Puzo note, dans sa vision très personnelle du contexte viticole alsacien, que « la maison Trimbach a toujours réalisé et défendu l’idée des vins secs ».

Publié le 14/09/2016

Les vendanges 2016 ont débuté en Alsace. Et, pour l’heure, les professionnels s’intéressent au crémant. Le 7 septembre dernier, Étienne Dreyer, à Ammerschwihr, était l’un des premiers viticulteurs de la région à récolter.

L’entreprise s’est lancée dans la production de crémant en 1981. « À l’époque, mon père avait fait des stages en Champagne où nous avons de la famille. Nous avons observé cette manière de travailler et de faire des bulles. C’est de là qu’est venue l’idée de faire du crémant », explique Étienne Dreyer. La production stagne jusqu’au début des années 1990 où les ventes et la production prennent davantage d’ampleur au fil des ans. À partir du début des années 2000, le crémant devient un produit important avec de fortes ventes. « Nous avons profité de la notoriété grandissante du crémant d’Alsace. Nous avons également proposé un produit de qualité. Et nous avons su innover. Depuis l’année passée, notre crémant issu de raisins récoltés sur le Kaefferkopf est un assemblage de quatre cépages autorisés, le gewurztraminer, le riesling, le pinot gris et le muscat. Aujourd’hui, le crémant représente environ 15 % de la production totale de l’entreprise. Le crémant d’Alsace est devenu un produit anti crise », ajoute Étienne Dreyer. Environ 2 700 bouteilles de crémant rosé Que ce soit pour le crémant ou l’ensemble de l’appellation Alsace, les trois dernières vendanges ont été difficiles. Les stocks ont baissé. « L’année passée, j’ai vendangé le 31 août. Mais, les premiers relevés indiquaient plus de 12 °. C’était trop tard pour faire du crémant rosé. Du coup, mon stock va me permettre de tenir jusqu’à Noël. Pour le crémant blanc, la situation est plus favorable. Je compte sur cette récolte 2016 pour inverser la tendance », note Étienne Dreyer. Depuis quelques jours, le viticulteur est bien plus serein. Avec un professionnel de Dorlisheim et un autre de Bergheim, il a pu vendanger son pinot noir dédié au crémant rosé dès le mercredi 7 septembre. « Les mesures fin août indiquaient déjà 10,6 ° et je l’ai finalement vendangé à 10,9 °. Au début, j’étais sceptique sur la qualité. J’ai rapidement été rassuré. J’ai fait un rendement de 76 hl/ha, tout proche du taquet. C’est donc de bon augure pour la suite. La qualité est là. Certes, c’est sec. Mais le fait qu’il fasse beau empêche le développement de la pourriture. Mes raisins sont ultra-sains », observe Étienne Dreyer qui se souvient que l’année passée, l’ensemble de la production du domaine atteignait un rendement moyen de 45 hl/ha. Les débuts sont donc positifs. La récolte du 7 septembre va lui permettre de réaliser environ 2 700 bouteilles de crémant rosé. Reconstituer les stocks Pour le crémant blanc, la récolte devait démarrer mercredi 14 septembre sur deux demi-journées. « Hier, mardi 12 septembre, j’ai mesuré les raisins à 10,3 °. J’estime donc que ce sera vendangé à 10,5 °. Je vais travailler avec mon équipe de douze vendangeurs mercredi après-midi et jeudi matin, juste avant l’arrivée de la pluie annoncée jeudi après-midi. Mon objectif est d’arriver à faire 7 200 bouteilles. Cela va me permettre de reconstituer mes stocks et de faire une belle récolte. Cela va faire du bien financièrement à l’entreprise et nous permettre d’investir à nouveau », indique Étienne Dreyer qui vend également un peu de raisin et, s’il le faut, du vrac. Concernant les vendanges pour le reste de l’appellation Alsace fixées au 22 septembre, il se donne un moment de réflexion. « Après le crémant, je vais laisser passer le week-end avant certainement de faire des prévendanges pour le pinot noir trois ou quatre jours avant la date officielle. Je sais que ce cépage est bien en avance. Pour l’heure, l’état sanitaire de mes parcelles est bon », conclut Étienne Dreyer.

Publié le 14/09/2016

La présidence de Bestheim vient de désigner Agostino Panetta à la direction de la coopérative. Il succédera à Thierry Schoepfer, qui se lance comme vigneron. Bestheim fait un choix « audacieux » en optant pour un cadre non issu du sérail viticolo-viticole.

« Un chef d’orchestre n’est pas obligé de savoir jouer du violon, par contre il doit savoir faire en sorte que l’orchestre travaille ensemble pour jouer une belle symphonie. » Tels sont les propos du nouveau et futur directeur de Bestheim, Agostino Panetta. Rompu au pragmatisme américain, il va devoir cependant jouer de la musique dans un vignoble où les bruits de fond de journalistes prescripteurs sont souvent trop peu élogieux à l’égard du cœur de gamme des vins d’Alsace dans leur globalité, et nocifs à l’image du vignoble. Des journalistes pourtant choyés grâce aux deniers interprofessionnels… Agostino Panetta vient de l’industrie chimique : l’américain Bell Laboratories (lire en encadré). Il n’est donc pas un spécialiste du vin. « Je salue Bestheim d’avoir fait le choix de l’audace. C’est dans l’ADN de Bestheim de ne pas faire les choses comme tout le monde. Tout comme d’ailleurs Thierry Schoepfer lorsqu’il a pris les rênes de Bestheim et qu’il n’avait pas encore 28 ans », indique le nouveau et futur directeur. La passation de pouvoir devrait être effective lors de l’assemblée générale. « Je suis spécialisé dans la gestion des hommes et des ressources. Chez Bestheim, j’observe beaucoup de belles compétences », explique aussi Agostino Panetta, dont l’expérience commerciale lui a conféré « une aisance par rapport aux différentes cultures de marché ». « J’apporte mon expérience internationale. Bestheim est une société extrêmement saine. Je ne suis pas spécialiste du vin, mais je suis très intéressé et passionné par le vin. C’est un milieu de gens passionnés. » De nouveaux enjeux Après l’ère Schoepfer qui a abouti à la constitution d’un outil industriel performant, rationalisé (1 450 hectares, 49,3 millions d’euros de CA en 2015), la question posée aujourd’hui au premier opérateur en vins d’Alsace consiste à construire l’image de marque, avec tous les moyens dont dispose le marketing moderne du vin : œnotourisme, réseaux sociaux, ciblage de la communication en phase avec les nouvelles connaissances neurophysiologiques sur les comportements consuméristes. « La question qui se pose est comment Bestheim doit imposer sa marque, résume Agostino Panetta. C’est ce que j’ai fait chez les laboratoires Bell qu’on a implantés sur les différents marchés. » Le retour à la terre pour Thierry Schoepfer Quant à Thierry Schoepfer qui donne à son successeur toutes les clés possibles pour relever ce challenge et réussir la transition, nous reviendrons ultérieurement sur son parcours dans un entretien exclusif pour L’Est Agricole et Viticole et le Paysan du Haut-Rhin. Il se destine désormais au métier de vigneron. Mais il ne dévie pour autant aucunement de ses convictions : « Un vignoble comme le nôtre passera par de belles entités à la champenoise, et des structures petites et moyennes prestigieuses, où je compte retourner. » Être soit « small is beautiful », soit « grand avec une belle assise », résume Thierry Schoepfer. « Je n’ai pas encore 50 ans et j’espère une autre vie, rebondir et tenter une nouvelle aventure », sur le domaine familial de 12 ha, où exploite son frère. « Ça a été un crève-cœur pour moi de voir partir Thierry Schoepfer. Il préfère quitter l’entreprise au top », déclare Pierre-Olivier Baffrey, le président. « On est à l’aube de la transformation de l’entreprise. On va muer doucement », ajoute-t-il en constatant que « dans de nombreuses dégustations à l’aveugle, les vins Bestheim sont souvent bien classés.» «C’est dingue que nous n’arrivons pas à capitaliser dessus», ajoute le futur directeur.

Pages

Les vidéos