Vigne

Publié le 30/09/2016

Rencontre avec l’œnologue Stéphane Gresser du laboratoire de conseil en viticulture-œnologie Gresser à Andlau pour faire le point à la veille d’un millésime prêt à rentrer en cave.

« Contrairement à 2015 où l’épisode de sécheresse avait porté sur des raisins à baies de petite taille, nous avons cette année des baies de gros calibre. La maturité acide est plus précoce que la maturité physiologique (chargement en sucre) et pelliculaire : l’accumulation en sucres est encore importante malgré la sécheresse, mais des blocages de maturité sont à craindre en particulier en riesling. Et la maturité phénolique se fait attendre. Nous préconisons des temps de contact au pressoir plus long pour extraire des sels », ajoute Stéphane Gresser, ceci afin de contribuer à harmoniser l’acidité qui en ce millésime présente pour l’heure des pH relativement bas. Mais son propos essentiel de l’année consiste à souligner que la maturité n’a jamais été aussi hétérogène, d’où la préconisation de bien séparer dans la mesure du possible les cuvaisons des parcelles, « afin de préserver les plus beaux potentiels ». Comme l’ensemble des opérateurs œnologiques, le laboratoire d’œnologie Gresser à Andlau est à pied d’œuvre en ce début de vendanges pour faire en sorte de tirer le meilleur parti d’un millésime climatique polarisé entre des pluies diluviennes de printemps et une sécheresse mordante à la véraison. L’œnologie Gresser, c’est un style de conseils cartésiens et rationnels. Elle s’adresse aux vignerons qui souhaitent raisonner « un itinéraire viticole jusqu’à l’objectif final commercial ». Entre 30 hl/ha et 80 hl/ha, « nous recherchons une cohérence entre la viticulture, les questions de charge et de nutrition, l’itinéraire œnologique et le prix de vente final du vin ». Il s’agit aussi de viser des objectifs viticoles en phase avec les données du terroir. Et « nous visons également une certaine régularité dans les objectifs recherchés à la parcelle », ajoute Bruno Guillet, l’agronome œnologue du laboratoire. Des questions qui passent en particulier par « la qualité de l’enracinement ». Pas de dogme « Nous n’avons pas dans notre laboratoire de dogme entre la vinification sans intrants et l’œnologie plus classique avec des possibilités de corrections », explique Stéphane Gresser, mais « nous avons au final une exigence de précision du vin. Ainsi nous préférons bien séparer la phase microbiologique de la phase d’élevage ». Une séparation des phases d’élaboration qui suppose donc de bien accomplir ses phases fermentaires et d’éviter des fermentations languissantes. C’est pourquoi le laboratoire Gresser s’est équipé en 2009 d’un cytomètre, appareil d’analyse qui permet des numérations qualitatives et quantitatives de la flore levurienne indigène ou des levains, et ceci avec un temps de réponse d’analyse immédiat. « Nous avons systématisé en 2011 les analyses au cytomètre des vins en fermentation. » Le laboratoire a ainsi acquis depuis quatre ans une meilleure compréhension de l’ensemble des phénomènes qui régissent les fermentations, élaboration de pied de cuve, ensemencement, repiquage. Pour au final bien comprendre les multiples problèmes fermentaires qui peuvent survenir : « À l’origine des arrêts ou ralentissement de fermentation, nous avons toujours ou bien des insuffisances d’azote, ou bien des problèmes de mise en œuvre de pied de cuve, ou d’incorporation à bonne température, qui agissent sur la viabilité des levures, explique Stéphane Gresser. Après 5-6 degrés d’alcool acquis, globalement les jeux sont faits. Donc la mise en œuvre du pied de cuve et les questions de viabilité sont essentielles au démarrage des fermentations. » Grâce à ces connaissances acquises des observations par le cytomètre, « nous avons divisé par trois nos problèmes fermentaires ». Pour poursuivre dans cet objectif de compréhension et maîtrise de ses objectifs qualitatifs, le laboratoire Gresser a couplé ces analyses microbiologiques à la mesure du potentiel rédox par potentiométrie (une méthode classique d’analyse par électrode) : « Nous travaillons sur les questions de crispation du vin, de réduction, afin de mieux comprendre les phénomènes de réduit sous l’effet des populations levuriennes. » Un travail qui devrait à terme aboutir à un raisonnement plus fin du sulfitage des moûts et des vins.

Publié le 30/09/2016

À Wettolsheim, le domaine Wunsch & Mann ouvre sa cour depuis juin dernier à un marché privé de producteurs bio. L’initiative attire encore plus les autochtones que les gens de passage.

« Nous sommes ouverts tous les jours et nous disposons d’une grande cour. Le mercredi est le jour du marché hebdomadaire dans le village, mais il se résume à un, parfois deux, stand (s). Nous nous sommes dit qu’il y avait matière à faire quelque chose de plus attractif, avec des producteurs bio locaux, le samedi, un jour qui correspond plus à un moment où les gens ont plus de temps qu’en semaine » raconte Maxime Mann, à la tête du domaine Wunsch & Mann avec son frère Thierry. Leur projet une fois identifié, les deux frères se mettent en quête de participants. En passant par le site de l’Agence bio et l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (OPABA), ils nouent des contacts, un par secteur de production. Au bout du compte ils réunissent un boulanger, un charcutier spécialiste des viandes de venaison, un producteur de fromages de chèvre et un de pain d’épices, un autre de sirops et de plantes aromatiques, un maraîcher et un savonnier. « Il reste de la place pour d’autres producteurs dont l’orientation ne concurrence pas celle des participants actuels » souligne Maxime. Le marché revient toutes les deux semaines. « Nous avons préféré être prudents. Ce rythme doit éviter l’essoufflement. Nous le tenons toute l’année. Nous avons jugé qu’arrêter l’été ferait courir le risque d’une reprise difficile » explique Maxime. Le premier marché a eu lieu le 4 juin 2016. Chaque exposant possède son stand. Il l’installe à partir de 8 h pour être prêt à 9 h. L’emplacement est gratuit. Des avancées de toit protègent du soleil ou de la pluie. Le marché est signalé par des panneaux en PVC mis en place le vendredi matin dans Wettolsheim et aux portes du domaine qui se situe à l’autre bout du village. Pour faire connaître le rendez-vous, chaque participant a mobilisé ses contacts sur les réseaux sociaux et a contribué à parts égales pour une centaine d’euros à la promotion de l’initiative sous forme d’un encart régulier dans la presse quotidienne. La distribution de flyer n’a pas été retenue afin de limiter le coût, mais n’est pas exclue par la suite. Une offre du jour Au comptoir dressé devant l’entrée de la cave, Thierry et Maxime Mann font déguster toute leur gamme d’Alsace, de l’edelzwicker à la vendange tardive. Ils la complètent avec leur propre jus de raisin, le rosé et les rouges de leur oncle qui les vinifie dans l’Aude. À chaque marché, ils prévoient une offre du jour choisie selon leur humeur du moment. Ce samedi-là, un crémant millésimé 2011 de plus de trente-six mois de lattes, assemblage de chardonnay, de pinots blanc et noir et d’un auxerrois barriqué six mois est proposé à 11,50 au lieu de 12,40 €. Un muscat, un pinot noir et un riesling grand cru lui tiennent compagnie sur la matinée. Caroline vient saluer Maxime. Elle connaît les vins du domaine. Elle habite Wettolsheim. Elle vient pour la deuxième fois. Elle trouve l’initiative « super ». Elle est là pour « la soutenir ». « Le marché nous a fait connaître y compris dans le village. La clientèle locale représente 70 % des gens qui se déplacent contre 30 % aux touristes » évalue Thierry. Justement, Michael est allemand. Il loue un hébergement à Turckheim pour le week-end. Il est venu « parce que c’est un marché bio ». Il trouve intéressant de voir une offre différente de celle à laquelle il est habitué. Il s’apprête à faire un tour de cave. Cet amateur de riesling n’exclut pas d’acheter à l’issue de sa visite s’il trouve « quelque chose qui lui plaît ». La fréquentation du marché a démarré sur les chapeaux de roue avant de connaître un fléchissement estival, vacances oblige. Septembre renoue avec « une bonne petite affluence ». « L’objectif est que les gens fassent leurs courses et passent un bon moment. Il y a des habitants du village qui ne nous connaissaient pas et qui sont venus nous acheter du vin pour la première fois. Des gens qui logent dans le voisinage reviennent déguster dans l’après-midi. Ce sont des ventes intéressantes. Les coffrets de deux à trois bouteilles et les cartons qui panachent les références ont le vent en poupe. Un quart des acheteurs repart avec au moins six bouteilles » notent les deux frères pour qui la clientèle particulière représente 35 % des ventes. À la fin de chaque édition, vers 12 h 30, les exposants se retrouvent pour faire le point. Ils se disent globalement satisfaits des retombées enregistrées jusqu’à présent. L’opportunité de proposer de la petite restauration, sous forme de planchette par exemple, est repoussée au jour où la fréquentation le justifiera. Dans l’immédiat, les exposants réfléchissent à la formule à mettre en place pour Noël.  

4e contrôle de maturité interprofessionnel

Un millésime finalement très généreux

Publié le 28/09/2016

Avec les conditions de printemps chaotiques, le vignoble aurait signé des deux mains pour ce millésime généreux en qualité et en quantité. Nul n’attendait cela. Mais il s’agit de tenir compte de l’extrême hétérogénéité des rendements et de la maturité.

La publication des données du quatrième contrôle de maturité confirme celles du troisième, à savoir des pH affichant une certaine fraîcheur acide, malgré des teneurs globales en acidité totale qui ne sont pas extraordinaires, un peu inférieures à 2009, qui était un millésime solaire. Les données de maturité des partenaires confirment aussi que cette acidité totale contient globalement ¾ d’acide tartrique et ¼ de malique, ce qui explique la tenue en fraîcheur à la faveur de faibles pH. D’où l’idée des œnologues d’opter pour une élaboration qui épargne les extractions de potassium pour ensuite préserver l’acide tartrique des précipitations en tartrates et perdre ainsi en fraîcheur acide. En conséquence, leur objectif consiste à fractionner les jus au pressurage, limiter les vendanges mécaniques et autres processus triturant les raisins. Côté degrés, les vignes ont gagné en moyenne 1 degré en une semaine, rien à voir donc avec la maturité galopante de 2015, où le rythme se situait à 2,5° d’alcool potentiel gagnés en 7 jours. Au vignoble, des nuées de fourmis volantes ont cependant causé quelques inquiétudes parmi des vignerons, craignant de revivre le spectre de la drosophile de 2014. Qu’on se rassure, « le risque drosophile est très faible », réitèrent les conseillers de l’Adar du vignoble, et donc le gros du millésime est tiré d’affaire. À ce point, si l’on observait des pontes, le temps va manquer pour accomplir le cycle de la drosophile, depuis l’incubation, le développement larvaire jusqu’au stade adulte de la génération suivante. Dans les vignes, la mine réjouie des vignerons en dit long sur ce millésime qui finalement et pour l’heure, promet en quantité et en qualité sanitaire. Seules les vignes grêlées, gelées et affectées par le mildiou, affichent des rendements extrêmement bas ou proches du nul. Seule déception, on regrette dans le vignoble de n’avoir pas encore obtenu les VCI cette année, alors que d’autres appellations pourront d’ores et déjà stocker des volumes de sécurité. Et ce d’autant que le millésime donne finalement plus qu’on ne l’attendait, en particulier chez les gewurztraminers et certaines parcelles de pinot noir. Pour se consoler, les rendements des vins d’Alsace et crémant d’Alsace ont été portés de 80 à 83 hl/ha. Le volume des baies a compensé les pertes en mildiou dans certaines situations. Il faudra revoir l’idée selon laquelle la canicule de véraison aurait stoppé l’accumulation des sucres et du jus. Et bien distinguer les sécheresses de surface comme 2015 de celles affectant en profondeur les réserves hydriques. Cette observation du millésime pourrait également montrer que le vignoble n’est pas si mal enraciné que cela et dispose de moyens pour aller puiser des réserves hydriques en profondeur. À la dégustation, les premiers jus surprennent par leur pureté aromatique et une fraîcheur acidulée. Les pinots noirs rendent facilement la couleur, ce qui signifie que nombre de vinificateurs vont raisonner à la baisse les processus de pigeage et de remontage, afin de s’éviter d’extraire des amertumes. De même, les sulfitages au pressoir s’orientent vers de pratiques plus raisonnées, et moins d’automatismes à 2 ou 4 g/hl.

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