La 69e foire aux vins d’Alsace a débuté vendredi 5 août et se poursuit jusqu’au lundi 15 août au Parc des expositions de Colmar. La profession agricole et viticole est au cœur de l’événement.
Invité d’honneur de l’inauguration de la 69e foire aux vins d’Alsace, le chef trois étoiles de l’Auberge de l’Ill à Illhaeusern, Marc Haeberlin, a souligné l’importance de l’événement « pendant cette période sombre ». Avec un élan d’optimisme, tandis que des signes d’embellie pointent dans l’horizon économique. Plus à l’aise, de son propre aveu, derrière les fourneaux que devant un micro, Marc Haeberlin a rendu un hommage émouvant et sincère à la manifestation et à l’art de vivre à la française.
« L’obscurantisme ne triomphera pas, au pays de la gastronomie, de la table et des vins. Nous avons encore plus besoin de nous retrouver et de faire la fête, pour prouver à ces lâches et à ces abrutis que la vie est belle, et qu’elle continue. Cette foire aux vins rassemble tout ce qu’il y a de plus beau dans le terroir alsacien, et bien sûr tous les grands vignerons : nos cépages alsaciens peuvent s’allier à toutes les cuisines, traditionnelles, contemporaines ou exotiques. Oui, la foire aux vins est comme un restaurant, qu’elle soit belle et festive, alors bon appétit et large soif ! Mais avec modération. » Des propos enthousiastes qui ont évidemment ravi l’assemblée.
Une méthode d’élaboration rigoureuse
Le nouveau président du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), Didier Pettermann, a profité de cette inauguration pour faire un tour d’horizon de l’actualité viticole. Il a salué le 40e anniversaire de l’AOC crémant d’Alsace, une appellation qui a profondément bouleversé la physionomie de la filière. « Dans les années 1970, l’Institut national de l’appellation d’origine (Inao) souhaitait clarifier l’offre des vins effervescents pour faciliter l’émergence des productions d’AOC. Le choix s’est porté sur le terme « crémant » pour qualifier l’ensemble des AOC qui accepteraient de se ranger sur une méthode d’élaboration rigoureuse, comprenant à la fois le pressurage du raisin entier, la limitation du taux d’extraction de la vendange, et la deuxième fermentation en bouteille. Il se trouve qu’à cette époque, l’Alsace faisait preuve d’une belle antériorité dans le domaine des effervescents, puisqu’une maison célèbre s’était lancée dans cette belle aventure dès l’aube du 20e siècle ». Les volumes représentent désormais 27 % de l’ensemble de la production régionale. Ce qui assure au crémant d’Alsace une position de leader incontesté dans la famille des crémants.
Le président du Civa a également évoqué la clarification de la loi Évin au cours de cette année 2016 et la réussite de nombreux événements qui témoignent de l’attractivité du vignoble alsacien comme, par exemple, le slowUp du dimanche 5 juin, le salon Millésimes Alsace le 13 juin ou encore le Marathon du vignoble d’Alsace qui, petit à petit, devient une référence. Concernant la situation économique, Didier Pettermann se veut optimiste malgré les difficultés. « Durant ces trois dernières années, la nature n’a pas été très généreuse avec notre vignoble avec trois petites récoltes très en dessous des besoins de nos marchés. Nous connaissons les prévisions de récolte 2016. Elles nous laissent espérer le retour à la normale. Mais, la saison viticole n’est pas terminée et certains secteurs ont souffert de l’excès d’eau durant ce début d’année. Et comme disait mon grand-père, nous ne pourrons nous faire une idée de la récolte que lorsque nous l’aurons en cave. » Il a également relevé la qualité du millésime 2015 que certains n’hésitent pas à qualifier de « millésime du siècle ». Parallèlement, les ventes à l’export progressent (+ 6,7 %) depuis le 1er janvier sur l’ensemble des pays tiers. « Cette évolution positive sur les marchés lointains mérite d’être soulignée car s’ils représentent encore des volumes relativement modérés, ils montrent un intérêt croissant pour les vins d’Alsace qui sont d’ailleurs mieux respectés et valorisés sur ces marchés. Cela doit nous encourager à poursuivre l’effort de communication engagé dans ces pays avec le soutien du budget européen depuis 2009 », a ajouté Didier Pettermann.
Une meilleure valorisation des vins d’Alsace
Le président du Civa a profité de la tribune pour insister une nouvelle fois sur la nécessité de repenser la stratégie collective de la filière viticole. Il avait déjà tenu ces propos lors de son élection, en appelant les professionnels à être unis pour faire progresser les vins d’Alsace. « Cela doit nous permettre d’avancer sur différents sujets de préoccupation comme, par exemple, la recherche d’une meilleure valorisation des vins d’Alsace. Pour y parvenir, nous devons définir, ensemble, notre identité, améliorer la lisibilité de notre gamme extraordinairement riche de diversité, créer de la valeur en promouvant la qualité des vins et leur image. Nous devons également conforter la recherche et le développement pour la mettre au service de nos préoccupations prioritaires : préserver la santé du vignoble, préparer l’avenir avec du matériel végétal parfaitement adapté, poursuivre notre orientation de développement qualitatif des vins d’Alsace. Nous devons également nous engager sur le plan national pour mettre nos moyens en synergie avec ceux des autres vignobles comme nous le faisons avec le Comité national des interprofessions vinicoles (CNIV) et avec le soutien de FranceAgriMer sur le plan national de lutte contre les dépérissements ! »
Et d’insister sur la nécessité de renforcer l’accompagnement des entreprises dans leurs choix économiques, faciliter la dynamique de mise en marché, et notamment d’export, et redynamiser le marketing et la communication autour des vins d’Alsace. « Il faut partir de notre ADN, de ce que nous sommes et surtout de ce que nous voulons être. Ce message doit être perceptible dans chaque affiche, dans chaque encart presse. Il doit être une vraie ligne conductrice de notre stratégie à long terme. Et nos metteurs en marché doivent se l’approprier sur leurs propres outils. Le vin d’Alsace est le fleuron de notre patrimoine régional. Il est une composante majeure de notre économie, créateur de richesse et d’attractivité pour le territoire alsacien », a-t-il conclu.
Promouvoir une filière ambitieuse
La foire aux vins d’Alsace de Colmar peut aider la profession viticole et agricole à se promouvoir. Une filière qui est au cœur de l’activité économique de la région comme l’a rappelé Christiane Roth, présidente de Colmar Expo et de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) du Centre Alsace. « Ce rendez-nous revêt cette année une importance particulière, car il témoigne également, dans le contexte sécuritaire national, de notre volonté de maintenir des événements festifs et de continuer nos activités sociales et économiques, en prenant toutes les mesures de sécurité nécessaires. Certes, le chômage reste trop élevé en Alsace, à plus de 9 %, malgré une stabilisation ces douze derniers mois. Mais les tendances pour les prochains mois sont plutôt positives, tant sur le chiffre d’affaires que sur le carnet de commandes ou l’emploi. Les créations d’entreprise ont rebondi de manière significative au cours du premier trimestre 2016 : + 10 % dans le Haut-Rhin et + 26 % dans le Bas-Rhin, grâce au plan de revitalisation à Colmar et dans ses environs, 34 entreprises ont été soutenues et 400 emplois sont en passe d’être créés. Mais, seuls les investissements ne suivent pas ces tendances car les chefs d’entreprise se montrent encore prudents même si les projets sont nombreux dans le Centre Alsace ». De son côté, le maire de Colmar, Gilbert Meyer, a salué ces améliorations économiques, et notamment sur Colmar. Il a estimé que « si la foire aux vins pouvait paraître en décalage par rapport aux attentats ailleurs en France, il faut continuer à aller de l’avant. Car oui, c’est toujours un grand moment d’être présent ici. Il faut continuer de promouvoir cette filière viticole ambitieuse, d’excellence, dans une démarche collective, de proximité et d’authenticité ».
350 exposants et une nouvelle reine des vins d’Alsace
Sur cette note d’optimisme, la 69e foire aux vins d’Alsace a été inaugurée après la traditionnelle passation de « pouvoir » du trio royal. La cape a été remise à la nouvelle reine des vins d’Alsace, Mathilde Fleith, de Beblenheim. Près de 350 exposants et presque autant d’animations attendent les visiteurs en onze jours d’ouverture. Une bonne trentaine d’entre eux sont présents pour la première fois comme le viticulteur Damien Schueller d’Husseren-les-Châteaux. Les vins d’Alsace restent les « stars » de l’événement tout comme les entreprises agricoles qui sont présentes au cœur d’un parc agricole toujours plus agréable. Et comme l’a souligné, Christophe Crupi, directeur des foires et salons, « si le vin manque, il manque tout ».