Vigne

Thomas Boeckel, nouveau président du GPNVA – Les Grandes Maisons d’Alsace

Un président de transition pour encourager les jeunes

Publié le 25/07/2023

Thomas Boeckel veut encourager les jeunes à prendre en main l’avenir de la profession des producteurs-négociants en vin d’Alsace. En devenant président du GPNVA – Les Grandes Maisons d’Alsace, il prend le relais de 30 ans de présidence de Pierre Heydt-Trimbach.

« Nous représentons un poids important du vignoble, tant en volumes mis en marché qu’en capital image », rappelle Thomas Boeckel, le nouveau président des négociants-producteurs de vins d’Alsace, qui se considère comme jouant un rôle d’« intermédiaire entre deux générations ». Celle de Pierre Heydt-Trimbach « qui connaissait tous les dossiers depuis 30 années de présidence ». Et celle des « jeunes qui ne se disent pas encore prêts à prendre le relais ». Thomas Boeckel n’est pas novice dans la représentation professionnelle puisqu’il siège au Civa et au Crinao, il a aussi présidé son syndicat viticole local. « Quand on se lançait dans la représentation professionnelle, cela ne nous dérangeait pas de prendre des coups. Mais les temps ont changé, les jeunes n’ont pas envie de cela, ils veulent être accompagnés », observe-t-il. « Tout le monde a le droit à la parole, mais c’est vrai qu’on sort de quelques décennies où prendre la parole était compliqué. En ce moment, elle se démocratise, le dialogue est plus respectueux », juge-t-il. Une évolution nécessaire et incontournable, car « la génération qui va suivre a besoin d’être motivée pour prendre des responsabilités dans les instances professionnelles ». Thomas Boeckel assume donc cette présidence « dans un but de transmission » avec deux « jeunes » négociants, Jacques Cattin et Thomas Schutz qui assurent les deux vice-présidences. « C’est important de partager les décisions et de ne pas faire reposer le poids des décisions sur une seule personne. » L’un des premiers enjeux sera de « créer une unité et une solidarité entre les adhérents dans les prises de décisions importantes qui concernent le vignoble […] C’est important pour impliquer les jeunes », ajoute-t-il, très soucieux de l’avenir du syndicat. « Quand on aborde un dossier, il faut le connaître. Au Civa, tout le monde les connaît bien, et il y a 12 « stagiaires », ce qui leur permet de bien les appréhender. » « Tous les négociants doivent se sentir concernés » Depuis sa prise de fonction début juillet, les dossiers s’enchaînent. Il y a en particulier la modification de contrats d’achat de raisin et de vrac, avec des clauses se rajoutant sur les ingrédients. « Ce qu’on va acheter dès à présent nous engage après le 8 décembre, date où l’obligation d’information sur les ingrédients sera effective. Et ce, quel que soit le type de vin, bio et naturel aussi. » Ce sujet « concerne tout le monde », souligne Thomas Boeckel, y compris les vignerons récoltants manipulant qui ajoutent une activité de négoce à leur entreprise. « On ne peut pas obliger les gens à cotiser, mais tous les négociants doivent se sentir concernés par notre travail. » Le plus souvent, il faut du temps pour que les résultats voient leurs effets, « que ce soit dans nos contributions aux Crinao ou à l’Ava. On passe des heures sur des dossiers pour des résultats qui ne sont pas instantanés ».

Consommation

Par ici, les jeunes !

Publié le 24/07/2023

Les Français boivent moins de vin, de nombreuses études en attestent. Dans ce contexte, toutes les entreprises vinicoles cherchent à renouveler leur clientèle, en s’adressant notamment aux jeunes générations. Mais comment les attirer vers le vin quand d’autres boissons leur tendent les bras ?

« La majorité des consommateurs de vins d’Alsace ont dépassé la quarantaine, voire la cinquantaine. On le remarque aussi bien au caveau qu’à travers la vente en ligne et par correspondance », pose Célia Langlois, attachée de direction à la Cave de Ribeauvillé. Comment faire pour attirer les jeunes*, qui consomment moins de vin que leurs aînés, voire pas d’alcool du tout ? Pour une cave comme Ribeauvillé, réputée pour la mise en avant des terroirs, la question a trouvé un début de réponse avec le lancement, début 2022, de deux vins sans alcool : un assemblage de sylvaner et de muscat, et un mousseux 100 % muscat. À sa sortie, Ribo - nom commun à ces deux références qui ne bénéficient pas de l’appellation Alsace - est le premier vin désalcoolisé commercialisé par un opérateur de la région. La cible : ceux qui ne consomment pas d’alcool, donc potentiellement les jeunes. Tendance de fond ou aventure sans lendemain ? Cette incursion dans le monde des « no-low » (les boissons sans alcool ou peu alcoolisées), qui ne concerne qu’un faible volume, soit une centaine d’hectolitres, se poursuit. « Nous sommes en train de travailler sur une nouvelle mouture du vin tranquille, car la première ne nous satisfaisait pas totalement. Nous voulons que les consommateurs retrouvent dans nos vins désalcoolisés ce profil sec, droit, fruité, qualitatif qui caractérise nos vins », confie Célia Langlois. La Cave de Ribeauvillé va aussi revoir le contenant. La version tranquille de Ribo sera embouteillée dans une bouteille de type bourguignon plutôt qu’une bouteille bordelaise. « La modernisation passera par l’habillage et l’étiquette », mais pas par la mise en canette : il ne faudrait pas pousser le bouchon trop loin. « Nous souhaitons quelque chose de fun, coloré, moderne, mais qui reste élégant. » Pas question d’en dire plus pour le moment : le nouvel habillage est en cours de développement. Un nouveau contingent de 13 000 bouteilles est prévu cet automne, pour une commercialisation en fin d’année. Désacraliser la consommation Chez Bestheim, la volonté de séduire des consommateurs plus jeunes n’est pas nouvelle. « Il y a six ans, nous avons sorti la gamme Ice dans l’objectif d’intégrer de nouveaux modes de consommation, indique Agathe Prunier, cheffe de projet marketing. Et c’est une tendance qui s’amplifie avec les années. » La gamme Ice, reconnaissable à ses bouteilles sleevées*, se décline aujourd’hui en trois produits : deux crémants demi-secs, dont un rosé, et un mousseux 100 % muscat, à boire sur des glaçons, voire en cocktail. La coopérative leur a dédié un stand spécial de 20 m2, dans le hall 6 de la FAV. L’ambiance, la musique, les lumières donnent le ton : sur cet espace, tout est pensé pour « les jeunes qui veulent faire la fête ». « La consommation de vins est très sacralisée, au point que certains jeunes n’osent pas en déguster. Avec ces cuvées Ice, qui jouent sur la fraîcheur et le fruité, ils ne se sentent pas obligés d’être des connaisseurs. » Agathe Prunier tente la comparaison avec la bière, boisson très appréciée des jeunes, qui se consomme sans façon et sans initiation particulière. « Nous, les acteurs du vin, avons des efforts à faire pour simplifier la lecture et la compréhension de nos cuvées. » C’est dans cet esprit, par exemple, que Bestheim a sorti sa gamme Hopla, cinq vins qui ne s’embarrassent ni de nom de cépage, ni de nom de lieu et encore moins de millésime : le brut, le blanc sec, le rouge charpenté, le blanc moelleux et le rosé sont « faciles à décoder, à accommoder et à boire ». Conçue pour être éphémère, la gamme Hopla entame sa quatrième année d’existence, avec un succès qui perdure dans les trois boutiques de la coopérative. Les influenceurs à la rescousse L’utilisation des canaux digitaux fait partie intégrante de la stratégie de Bestheim. La coopérative a procédé à une refonte complète de son site web et accentué sa présence sur les réseaux sociaux depuis environ deux ans. « Nous travaillons avec des influenceurs pour promouvoir notre image de marque. Si l’on veut toucher une cible plus jeune, c’est indispensable », juge Agathe Prunier, qui s’appuie sur les services d’une agence pour sélectionner les influenceurs susceptibles de recommander les produits de la cave : C’est madame qui choisit le vin, M. et Mme Apéro, Marlène Delolmo pour n’en citer que quelques-uns. « Avec le temps, nous connaissons mieux les personnes avec qui nous sommes susceptibles de collaborer. Marlène Delolmo, par exemple, a une préférence pour les vins tranquilles. Nous ne lui proposons pas de collaboration pour les crémants. Les créateurs de contenus ont leurs goûts, comme tous les consommateurs. »   Pour toucher les jeunes, la Cave de Ribeauvillé mise plutôt sur la participation à des événements locaux, comme la Foire aux vins d’Alsace ou, tout récemment, la Tournée des terroirs organisée par le Civa pour les 70 ans de la Route des vins. Elle a également noué un partenariat avec le club de handball de Sélestat, le réputé SAHB : à chaque match à domicile, la cave dresse son stand et investit l’espace VIP pour y faire découvrir ses vins. Célia Langlois envisage l’organisation d’événements « sympas et conviviaux » à destination des jeunes, mais pas seulement. Les after-works en sont la préfiguration. La Cave de Ribeauvillé s’est également investie dans un partenariat avec l’Université de Haute Alsace qui l’amènera à intervenir, dès la rentrée, auprès des étudiants de licence pro Marketing et commerce du vin et Viticulture-œnologie. Une façon de porter l’image de la cave auprès de ces futurs professionnels du vin qui seront peut-être un jour, des prescripteurs. À moyen terme, la coopérative souhaite définir « une vraie stratégie commerciale et marketing » lui permettant de dynamiser ses ventes auprès de ses différentes cibles, en particulier les jeunes. Un chantier de longue haleine et qui ne fait que commencer.

Publié le 23/07/2023

Depuis sa création il y a 70 ans, la Route des vins constitue un facteur d’attractivité essentiel pour l’économie touristique alsacienne. Au fil du temps, l’offre s’est petit à petit diversifiée et enrichie pour devenir une destination idéale pour les voyageurs en quête d’une expérience insolite et personnalisée qui va bien au-delà de la simple dégustation de vins ou de découvertes de domaines.

En 70 ans d’existence, la Route des vins d’Alsace a pris de l’épaisseur. De la simple tournée de caves et de dégustations commentées, l’expérience des touristes a peu à peu gagné en diversité, richesse et personnalisation. « Ce n’est plus une simple ligne de goudron au milieu d’un cadre naturel idyllique, c’est devenu un faisceau de produits, de terroirs et d’activités en tous genres qui a essaimé jusqu’en plaine et aux sommets vosgiens », explique en préambule le directeur d’Alsace Destination Tourisme (ADT), Marc Lévy. Les sempiternels bus de Hollandais, de Belges ou d’Allemands sont bien sûr toujours là, faisant halte chez les emblématiques ambassadeurs du vignoble pour faire le plein de cartons de pinots gris, rieslings, gewurztraminers et autres. Mais depuis dix ans, et encore plus fortement depuis le Covid, ce phénomène tend à s’amenuiser au profit d’une clientèle en quête d’insolite, d’histoires, de rencontres qui rendront son périple alsacien bien plus unique qu’il aurait pu être auparavant. « Du tourisme de masse qui fréquentait les grosses caves, on passe au sur-mesure avec la volonté affichée de retourner à quelque chose de plus authentique, plus humain et plus incarné », témoigne Mylène Vrtikapa, responsable de l’agence de voyages réceptive Lisela créée en 2020 par la société LK Tours. De nombreux domaines l’ont bien compris en construisant des caveaux plus adaptés à l’accueil du public, avec une approche commerciale sensiblement différente. « On parle toujours vins et terroirs, mais on parle aussi des familles qui sont derrière, de leur histoire, de la manière dont elles travaillent au quotidien. Il y a un fort attrait pour le storytelling, quitte à ce que ce soit un peu romancé parfois », note le directeur d’ADT.     L’expérience touristique « Alsace » se veut aussi plus personnalisée. Auparavant, la communication autour du tourisme alsacien se faisait en silo : d’un côté les lieux de mémoire, de l’autre les châteaux forts, les brasseurs, la gastronomie, la montagne, etc. Désormais, place au mix d’un peu tout cela avec la Route des vins comme colonne vertébrale. « On ne vient plus juste pour boire du vin, c’est un tout. Dans une famille ou un groupe d’amis, tout le monde n’a pas les mêmes centres d’intérêt entre ceux qui veulent déguster de bonnes bouteilles, ceux qui veulent voir des sites emblématiques ou encore ceux qui veulent faire du vélo via la Véloroute du vignoble tracée en parallèle de la Route des vins. C’est toute cette richesse qui s’est construite au fil des décennies », développe Marc Lévy. La sécurité sans les contraintes Pour construire cette offre « à la carte », Lisela travaille avec plusieurs viticulteurs situés sur toute la Route des vins, et n’hésite pas à sortir des grands sentiers battus justement. « Tout le monde connaît Kaysersberg ou Riquewihr, mais moins les villages autour. Il y a pourtant plein de gens qui ont des choses à partager », fait remarquer Aude Michel, chargée de production groupe chez Lisela. « Nous avons la chance d’avoir plein de profils différents de vignerons. Certains proposent des activités insolites. Chacun peut se faire une place dans ce marché touristique tellement la demande est large. » Chez les clients, notamment les plus jeunes, il y a la soif d’aventure, de voyage sans contrainte, avec la juste dose de sécurité. Un voyage doit être facilement réservable, modifiable ou annulable. Ce qui compte, c’est d’arriver au début du séjour avec un fil conducteur plus ou moins bien organisé. « Ils veulent découvrir le territoire en toute liberté sans pour autant suivre un groupe. C’est là qu’on intervient : on leur propose un itinéraire, des adresses à ne pas manquer. Libre à eux ensuite d’y aller à leur rythme, et au moment où ils le souhaitent », détaille Mylène Vrtikapa.     Cette jeune génération investit aussi la Route des vins pour des évènements plus festifs comme des enterrements de vie de jeune garçon ou de jeune fille avant les mariages. Et pour le coup pas besoin d’un Sam pour reprendre la route après une dégustation en cave. « Grâce au bus touristique Kut’zig lancé il y a quelques années par LK Tours, nos clients bénéficient d’un transport facile sur la Route des vins. C’est un atout important qui nous permet aujourd’hui des micro-aventures thématiques et accessibles en quelques clics. » Ce besoin de nouvelles expériences se vérifie également auprès des entreprises pour qui l’Alsace est devenue une destination de plus en plus prisée pour des évènements type team building. « Ça aussi, c’est nouveau. On ne part plus trois jours à Dubaï ou à l’Île Maurice, on vient sur la Route des vins. Beaucoup d’entreprises françaises nous contactent en nous disant qu’elles veulent privilégier des destinations plus locales. On leur propose des activités qu’elles n’auraient pas ailleurs, comme parcourir la Route des vins au volant de voitures anciennes par exemple. Elles cherchent des choses hors du commun et sont prêtes à y consacrer un budget important », témoigne Aude Michel. Et puis il y a l’allié, a priori inattendu, de la Route des vins : la bière. Pour une partie du public, surtout jeune, c’est devenu un produit d’appel pour venir découvrir l’Alsace. « Dans les groupes d’amis, on remarque qu’il y a les aficionados de bière d’un côté, les amateurs de vins de l’autre, et ceux qui aiment un peu les deux. Grâce aux nombreuses microbrasseries qui ont émergé, nous sommes désormais capables de leur proposer des offres qui mélangent ces deux univers. Ils peuvent ainsi découvrir le travail du viticulteur et celui du brasseur, tout comme ils prennent du plaisir à aller à la rencontre du fromager, du distillateur ou du fermier aubergiste », observe Mylène Vrtikapa. L’essor du tourisme « doux » Le développement de la mobilité douce (vélo, randonnées, gyropodes, etc.) contribue à cette évolution vers un tourisme moins classique, à moins que cela ne soit l’inverse. Créé en 2013, le Slow Up a démontré que l’on pouvait « consommer » la Route des vins d’Alsace autrement, à hauteur et à rythme d’homme, en prenant le temps de savourer pleinement chaque mètre parcouru. « Il est clair que cette manifestation a initié un mouvement, chez les Alsaciens notamment qui ont découvert la Route des vins sous un autre angle », poursuit le directeur d’ADT. Cette même Route des vins qu’ils parcourent chaque jour en voiture pour aller travailler est devenue tout à coup un itinéraire jonché de points d’intérêts et d’interrogations. « On peut apprécier davantage les murets en pierres sèches disséminés çà et là, on prend le temps de regarder les vignes de plus près », raconte Marc Lévy.     Les touristes français, mais aussi les Allemands, Belges, Danois, Hollandais, Suisses ou Américains se montrent aussi très sensibles à cette diversification des modes de transport. Le public asiatique reste, pour l’instant, en retrait sur cette démarche et est toujours attaché au tourisme « flash ». Mais même là, les choses bougent constate Marc Lévy. « Je vois de plus en plus de couples d’Asiatiques qui arrivent seuls en gare de Colmar. On n’en voyait pas avant. Même dans ces publics, les modes de consommation touristique tendent à évoluer. »     L’augmentation de la fréquentation de la Route des vins en couple ou petits groupes est finalement assez logique au vu de la densité des offres, mais aussi du manque d’hébergements capables d’accueillir les cinquante ou soixante passagers d’un bus, indique encore Marc Lévy : « C’est un peu le problème de l’Alsace. Les logements chez l’habitant et les gîtes sont légion. C’est plus favorable aux petits groupes. Mais attention aux phénomènes de gentrification. Il ne faut pas non plus que le développement de ces logements touristiques se fasse au détriment de logements destinés à la population locale. Nous avons encore du potentiel touristique à développer en Alsace et le long de la Route des vins, mais cela devra toujours se faire de façon pragmatique, durable et raisonnée. »

Pages

Les vidéos