Vigne

GPNVA – Les Grandes Maisons d’Alsace

Une soirée pour fêter les 110 ans

Publié le 21/07/2023

Les festivités pour marquer l’anniversaire commun des 70 ans de la route des vins d’Alsace et des 110 ans du GPNVA - Les Grandes Maisons d’Alsace se sont poursuivies mercredi 12 juillet avec un dîner à Ingersheim en présence de Caroline Claude-Bronner, guide conférencière spécialisée dans la viticulture.

Ce double anniversaire coïncide avec le dynamisme actuel des ventes de vins d’Alsace en France et à l’export. Malgré une conjoncture économique toujours difficile, l’Alsace trouve sa place sur les marchés et auprès des consommateurs. « Nées en 1913, les Grandes Maisons d’Alsace qui regroupent les plus emblématiques domaines de la région participent à cet élan positif et veillent activement à la défense et à la promotion des vins de la région. Nous tenions à marquer le coup en invitant les membres de notre groupement qui représentent donc un certain poids dans le vignoble », explique Thomas Boeckel, président du GPNVA (groupement des producteurs-négociants du vignoble alsacien) - Les Grandes Maisons d’Alsace. Une cinquantaine de professionnels se sont retrouvés pour cette soirée « vins et mets », où il a notamment été dégusté un crémant assemblage des vins Zeyssolff, un sylvaner 2022 Léon Beyer, un riesling Frédéric Émile 2017 de la maison Trimbach ou encore un pinot noir Les Terres Rouges 2018 du domaine Boeckel. De telles soirées à thème seront à nouveau organisées d’ici la fin de cette année 2023. « Notre syndicat a eu une influence évidente dans l’évolution de la viticulture alsacienne avec des personnalités comme Louis Klipfel qui a également été président de l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava) de 1953 à 1967 et de Fritz Boeckel président du groupement pendant 37 ans », ajoute Pierre-Heydt Trimbach qui vient lui-même de quitter la présidence. Des visites guidées Lors de cette soirée anniversaire, Caroline Claude-Bronner a été invitée à retracer l’histoire du vignoble alsacien. Née dans une famille de vignerons alsaciens, elle est passionnée par l’histoire de l’Alsace et de son vignoble. Elle est guide conférencière de la caisse des monuments historiques depuis 1996, titulaire de la carte de guide interprète régionale depuis 1998 et de la carte guide conférencière depuis 2013. Elle propose des visites guidées dans le vignoble ainsi que des circuits découvertes et à thèmes. Elle connaît l’histoire des terroirs de la région. « La route des vins d’Alsace s’inscrit dans la création des institutions européennes à Strasbourg », explique-t-elle. Une soirée anniversaire qui a permis aux convives de se (re) plonger dans l’évolution de la viticulture alsacienne tout en dégustant mets et vins qui font l’Alsace d’aujourd’hui.

Domaine Kumpf et Meyer à Rosheim

Des lianes dans l’herbe

Publié le 21/07/2023

La question de la gestion de l’inter-rang revient régulièrement sur le tapis. Parmi les nombreuses solutions envisageables, en figure une qui requiert à la fois d’être capable de lâcher prise, de faire confiance aux équilibres naturels, et de bien connaître la physiologie de la vigne : celle de laisser pousser des lianes dans de l’herbe, jusqu’à la mort du couvert, qui précède la fructification de la vigne.

Le domaine Kumpf et Meyer s’étend sur 15 ha dans les environs de Rosheim. Depuis décembre 2010, il est cogéré par Sophie Kumpf et Julien Albertus. Petits-fils de viticulteur, titulaire d’un BTS viti-oeno, ce dernier a fait ses armes chez plusieurs vignerons, dans le Sud, en Alsace, et chez un caviste, avant d’être embauché par Sophie Kumpf. Sa mission : donner une direction au domaine. Pour Julien Albertus, qui ne voulait pas « faire du vin pour faire du vin, mais faire du vin de lien, de terroir », la ligne directrice est toute trouvée : le domaine sera converti à l’agriculture biologique. Poussé par sa fibre environnementale, il tient aussi à remettre de l’herbe dans des vignes qui étaient jusqu’alors conduites de manière traditionnelle : « Le cavaillon était désherbé, et l’inter-rang fauché avant même que l’herbe ait poussé. » Transition dans les vignes et dans les têtes « La transition a demandé des adaptations, tant en termes de moyens que de mentalités », rapporte Julien Albertus. Mais, petit à petit, il a atteint ses objectifs. Dès 2012, il entame la conversion en bio. À cette époque, le sol n’est déjà plus travaillé qu’une fois par an sur l’inter-rang, et deux à trois fois par an sous le cavaillon, pour qu’il reste « propre ». En 2016, la progression vers l’enherbement permanent connaît un bond en avant. Julien Albertus investit dans un rolofaca, et un châssis plus adapté pour travailler le cavaillon au disque, une technique qui permet « de scalper l’herbe, la soulever, et la laisser sur place ». Pour gérer l’enherbement de l’inter-rang Julien Albertus utilise son rolofaca, mais « souvent mal », affirme-t-il aujourd’hui, après avoir appris de ses diverses expérimentations qu'« un seul passage suffit, quand l’herbe est mûre ». En 2017, il investit dans un semoir, afin de réaliser des semis sous couvert dans l’inter-rang. « J’ai mené plein d’essais, dans l’espoir de trouver la formule idéale : à faible densité, à densité élevée, à différentes périodes… J’en suis arrivé à la conclusion que, pour avoir un bon résultat, ce qui compte c’est la préparation du lit de semence. Pourtant l’objectif est de moins travailler le sol, de dépenser moins d’énergie et de temps. En outre, les résultats de ces semis sont très dépendants des conditions météorologiques, sur lesquelles on n’a aucune prise. » Résultat, en 2021, année où il obtient ses plus beaux résultats de semis, Julien Albertus décide de jeter l’éponge : « J’ai vu ce qu’il fallait faire pour que ça fonctionne, et ça ne me convenait pas. » Less is more L’année suivante, il sème encore 6 ha, mais laisse faire la nature sur les autres. C’est la révélation : « Il y avait trois fois plus de biomasse avec l’enherbement naturel qu’avec l’enherbement guidé. J’ai attendu que cette herbe spontanée mûrisse et puis je l’ai couchée. » Et c’est tout. Tout naturellement, Julien Albertus conclut : « Mieux vaut laisser pousser ce qui vient spontanément. Car c’est ça, qui est adapté au contexte. Les semences du commerce sont obtenues ailleurs, dans d’autres conditions. Donc non seulement elles représentent une charge, mais en plus elles ne sont pas forcément adaptées à notre contexte, donc elles poussent mal, et ne remplissent pas la fonction attendue. Sans compter que les produire consomme des terres et des intrants, de l’énergie. » Une touche de rolofaca Julien Albertus laisse donc désormais place à l’enherbement naturel sur près de 80 % des parcelles du domaine, avec succès. Cet enherbement naturel est géré de différentes manières. « Les traitements phytosanitaires sont réalisés au quad (lire aussi pages 28-29), ce qui a tendance à coucher l’herbe à chaque passage. » Puis, quand l’herbe est mûre, elle est couchée au rolofaca : « C’est très facile et ça forme un très beau paillage », assure Julien Albertus.     Le cavaillon, lui, est géré au cas par cas, selon les années. En 2021, année poussante, il y a eu un passage de disque. Pas plus, car le sol était détrempé. Résultat : « L’herbe s’est arrêtée au premier fil et n’a pas gêné la suite des opérations. » En 2022, Julien Albertus a investi dans un intercep Facamatic de Boisselet. Un investissement qui se solde par un échec : « Il y avait un dysfonctionnement donc je ne l’ai pas utilisé. » Quoi qu’il en soit, cette même année, en raison du manque d’eau, l’herbe n’est pas montée sur le cavaillon, où il y en avait beaucoup moins que sur l’inter-rang. « C’est sans doute lié à l’historique du travail du cavaillon, mais je n’ai pas assez de recul pour l’affirmer », rapporte le vigneron. En 2023, il utilise, après réparation, le Facamatic qui procure « un joli paillage ».     Problématique hydrique Pour Julien Albertus, la problématique de la compétition hydrique entre la vigne et l’enherbement, est un faux débat, à plus d’un titre. Il égraine ses arguments. « Pour pousser, la vigne a besoin de carbone, qu’elle se procure via la photosynthèse, et d’éléments minéraux, qu’elle puise dans le sol. Au début de sa période végétative, elle puise dans ses réserves, à peu près jusqu’à la floraison, où elle commence réellement à aller prospecter dans le sol. Or ce moment coïncide avec la fin du cycle de l’herbe. » En outre, la présence d’herbe, qui est couchée au sol, contribue à avoir un sol riche en matière organique, avec une bonne capacité d’infiltration et de rétention de l’eau. Alors que d’autres parcelles ravinent sous l’effet de fortes pluies, l’eau s’infiltre dans les parcelles enherbées. « Autant d’eau qui pourra alimenter l’herbe, et la vigne. » Enfin, le fait de laisser pousser l’herbe et, surtout de la laisser en place, alimente la vie du sol : « Les racines qui restent dans le sol vont être propices à l’installation de symbioses mycorhiziennes, qui vont créer une capacité de prospection supérieure à celle qui prévalait sous un inter-rang travaillé. » Mais pour que ce système fonctionne, Julien Albertus insiste : « L’herbe doit être couchée seulement quand son cycle est fini, sinon elle va repartir et, ce faisant, elle va repomper de l’eau dans le sol. Une catastrophe au niveau de la gestion hydrique. Alors qu’une fois couchée, l’herbe bien mûre forme un paillage qui a un effet allopathique, empêchant d’autres espèces de s’installer trop rapidement. » Un confortable matelas pour aller jusqu’aux grains de raisin.

Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa)

« Nos vins sont tendance »

Publié le 17/07/2023

Les vins d’Alsace sont au cœur des tendances actuelles et leur potentiel de développement dans les circuits traditionnels et à l’export est remarquable. Cette dynamique, les professionnels entendent la pérenniser en intensifiant la communication et les actions marketing. La Cité des vins qui doit voir le jour à Kientzheim et la présence du Civa à l’Exposition universelle d’Osaka au Japon en 2025 doivent porter ce travail lancé dans le cadre d’Alsace 2030.

Jamais ces dernières décennies, l’interprofession alsacienne n’a engagé autant de chantiers en même temps : Cité des vins et la nouvelle maison des vins, Vinopole, Exposition universelle d’Osaka 2025, sans oublier les nombreux déploiements d’outils opérationnels au service des vignerons comme le nouveau point pro, la dématérialisation de tous les contrats, ou encore des nouveaux outils d’analyses. « Nous le faisons car nous devons penser autrement la viticulture et les vins de demain. Nous devons faire face à de plus en plus de contraintes administratives et nous subissons la tendance d’une consommation à la baisse. Mais nous résistons mieux que d’autres vignobles. Nos vins blancs et nos crémants sont au cœur des tendances actuelles. Le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace a profondément muté ces cinq dernières années. Il s’inscrit définitivement dans son siècle. À nous de poursuivre dans cet élan », explique Serge Fleischer, président du Civa. Devant les professionnels qui se sont retrouvés en assemblée générale vendredi 7 juillet au château de la Confrérie Saint-Étienne à Kientzheim, il a même insisté. « Nous devons de la transparence au vignoble. Avec notre projet Alsace 2030, nous n’avons pas le droit de décevoir et nous devons expliquer nos réformes, expliquer ce que nous faisons. Nous avons en tout cas de réelles capacités à faire face aux défis et à y remédier en mettant en œuvre nos ambitieux projets structurels et structurants tout en sachant rester solidaires, unis, attentifs et humbles », ajoute le président du Civa. Il se félicite de la réussite des nombreux événements festifs en lien avec le 70e anniversaire de la Route des vins d’Alsace. « Là également, le Civa est au cœur de l’action. Nos événements invitent au voyage. Ils sont hors du commun et hors des sentiers battus », se réjouit Serge Fleischer. Un lieu 4.0 De voyage, il en sera question pour les vins d’Alsace en 2025 avec l’Exposition universelle à Osaka au Japon. L’Alsace sera le premier et le seul vignoble de l’Hexagone à représenter la France, et parmi les cinq les plus prestigieux du pavillon France avec comme voisins Christian Dior, Louis Vuitton ou encore l’assureur Axa. Les vins d’Alsace seront visibles pendant six mois, d’avril à octobre 2025 sur cet espace de communication géant et populaire. « Le Japon, pour les vins d’Alsace, ce sont des liens historiques et culturels forts. Plus de 160 professionnels alsaciens exportent déjà leurs vins là-bas. C’est notre sixième marché en valeur et le onzième en volume. L’idée est de raconter les vins d’Alsace. Ce sera une belle vitrine », se félicite de son côté Philippe Bouvet, le directeur marketing du Civa. Un projet qui complète un autre, beaucoup plus proche celui-là : la Cité des vins à Kientzheim. Les choses avancent. Il s’agit de concevoir un véritable centre de promotion international des vins d’Alsace pour les professionnels et le grand public. « Nous devons et nous voulons en faire un lieu emblématique, unique et d’exception pour l’Alsace, le Grand Est et tout le bassin rhénan. Il valorisera nos vins et notre vignoble à travers notre histoire, notre patrimoine, notre gastronomie. Ce sera également un lieu 4.0 qui permettra de connecter le vignoble alsacien au monde entier. Pour le Civa, l’enjeu est de positionner l’Alsace autrement, d’utiliser cet outil de communication pour développer notre notoriété et notre positionnement de marque. Ce sera une véritable école des vins d’Alsace qui nous permettra de nous adresser au plus grand nombre, les locaux comme les touristes, les consommateurs comme les professionnels. Oui, nous pourrons aller beaucoup plus loin », insiste Serge Fleischer. Le 28 juillet, lors de l’ouverture de la Foire aux vins d’Alsace à Colmar, une nouvelle étape devrait être franchie avec la signature des différents partenaires de la société coopérative d’intérêt collectif (Scic) qui portera ce projet. « Le navire est à flot » Ces événements représentent un coût : une enveloppe financière d’environ 36 millions d’euros bruts, hors subventions, pour les cinq à six prochaines années. Mais c’est le prix pour maintenir cette dynamique. « Le vignoble alsacien est à la croisée des chemins, mais il lui appartient de choisir son avenir. Soyons ambitieux, solidaires et unis. Notre diversité de terroirs, de personnalités, ajoutée à la diversité de nos vins et de nos lectures du monde de demain, nous permettent d’avancer et de tendre vers l’exception collective qui fera que le vin d’Alsace entrera définitivement au panthéon des grands blancs du monde. Nos projets structurants pour doter le vignoble d’outils modernes et exemplaires seront autant de garanties pour assurer l’avenir », assure Serge Fleischer. Sachant que le Civa a des finances saines avec un excédent de 970 000 € pour l’exercice écoulé. « Le navire est à flot même si la barque est bien chargée », conclut-il. Tout cela au moment où l’on observe une belle reprise des ventes des vins d’Alsace avec 971 469 hl en 2022 et une estimation prudente de 960 000 hl en 2023. Après deux petites récoltes en 2021 et en 2022, les prévisions sont plus optimistes pour 2023 avec 991 500 hl brut. Concernant les disponibilités, la tendance est favorable en ce début d’année 2023. Et surtout, il y a toujours cette très forte dynamique pour le crémant d’Alsace avec des ventes de plus de 102 millions de cols en 2022. Une tendance qui se confirme en 2023 avec une augmentation de 8,5 % sur les cinq premiers mois de l’année. En grande distribution, les crémants d’Alsace représentaient 62 % de la croissance et 38 % des ventes des AOC effervescents en 2022. Plus globalement, pour ce début d’année 2023 « l’inflation a un réel impact sur la consommation en France et à l’export. Et les tensions sur l’approvisionnement, en bouteille notamment, restent un frein. Il faut donc poursuivre les efforts de valorisation et de promotion pour continuer de résister à la conjoncture et maintenir notre dynamique », estime Manon Tijou, responsable du service économique du Civa.

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