Vigne

Publié le 04/07/2023

Basé dans les locaux de l’Académie internationale des vins en Alsace (Aiva), le second incubateur de start-up du secteur des vins, bières et spiritueux lancé par l’entrepreneur bordelais Bernard Magrez est opérationnel. Les sept entreprises déjà recrutées seront accompagnées pour développer leurs projets.

Rodolphe Mondin et Julien Houssiaux (en photo ci-dessous), cofondateurs de la start-up Mondin, travaillent depuis cinq ans au développement d’un matériau alternatif au cuir, à partir de marc de raisin. Ce qui les a motivés à mettre au point ce matériau, c’est la prise de conscience de la pollution engendrée par la fabrication du cuir. « Pour passer d’une peau brute à une peau tannée, il y a 25 à 30 étapes, dont le lavage, le tannage, la teinture, qui génèrent de la pollution, souligne Rodolphe Mondin. Dans le même temps, l’élaboration du vin génère une production abondante de marcs : 850 000 tonnes en France, selon le jeune entrepreneur, qui se base sur les chiffres 2016. Utiliser ces marcs, généralement envoyés en distillerie, pour en faire un matériau utilisable par l’industrie du luxe, c’est l’idée des cofondateurs de Mondin. Il leur a fallu procéder à différents essais pour aboutir à Nisiar (raisin à l’envers), nom déposé de ce nouveau matériau : améliorer le traitement du marc, trouver le bon dosage entre marc de raisins et polymères d’origine végétale pour que le matériau mis au point possède les qualités recherchées : une bonne élongation, une résistance suffisante aux UV, une souplesse et un toucher qui le rendent désirable pour les entreprises de luxe, réputées exigeantes. Un travail de recherche et développement indispensable, avant d’entrer dans la phase d’industrialisation et de commercialisation. Différents niveaux d’accompagnement Installée à Bayonne, Mondin a rejoint le premier incubateur de start-up Bernard Magrez, basé près de Bordeaux. L’entrepreneur bordelais l’a ouvert en 2021 avec la volonté de contribuer à l’émergence d’entreprises innovantes dans les domaines du vin et de la vigne. Le Bernard Magrez Start-up Win de Bordeaux a accompagné 70 projets depuis sa création, indique Camilo Gomez, responsable marketing et communication chez Bernard Magrez Grands vignobles. La troisième promotion a fait sa rentrée en janvier 2023. Le programme d’accompagnement et de formation proposé aux candidats, d’une durée d’un an renouvelable, est fonction du degré de maturité du projet : un premier niveau pour les start-up « qui veulent grandir et recherchent un accompagnement fort » ; un second niveau pour les entreprises plus matures, incluant des mises en relation et la participation à des événements susceptibles d’accélérer le développement des jeunes pousses. La start-up Mondin a bénéficié de ces deux niveaux d’accompagnement, accédant notamment à un suivi quotidien par un « start-up manager » expérimenté et à un soutien renforcé à la communication. Mieux : lorsqu’est venu le moment de lever des fonds en 2022, Bernard Magrez a pris une participation dans la start-up à hauteur de 15 %. Les premières pièces en série limitée conçues par Mondin - porte-bouteilles, étuis pour couteau sommelier, ceintures - sont commercialisées dans la boutique de l’un des domaines de l’entrepreneur bordelais. Sur le modèle de l’incubateur bordelais, Bernard Magrez a ouvert un deuxième incubateur dans les locaux de l’Académie internationale des vins en Alsace (Aiva), à Landersheim, ex-siège de l’entreprise Adidas. Inauguré le 15 juin, ce dernier devrait accueillir sa première promotion en septembre prochain. Un appel à candidatures international a été lancé aux start-up du secteur des vins, bières et spiritueux « au sens large ». Sept d’entre elles ont déjà signé, dont une jeune pousse australienne, mentionne Camilo Gomez. L’implantation de cette pépinière d’entreprises innovantes, « dans un cadre paisible et serein » mais proche de plusieurs pays européens limitrophes tels que l’Allemagne, la Suisse et la Belgique, atteste d’une volonté d’ouverture à l’international. « C’est ce qui fait la différence avec l’incubateur de Bordeaux », confirme-t-il. Un programme entièrement en anglais est d’ailleurs prévu pour les start-up internationales qui souhaitent bénéficier d’un accompagnement en ligne. Autre différence avec le premier incubateur Bernard Magrez : pour lui donner un ancrage régional, les concepteurs ont fait appel à Quest for change, une structure qui fédère six incubateurs dans le Grand Est (dont Semia pour l’Alsace), financés en partie par les collectivités publiques. « Nous intervenons dans la structuration des projets et accompagnons les porteurs de projets jusqu’à ce qu’ils n’aient plus besoin de nous », indique Paul Klein, directeur adjoint de Quest for change. 270 projets sont actuellement suivis par la structure qui affiche un taux de viabilité à cinq ans des entreprises accompagnées de 80 %. À Bordeaux, où l’incubateur Bernard Magrez s’est entouré de la technopole Unitec, ce taux atteint 86 %.

Publié le 26/06/2023

Lancé fin 2020, le projet VinBiodiv a permis de recenser et de favoriser les pratiques propices à la biodiversité dans le vignoble du Rhin supérieur. Trois « viti-trophées » ont été remis à des vignerons lors du séminaire de clôture.

Le projet VinBiodiv s’achève, mais la biodiversité va continuer à se développer dans le vignoble du Rhin supérieur. C’est en tout cas le souhait des principaux intervenants au séminaire de clôture de VinBiodiv, organisé le 16 juin au château de la Confrérie Saint-Étienne à Kientzheim. De Martine Becker, administratrice de Bio en Grand Est, à Bernard Ingwiller, vice-président de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, en passant par Jacques Cattin, conseiller régional de la Région Grand Est, tous ont souligné l’importance de mieux prendre en compte la biodiversité. La maintenir là où elle existe, voire l’amplifier en plantant des arbres ou des haies, en semant des bandes fleuries, en créant des aménagements permettant aux oiseaux de nicher, aux insectes et aux pollinisateurs de trouver un refuge : c’était l’objet de VinBiodiv, porté par Bio en Grand Est. Associant partenaires français, allemands et suisses, ce programme démarré en avril 2021 a été partiellement financé par le Feder (Fonds européen de développement régional) et côté français, par l’Agence de l’eau Rhin-Meuse. Des instituts de recherche comme l’Inrae (Institut national de la recherche agronomique et de l’environnement) et le FIBL (Forschungsinstitut für biologischen Anbau) suisse s’y sont associés. Chez Sylvie Spielmann à Bergheim, tout a commencé par un diagnostic écologique, réalisé en partenariat avec la LPO (Ligue de protection des oiseaux). Tout… ou presque, puisque la vigneronne, convertie à l’agriculture biologique de longue date, avait déjà planté des amandiers et des pêchers dans ses vignes il y a une vingtaine d’années. Les trois demi-journées passées sur le terrain ont permis de dresser un inventaire de la faune et de la flore présentes sur trois parcelles sélectionnées, ainsi que des infrastructures écologiques en place. Résultat : 114 espèces faunistiques, 60 espèces floristiques, 72 espèces d’oiseaux, dont 21 nicheuses, 7 d’orthoptères, 14 de papillons, sans oublier les punaises, les reptiles et amphibiens. Quant aux infrastructures écologiques, elles étaient bien présentes à l’intérieur et aux abords des parcelles sous la forme de bordures et d’interrangs enherbés, de talus fauchés tardivement, de fruitiers, de haies champêtres. Une cartographie de ces différents éléments a été réalisée pour préserver l’existant. À l’issue de ce diagnostic, Delphine Lacuisse, chargée de mission à la LPO, a proposé à Sylvie Spielmann de planter de nouveaux arbres, des essences locales choisies en fonction de la nature des sols, pour enrichir encore la biodiversité. Le coût d’acquisition des plants a été pris en charge dans le cadre de VinBiodiv, un coup de pouce appréciable selon la vigneronne qui a organisé la plantation. Lors d’« une journée conviviale et de partage », 60 mètres linéaires de haies champêtres ont été plantés, 23 fruitiers hautes tiges, 19 arbres et 6 bosquets, sans oublier les couverts fleuris. Des préconisations de gestion ont été formulées pour que ces aménagements puissent jouer leur rôle au service de la biodiversité. Nichoirs et mélanges fleuris En Alsace, dix domaines pilotes ont bénéficié d’un diagnostic et de préconisations de la LPO. Ces actions ont essaimé dans 20 domaines relais de sorte qu’au total, 2,6 km de haies, 715 arbres et de nombreux bosquets ont été plantés. Une mare a également été aménagée et 70 nichoirs posés dans les vignes. Côté allemand, ce sont douze domaines pilotes du Palatinat, de l’Ortenau et du sud du pays de Bade qui ont été enrôlés dans le projet VinBiodiv, ainsi que huit domaines relais et sept domaines « de base ». Là-bas, c’est le Nabu (Naturschutzbund Deutschland), une organisation dédiée à la préservation de la nature, qui a réalisé les diagnostics et enclenché les actions pour préserver ou favoriser la biodiversité. En Suisse, où 19 domaines étaient concernés, la mise en œuvre est revenue à Birdlife Schweiz et au FIBL. Selon la nature des paysages viticoles rencontrés, la diversité de la faune et de la flore répertoriées, la présence ou non d’aménagements propices à leur installation, différentes actions ont été entreprises. Des nichoirs à chouette chevêche ont été installés dans le Palatinat. Dans l’Ortenau, des mélanges fleuris ont été semés et des espaces ouverts créés dans le sol pour attirer les pollinisateurs sauvages, alors qu’en Bade du sud, des petites cabanes vigneronnes ont été dispersées dans le vignoble pour attirer les huppes fasciées. Plantes vivaces, arbustes et fruitiers hautes tiges ont été plantés dans les sites pilotes. En Suisse, 20 000 m2 ont été ensemencés avec des mélanges fleuris d’espèces locales développés par le FIBL, avec plus ou moins de réussite selon les conditions climatiques de l’année. La présence d’un plus grand nombre de papillons dans les zones ensemencées que dans les zones témoins a été constatée. Plusieurs domaines ont créé des petites structures favorables à la biodiversité - tas de bois mort, pierrier -, d’autres ont revalorisé des talus et des murets de pierres sèches, beaucoup ont planté arbres hautes tiges et arbustes, en privilégiant la diversité des essences.

Publié le 22/06/2023

Séverine Schlumberger s’est vue remettre, jeudi 15 juin, les insignes de chevalier dans l’Ordre national du Mérite des mains de Gisèle Bourcart, elle-même déjà honorée, au cours d’une cérémonie qui s’est déroulée aux domaines Schlumberger à Guebwiller.

Avec son frère Thomas, Séverine Schlumberger fait partie de la septième génération de cette famille baignée dans la viticulture. « Nous travaillons en famille. Avec ma sœur, nous avons la même vision du travail, de l’exigence, du respect. Séverine agit depuis plus de vingt années au domaine en axant la vente de nos vins à l’export. Elle est une figure féminine formidable pour notre domaine et lui permet de se développer à l’international. Nous sommes présents dans plus de 50 pays. Oui, Séverine est une passionnée », explique en préambule Thomas Schlumberger. Ému, il n’en dira pas davantage. L’Ordre national du Mérite, créé par le général de Gaulle en 1963, c’est une décoration qui ne se demande pas, qui ne se refuse pas, mais qui se porte. Séverine Schlumberger n’a pas caché sa fierté. Elle a tout d’abord rendu hommage à Gisèle Bourcart qui a œuvré pour les femmes d’Alsace et qui a vu grandir la récipiendaire. Elle a remercié le ministère de l’Agriculture « pour cette reconnaissance de mon travail et de mon engagement dans notre entreprise familiale et dans le vignoble alsacien. Ma première pensée, à l’annonce de cette distinction, a été pour Ernest, mon arrière-grand-père, et pour Eric, mon père, tous deux décorés de l’Ordre national du Mérite agricole. Ils ont été les vrais bâtisseurs de notre domaine viticole et ils nous ont laissé tous les outils qui nous permettent d’œuvrer aujourd’hui encore ». Elle a également rendu hommage à toute l’équipe des domaines Schlumberger qui leur permettent d’atteindre un niveau de qualité des vins reconnu dans le monde entier. Des émotions uniques Elle a ensuite fait la promotion des vins d’Alsace. « Mon objectif depuis 20 ans reste inchangé : créer un réflexe de consommation pour les vins d’Alsace auprès du plus grand nombre. Notre région est l’une des seules au monde à offrir une telle diversité de vins blancs. L’Alsace a une proposition à vous offrir qui créera des émotions uniques. Ce que l’on est capable de créer ici, c’est de la joaillerie, l’ultime précision de ce que l’on peut faire en matière de vinification. Les planètes sont aujourd’hui alignées pour nous. La consommation de vins blancs augmente partout dans le monde. Nos vins sont parfaitement adaptés aux cuisines actuelles et ils répondent à toutes les envies ou les goûts, où que vous soyez. Le succès des vins d’Alsace, c’est donc maintenant ou jamais ! » estime Séverine Schlumberger. Et d’appeler toutes et tous à être les ambassadeurs des vins d’Alsace. « Partagez avec nous cette fierté de l’excellence et notre savoir-faire unique lors de vos déplacements », insiste la viticultrice. Après avoir encore une fois rendu hommage à ses proches, elle adresse une mention particulière à Marie-Thérèse Barthelmé du domaine Albert Mann à Wettolsheim « qui a été mon mentor concernant le partage et la solidarité pour œuvrer ensemble à la reconnaissance des vins d’Alsace. C’est la personne qui incarne le mieux pour moi la phrase : tout seul on va plus vite, ensemble, on va plus loin. Elle aime régulièrement me le répéter », conclut Séverine Schlumberger.

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