Vigne

Publié le 25/10/2021

Depuis près de dix ans, l’opération Vendangeur d’un jour, initiée par le Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace (Synvira), séduit les touristes. Si les étrangers sont moins présents depuis la pandémie, les Français continuent de découvrir notre vignoble avec un sécateur à la main.

Il est 9 h ce vendredi matin, Olivier et Isabelle Colin arrivent Grand Rue, à Ammerschwihr, devant le grand porche du domaine Léon Heitzmann. Ce couple originaire de la banlieue d’Amiens passe le week-end en Alsace pour son premier anniversaire de mariage. Elle est employée de banque, il est commerçant. Laurence Heitzmann, cheffe d’exploitation depuis plus d’un an, les attend tout en nettoyant le pressoir, bottes aux pieds, fard aux paupières et grand sourire accroché au visage. Pour elle, cet accueil est devenu une habitude puisque le domaine a pris part à l’opération « Vendangeur d’un jour » dès son lancement. En 2021, le domaine a mis à disposition ses parcelles durant quatre journées avec deux à six personnes à chaque fois. « Vendanger, cela a toujours été notre rêve, mais l’occasion ne s’était pas encore présentée », confie Isabelle. « On s’imaginait le faire avec un groupe d’amis durant un mois et dormir chez le vigneron. Les années passent et voilà », confirme son mari. En parcourant les propositions œnotouristiques sur internet, Isabelle est tombée sur le site Vinotrip. Ensuite, elle a réservé la matinée auprès de l’office de tourisme (OT) de la vallée de Kaysersberg. « Nous avons eu beaucoup de demandes cette année, indique Sandra Garcia, responsable communication de l’OT. Mais un peu tôt dans la saison ! Les touristes étaient un peu déboussolés par les dates tardives des vendanges. » L’office de tourisme de Kaysersberg travaille uniquement avec le domaine Heitzmann pour cette offre. « La formule qui séduit le plus est la matinée avec le repas car elle permet de prolonger les échanges autour de la table et c’est ce côté convivial qui plaît aux touristes. » Par amour du partage du métier Le couple de Picards n’a pas choisi l’Alsace par hasard : « D’après notre caviste, c’est la région la moins sinistrée par les intempéries cette année. » Pour le domaine, les pertes s’élèvent tout de même à 60 voire 70 %, prévient Laurence, malgré les traitements avec des tisanes d’ortie, de prêle et d’osier. Olivier ignorait que le mildiou touchait les vignes : « On connaît cela dans notre potager : on n’a pas eu de tomates cette année ! » La jeune femme les guide côté plaine jusqu’à une parcelle de riesling relativement épargnée : 30 hl à 40 hl/ha contre 20 hl en moyenne. « C’était difficile de trouver du personnel cette année ? », interroge Olivier. « Oui, normalement les vendanges durent un mois. Cette année, ce sera trois semaines avec des jours assez étalés dans le calendrier pour s’adapter à la maturité du raisin. Aujourd’hui, c’est le dernier jour de vendanges en plaine, ensuite on va attendre huit jours pour attaquer le grand cru Kaefferkopf. C’est plus difficile de constituer une équipe dans ces conditions mais nous y sommes arrivés. » Dans les rangs, Isabelle et Olivier retrouvent l’équipe d’une quinzaine de vendangeurs menée par Léon Heitzmann, le père de Laurence : « Tous les ans, on se demande si on va poursuivre. Accueillir du public durant les vendanges, c’est un stress supplémentaire. De plus, l’opération n’est pas très rentable surtout lorsque seul un couple se présente, mais on aime montrer la façon dont on travaille. » En effet, Léon ne tarit pas d’explications sur le passage du domaine en bio, en 2006, et les particularités de la biodynamie : quand, pourquoi et comment il utilise de la bouse de corne et silice de corne… « L’idée est qu’ils partent avec un bon souvenir. » Les visiteurs finalisent souvent leur expérience par l’achat d’au moins trois bouteilles. Après de nombreux coups de sécateur pendant deux bonnes heures et une petite coupure au doigt pour Isabelle, le couple est ravi. Olivier avoue qu’il trouve le travail « intense physiquement et répétitif ». Il s’étonne que personne ne dorme sur place et que le repas des vendangeurs soit tiré du sac. Pour les vendangeurs d’un jour, ce sera soupe de lentilles, plateau de charcuterie et de fromage local, le tout accompagné de bons crus : une coupe de crémant à l’arrivée, un riesling, un pinot blanc, un gewurztraminer et plus si affinité.

Publié le 20/10/2021

Pour ses premières vendanges conviviales, Gilles Ehrhart a accueilli, sur une de ses parcelles de gewurztraminer, une vingtaine d’élus, de représentants de la profession agricole et de l’État, à Wettolsheim.

Président de l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava) depuis cet été, Gilles Ehrhart annonce l’ouverture des vendanges conviviales dans une année extraordinaire : « La plus horrible de notre secteur. L’excès d’eau a entraîné une chute de rendements dramatiques. Je ne sais pas où on va car les conséquences se feront sentir l’année prochaine pour ceux qui vendent leur récolte et d’ici deux à trois ans pour ceux qui vendent leur vin directement. J’ai de fortes craintes sur la capacité de résilience de nos entreprises. Certes, la taxe Trump et le Covid-19 nous laissent du stock dans les caves, mais ils grèvent aussi fortement nos trésoreries. » Sur ces mots plutôt pessimistes, il invite néanmoins les participants à un moment convivial à Wettolsheim. Son maire, Lucien Muller, rappelle que les viticulteurs du village exploitent au total 550 ha alors que le ban communal compte 220 à 240 ha de vigne : « Nous avons la chance d’avoir de nombreux grands crus dans nos caves. » D’ailleurs, 80 % du grand cru Hengst se trouve sur le territoire de la commune. « Notre objectif est d’avoir le moins d’entreprises qui s’arrêtent » Dans les rangs, en bordure du grand cru Pfersigberg, dans une parcelle de gewurztraminer, le tri des raisins ne sera, cette fois, pas nécessaire. Gilles Ehrhart indique l’intérêt de ces vendanges partagées avec les institutionnels : « C’est un moment sympathique pour rencontrer les personnes de l’administration que l’on voit habituellement en réunion et qui leur permet de voir à quoi ressemblent nos vignes. » Et malgré la belle image donnée par cette parcelle, elle n’est pas représentative de la situation : « C’est une année difficile pour nos vignes, il est encore trop tôt pour estimer les pertes exactes, il faudra attendre les déclarations de vendanges, mais ce sera certainement l’une des plus petites récoltes de l’appellation. Notre objectif est d’avoir le moins d’entreprises qui s’arrêtent. Nous travaillons avec la MSA (mutuelle sociale agricole) sur un système d’aide et sur l’allègement des cotisations sociales. Grâce à nos discussions avec l’État, nous avons déjà permis la mise en place d’achat de raisin entre viticulteurs sans passer par le statut de négociant. Nous sommes encore en pourparlers pour l’exonération de la taxe foncière sur le non-bâti. » Pour ce qui est des assurances, il espère qu’elles veulent « rester un partenaire de la viticulture ». « L’excès d’eau fait partie des aléas climatiques », complète-t-il. « Pour les viticulteurs qui ont souscrit à une assurance intempéries, il est normal qu’ils veuillent faire valoir leur droit. Nous sommes toujours en discussion avec les assurances, mais nous ne pouvons pas nous substituer aux viticulteurs, même s’ils se retrouvent seuls face à un mastodonte. » L’histoire familiale fait que Gilles Ehrhart gère deux entreprises viticoles de 14 ha au total. L’une apporte à la cave Bestheim, l’autre à celle de Wolfberger. Les discussions se sont poursuivies donc autour d’une choucroute sur une parcelle du grand cru Steingrubler, accompagnée par des vins des deux caves, dont un riesling Steingrubler.

Domaine de l’école à Rouffach

Faibles quantités, toujours autant de pédagogie

Publié le 19/10/2021

Face au petit rendement de cette année, le domaine de l’école de Rouffach a décidé de ne pas vinifier de crémant et de poursuivre ses recherches de débouchés vers l’export. À la vigne, cela se concrétise par des vendanges démarrées le 27 septembre avec, comme tous les ans, les apprenants des centres de formation professionnelle agricole (CFPPA) de Rouffach et Wintzenheim aux sécateurs.

Le domaine de l’école à Rouffach a plusieurs particularités. Son parcellaire s’étend sur 14,5 ha presque entièrement en un seul tenant, dont 2,9 ha en grand cru Vorbourg et beaucoup de parcelles sur le lieu-dit côte de Rouffach. C’est un domaine rattaché à un établissement d’enseignement agricole, donc la pédagogie et l’accueil des élèves y est primordiale. Les six employés du domaine sont tous issus d’une formation du CFPPA. Le nouveau directeur d’exploitation qui succédera à Christine Klein arrivera début novembre. Enfin, toutes les vendanges sont réalisées par les apprenants de Rouffach et Wintzenheim, soit 1 500 personnes. « Nous fonctionnons par classe entière et par demi-journée. En échange de leur participation, les « comptes classes » sont crédités selon le poids cueilli pour financer une sortie scolaire », précise Cyrine Al-Masri, chargée de clientèle. Vu la faible récolte de cette année, la taille de la récompense sera peut-être revue. Treize traitements ont été nécessaires cette année, mais malgré cela, la perte est estimée à 70 %. Le domaine est engagé dans la conversion bio depuis plusieurs années, la cuvée 2022 sera officiellement AB. Paul Bulber, tractoriste et Michel Racine, ouvrier viticole, ont mis en place les engrais verts sur l’exploitation. « Les triticales ont atteint 1,80 m cette année », s’étonne Michel Racine. « Cela a permis d’absorber en partie l’humidité notamment sur les rangs roulés plus que sur ceux fauchés », complète Paul Bulber. Ensemble, ils ont créé leur propre semoir à engrais vert, un rouleau couplé avec des disques et étoiles pour entretenir le cavaillon et plusieurs outils permettant de limiter le passage du tracteur dans les rangs. Exercer l’œil et le palais En trente ans de présence sur le domaine, Jean-Marc Bentzinger, chef de culture, n’a jamais connu une année si particulière : « Le tri est indispensable. Pour cela, il faut informer les apprenants pour qu’ils prennent le coup de main. Ils se donnent beaucoup de mal pour fournir un travail efficace et cela se passe bien. Ce matin, on vendange des gewurztraminers sur une parcelle de 37 ares moins touchés ». Comme partout, ce sont les pinots qui ont le plus souffert du mildiou. « Il y a un peu de pourriture grise ou acétique, mais rien de significatif. Les grappes sont globalement belles. Nous avons démarré les vendanges le lundi 27 septembre pour attendre une maturité gustative. Un bon vigneron doit avoir l’œil et le palais. Nous demandons donc aux élèves de goûter les baies, les pépins, d’apprécier l’épaisseur de la peau, d’estimer l’acidité malique ou tartrique et seulement ensuite d’utiliser le réfractomètre. » Un assemblage sec et léger pour la Californie À la cave, Christophe Roy se désespère de devoir réaliser de la « microvinification » cette année. Pour la première fois, le domaine est équipé d’une table de tri utilisée par les élèves au caveau. « C’est un outil utile pour affiner nos vins, estime le caviste, mais attention à ne pas trop trier cette année ! » Les gammes seront réduites. Habituellement, le domaine produit 60 000 à 70 000 bouteilles par an pour cinq gammes. La vente se fait de 50 % en départ cave, 20 % en expédition et commandes en ligne, 20 % vers le GIE Club des Écoles (réseau des domaines viticoles rattachés aux établissements d’enseignement en France), 10 % par les élèves, les salons, les animations commerciales et la grande distribution. Certaines années, le domaine vend de petites quantités de raisins en vrac (contrat pour un ou deux ha). Depuis 2020, le domaine explore un nouveau débouché : l’export. Malgré la taxe Trump, la démarche se poursuit. « Nous avons envoyé des échantillons d’un assemblage sec, léger et fruité en Californie, les retours sont positifs », indique Carine Welker, responsable des ventes. « C’est un assemblage léger en alcool de pinot blanc, riesling et auxerrois », précise Christophe Roy. Conséquence de cette nouvelle stratégie, mais aussi en raison des quantités faibles de raisins, le domaine ne vinifie pas de crémant cette année. Les stocks en cave devraient suffire. « L’idée est de diminuer le nombre de références et de produire de plus gros volumes », conclut la commerciale.

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