Vigne

Publié le 17/10/2021

Pour se prémunir contre le risque de flavescence dorée, le Civa a planté des vignes mères de porte-greffes. Les premiers porte-greffes ont été commercialisés cet hiver auprès des pépiniéristes de la région.

De loin, peu de choses la distinguent d’une parcelle de vigne ordinaire. Pourtant, celle-ci est située en dehors du périmètre de l’AOC Alsace et les rares raisins qu’elle porte ne sont pas destinés à rejoindre le pressoir. Et pour cause : la vigne y est cultivée pour ses bois et non pour ses fruits. C’est ici, sur le ban de Zellenberg, que sont plantées les vignes mères de porte-greffes cultivées par le Civa. « Aujourd’hui, tout le territoire national est touché par la flavescence dorée, qui est une maladie incurable soumise à quarantaine, certainement la plus grave depuis le phylloxéra. En Alsace, nous sommes préservés, explique Yvan Engel, président de la commission technique de l’interprofession des vins d’Alsace. Pour faire face au risque d’introduction de la flavescence dorée par le matériel végétal, la profession a souhaité investir dans des porte-greffes produits localement, dans des zones indemnes de la maladie. » Jusqu’à présent, les porte-greffes et le matériel végétal plantés en Alsace viennent majoritairement du sud de la France, en particulier de l’Ardèche et du Vaucluse, deux départements infestés. L’obligation du traitement à l’eau chaude et le traitement des pieds après greffage ont porté leurs fruits. Mais jusqu’à quand ? « Il y a eu quelques parcelles de porte-greffes dans le passé en Alsace, mais les conditions climatiques ne semblaient pas favorables à un bon mûrissement des bois, donc à une production qualitative. Aujourd’hui, le réchauffement climatique rend possible la culture des principaux porte-greffes en Alsace (SO4, 3039…) », indique Arthur Froehly, responsable du pôle technique de l’interprofession. Le Civa n’est pas le seul à le croire : quatre pépiniéristes alsaciens et un vigneron indépendant du Bas-Rhin produisent déjà des porte-greffes. Une douzaine d’hectares étaient enregistrés en 2018 dans la région. Fort de ce constat, le pôle technique du Civa a entamé une réflexion technique sur l’implantation et le mode de conduite à adopter pour assurer les meilleures conditions de réussite. Le choix s’est porté sur une parcelle n’ayant jamais été plantée en vigne, appartenant à un polyculteur de Wettolsheim. « Dans le Sud, la conduite traditionnelle consiste à laisser les rameaux se développer sur le sol. Il n’y a pas de travaux durant la saison jusqu’à la récolte des rameaux en hiver, hormis un traitement herbicide, expose Maxence Klingenstein, en charge des vignes mères de greffons, de porte-greffes et du matériel végétal certifié au Civa. En Alsace, en raison du risque de gel, nous avons fait le choix du palissage. » Davantage de travail avec le palissage Deux types de palissage sont utilisés : le palissage sur table, consistant à attacher les rameaux pour qu’ils se développent à plat, et le palissage vertical tel qu’il est pratiqué habituellement dans les vignes alsaciennes. Dans tous les cas, l’objectif est de favoriser la croissance en longueur des bois. « Tous les quinze jours-trois semaines, on relève les rameaux, on les remet dans le plan de palissage et on en profite pour enlever les entre-cœurs et les vrilles qui se sont développés dessus. » La conduite avec palissage demande plus de travail - plusieurs passages sont nécessaires entre juin et août - mais elle facilite la récolte et donne une belle qualité de bois, selon Maxence Klingenstein. Autrement dit, des bois pouvant mesurer jusqu’à une dizaine de mètres de long et d’un diamètre compatible avec les greffons. Une fois les rameaux coupés et nettoyés, ils sont fractionnés à 30 cm. L’équipe technique du Civa commercialise également des boutures de 1,10 m pour les pépiniéristes équipés pour réaliser eux-mêmes le fractionnement. Avec 2 ha en production inscrits au nom du Civa, ce sont 300 000 greffes qui pourraient être réalisées annuellement avec des porte-greffes 100 % Alsace. Soit, compte tenu d’un taux de réussite de 60 %, 180 000 plants finis. « Ce n’est pas énorme, mais on peut vite arriver à des quantités importantes sur des variétés productives », souligne Yvan Engel. Les besoins de porte-greffes sont évalués en moyenne à 3 millions de plants par an pour la région, plantation et complantation confondues. Les pépiniéristes, qui travaillent avec leurs fournisseurs historiques, ne passeront pas à un approvisionnement 100 % Alsace du jour au lendemain, « mais on espère se placer sur le marché grâce à de meilleures garanties sanitaires », confie Yvan Engel. Et grâce à un prix soigneusement étudié - 45 ct/m pour du SO4 certifié. Pour l’instant, les premiers retours semblent positifs. L’étape suivante consistera à augmenter les surfaces et à élargir le choix des variétés proposées. « Il se fait beaucoup de SO4 en France, mais sur des variétés plus rares, nous ferons évoluer nos choix en fonction de la demande des pépiniéristes », précise Maxence Klingenstein. À l’avenir, une conduite des vignes de porte-greffes selon un itinéraire technique bio est également envisagée. Ce serait « la suite logique du projet », selon Arthur Froehly.

Publié le 11/10/2021

À Soultz, la famille Weinzaepfel est passée à la vinification en 2019, après de nombreuses années de livraison à la coop, puis au négoce. Les premières ventes ont démarré en mai de cette année.

Marc et Cathy Weinzaepfel ont commencé petit avec seulement 3,5 ha, à la fin des années 80. Ils sont arrivés à 9,5 ha en achetant différentes parcelles de vignes et de friches qu’ils ont plantées. Coopérateurs pendant 15 ans, ils sont ensuite devenus vendeurs de raisins 15 ans chez différents négociants. C’est en 2019, seulement 30 jours avant les vendanges, que le négociant qui achète leurs raisins destinés au crémant ne renouvelle pas le contrat annuel. Un déclic pour les enfants, Loïc et Audrey Weinzaepfel, qui décident de se lancer dans la vinification en un temps record : achat d’une cuverie d’occasion, démarches auprès des douanes… Pour Loïc, 26 ans, qui a rejoint le domaine en 2018 après un BTS viti-œnologie à Rouffach, puis une licence droit, économie et gestion à Mulhouse, travailler la vigne était une évidence. Mais la vinification était un projet à plus long terme. Audrey est en deuxième année de master marketing-vente option commerce des vins en alternance à Montpellier après un bachelor commerce des vins à Beaune. À la fin de son cursus, en février, elle rejoindra le domaine à temps plein. Toute la récolte vinifiée sur place cette année Cette année, la totalité des raisins sera vinifiée au domaine. Le millésime 2022 sera le premier certifié en agriculture biologique. L’enherbement des vignes est une tradition chez les Weinzaepfel. « Un rang sur deux est en couvert permanent, l’autre en couvert temporaire », indique Marc, qui utilise cinq à six espèces différentes en fonction du type de sols et de production (fèverole, vesce, etc.) en vue de réguler la vigueur. Il passe le rolofaca pour coucher le couvert et conserver l’humidité. Le cavaillon est travaillé au moyen de disques et d’étoiles Kress. « On passe à 10 km/h avec une faible pression des pneus pour éviter les tassements ». Le vigneron taille en Poussard une ou deux arcures à 20 cm et une partie en cordon à 30 cm pour un palissage rapide. Souvent, il taille en vert avant les vendanges pour réduire le rendement et obtenir des raisins plus concentrés.     Il utilise la méthode Optidose pour limiter le soufre et le cuivre. Le domaine a investi dans un pulvérisateur de traitement à panneau récupérateur qui fonctionne avec un flux tangentiel : « deux turbines font bouger les feuilles, le produit se positionne de la même façon du haut en bas du feuillage. Il permet la récupération de 80 % de produit au début de la saison et 40 % à la fin de la saison, selon la densité du feuillage. Nous étions les premiers à l’avoir dans le Haut-Rhin », se réjouit Marc. Mais l’outil ne suffit pas à sauver l’année 2021. « Nous faisons six traitements en temps normal, soit 2 kg cuivre métal par ha, que nous complétons avec de la prêle, de l’ortie, du saule, de l’osier et de la camomille. Nous y ajoutons aussi des huiles de pin ou d’écorces d’oranges ». Malgré une dizaine de traitements cette année, les pinots noirs affichent 90 à 95 % de perte selon les parcelles. Sur l’ensemble de l’exploitation, la famille Weinzaepfel estime les pertes à 90 %. Marc, Cathy et Loïc décident du début des vendanges après dégustation, étude des degrés et de la maturité phénolique. Les parcelles sont essentiellement situées sur le lieu-dit Mittelbourg. Le sol y est argilo-calcaire avec des limons en surface. « L’exposition plein sud permet une grande richesse aromatique, d’autant plus que nous avons beaucoup de vieilles vignes de 25 à 80 ans », souligne Loïc. Les raisins vendangés manuellement sont triés directement dans la parcelle sur une table par Cathy. Un travail colossal pour ramener une récolte la plus seine possible. En cave, le viticulteur dit suivre « un itinéraire classique de vinification adapté selon les analyses du laboratoire et avec le moins d’intrants possible ». D’après Loïc, ces interventions limitées sont permises par le travail effectué en amont dans la vigne, le rendement réduit et le tri des raisins. Il a investi dans un pressoir pneumatique et des cuves en inox thermorégulées. Après pressurage, il débourbe à froid. Pour la filtration, il utilise la bentonite. Il sous-tire les lies grossières puis élève au minimum six mois sur lies, pour suivre la demande, et plus longtemps si c’est possible et si le millésime l’exige.    

Le domaine Frey-Sohler, à Scherwiller, « connecté »

La sécurisation du paiement, facteur de réussite en e-commerce

Publié le 04/10/2021

La crise de la Covid aura au moins présenté l’intérêt de servir de tremplin pour structurer l’e-commerce des vins pour nombre de domaines viticoles. La bonne nouvelle, pour Aude et Damien Sohler, vignerons à Scherwiller, c’est que le chiffre d’affaires de ce canal de distribution progresse en 2021. Condition sine qua non de réussite : la sécurisation du paiement en ligne.

L’année 2020 n’a pas permis de booster l’e-commerce autant qu’en 2019, mais avec ses 112 milliards d’euros globaux générés au cours de cette année atypique, l’e-commerce enregistre +8,5 % comparé à 2019. Une progression du chiffre d’affaires remarquable mais néanmoins légèrement en retrait par rapport à l’année précédente dont la croissance était de +11,5 %. Pendant cette première année de crise sanitaire de 2020, on a dénombré 17 400 sites d’e-commerce supplémentaires comparé à 2019, soit un total de 200 000 sites marchands actifs en France à fin 2020, précise Nicolas Ohl, responsable middle office pro Agri services et monétique, au Crédit Agricole Alsace Vosges. Signe que les vignerons ont profité de la crise pour sceller leurs bases de l’e-commerce. C’est le cas du domaine Frey-Sohler à Scherwiller. Stimulés par les confinements et autres fermetures du réseau CHR, Damien Sohler et sa fille Aude imaginent de nouvelles solutions comme nombre de leurs confrères. Ils se sont lancés sur ce réseau de distribution. À point nommé semble-t-il car si les ventes en ligne de loisirs (transport, voyage, billetterie) ont bel et bien été freinées en 2020, la croissance de l’e-commerce provient donc essentiellement de la vente de produits (commerces alimentaires et de biens), dont le vin d’Alsace bien sûr. Une boutique en ligne épurée Début 2020, le domaine ouvre son site shop.frey-sohler.com avec quatre garanties : l’expédition sous 48 h, la livraison gratuite à partir de 24 bouteilles, une remise dès 36 bouteilles et enfin le paiement sécurisé. La boutique en ligne est des plus épurées. Sur fond blanc, la page d’accueil se résume à la présentation de la gamme complète en vins d’Alsace et à un tableau de conseils gastronomiques très synthétique. « Chaque matin, on prépare les commandes reçues la veille », indique Damien. Pour réaliser la boutique, lui et sa fille se sont appuyés sur le logiciel en ligne PrestaShop. La visualisation de l’évolution du chiffre d’affaires montre clairement en 2020 l’effet d’aubaine à la faveur des confinements. Ce qui est intéressant, c’est qu’en 2021 l’acte de consommation a été préservé par ce canal, et ils savent d’ores et déjà que le chiffre d’affaires 2021 sera en progression. La part de chiffre d’affaires du domaine Frey Sohler réalisée en e-commerce reste toutefois encore minime puisque le domaine commercialise bon an mal an 160 000 cols au total, dont 30 % à l’exportation. Aude et Damien se veulent discrets sur les chiffres, néanmoins non négligeables désormais, ce canal de mise en marché étant particulièrement concurrentiel. La sécurisation du paiement figure parmi les conditions sine qua non de réussite en e-commerce. Ils ont donc fait appel à la solution Up2pay du Crédit Agricole.

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