Vigne

Publié le 01/10/2021

En 2018, le domaine Gueth a quitté le centre du village de Gueberschwihr pour investir des bâtiments modernes. En parallèle, il a pris le tournant de l’agriculture biologique. Pour Muriel Gueth, le terroir et les savoir-faire traditionnels priment.

Muriel Gueth reprend officiellement le domaine familial en 1995. Après un cursus général, elle rejoint la formation pour adultes animée par Jean Schaeztel au lycée de Rouffach. Son arrivée sur l’exploitation sonne le départ à la retraite de ses parents, Bernadette et Jean-Claude. Le Gaec se transforme en EARL. Les parents restent un soutien primordial à la vie de l’entreprise. Malgré le décès précipité de Jean-Claude en juin dernier, Bernadette continue d’épauler activement sa fille sur l’exploitation. Un salarié à mi-temps, lui-même viticulteur, vient renforcer l’équipe à la naissance du premier enfant de Muriel. Les parcelles s’étendent tout autour du village de Gueberschwihr sur trois terroirs. Au sud et à l’est, entre 235 et 300 m d’altitude, sur les sols marno-gréseux se développent les gewurztraminers, les pinots gris et les rieslings. « Ce type de sol confère aux vins puissance et acidité complexe : ils sont de longue garde, expressifs et salins ». Dans les parcelles situées en contrebas des collines, le terroir marno-calcaro-gréseux apporte de la puissance, les grès et les calcaires de la finesse à des gewurztraminers, rieslings et pinots blancs, fruités et secs. Enfin, les sols marno-calcaires à l’ouest en lisière de forêt et sur une partie du grand cru Goldert confèrent aux vins puissance et minéralité. S’y épanouissent des pinots gris, gewurztraminers, pinots noirs, auxerrois, sylvaners et pinots blancs. « Au total, cela correspond à une quarantaine de parcelles dont on extrait une vingtaine de vins intimement liés à leur terroir. On garde nos vieilles vignes. Nous avons des ceps de sylvaner et de pinot blanc qui atteignent les 60 ans. Je pense qu’il ne faut pas toujours remettre en cause ce qui a été fait. Nous les gardons délibérément. Ils sont implantés profondément dans le terroir. C’est une manière de conserver une tradition et un savoir-faire. J’ai fait une entorse à cette règle en raison du réchauffement climatique : j’ai planté une petite parcelle de pinot noir sur la colline pour en faire du rouge ». Mise en bouteille tardive Pour le travail de la vigne, Muriel se fie aussi aux pratiques familiales : « Nous avons toujours eu beaucoup d’herbe dans les vignes : un rang sur deux est enherbé, le deuxième est travaillé au sol de manière superficielle. Sauf cette année où rien n’y fait : tous les rangs sont enherbés par l’effet de la pluie ! » Le domaine est certifié Haute valeur environnementale (HVE) depuis 2019. Il pourra arborer le label AB à compter du millésime 2021. Depuis plusieurs années, la confusion sexuelle est pratiquée dans tout le village tout comme à Obermorschwihr, Vœgtlinshoffen et Pfaffenheim. Menée de manière collective, cette pratique est redevenue individuelle depuis le début de la pandémie. « Je taille en Guyot arqué sauf pour le pinot noir où j’utilise la taille Guyot à plat pour réduire les rendements et augmenter le plan de palissage », témoigne Muriel. Quand il s’agit de fixer la date de début de vendanges, elle est attentive à la bonne maturité des raisins, qu’elle apprécie à la dégustation. Après récolte, ils sont pressés longuement (5 à 6 h) dans un pressoir pneumatique. Le débourbage est fait à froid, sans levure. Elle filtre une fois par kieselguhr puis sur plaques avant mise en bouteille. Elle procède à un léger sulfitage à la fin de la fermentation. Pour l’élevage, Muriel privilégie l’inox, sauf pour les pinots noirs qui sont élevés en barriques. La particularité du domaine est sa mise en bouteille tardive, parfois avant l’été et souvent avant les vendanges, comme c’est encore le cas cette année. « La cave est bien fraîche ce qui permet de procéder à un élevage long sur lies », considère la viticultrice. Les vins du domaine sont surtout vendus en direct (à 80 % au caveau, par envoi et sur les salons). Depuis 2017, Muriel a arrêté la vente en vrac. Elle a pu le faire grâce à l’augmentation de la capacité de stockage permise par la construction du nouveau bâtiment à l’entrée nord du village. C’est là qu’elle a ouvert le caveau en 2018. 20 % des ventes sont réalisées à l’export. La viticultrice s’est engagée dans cette voie en 2004 en participant à un salon à Londres avec le Synvira. Le domaine adhère au réseau Bienvenue à la ferme depuis 2010. Muriel propose des apéros gourmands (presque tous les vendredis soir en juillet et août) et des visites de l’exploitation (sur réservation). « Cela permet de faire venir au domaine des personnes intéressées par le monde du vin et curieuses de savoir ce qu’elles consomment. Elles cherchent un « vin vérité » proposé directement par ceux qui le font ». Pour permettre cette rencontre, elle limite les apéros gourmands à 15 participants.    

Publié le 25/09/2021

La récolte, qui a débuté le 13 septembre pour les cépages destinés au crémant, pâtit des excès d’eau de cet été. Le millésime s’annonce typique avec de jolies acidités.

Christian Kohser, 19 ha à Wangen, apporteur chez Arthur Metz. « Nous avons rencontré des difficultés pour compléter l’équipe de vendangeurs. Nous avons fait du surbooking pour être sûr d’avoir assez de personnel. L’année dernière, nous avions plus d’étudiants et dans notre secteur, les arboriculteurs ont déjà commencé la récolte. Avec le gel et les dégâts de mildiou, j’estime le rendement autour de 55 hl/ha. Pour les crémants, les volumes ne sont pas là, mais j’attends de voir la suite. Pareil pour les gewurztraminers. Les rieslings sont beaux. Pour les pinots, c’est difficile à estimer. Je suis attentif aux risques de botrytis et aux foyers de pourriture. Je n’ai jamais vu de mildiou comme cette année. Il est bon de privilégier la précocité pour garantir un état sanitaire satisfaisant. Les baies sont belles et gonflées alors j’espère que la pluie ne sera pas au rendez-vous pour éviter qu’elles n’éclatent. » Julien Gsell, 9 ha, vigneron récoltant à Orschwihr. « Pour le moment, les degrés tournent autour de 10. On pouvait s’attendre à plus. Le feuillage atteint par le milidou est-il en cause ou bien est-ce que ce sont les vignes qui travaillent moins bien ? En tout cas, les températures fraîches ne permettent pas aux degrés de monter rapidement. J’ai connu des débuts de vendanges au 25 septembre. On est dans un cycle plus proche des habitudes alsaciennes. Avec un climat sec, on peut attendre. L’acidité est encore bien marquée. On va se rapprocher d’un millésime plus typique avec des vins fruités, grâce aux nuits fraîches, et plus vifs. Un vrai vin d’Alsace, dirais-je, plus tendu, de meilleure garde. En somme, de beaux vins gastronomiques. D’un point de vue sanitaire, chez moi, les pinots noirs sont à surveiller car la pourriture guette, suite à des piqûres d’insecte ou d’oiseau avec un risque de piqûre acétique. Les autres cépages sensibles comme l’auxerrois et les pinots gris sont beaux. Au niveau des rendements, le tableau est catastrophique. J’ai plus de 80 % de perte sur les pinots noirs. Après une année difficile commercialement à cause du Covid, il va encore falloir se serrer la ceinture. Le recrutement des vendangeurs n’a pas été une mince affaire non plus. Plus personne ne vient se présenter spontanément au domaine depuis deux ans. Nous sommes passés par Alsace Vendanges et l’équipe a pris du temps à être complète. Je suis inquiet pour l’avenir car les jeunes retraités se font rares dans les rangs. Heureusement, sur 14 vendangeurs, six sont des habitués. Ils forment des binômes avec les nouveaux pour les aider à trier. » Pas à la même vitesse que l’an dernier Adrien Stoeffler, 16,5 ha, vigneron récoltant à Barr. Avec son équipe d’une douzaine de vendangeurs, il a commencé à vendanger le 15 septembre : pinot blanc, auxerrois, chardonnay et pinot gris destinés au crémant ont été récoltés entre 10,5 et 11°. Un début de récolte effectué sous la pluie dans des parcelles passablement touchées par le mildiou. « C’est surtout le pinot gris qui a pris, on a 30 % de rendement en moins sur ce cépage, voire 40 %. On a des dégâts sur le pinot blanc, un peu moins sur chardonnay et sur auxerrois. On a eu aussi de l’oïdium sur certaines parcelles : j’ai rentré trois bottiches sur une parcelle où j’en récoltais 12 habituellement. ça nous oblige à faire énormément de tri : forcément, on ne va pas à la même vitesse que l’an dernier, cela exige plus de suivi, il faut regarder dans les seaux ». Adrien compte finir la récolte des raisins pour le crémant cette fin de semaine et enchaîner sur les pinots gris et pinots noirs destinés aux vins tranquilles. Pour les sylvaners, qui sont encore à 9 °, « il va encore falloir attendre une semaine à 10 jours », prévoit le vigneron, heureux du retour d’un temps plus sec. Patrick Schiffmann, 19 ha à Kaysersberg, apporteur à Bestheim. « Pour moi, c’est une date normale de début de vendanges mais avec deux points noirs : les attaques de gibier en lisière de forêt et une attention particulière à porter au tri. Malgré un dernier traitement contre l’oïdium le 10 août, les pinots et les auxerrois ont été particulièrement touchés. La présence de chevreuils et de sangliers dans mes vignes commence à être récurrente dès le mois d’août. Je pose des filets mais rien n’y fait. Cette année, j’ai remplacé le travail du sol estival par un broyage des végétaux. L’autre rang a été fauché comme d’habitude. Dans les secteurs autour des villages où le sol est assez profond et même parfois filtrant, la bonne tenue des traitements permet une récolte presque normale. Pour les parcelles plus complexes, vers le golf d’Ammerschwihr ou à Kaysersberg, nous n’arriverons pas au rendement, mais cela s’équilibre entre les parcelles. Le VCI (volume complémentaire individuel) pourrait être un outil intéressant cette année. Je me donne la possibilité de l’utiliser si nécessaire. » Propos recueillis par Florence Péry et Cécile Hans, entre le 18 et le 22 septembre.    

Comité des reines des vins d’Alsace

Dix années royales

Publié le 20/09/2021

Le comité des reines des vins d’Alsace fête son 10e anniversaire. C’est en 2001 que les représentantes du vignoble ont décidé de créer une association avec le soutien du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace. Elles se sont retrouvées samedi 11 septembre à Wettolsheim en l’honneur de la reine actuelle, Virginie André.

Une reine qui vit un règne qu’elle a qualifié elle-même d’atypique en raison de la situation sanitaire. Intronisée lors de la dernière foire aux vins d’Alsace à Colmar en 2019, son mandat d’une année a exceptionnellement été renouvelé en 2020. « Merci pour votre soutien. Lors de ma première année de reine, en 2019-2020, j’ai pu participer à quelques manifestations avant d’être contrainte de stopper mes activités lors du premier confinement. Pour cette seconde année de règne comptant pour la période 2020-2021, j’ai constaté avec satisfaction que nous recevons à nouveau des invitations. Nous ne sommes pas oubliées. C’est une belle satisfaction. On m’a donné la chance de promouvoir les vins d’Alsace au maximum », explique Virginie André. Parmi ses coups de cœur, le salon international de l’agriculture à Paris en 2019 et la visite du Parlement à Munich. « J’ai beaucoup appris avec cette responsabilité. J’ai désormais hâte de passer le relais car il faut savoir évoluer. Mais je veux continuer à m’investir. D’où cette volonté de faire partie du bureau du comité des reines des vins d’Alsace », ajoute Virginie André. Elle pourrait laisser son écharpe et sa couronne lors de la Cuvée givrée de la Foire aux vins d’Alsace prévue du 27 au 20 décembre 2021. « Une réunion est programmée entre le comité des reines des vins d’Alsace, le Civa et Colmar Expo le 15 octobre prochain. Nous allons évoquer l’avenir du nouveau trio royal. Il pourrait être élu, cette fois sur une année civile, en novembre 2021. Nous allons également évoquer d’autres modalités comme, par exemple, la possibilité d’établir une charte à signer par la reine et ses dauphines sur les us et coutume de leur mandat d’une année », indique Claudia Renel, présidente du comité des reines des vins d’Alsace.     Une association reconnue par la filière viticole alsacienne Elle s’est également félicitée de l’évolution de l’association depuis sa création en 2001. « Depuis dix ans, nous avons beaucoup travaillé. Nous sommes désormais reconnues par tous nos pairs et par la filière viticole alsacienne. Nous avons de bons retours sur nos propres manifestations et sur celles où nous nous rendons. À la sortie du dernier confinement, nous avons pu renouer avec certaines de nos activités. En juillet, nous avons pu participer à une visite dégustation au domaine Rolly Gassmann à Rohrschwihr et à la fête vigneronne de Barr. Le 13 septembre, nous étions également présentes à la confrérie Saint-Étienne de Kientzheim pour le rassemblement des confréries viniques », précise Claudia Renel. Elle a ensuite rappelé tout ce qui a été fait depuis 2001. À commencer par la troisième et dernière soirée de gala du 26 juillet 2019 à la Foire aux vins et la dégustation de la cuvée royale, « la pétillance des Reines ». L’assemblée générale a ensuite validé le bilan comptable et renouvelé son comité directeur pour la période 2021-2023. Si Joséphine Spannagel et Séverine Laval ont fait le choix de le quitter, Virginie André et Margaux Jung ont décidé de le rejoindre. Claudia Renel (la présidente), Aurélie Schneider, Christelle Da Cunha, Dorothée Wolff, Charlène Spettel, Martine Guth, Anita Heitz et Marine Wessang en restent membres. À l’issue de la réunion, il y a eu les retrouvailles avec les confréries viniques pour fêter les dix ans du comité lors d’un déjeuner au restaurant Au Soleil à Wettolsheim. L’après-midi s’est poursuivie avec la dégustation de la cuvée Virginie au domaine Antoine Ehrhart. À noter que Marguerite Bannwarth-Binner, première reine des vins d’Alsace en 1954 et en 1955, était présente comme pour toutes les manifestations organisées par l’association depuis dix ans.

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