Vigne

Serge Fleischer, nouveau président du Civa

« Nous devrons mener des réformes courageuses »

Publié le 15/07/2021

Serge Fleischer devient président du Civa. Il remplace Didier Pettermann, récemment élu conseiller régional du Grand Est. Dans la continuité de son prédécesseur, il dessine les perspectives de la fillière alsacienne.

Après cinq ans passés à la tête du Civa, Didier Pettermann a cédé son fauteuil de président à Serge Fleischer, vendredi 9 juillet. Directeur de la maison de négoce Arthur Metz à Marlenheim, il accède à cette fonction avec la volonté d’être « un président rassembleur » mais aussi « novateur et réformiste », plutôt que réformateur. Et avec l’ambition de faire progresser l’image des vins d’Alsace en les imposant comme « de grands vins aux yeux du monde entier. » Alors que « des sujets brûlants et nombreux » se posent au vignoble alsacien, il compte n’en éluder aucun. « Il n’y aura aucun tabou, aucune barrière professionnelle », promet Serge Fleischer en rappelant son engagement de longue date au service du collectif (il a passé plus de 20 ans au conseil de direction du Civa). Les vins d’Alsace sont « un trésor commun qui doit rassembler, pas opposer », affirme encore le nouveau président en listant les principaux chantiers auxquels l’interprofession des vins d’Alsace va devoir s’atteler. Le premier est de faire aboutir l’audit de filière Alsace 2030 et de mettre en œuvre ses conclusions pour permettre au vignoble d’affronter la deuxième moitié du XXIe siècle. « Nous devrons mener des réformes courageuses », prédit d’ores et déjà Serge Fleischer. Le second sera la construction de la cité des vins d’Alsace, qui contribuera « à positionner les alsaces dans la cour des grands ». Le troisième consistera à rassembler en un pôle unique basé à Colmar, les organismes de recherche et développement viticole du Grand Est. Pour mener à bien l’ensemble de ces chantiers, sans se disperser, il est primordial d’avoir « le soutien des collègues et amis de l’Ava », fait valoir le nouveau président du Civa. Alsace 2030 : appel à l’investissement collectif Dans l’immédiat, il appartiendra à Serge Fleischer et à l’équipe rassemblée autour de Gilles Neusch, directeur du Civa, de déployer le plan stratégique 2021-2024, approuvé lors de cette assemblée générale. L’un de ses principaux axes est de sortir au plus vite le vignoble de la crise conjoncturelle dans laquelle il est plongé. Le Civa s’appuiera pour cela sur des indicateurs économiques précis, qu’il se chargera de collecter et de mettre à disposition des entreprises. Il s’agit d’ « affiner la connaissance des marchés, de mieux connaître les attentes des consommateurs, de cibler tous les circuits de distribution et de reconquérir le consommateur alsacien. Un produit unique pour le monde entier serait une erreur », affirme Serge Fleischer. Le plan stratégique vise aussi à lever les problématiques structurelles autour de la qualité, de la lisibilité de l’offre, de la gouvernance et du pilotage économique de la filière et de l’innovation. Sur ces différents chapitres, le Civa s’efforcera de mettre en œuvre les conclusions d’Alsace 2030. Serge Fleischer en appelle à l’investissement collectif sur ce projet, qu’il souhaite alimenter par les réflexions des différentes familles professionnelles et des syndicats. Un retour est attendu pour début septembre, afin d’en fixer le contenu et les prochaines échéances. L’accompagnement des entreprises va se poursuivre : le plan stratégique 2021-2024 prévoit de développer le conseil dans des domaines tels que la gestion, la prospection, le marketing, afin de permettre aux entreprises d’être plus performantes sur les marchés. Il s’agira aussi de mieux communiquer et de façon plus dynamique vis-à-vis des adhérents, afin de les impliquer davantage dans les projets collectifs. Générer plus de valeur Le Civa ambitionne de générer davantage de valeur économique au sein de la filière : c’est le quatrième axe de son plan stratégique. Il passera notamment par des mesures de régulation de la mise en marché et la création d’un observatoire micro et macroéconomique. L’interprofession continuera à soutenir la recherche et à développer des partenariats avec les acteurs de la recherche et de la formation et s’attachera à mieux organiser la filière. Dans cet esprit, le plan stratégique du Civa prévoit de renforcer l’engagement professionnel des élus et de continuer à améliorer sa propre gouvernance en confiant des missions aux administrateurs stagiaires, dont le nombre sera doublé.

Publié le 08/07/2021

Après le succès de 2020, Niess Agriculture, Famille Hauller et Gerber H & M organisent la deuxième édition des « 3 jours du vignoble » du 16 au 18 juillet à Dambach-la-Ville. Le contexte commercial reste celui de 2020, où la vie professionnelle du vignoble, perturbée par le Covid-19, n’a pas beaucoup d’occasions de réunions autour de matériel viticole, lors de foires ou de démonstrations.

« Nous apercevons enfin le bout du tunnel après plus d’un an d’obscurité. Nous avons la volonté d’agir pour la reprise de l’activité économique », expriment les deux constructeurs et concessionnaires de matériel vitivinicole, et la maison Hauller, productrice et négociante en vin. Comme l’an passé, cette manifestation accueille des partenaires et de nombreux artisans et producteurs locaux. Au programme : Une journée de vendredi « professionnels », orientée sur le « Monde rural » au sens large, avec une conférence sur le climat dans la matinée et la présentation de nombreux matériels agricoles, viticoles, de vinification et d’entretien des espaces verts, tout au long de la journée. Un marché du terroir et des producteurs, renforcé, après sa grande réussite de l’année passée, avec la présence de nombreux exposants supplémentaires, le vendredi, en fin d’après-midi, et le dimanche en journée. La présentation du nouveau magasin de Niess Agriculture « Promodis 2.0 » Une grande tombola avec de nombreux lots à gagner. Un programme d’animations étoffé, avec des jeux pour enfants, des spectacles, des animations musicales et de nombreuses surprises, tout au long du week-end.    

Publié le 29/06/2021

Quatre ans après son installation, Arthur Bohn parvient à commercialiser l’ensemble des vins du domaine familial en bouteilles. Que ce soit auprès des cavistes, des restaurateurs ou à l’export, le vigneron de Reichfeld ne ménage pas ses efforts.

Arthur Bohn s’installe sur le domaine familial en 2017 avec deux objectifs : arrêter le vrac et convertir l’exploitation à l’agriculture biologique. Le jeune vigneron, qui fêtera ses 30 ans, en juillet, s’y est initié en se formant par alternance dans une exploitation d’Eichhoffen. Il a découvert la biodynamie dans un domaine néo-zélandais où il a passé plusieurs mois après un bac pro viticulture-œnologie et chez Chapoutier, maison qui l’employait comme tractoriste jusqu’en 2016 sur les coteaux du Schieferberg. Son père Bernard, avec qui Arthur est associé, produit alors 25 000 bouteilles par an, vendues à 90 % à des particuliers. Le reste part sous forme de raisins ou de vrac. S’il continue à vendre du raisin le temps de la conversion, le jeune vigneron est résolu à commercialiser la totalité de la production en bouteilles. Objectif atteint puisque le domaine Bohn vend désormais 45 000 à 50 000 bouteilles par an, un seuil qu’Arthur considère comme « viable ». Tout en continuant à développer la vente au caveau sur rendez-vous, le vigneron prospecte de nouveaux marchés, comme les cavistes et les restaurateurs français. Il renforce également ses efforts à l’export, portant la part des vins exportés de 5 à 40 % en seulement trois ans. « La présence à des salons professionnels nous a beaucoup aidés mais c’est aussi le résultat d’une accumulation de petites choses : la philosophie de travail à la vigne et en cave, le marketing, l’habillage des bouteilles, une charte graphique qui tient la route… » Surtout, Arthur n’hésite pas à prendre son bâton de pèlerin pour aller prospecter. « Pour vendre, il faut bouger, bouger, bouger… », dit-il, mentionnant les 40 000 km parcourus chaque année pour écouler ses vins et les cinq tours de France effectués - c’était avant le Covid-19. Convaincu que la présence et la persévérance paient, il livre lui-même beaucoup de ses clients. Une façon d’entretenir le relationnel. « Il faut discuter avec les cavistes, aller manger dans les restaurants avec qui on travaille, rencontrer les importateurs… » En dehors d’1,5 ha situé en bas de coteaux entre Itterswiller et Epfig, les 9 ha en production sont constitués de coteaux sur des terroirs de grès (Sohlenberg), gréso-volcaniques (Bungertal), ou de schistes (Schieferberg). À la vigne, Arthur et son père pratiquent la sélection massale pour conserver la diversité du matériel végétal provenant des vignes les plus anciennes, celles qui ont plus de 50 ans. « Toutes les parcelles de moins de 10 ans sont replantées en sélection massale issue de pépinière privée », explique le jeune vigneron qui, pour les quatre principaux cépages, sélectionne des pieds de vigueur moyenne, avec des raisins plutôt lâches mais pas tous identiques. « C’est la mixité qui crée de la complexité dans les vins. » Cette diversité se retrouve dans les porte-greffes : en général deux ou trois par parcelle, choisis en fonction de la vigueur du sol et pour résister à la sécheresse. Arthur et Bernard désherbent le cavaillon en trois passages d’outils à disque émotteur ou à doigts et passent une lame intercep en été. Les vignes sont enherbées naturellement. L’herbe n’est fauchée qu’avant les vendanges : simplement roulée au rolofaca une fois montée en graine. Ainsi, elle joue pleinement son rôle de protection du sol en divisant la température par trois lors des fortes chaleurs. Sa priorité étant de produire des vins de terroir, aptes à la garde, Arthur se satisfait de cet entretien a minima, qui économise du temps et du gasoil tout en maintenant le rendement autour de 50 hl/ha en moyenne. Il cherche à réduire l’usage du soufre et du cuivre au maximum en utilisant des plantes pour aider la vigne à se défendre : saule, ortie, prêle, valériane, pissenlit, sauge et romarin sont pulvérisés à différents stades de la végétation sous forme de tisanes, de décoctions ou de purins. Cette année, il a associé du saule broyé à une décoction de prêle pour favoriser la circulation de la sève au printemps. Il utilisera de la sauge et de l’ortie, dont il connaît le pouvoir antifongique contre l’oïdium et le mildiou, en complément du soufre et du cuivre. Le jeune vigneron s’astreint à arrêter les traitements le plus tôt possible dans la saison pour limiter les résidus sur la vendange. Sans intrants ni filtration En cave, Arthur et Bernard travaillent exclusivement avec des levures indigènes et vinifient « au moins 80 % de la récolte sans intrants ni filtration ». « On se laisse tout de même la possibilité de sulfiter légèrement si besoin, précise Arthur qui, dans ce cas, ne dépasse pas les 1 à 2 g/hl. En pratiquant des élevages longs (jusqu’à deux ans, dans l’inox ou le bois), en soutirant au bon moment et en favorisant la décantation par le froid pour les vins qui doivent être mis en bouteilles plus rapidement, ils obtiennent des vins clairs sans filtrer. Cette pratique demande toutefois « un suivi intransigeant : on goûte tous les jours et au moindre doute, on envoie à l’analyse. » Pour les blancs, Arthur et son père réalisent un pressurage direct de 6 à 8 h. Les jus sont débourbés légèrement après un passage au froid systématique. Les vins de macération - rouges et oranges - sont élaborés à partir de raisins entiers (2/3) et de raisins égrappés (1/3). Un léger piégeage est réalisé les trois premiers jours, suivi d’un remontage quotidien qui n’excède pas 5 % du volume pendant 20 à 35 jours selon les millésimes et les cuvées. La troisième méthode utilisée est plus expérimentale : elle consiste à ajouter à des raisins entiers fraîchement cueillis, du moût issu de raisins pressurés la veille et maintenus en macération avec de la glace carbonique. « Ensuite, on ferme la cuve et on laisse pendant une dizaine de jours sans rien faire à part surveiller et goûter. »

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