Vigne

Publié le 08/06/2021

Suivant l’exemple d’un des premiers cavistes itinérants, qui a allumé son moteur, en 2017, à Nantes, les « wines trucks » seraient une cinquantaine à sillonner les marchés en France. Nous en avons repéré quatre en Alsace. Rencontre avec deux d’entre eux.

« Alors, c’est quoi le concept ? », démarre franchement un client sur le marché de Rouffach. Jean-François Risser, 37 ans, est déjà habitué à cette question. Caviste itinérant depuis mars 2021 sous le nom de L’Odyssée divine, il arpente cinq à six villages haut-rhinois par semaine. Il propose 90 références pour une gamme de prix allant de 5 à 30 €, champagnes compris. La palette se rétrécit à 40 à 50 propositions à Rouffach pour rester dans l’orientation bio du marché. « Je propose quelques vins nature, mais la qualité et le goût sont primordiaux à mes yeux, avant l’étiquette. Plus que l’appellation, je cherche à proposer ce que l’on ne trouve pas forcément ailleurs. » Selon ce principe, le caviste itinérant sélectionne principalement des vignerons indépendants, ou pour le moins des petits domaines. Ces vignerons, il les a rencontrés principalement sur des petits salons, la dégustation au domaine n’étant pas toujours aisée actuellement. S’il lui manque aujourd’hui la Bourgogne et le Jura, son objectif est d’ouvrir sa gamme à toutes les régions viticoles de France et de la faire évoluer selon les saisons. Pour le moment, le panier moyen de ses clients s’élève à 25 €. Responsable durant plusieurs années de la cave à l’Hyper U de Colmar, Jean-François avait envie de travailler différemment, « de dénicher des pépites » et de les faire découvrir à ses clients. Il a affiné son palais avec un diplôme de dégustateur professionnel jusqu’au niveau 2, puis il a suivi une formation géo-sensorielle à distance avec Franck Thomas. Il mûrit son projet depuis 2018, inspiré par le pionnier nantais et le wine truck du domaine Hauller à Dambach-la-Ville. Il demande la licence 3 « débit de boissons » qui lui permet de faire des dégustations et de s’installer dans n’importe quel village, sans avoir à s’adosser à une fête pour servir à boire. « Franchir la porte du caviste peut être un obstacle pour certains : on se dit qu’il faut être connaisseur et avoir le portefeuille bien garni. Le camion lève cette barrière. » Il achète donc un engin sur-mesure chez un fabricant du nord de la France. La cave peut contenir 130 à 150 flacons, soit 200 bouteilles au total avec les deux réfrigérateurs. Il branche le camion sur secteur lorsqu’il est chez lui, comme sur les marchés. Ailleurs, il a trois heures d’autonomie de batterie. Il a emprunté 70 000 € pour lancer son activité. Démocratiser l’image du caviste Sarah de Boistel a beau avoir un an de moins que son collègue Jean-François, on peut dire qu’elle a de la bouteille. Formée à l’œnologie à Londres, elle a été sommelière caviste pendant 14 ans. Elle a débuté sur les péniches de luxe à Nîmes. Elle arrive en Alsace pour les vendanges 2019, en suivant son compagnon, embauché comme ingénieur à Colmar. Elle en profite pour couper des grappes au Domaine Marc Kreydenweiss à Andlau. Elle est ensuite embauchée comme responsable commerciale d’un grand domaine, mais le Covid-19 met un coup d’arrêt à son travail de prospection auprès des restaurateurs et par là même son intérêt pour le poste. Séduite par le concept de l’itinérance, elle se lance après avoir trouvé un camion à huîtres en Bretagne en août 2020 : le déclic et le début de l’aventure. « Depuis janvier 2021, je vis ma passion du vin différemment tout en restant fidèle à mes valeurs, aux vignerons que j’aime. Au lieu d’attendre les clients, je vais vers eux. Cela permet de démocratiser l’image du caviste » : c’est La Vigne vagabonde. Sarah de Boistel privilégie les vins bio, en biodynamie ou naturels, pas forcément certifiés mais « où la patte du vigneron est présente ». Sa gamme de prix s’étend de 8 à 55 €. Le panier moyen avoisine les 20 €. Sa carte est en ligne, ce qui permet aux connaisseurs de réserver, d’appeler ou d’envoyer un mail pour en savoir plus. Elle a investi 50 000 € pour démarrer. Son étude de marché a montré que sa clientèle cherche autre chose que de l’Alsace. Elle retape le bolide avec son compagnon, le dote d’un frigo à 6 °C et d’une cave à 13 °C, soit une capacité de 230 bouteilles pour une cinquantaine de références. Pour sélectionner ses vins, Sarah de Boistel a fait une tournée vigneronne et continue à s’appuyer sur les contacts noués lorsqu’elle était caviste à Nîmes. Les références sont encore bien ancrées au Sud mais se diversifient au fur et à mesure qu’elle développe son activité. Elle ambitionne d’avoir une carte aussi fournie qu’un caviste classique et de proposer des breuvages selon les saisons : du vin du Jura en automne par exemple. Pour diversifier son activité et sa clientèle, elle souhaite proposer une assiette du marché et un assortiment de charcuteries et de fromages à la belle saison. « L’avantage d’être sur un marché de producteurs, c’est que les clients élaborent leur menu au fil des stands et à la fin, je peux leur proposer un accord mets-vins pertinent. » Elle propose déjà des ateliers de dégustation à domicile. Elle souhaite développer la partie événementielle en participant à des festivals. Cet été, elle sera présente dans des campings de la région.    

Grand Concours des vins de Colmar

Une 50e édition en toute « intimité »

Publié le 07/06/2021

Au lieu d’une grand-messe sur une demi-journée au Parc des expositions, cette 50e édition a été morcelée sur cinq jours à la Maison des vins. Un défi logistique pour le Civa, mais une nécessité pour toutes les entreprises du vignoble qui comptent sur ce concours pour valoriser leurs vins auprès de leurs clients après une année compliquée.

Compliqué mais pas impossible. Cette année, le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) a dû faire preuve d’ingéniosité et de résilience pour organiser le traditionnel Grand Concours des vins d’Alsace de Colmar. Cette 50e édition s’est déroulée sur plusieurs jours, du 26 mai au 1er juin, au sein de la Maison des vins d’Alsace avec l’application de mesures sanitaires draconiennes : prise de température à l’arrivée, port obligatoire d’un masque FFP2 lors de l’arrivée sur les lieux et pour tous les déplacements, distance minimale de deux mètres entre chaque juré, trois personnes maximum par table, téléphones portables interdits sur les tables, crachoir individuel équipé d’une coupelle anti projection, quatre pôles de dégustations répartis dans quatre salles différentes, un seul juré par pôle de dégustation habilité à manipuler les bouteilles… « On s’est inspiré de ce qui s’est fait dans d’autres concours comme celui de Mâcon. C’est le même protocole qu’on aurait mis en place au Parc des expos. Malheureusement, nous n’avons pas eu le feu vert du préfet pour l’organiser là-bas », regrette le directeur du Civa, Gilles Neusch. Le concours y a quand même gardé un pied cette année puisque toutes les bouteilles y étaient stockés, comme lors des éditions précédentes. Ce qui a entraîné quelques « lourdeurs » logistiques reconnaît le coordinateur du concours au sein du Civa, Dominique Wolff : « On a fait la réception des échantillons et la préparation de l’anonymat là-bas car on a toute la place qu’on veut. Mais après, on a dû tout rapatrier ici au fur et à mesure, soit une vingtaine de palettes. Et on ramènera tout là-bas avant la dégustation des Coups de cœur qui aura lieu jeudi [le 3 juin, N.D.L.R.]. » Des dégustations plus intimes L’autre difficulté de ce 50e concours a été de trouver la bonne mesure pour que ces cinq jours se passent de la meilleure manière possible. Chaque jour, un ou deux nouveaux cépages à déguster, mais un déroulé similaire : discours introductif pour rappeler au jury les règles du concours, les gestes barrière… quatre fois de suite, à raison de quatre salles de dégustation. Il a fallu également composer avec un nombre de jurés plus restreint qu’à l’accoutumée. « Contrairement aux autres années, on a uniquement fait appel aux entreprises participantes pour évaluer les vins. Habituellement, on élargit les invitations aux membres du Club des dégustateurs. On essaie de jongler en espérant à chaque fois que toutes les personnes inscrites viennent bien. Sur les trois premiers jours, ça s’est bien passé [propos recueillis le 31 mai, N.D.L.R.]. Le côté positif, c’est que les dégustations sont un peu plus intimes à la Maison des vins que dans le brouhaha d’un grand hall. Au final, même s’il y a un peu plus de logistique à mettre en œuvre, le concours est moins stressant dans ces conditions qu’au Parc des expositions où il faut encadrer 150 dégustateurs en même temps et déboucher près de 1 000 bouteilles en deux heures », reconnaît Dominique Wolff. Une nécessité pour la commercialisation Si l’organisation du concours a été un peu plus laborieuse à mettre en place cette année, il n’était pas envisageable de l’annuler comme ont pu l’être d’autres manifestations similaires. Une décision qui se justifie pleinement aux yeux de Gilles Neusch : « Nos entreprises ont besoin de ces médailles pour la commercialisation de leurs bouteilles, c’est recherché par les acheteurs et les consommateurs. Ensuite, on tenait à envoyer un signe majeur de soutien à la profession après une année un peu compliquée. » Aujourd’hui, les voyants reviennent enfin au vert pour la commercialisation des vins d’Alsace, pas loin du niveau de 2019 grâce au marché export et à celui en grandes surfaces « qui se tient bien ». « Et ça, c’est avec des restaurants fermés et l’évènementiel à l’arrêt. Les potentiels de marché sont plus que jamais bien présents. » Deux raisons pour expliquer cette tendance selon lui : une stratégie de communication massive, ciblée et percutante opérée par l’interprofession, et des vins d’Alsace qui répondent davantage aux « instants de consommation » actuels comme les apéros entre amis, les apéritifs dînatoires et autres moments informels. « Avec nos vins, on est au carrefour de plein de tendances comme les modes de consommation, le respect humain, la protection de l’environnement, la dimension familiale de nos domaines même si on a des metteurs en marché conséquents. On est tout sauf industriel en Alsace. Et ça, c’est dans l’air du temps. »

Lutte contre l’oïdium

Le lait serait-il efficace ?

Publié le 27/05/2021

Même si nous vivons ces jours-ci une météorologie propice à l’installation du mildiou, plusieurs témoignages corroborent la thèse de l’efficacité du lait contre l’oïdium.

Un sujet récurrent en Alsace particulièrement sur le riesling pour des parcelles exposées à l’humidité matinale. Plusieurs études viennent d’être publiées sur l’efficacité du lait. Sur le principe, le lait en solution à 10 % soit 10 litres pour 100 litres, est appliqué à une fréquence plus rapprochée que le soufre, ce qui donne deux passages en plus sur l’année. Selon le chercheur australien Peter Crisp, l’efficacité est équivalente au soufre. D’autres témoignages d’utilisateurs insistent sur l’aspect lait cru… Voire du lactosérum. Des essais conduits par Bio Bourgogne, l’équivalent de Bio Grand Est, avec 20 % de concentration mais à la dose de 250 l/ha de traitement, soit 50 l/ha de lait, concluent à 1,5 % d’intensité d’attaque contre 38 % pour le témoin. Selon les témoignages des expérimentateurs, le lait évite l’éclatement des baies, il agit donc en curatif. Mais pour obtenir une certaine efficacité, les applicateurs insistent sur l’effet lessivage des feuilles ou des grappes.

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